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mardi 13 octobre 2020

Gros mots et résolution de problème

Aaaah, que la voix de nos chers enfants sait être douce à nos oreilles !
*paillettes et fleurs* 
Hélas hélas parfois, euh, ben non.

Parce que parfois, nous n'avons plus de chers enfants, mais des vils marmots, et leur voix n'a rien de doux, parce qu'elle nous sort des gros mots monstrueux, en boucle, en série, en parallèle, bref, tous les montages possibles.

J'avais évoqué ce point dans un premier chouette billet détaillant l'arsenal des outils à la disposition du parent positif et souhaitant tenter de le rester, même confronté aux GMGM (Grands Méchants Gros Mots). Des outils qui s'étaient révélés très efficaces chez nous, globalement.

Et puis, l'an dernier (oui, ce billet fait partie de ceux dont l'embryon dort en brouillon depuis un temps inavouable), mes charmants enfants à moi ont estimé que ce serait cool que maman
  • révise ses classiques
  • aille encore approfondir le sujet de manière à en faire bénéficier les foules

Pour cela, ils se sont donc spécialisés dans le GrosMotage pendant de longues semaines. 
Zizi Caca Prout et leurs valeureux confrères sont devenus notre pain quotidien, au point qu'à l'arrivée mes enfants parlaient globalement schtroumpf; mais en remplaçant schtroumpf par zizi ou zézette. 
Je vous laisse imaginer les dialogues.

J'ai tout fait, tout tenté, je me suis bien énervée aussi, et puis acculée, j'ai fini par jouer mon va-tout : la résolution de problème !
Un outil que je sor(tai)s rarement, car franchement, hein, je trouve que ça demande beaucoup beaucoup d'énergie.

Ben oui, mais comme dit dans le premier billet : aux grands / gros mots / maux, les grands remèdes.

J'ai donc pris mes mômes entre 4 yeux (enfin 6 ; voire 8 ? je ne visualise plus si Monsieur Bout était présent. Je ne crois pas, j'ai du avoir un sursaut de courage en semaine, alors qu'il était au boulot)

  1. Défini le problème et ses impacts : F. et E. disent beaucoup de gros mots. Ils trouvent ça drôle mais ça énerve beaucoup les adultes. Et parfois ça les énerve aussi l'un l'autre
  2. Proposé des solutions sans les évaluer, en les écrivant
  3. Repris toutes les solutions proposées une à une, soit pour les confirmer (tout le monde OK ?), soit pour les barrer (ça ne convient pas à quelqu'un ?), soit pour les retravailler pour qu'elles conviennent à toutes les personnes concernées
  4. Affiché le papier quelque part.


Ah oui ça a aidé !
Ca a doublement aidé, et donc ce billet contient un double outil pour régler ce genre de soucis.
Parce que, rappelons le, une résolution de problèmes a pour effets de 
  • mettre tout le monde du même côté pour résoudre ce problème, et donc responsabiliser chacun 
  • permettre aux sentiments de chacun de s'exprimer, et donc à la fois à chacun de se libérer un peu de ses sentiments, qui perdent de leur force une fois sortis du non-dit, et aux autres de prendre en compte le point de vue exprimé
mais aussi
  • décupler l'inventivité de chacun, par la puissance d'un brainstorming. 

Et en effet : c'est en pleine session que j'ai réalisé qu'un des points qui n'aidaient pas était la manière dont pouvaient être vécus les rappels à l'ordre. Même formulés de manière Faber et Mazlishienne, en décrivant le problème par exemple ("j'entends un gros mot !"), chez nous ces rappels à l'ordre étaient trop nombreux, trop lourds, ils plombaient l'ambiance, tendant aussi bien l'enfant qui les entend que l'adulte qui les formule (gnnnnniiiiiin).
Sous le coup de cette illumination subite, j'ai donc proposé le problème en live : 
"Ce n'est pas toujours facile de se rappeler d'éviter les gros mots, surtout quand on en a pris l'habitude, mais ça vous énerve et ça m'énerve quand je vous le rappelle... Comment puis-je vous le rappeler d'une manière qui soit moins énervante ?"

Et j'ai proposé quelque chose auquel je ne pensais pas l'instant d'avant : remplacer les mots par une onomatopée. Faire l'alarme : 5 BIIIP, BIIIIIP, BIIIIIP, BIIIIIP, BIIIIP. 
Bien stridents et couvrant la voix des enfants. Mais d'une manière joueuse, là où couvrir la voix des enfants par un beuglement pouvant aller jusqu'au


n'aurait évidemment pour effet que l'escalade.
Succès total !! 
  • Le petit côté décalé a bien aidé à alléger les tensions chez mes enfants, poussant moins à la résistance, et jouer les alarmes a aussi eu un effet salutaire sur moi, en mode défouloir.
  • Le fait d'avoir été convenu en résolution de problème en a fait un code commun et partagé.
Bilan : j'ai beaucoup fait l'alarme les tout premiers jours, et de moins en moins ensuite.


Ca a été un des premiers retours de la résolution de problème chez nous !
J'ai pu constater aussi que mes enfants ayant grandi, cet outil devient de plus en plus puissant et adapté à eux. Et je dois aussi avouer que l'inclusion d'E. aide énormément, car elle est au taquet sur ce genre de trucs, et du coup, entendre sa sœur rentrer dans le jeu des propositions stimule l'inventivité de son grand frère.

Cet épisode est venu me rappeler que la résolution de problèmes, c'est un peu le bazooka de la parentalité positive. 
  • Ca coûte cher, 
  • faut préparer son armement, 
  • ça ne se porte pas dans la poche ni ne se dégaine au débotté, 
  • mais alors, après... ça envoie du lourd. D'où ma très grande admiration pour tout parent se lançant dans cette aventure 
Je me souviens d'une maman du groupe FB des Moments de Parentalité Positive, venue raconter toute insécurisée la manière dont une de ses connaissances, soi-disant branchée parentalité positive, avait critiqué sa manière de conduire une telle résolution avec son fils de même pas 3 ans. 
NAN MAIS CA VA PAS NAN ???
Un parent qui se lance dans une résolution de problème avec son gosse, a fortiori son petit gosse, on ne le critique pas !!! 
On se prosterne
On se fout à plat ventre !
On lance des rameaux et son manteau sous ses pieds. 
La résolution de problème, c'est ZE voie d'avenir vers des lendemains de paix, et chaque personne s'aventurant sur ce chemin mérite d'être entourée d'une foule en délire.

D'autant que le plus beau dans tout ça, c'est que le bazooka, plus on le manie, plus on s'y habitue.
On y prend goût et...  (oh mais ça, ce sera pour un autre billet !)

jeudi 2 juillet 2020

Les raisons de notre retour à l'IEF

Dans mon annonce fracassante concernant le retour en école à la maison de F. à la rentrée prochaine, j'avais inclus les liens vers les billets retraçant nos différentes décisions (débuts en IEF, scolarisation de F., puis scolarisation d'E.), et donc j'ai relu la phrase selon laquelle 

Dès le départ, nous sommes partis sur le principe de réévaluer chaque année l'opportunité de faire IEF ou non, pour chaque enfant. Ce principe reste et restera valable, la question continuera à se poser chaque année.
Dixit La Gwen, Œuvres Complètes  

Décidément, ce n'est pas juste rhétorique / de l'affichage.
Zut. Il y a dans ma tête une petite voix qui maugrée que, quand même, ce serait plus simple si j'affichais cette intention mais que je m'abstenais de joindre le geste à la parole, franchement.

Maintenant, donc, revenons sur les éléments qui ont conduit à ce revirement de situation.

A l'origine, il y a une envie et une demande : 
  • demande de F., qui, peu de temps avant le confinement, avait commencé à dire "J'aimerais bien refaire l'école à la maison" sans qu'on le prenne trop au sérieux, et sans insister beaucoup non plus. Il avait été servi, du coup, par l'irruption du COVID sur le devant de la scène. Et même si F. a ensuite, dès le 11 mai, retrouvé le chemin de l'école avec plaisir, nous avons constaté que cet enthousiasme s'attenuait peu à peu, que la joie qu'il éprouvait à aller à l'école avant le confinement n'était plus franchement là, tandis que tous les matins, il disait à son père le déposant à l'école "moi, j'ai envie d'apprendre avec toi".



  • Et envie de Monsieur Bout, à la fois parce qu'il a le sentiment que c'est ce qui serait le mieux pour F., mais aussi parce qu'il adore transmettre et qu'il a aimé pouvoir accompagner F. dans ses apprentissages durant les 2 mois de confinement total. Or l'envie de l'instructeur, c'était déjà un point qui avait pesé lourd dans nos décisions, que ce soit d'IEF ou d'arrêt de l'IEF, et donc j'y ai également été sensible cette fois malgré mes réticences de départ. Après tout, si on accorde beaucoup de poids à l'envie et l'opinion du parent instructeur, il est logique de continuer à le faire aussi quand ce n'est plus moi, ce parent instructeur. (flûte)
Donc, une fois cette idée saugrenue d'un retour à l'IEF sortie du chapeau de Monsieur Bout, nous avons consacré quelques soirées (d'où absence de billet de blog sur la période) à analyser point par point les différents aspects de la décision, en prenant certaines choses en note pour nous aider à structurer notre réflexion et à vérifier que nous ne passions à côté de rien d'important.

Point 1 : Quel impact sur F. ?
Point 2 : Quid des perspectives d'avenir notamment l'impact financier ?
Point 3 : Quel impact sur Monsieur Bout ?


Point 1. Concernant l'impact sur F, nous avons découpé la réflexion en 2 parties : développement académique / intellectuel, et développement émotionnel / social

Sur le plan académique nous avons mis en balance
  • le surcroit de structure et d'exigence que Monsieur Bout a apporté pendant le confinement. Le dernier point tout particulièrement nous tient à cœur, car en étant plus exigeant avec F., Monsieur Bout a vu qu'il était non seulement capable de plus/mieux, mais surtout à quel point il était fier de réussir plus/mieux. Un effet positif sur l'estime de soi qui nous est d'autant moins indifférent au vu de la fragilité de ce point chez F.
  • la possibilité de lui apporter davantage de points chers à Monsieur Bout : plus de classiques, plus d'Histoire, et de l'allemand de manière plus structurée
  • la possibilité de faire à notre sauce tout en s'appuyant notamment sur l'expérience de Clotilde, qui a déjà 2 fois le CE1 à son actif (en plus de son propre CE1 qui remonte à... à peine plus longtemps n'est-ce pas ^^) notamment pour le choix des supports
avec la multitude de choses apportées par l'école, et notamment
  • anglais : Monsieur Bout prévoit tout de même de poursuivre, même si ça n'apportera pas autant qu'une éducatrice parlant uniquement anglais bien entendu
  • piscine une fois tous les 15 jours et tennis hebdomadaire en périscolaire : 
    • pour la piscine nous avons convenu que, même si ça ne vaudrait pas les séances en classe qui lui ont permis de faire de beaux progrès cette année, c'est moi (Monsieur Bout n'étant pas un animal aquatique) qui emmènerait régulièrement F., et nous verrons éventuellement pour un stage sur les vacances; 
    • tennis : nous avons eu de bons échos du club de tennis local (= bienveillant, davantage attentif à promouvoir le plaisir de jouer que de fabriquer des petits champions) et creuserons cette piste.

Sur le plan social / émotionnel,
  • nous avons pris en compte le fait que F. n'est pas un animal de groupe, et que, contrairement à sa sœur, il apprend beaucoup seul / recherche peu à apprendre AVEC un autre enfant. Dans l'apprentissage il est pour le moment beaucoup plus dans la recherche du soutien de l'adulte, et à 7 ans, ça nous semble OK.
  • idem, sur la fin de l'année F. a semblé se retirer un peu des interactions, restait souvent à l'intérieur à la récré, sans que nous n'ayons trouvé d'explication à cela
  • enfin, point très important, je parlais ici de l'instabilité des écoles hors contrat, et c'est précisément ce point qui a déclenché la réflexion retour-à-l'IEF : l'éducateur auquel F. était le plus attaché, et nombre de ses petits camarades, quittent l'école l'an prochain, et donc de toute manière, il y aurait un gros changement, sans qu'on puisse évidemment savoir à l'avance dans quel sens.
du coup nous veillerons plutôt à
  • aménager des moments pour des relations duelles / en petit groupe qui lui correspondent mieux, notamment en favorisant des rapprochements avec certains petits copains, dans et hors de notre résidence, par le biais d'invitations
  • Si possible bien entendu, quelques sorties / rencontres dans le cadre du réseau IEF
  • Par ailleurs pile poil au début de nos réflexions une pub FB m'a mis sous le nez une activité jeux et découverte ou VTT en forêt, F. a testé la semaine dernière et a adoré, donc nous partons là dessus, ce qui permet de cocher une autre case : du temps passé loin de notre regard, un "jardin secret" que F. perd en quittant l'école.
Enfin, sur le plan émotionnel comme social, nous pensons qu'une année avec des parents plus présents pour accompagner pourra être précieuse, et du coup Monsieur Bout entend se replonger dans F&M pour développer sa capacité à l'accompagner plus efficacement sur ce point (car nous avons tous les 2 convenu que ces temps-ci, parfois, ses souvenirs des ateliers suivis ensemble remontent à un peu loin)


Point 2 : impact financier


J'ai encore encore encore ressorti le fichier Excel de budget, c'est ma vie celui-là...
Bicoz le hic d'un retour en IEF, c'est que l'équilibre financier budgété au moment de la rupture conventionnelle de Monsieur Bout l'automne dernier ne fonctionne plus : à la place, ce sera une année plus ou moins off pour lui (plus ou moins car si certaines des missions qu'il devait démarrer au moment où le confinement a tout fait sauter refont surface, nous gérerons pour qu'il puisse les mener à bien). 
Dans un nouvel onglet, intitulé "budget si IEF", j'ai donc mis à 0 les revenus initialement budgétés comme devant provenir de sa microentreprise, et j'ai en contrepartie un peu augmenté mes prévisions de chiffre d'affaires à moi, mais c'est bien évidemment loin de compenser.
Ensuite 
  • Bien entendu le retour de F. à l'IEF permet une économie substantielle : les frais de scolarité liés à une école Montessori francilienne
  • en revanche j'ai augmenté certains budgets et notamment le budget activités, important pour permettre à F. de garder une vie hors de la maison, et à Monsieur Bout et F. de profiter de cette IEF pour faire certaines sorties culturelles.

L'avantage d'avoir pris le temps de cette mise à plat, ce que nous avons pu tout de suite arriver à un constat bien clair : le budget tient sur la première année, mais pas si nous allons au-delà.

Ce qui nous laisse une année pour réfléchir à la suite :
  • rescolarisation et remise au travail de Monsieur Bout ? 
    • si oui, dans quelle école pour F.? Celle qu'il a quittée et dont le projet nous convient fondamentalement, et dont certains défauts auront peut-être été corrigés avec un peu plus de maturité, ou une autre, à déterminer ?
  • ou poursuite de l'IEF 
    • pour 1 ? pour 2 enfants ? E. n'ayant plus qu'une année devant elle dans son école actuelle. 
    • Et si pas IEF pour E., quelle école ? Lui faire rejoindre le système allemand nous tenterait… 
    • et dans ce cas il faut trouver une autre manière de réduire significativement nos dépenses (ou une banque mal protégée…) et opérer des choix lourds de conséquences pour cela.
Haha. 
Bref, avec tout ça, une chose est sûre pour 2021, c'est que justement rien n'est sûr ! 
2021 aussi aura son lot de questionnements existentiels,  de révélations stupéfiantes (sauf si on choisit la piste de la banque, auquel cas il vaudra sans doute mieux rester discrets), et de changements importants. On n'est pas sortis de l'auberge...


Point 3 : l'équilibre du parent IEFeur, Monsieur Bout, et de la famille en général


C'était une grosse inquiétude chez moi : est-ce que ça allait plaire à Monsieur Bout ? Est-ce que autant de temps consacré aux enfants lui conviendrait ? 
Durant nos discussions j'ai bien souligné que je me sentais capable de gérer psychologiquement le fait que nos finances reposent sur moi, mais uniquement si je n'avais pas en plus la charge mentale liée à un conjoint frustré rouspétant sur tout le monde.
Mais Monsieur Bout est enthousiaste, Monsieur Bout a envie de transmettre, et ça, c'est important.
(je précise que suite à nos diverses discussions nous en avons eu une nouvelle avec F., pour valider le projet avec lui. Dans la mesure où pour nous il n'y avait pas "cas de force majeure" à nous pousser à le rebasculer en IEF, il était important à nos yeux de valider avec lui qu'il était effectivement partant pour concrétiser le projet).


Nous avons aussi évoqué le regard des autres : Monsieur Bout va donc avoir un statut d'homme au foyer, et ça, hein, c'est quand même assez rare encore. Mais un point qui l'a pas mal rassuré est que mon regard à moi est tout à fait appréciateur. Eh, je suis bien placée pour savoir qu'être au foyer, et en plus faire l'IEF, c'est un sacré boulot.

Une fois ces grands principes passés en revue, nous avons pris le soin d'aller dans le concret en découpant une semaine type, la grande question étant : quelle place y aura-t-il dedans pour l'autre grand objectif de Monsieur Bout cette année : suivre une première année de Licence de Lettres Classiques à distance ? 

Comprendre : y a t il assez de place pour que tout le monde s'y retrouve sans que personne ne se sente négligé ? (ça a notamment été l'occasion de revoir ensemble comment nous passons nos soirées, étant tous les deux conscients que ça fait un bout de temps que trop peu de soirées sont passées à 2. Or notre couple est une personne à part entière dans la famille, et lui non plus ne doit pas être négligé)
J'avoue que j'étais assez peu confiante sur notre capacité à dessiner un truc qui tienne la route, et qui comporte assez de "mou" pour que le premier imprévu venu ne vienne faire basculer l'un ou l'autre protagoniste dans la frustration la plus profonde (vous savez, une obscure histoire de découvert…).

Eh bien j'ai été surprise. Nous avons réussi à 
  • faire tout rentrer, IEF, tâches ménagères, temps non scolaire avec F., temps avec E. et F., soins du Boubinours, et 20h de travail perso pour Monsieur Bout, sur les 5 jours de semaine (ce qui laisse donc le weekend complètement libre pour du temps en famille), et cela
  • sans même prendre en compte la présence, de temps à autre, d'une de nos mamies au pair chéries, qui viendra automatiquement alléger les semaines de Monsieur Bout dans ces périodes-là.
  • et en ne prenant pas non plus en compte qu'en théorie, non seulement je ne bosserai pas les mercredis (qui sera le "jour off" de Monsieur Bout, et tout entier consacré à sa Licence), mais je devrais avoir 1/2 voire 1 jour (voire un chouilla plus) off en plus
  • Et inclus, sur les 7 jours, 3 soirées "en couple", que ce soit juste tous les 2 dans le salon à discuter ou jouer à quelque chose, en sortant à 2, ou en ayant une vie sociale (recevoir ou être reçus). Nous prévoyons de faire le point chaque semaine pour affiner le planning de la semaine suivante et notamment "réserver" les 3 soirs, conscients que nous sommes que si nous ne les marquons pas au fer rouge, ils auront vite tendance à disparaître sous l'effet du célèbre "tu faisais un truc alors j'ai commencé un machin" ou encore du non moins fameux "j'attendais que tu donnes le signal"
Moi qui m'attendais à ce que fassions le constat que ça ne rentrait pas, et que ça fasse capoter le projet...
A l'arrivée, cette mise à plat m'a bien soulagée, et remplie de confiance pour cette année qui arrive. 
Evidemment, cela va être toute une gymnastique, mais repartir ainsi des besoins et des attentes de chacun fait du bien, et je pense que chaque membre de la famille va pouvoir s'y retrouver… avec des couacs de temps à autre évidemment hum hum...


Ca n'empêche pas que je vois cette année scolaire se terminer avec une certaine mélancolie, et que j'ai bien apprécié le confort de cette année avec 2 enfants scolarisés !

lundi 1 octobre 2018

Alors cette rentrée / non-rentrée / reprise pro ? Point septembre 2018

Fin du mois de septembre, le moment de venir tirer un premier bilan de cette période de rentrée riiiiiiche en nouveautés dans la famille Bout :
  • première rentrée scolaire, à 5 ans, de F., ,en école Montessori, au terme de 2 années d'IEF et d'un feuilleton haletant (n'ayons pas peur des mots !)
  • première vraie non-rentrée, IEF de E. (même si au fond, l'an dernier, la Bébounette avait passé autant de temps que son frère dans notre salle de classe, et n'y était pas forcément la moins active...)
  • démarrage vraiment opérationnel de la nouvelle activité pro de la Gwen
le tout sur fond de
  • arrivée de la nouvelle mamie au pair
  • évolutions pro du côté de Monsieur Bout

Alors, commençons par le Bébou

  • Rentrée ? Impec. 
Il ne l'attendait pas avec impatience, mais le refus total d'il y a quelques mois avait peu à peu laissé la place à une certaine ambivalence : aux phrases de rejet "Nan, je suis pas obligé d'aller à l'école !!" s'étaient peu à peu mêlées des affirmations montrant que le jeune homme commençait à apprivoiser, se projeter dans un quotidien scolaire.
Un  point qui a également contribué à cette évolution est la réalisation que sa sœur irait à l'école pour les activités du mercredi. Cela a permis une saine répartition de la semaine, en "les lundi, mardi, jeudi et vendredi, c'est moi qui vais à l'école, et les mercredi, c'est E.". Il s'est alors employé à rassurer sa sœur (pas très inquiète) sur la manière dont ça se déroulait... excellente manière de se rassurer lui-même !
  • Aucun souci pour le déposer les matins à l'école (contrairement à certains mercredis matins de l'an dernier), tout au plus ai-je, de temps à autre, droit à un "j'ai pas envie d'y aller" à la dernière minute, mais prononcé sur un ton tel qu'il veut surtout dire "un dernier câlin s'il te plaît". Dernier câlin, et c'est très volontiers que le fiston franchit la porte de son école. Quand on se rappelle d'où l'on vient... on mesure le chemin parcouru !
    • Bien évidemment, le premier jour, celle qui s'est retrouvée en larmes derrière la porte de l'école, c'était... moi.
  • Les journées s'y passent bien, et visiblement il s'implique dans les activités. Il a été ravi de m'informer, dès le premier soir qu'il y avait "plein d'activités qu'on n'a pas à la maison".
  • Il y a notamment fait de la couture, et l'éducatrice s'emploie à sonder ce qu'il a déjà vu avec moi, et compléter le reste. Elle m'a en tous cas dit qu'elle avait vu qu'il avait fait "beaucoup de choses", et qu'il était particulièrement solide au niveau des lettres et du graphisme. Ça fait toujours plaisir ;-)
  • Il est généralement assez content de me raconter quelques épisodes choisis de sa journée, ce qui me change de ses activités précédentes au sujet desquelles il gardait un silence jaloux.
Bref, le Bébou à l'école va bien, le Bébou hors école, hum... n'est pas toujours une partie de plaisir, et nous cause du souci. Mais comme il a eu l'amabilité de prendre ce virage AVANT la rentrée scolaire, cela m'évite les doutes existentiels à la "c'est le fait d'aller à l'école qui cause celaaaaa". Au contraire, HEUREUSEMENT qu'il est scolarisé cette année, cela me donne le répit nécessaire pour gérer au mieux ensuite.

  • Notons aussi qu'en parallèle, nous l'avions inscrit à la natation, à sa grande joie. Il était enthousiaste à l'idée d'apprendre à nager, et très déçu, à l'issue du premier cours, de ne pas avoir "apprendu à nager" cette fois là. 
Hélas, c'était un groupe démarrant à 6 ans mais acceptant les CinqAns pour peu qu'ils aient le niveau, et il apparaît que ce n'est finalement pas le cas de mon Bébou : pas assez à l'aise pour mettre la tête dans l'eau, et ne sachant pas battre des pieds, F. est largué. 
Cela m'a bien contrariée puis je me suis fait une raison : nous allons remplacer cela par des créneaux réguliers à la piscine, ce qui n'est pas dramatique puisque de toute manière, cette année, la dimension "socialisation par une activité collective" perd de son importance au vu de la scolarisation.


La Bébounette profite, elle,  de séances en duo avec moi dans la salle de classe. Séances assez peu fréquentes (maxi 2/ semaine) en raison de mon rythme de travail assez soutenu, mais alors, intensives.
Une chose est claire : si tous mes enfants étaient du genre Bébounette, l'IEF chez les Bout aurait de beaux jours devant elle. La miss est à fond, se concentre, demande d'elle-même à répéter et répéter encore les activités, et c'est moi qui suis obligée de sonner la fin du créneau salle de classe.
Ce mois-ci, nous avons notamment
  • démarré le poinçonnage, activité dont elle s'est emparée avec avidité, et pour laquelle elle démontre une grande endurance
  • repris les lettres rugueuses, avec moult associations. Elle en maîtrise un certain nombre
  • sorti les cartapinces de son frère, mais en ne gardant, pour le moment, que celles permettant de dénombrer jusqu'à 4. Elle adore.
Par ailleurs, ses débuts le mercredi matin à l'école Montessori où va son frère se sont passés merveilleusement bien, aucun souci de séparation, et visiblement, elle s'implique avec enthousiasme dans les activités (à mon avis ils doivent même avoir du mal à lui faire lâcher le crachoir ;-) ).


La Gwen est à fond les ballons.

J'apprécie vraiment d'avoir repris, et d'alterner entre des jours de boulot et des jours à la maison. Par ailleurs, le fait que, pour le moment en tous cas, une bonne partie de mon boulot se gère à distance, me donne la souplesse nécessaire pour m'organiser de manière à arrêter ma journée à temps pour aller chercher F. à l'école et terminer avec mes deux enfants : et ça, vraiment j'adore !
Je fais des trucs passionnants, et même si c'est parfois un peu stressant, ça me fait beaucoup de bien.

Seule ombre au tableau, mais... pas des moindres : ça se passe moyennement bien avec la mamie au pair, ce qui me complique l'organisation du quotidien et génère un stress très important. 
C'est encore un cas de figure différent de nos mésaventures du mois de juin (à lire ou relire ici et , pour votre plus grande hilarité), mais ... c'est très pesant ! Du coup, nous avons convenu ensemble que nous raccourcirons son séjour d'un mois entier, si bien qu'il prendra fin au début des vacances de Toussaint, et non fin novembre comme envisagé initialement
J'en viens à me demander si avec notre G1 nous n'étions pas juste tombés merveilleusement bien. Notre G1 chérie revient toujours à partir de début décembre, sa présence (jusqu'en avril) me donnera un peu de répit pour réfléchir et analyser : ce système de mamie-au-pair, aussi beau soit-il sur le papier, est-il ce qui convient à notre famille ?
Ce genre de soucis tombe d'autant mieux qu'outre le fait que j'ai aussi redémarré l'animation d'ateliers Faber et Mazlish (qui se passent très bien, mais évidemment, me sollicitent), Monsieur Bout change de poste et en récupère un qui implique des déplacements réguliers. 

Si les deux tombent en même temps... Youpi tagada.


Je viendrai vous en parler un peu plus dans quelques temps, et vous présenter notre organisation, mais bon hein, justement, cette organisation que j'avais soigneusement peaufinée prend l'eau...

lundi 27 août 2018

Les fameux gros mots : 6 moyens "made in parentalité positive" afin d'éviter leur usage

Être parent, c’est connaître des bonheurs minuscules et délicieux, et de très grandes joies. 
C’est aussi connaître de gros, gros moments de solitude.

Parmi ces moments de solitude, il y a ces instants auréolés d’une aura particulière, ceux où notre progéniture choisit d’employer un vocabulaire pas très, euh… les Allemands ont un terme très parlant : « salonsfähig », c’est-à-dire en gros, qui soit utilisable dans un salon. Disons, nous, « fleuri ».

Et justement, parmi les grands moments de solitude que je n’ai jamais pris le temps de partager sur le blog, malgré mon intention de faire (je me doutais bien qu’une bonne partie de mon lectorat se sentirait moins seul …), il y a ainsi, les premiers mots de la Bébounette. Rappelons-le, la Bébounette a marché assez tôt, et parlé franchement tôt, tout en conservant un gabarit plutôt minus.

Parlé tôt, moui… C’est plein d’avantages.

Ou pas, quand une minuscule petite fille lâche, du haut de ses 16 mois, et au milieu d’un square bien fréquenté, un « P**ain ! » tellement bien prononcé qu’il n’y a même pas moyen de prétendre qu’elle a essayé de dire autre chose 
« En ce moment, on lui lit des extraits d’une biographie de Pétain le soir » nan ça marche pas, 
« elle cherche à échanger des potins, en fait » ouais…

Eh oui, c’est la joie, quand notre Seize-Mois-qui-en-paraît-tout-juste-Douze inclut, dans la première vingtaine de mots qu’elle maîtrise, l’un ou l’autre de ces fameux GROS MOTS. 
C’est le moment, généralement, où on a très envie de prétendre n’avoir aucune idée d’à qui est cet enfant, ou alors, qu’on nous l’a juste prêtée. Hélas, un « Mamaaaan » tout aussi sonore que le « P… ! » qui l'a précédé démolit notre couverture en un rien de temps.


Bref, les gros mots, c’est quand même la loose. C’est le truc qui, en privé, peut facilement nous hérisser, et en public, nous couvrir de honte / nous exposer à des remarques et jugements fort désagréables / être source de conflits avec pas mal de monde, voire conduire à l’isolation sociale de notre bavard rejeton (rayez les mentions inutiles… mais vous n’allez pas rayer grand-chose).
Sans compter, bien entendu, que l'usage de ces mots a un excellent potentiel de transformation immédiate de notre modeste personne, assez cool pourtant en théorie, en harpie rageuse reniant la parentalité positive et ses principes.

Nous n’avons pas été épargnés, donc, d’autant que, vous vous en doutez bien, si E. a su si vite inclure un charmant mot à 6 lettres dans son vocabulaire, c’était (quelle joie d’avoir des enfants rapprochés), sous l’influence et la tutelle patiente de son frère aîné. 



Petit tour d’horizon des outils à la disposition d’un parent positif (ou essayant de l’être) pour gérer la grosmotitude.
(glanés au hasard de diverses lectures, et tous testés par votre servante, pour le bienfait et l'éclairage des foules composant son lectorat)

1. Ignorer

Oh voui ! 
Ignorer ! 
Très franchement, quand un jeune enfant en pleine découverte du langage arrive avec ce genre de mot tout frais, une réaction un peu marquée de notre part ne conduit généralement qu’à une chose : l’intriguer, donc l’inciter à répéter
Eh oui, nos enfants sont de grands scientifiques. Confrontés à un phénomène étonnant (« Quand je dis ce mot particulier, ça énerve, inquiète, fait crier maman ou papa, etc »), ils n’auront de cesse d’expérimenter pour vérifier si cela se reproduit. Ils vérifieront leur expérience auprès de nous, puis étendront aussi le champ d’expérience à d’autres personnes, pour notre plus grand bonheur.

Donc, oui, ignorer c’est vraiment la meilleure solution au départ, quand on peut.

D’ailleurs du temps où le Bébou avait commencé à élargir son vocabulaire dans une direction un peu embêtante (c’était vers 2 ans et demie, je crois), j’avais assez bien réussi à garder mon calme (enfin, passée une première réaction un peu vive qui m’avait justement permis de constater l’intérêt scientifique que celle-ci avait suscité). 
J’avais réussi, passé l’effet de surprise, à gainer mes nerfs d’acier, et à accueillir les mots fleuris avec une indifférence digne d’un maître zen. Et en effet, hop, je dirais qu’en une dizaine de jours c’était réglé. Les gros mots avaient disparu, remplacés par d’autres acquisitions langagières bien plus intéressantes.

Youpi ! Pour cette fois.

Hélas, hélas, quand le deuxième épisode grosmotesque survint, la Bébounette était en mesure de s’y intéresser, et alors là....
C’est bien plus dur de rester zen quand DEUX enfants s’amusent à manier ce genre de mots, et que dans le tas, y a une demoiselle de SEIZE mois, cf plus haut.
Chacun des deux est un public tout trouvé pour l’autre, et l’un remet cent balles dans la machine pile au moment où l’intérêt de l’autre pourrait commencer à s’émousser

Donc, ignorer devient à la fois au dessus des forces du parent, et inefficace.

C’est le moment de s’amuser avec sa boîte à outils (Youpi !)


2. Montrer les sentiments, expliquer l’impact


Il s'agit de partir du principe que l'enfant est en plein apprentissage, et parmi cela, il y a l'apprentissage à la fois des codes sociaux, et de la prise en compte de ses propres émotions, et de celles d'autrui. Et la première personne pour dispenser cet enseignement, c'est nous ! (encore youpi). Donc à nous d'expliciter ces codes sociaux obscurs.
J’aimais bien l’image des « mots cailloux » : ce sont des mots qui peuvent faire mal, que les gens n’aiment pas entendre, cela peut les mettre en colère ; quand on dit ce genre de mots, les personnes n’ont généralement pas envie de parler avec nous…



3. Accueillir les sentiments et montrer d’autres manières de les exprimer


Passée la joie de la découverte (et on peut toujours exprimer cela avec eux « Ah tu trouves cela drôle n’est-ce pas ces nouveaux mots ? Le souci c’est que… » et hop, on embraye sur le point 2.), l’enfant va généralement utiliser ces mots pour exprimer des émotions un peu difficiles à vivre : frustration, colère, peur… (un peu comme nous, tiens. Bizarre, vous avez dit bizarre ?).

De la même manière que face à un enfant qui tape, il ne s’agit pas d’interdire purement et simplement ce comportement : ce serait donner le choix à notre enfant entre persister dans ce comportement OU nier, réprimer son émotion, laquelle a besoin de sortir, pourtant.

Eh non, là encore, rappelons-nous ce mantra de Haïm Ginott, un père fondateur de la parentalité positive : 
"Tous les sentiments sont acceptables, tous les comportements ne le sont pas."

A nouveau, notre rôle est d’accueillir l’émotion de l’enfant ET de de lui apprendre à l’exprimer d’une manière socialement acceptable. Bien évidemment, c’est ça qui est drôle, c’est un long apprentissage…
« Ah, tu te sens frustré de …. 
Ça te met en colère que…. 
Hum, quand on se sent en colère, on peut dire « je suis en colère » ! / On peut froisser une boule de papier !
Dessine moi ta colère » 
(avec, selon les cas, un peu du numéro 2. Mais il vaut mieux rester bref, rappelons nous que plus c’est bref mieux ça a des chances d’atteindre le cerveau un peu surmené de notre enfant).


4. Rediriger en remplaçant par d’autres mots drôles ou en circonscrivant



Quand décidément l’attrait des gros mots est trop fort, y couper court ne fonctionne pas.

En revanche, réorienter légèrement peut porter des fruits.

Soit, réorienter sur d’autres mots drôles
  • on peut proposer (ou proposer d’inventer) d’autres mots drôles à la place : y a pas à dire, en pleine aire de jeux on est beaucoup plus à l’aise avec un « saperlipopette » ou encore « corneguidouille » qu’avec le fameux P*** (et c’est l’occasion de redécouvrir les trésors linguistiques des temps passés…) ; 
  • L. Cohen, dans son fameux « Qui veut jouer avec moi », conseille même de réagit aux insultes par une interdiction factice : « Tu peux me traiter de tous les noms, mais surtout, ne m’appelle pas ‘chou-fleur à roulettes’ ! » (avec bouchages d’oreilles et colère feinte mais très démonstrative si, comme c’est bien évidemment le cas, on se fait traiter de chou-fleur à roulettes dans la seconde)

Ou on peut réorienter sur un lieu, en circonscrivant : « Ce sont des mots qu’on a parfois très envie de dire, dans ce cas là, on peut les dire aux WC ». Ce qui permet, ensuite, d’énoncer une simple règle « Les gros mots, c’est dans les WC », ou même « Les gros mots, c’est dans les … ? » ou encore d’emmener l’enfant par la main aux WC, en prenant un air très affairé et pressé (un peu comme quand ledit enfant a un besoin pressant, quoi ; là c’est un besoin pressant d’évacuer des gros mots). La règle sera d’autant plus forte qu’on se l’appliquera à soi-même : « Oooh j’ai très envie de dire un gros mot, je file aux WC ! » et hop on en balance quelques uns bien sonores (déjà connus des enfants, hein : pas la peine d’élargir leur vocabulaire).

On peut aussi réorienter sur le destinataire
  • « Quand nous sommes avec d’autres personnes et que tu as très envie de dire un gros mot, tu peux venir me le chuchoter tout doucement à l’oreille ». Hop, reconnexion : d’une pierre deux coups ! 
  • Encore faut-il être à l’aise avec cela. Une alternative qui peut fonctionner est de proposer « Hum, quand tu as très envie de dire un gros mot, tu pourrais me faire un signe secret comme ça je saurais. Quel signe secret pourrions-nous utiliser ? »



5. Passer à l’action en se protégeant / protégeant les autres


Une fois qu’on a expliqué qu’il s’agissait de mots désagréables, contraires au respect de la personne, il peut être nécessaire de passer à l’action pour faire passer le message. Jane Nelsen appelle ça « se respecter soi-même ».
On se protègera d’un comportement irrespectueux en soulignant qu’on n’a plus envie de jouer / qu’on préfère changer de pièce mais qu’on est dispo pour reprendre la discussion / le jeu dès que cela pourra se faire avec respect.

Et en ce qui me concerne, quand les gros mots ont lieu à l’extérieur / en présence de tiers, je demande à F. si telle ou telle chose peut l’aider à utiliser des mots respectueux ou si il vaut mieux que nous nous éloignions des autres pour le moment. Je ne répète pas cela 32 fois (auquel cas je risque de flirter très vite avec la menace), et n’hésite pas à rentrer mon petit monde / m’isoler avec mon fils au besoin.



Voici un panel d’outils déjà à même de bien aider face à la période « gros mots » que traverse tout enfant.

Néanmoins, parfois, cela ne suffit pas
. Rhaaaaaa.
  • Explication 1 : dynamique d’apprentissage, rappelons nous que souvent la répétition est fréquente et nécessaire avant que la leçon ne porte du fruit
  • Explication 2 : il y a quelque chose derrière

Oui, si rien ne marche, il s’agit d’aller creuser plus loin : que révèlent ces gros mots ? L’agressivité, qu’elle soit verbale et physique, est le plus souvent un message
Dire des gros mots peut être un simple signe de curiosité, et dans ce cas, les 5 outils détaillés ci-dessus devraient suffire, mais l’usage répété de gros mots, une agressivité verbale prononcée sont probablement davantage liés à un besoin de se sentir puissant, à un besoin de maîtrise, à des peurs, des problèmes non résolus, une colère durable et non exprimée.

C’est une piste que j’ai trouvée très intéressante dans « Développer le lien parent-enfant par le jeu » dont je vous parlais tout récemment, et qui consacre un chapitre à ce point-là. 


6. Identifier et combler le besoin bien caché derrière l’usage de gros mots

Si c’est un besoin de pouvoir, A. Solter propose 
  • des jeux donnant un sentiment de pouvoir à l’enfant, comme le fait de le prendre sur le dos et de se laisser guider : tape sur l’épaule droite, on va à droite, tape à gauche, on va à gauche.
  • Ou encore, des jeux permettant à la colère de l’enfant de sortir : bataille d’oreillers (dans lequel le parent se fait impérativement mettre la pâtée), 
  • ou tout simplement des moments régulier de jeu libre et exclusif permettant à l'enfant d'exprimer ce qu'il ressent et, aussi et surtout, de se reconnecter à son parent. (on retrouve le fameux temps dédié présent chez Jane Nelsen mais aussi fort logiquement, chez de nombreux autres auteurs en parentalité positive);

Il s’agit d’avoir recours à ces jeux quotidiennement et de miser un maximum sur leur effet restaurateur, à la fois du lien parent-enfant, et de l’intégrité émotionnelle de l’enfant, pour que notre grossier charmant enfant n’ait plus besoin d’avoir recours à l’agressivité verbale.

Cette dernière approche m’a fait un bien fou et je note des progrès dans le bon sens depuis que je l’ai rajoutée à ma boîte à outils !!

Évidemment, elle prend du temps et agit sur le long terme, mais…  

Aux gros mots, les grands remèdes

lundi 28 mai 2018

Poursuite de l'IEF ou école Montessori : le verdict

Rappel de l'épisode précédent : contre toute attente, F., qui tous les mercredis, se rend à l'école Montessori située à 10 minutes en voiture de chez nous, s'est vu offrir la possibilité d'y aller "à temps plein" (4 jours par semaine) à la rentrée prochaine.

Gloups.

C'était une possibilité sur laquelle j'avais, un temps, fondé beaucoup d'espoirs : quand c'était la cata à la maison. Mais de nettes améliorations de la situation m'avait permis de décider, assez sereinement, de continuer à instruire F. à la maison, et mon année 2018-2019 s'organisait doucettement de cette manière.

Y a pas de hasard : 
  • Que, cette année, à peu près au même moment, tous mes plans soient à nouveau bousculés, cette fois-ci en venant titiller l'aspect "école à la maison" desdits plans, ne devrait pas me surprendre.
  • Si donc, au printemps prochain, vous me voyez publier des billets concernant mes projets pour l'année suivante : ne les lisez pas
    • Nul doute qu'il arrivera quelque chose pour les rendre totalement caducs. 
    • Peut-être m'abstiendrai-je d'ailleurs de pondre des billets-planification. Ou même de faire des plans (mouais, pas très réaliste, je ne peux m'en empêcheeeeeer). 
    • Il serait probablement plus judicieux de remplacer ces billets par un petit jeu dans le style des paris à l'anglaise, pour déterminer quelle sera la variable concernée / la cause du bouleversement de tous les plans qui auraient pu oser germer dans la tête de la Gwen. Tant qu'à faire, autant rigoler un coup.

Bref.

Je ne vous cacherai pas que j'ai passé une très sale fin de semaine.
Cette question m'a vraiment retourné le cœur.

Vous noterez d'ailleurs que, alors que j'avais au départ 48h tout juste pour communiquer notre décision, je suis allée réclamer un délai de réflexion supplémentaire histoire de prolonger la torture.
Y pas d'mal à se faire du bien mal.

Mais ça y est, j'ai profité de l'horaire de la sieste pour envoyer un petit mail.


  • F. prendra le chemin de ladite école Montessori, 4 jours par semaine, en septembre 2018
  • Il connaîtra sa première vraie rentrée scolaire.
  • Pas de non-rentrée un peu narquoise cette année pour nous.
Enfin, si, pour sa sœur, E., dont nous venons de fêter les 3 ans, et que je n'envisage pas du tout de scolariser pour le moment (m'enfin, vous savez, hein, c'que j'en dis... cf le paragraphe sur les plans... Gwen blasée inside)

Pourquoi tant de haine ?

  • J'ai appelé la psy de F. pour avoir son avis. 
Elle a pensé qu'il était prêt pour cette séparation, et qu'elle pourrait même l'encourager, l'aider à prendre confiance en lui
Et qu'un quotidien plus réglé lui serait peut-être plus profitable qu'une alternance plus ou moins aléatoire entre jours IEF et  jours moins structurés gérés par une mamie au pair

  • J'en ai parlé à G1, notre ex mamie au pair, dont j'avais apprécié la finesse d'esprit et de perception, notamment concernant F. et son fonctionnement, justement. 
Elle avait déjà émis la supposition qu'elle avait l'impression que F. s'ennuyait, notamment dans les journées sans créneaux IEF( = les journées avec elle), qu'il manquait alors de stimulation. Aussi parce que, même si E. est un sacré petit bout de femme, et très avancée, elle a tout de même 2 ans de moins que lui et ne saurait suffire à le tirer vers le haut.

  • J'en ai causé avec ma chère Clotilde, dont les remarques et les questionnements m'ont bien aidée à avancer également. 
Et m'ont justement permis de pousser encore ma réflexion sur ce qu'impliquaient mes perspectives de reprise pro : un, mais probablement aussi deux jours pleins où F. serait confié à une mamie au pair, qui s'en occuperait certes avec beaucoup de soin, mais dont je ne pouvais garantir la capacité à apporter à mon fils une stimulation suffisante.

  • L'une de mes voisines, dont les garçons jouent régulièrement avec F., a même apporté sa petite pierre à l'édifice en me rapportant que F. aurait dit à ses fils qu'il avait envie d'aller à l'école. 
Ça vaut ce que ça vaut, mais cela vient tout de même nuancer la réaction pas enthousiaste de F. à l'allusion que j'avais tentée cette semaine.

Sublime billet, dont tous les paragraphes devraient être largués sous forme de flyers au-dessus des lignes ennemies dans les villages et les villes de France et de Navarre, et que je ne la remercierai jamais assez d'avoir écrit. 
Mais en l’occurrence, c'est le paragraphe intitulé "nos envies pour eux et leurs envies à eux" qui s'est trouvé être terriblement d'actualité. Allez donc le relire, et relisez tout le billet pendant que vous y êtes !


Or j'ai ruminé, longuement, mais il me semble que le besoin de contacts sociaux de F., et de stimulation par ses pairs, est actuellement très fort et sera mieux comblé par cette école-ci que par moi. 

Mais cette décision est dure à prendre, car aux inquiétudes pour mon fils (sera-t-il vraiment bien ? Aura-t-il sa dose de Maman suffisante ? Ne perdra-t-il pas en liberté, en capacité à faire mille activités et jeux dans sa semaine ?) s'est mêlée la douleur d'un deuil à faire.

F. a, peut-être envie, probablement besoin, d'aller à l'école, mais MOI je n'ai pas PAS DU TOUT envie qu'il y aille.


Oui, c'est difficile pour moi d'abandonner (partiellement ! L'IEF restera d'actualité avec E., 3 ans tout frais; mais nous devrons dorénavant composer avec les contraintes horaires du grand frère scolarisé) ma vie de maman IEF.
  • Cette liberté
  • Cette vie un peu hors du temps... à la fois dans l'absolu, et concrètement : je ne suis pas une pro de la ponctualité
  • Les mille possibilités de contacts et d'activités : je m'économise, par exemple, le billet projeté au sujet des moult activités extra-scolaires projetées pour mon duo l'an prochain. Emploi du temps plus chargé oblige, nous allons réduire la voilure sur ce point.
  • La position de première accompagnatrice des apprentissages de mon Bébou. En particulier maintenant, où il rentre dans la lecture : avoir assisté à cela a été une expérience merveilleuse (pas toujours facile,  hein, mais merveilleuse). Ultra gratifiante. Et je vais renoncer à cette gratification, à la joie d’être la première spectatrice des progrès de mon fiston, du moment où ça fait "clic" dans son cerveau. Même, je vais vous faire un aveu : ça m'énerve profondément de "lâcher l'affaire" au moment où il rentre dans la lecture, justement. C'est balbutiant pour le moment, ce sera maîtrisé l'an prochain. Et tout le mérite en reviendra à l'école, et ça, ça chiffonne mon amour-propre. Or comme je n'aime pas repasser, je n'aime pas qu'on chiffonne.
  • Ces matinées à 3 dans notre salle de classe. Nous y serons toujours, mais à 2...
  • ...

Mais c'est ainsi.
Peut-être l'arbitrage aurait-il été différent si je n'avais pas du tout envisagé de reprendre une vie pro. Mais je fais plus que l'envisager, j'y tiens, c'est devenu important pour moi, et il ne sert à rien d'en nier les impacts potentiels sur mes enfants.

En définitive, ce qui m'aura finalement aidée à finaliser la décision, cela aurait été de me poser la question du "pire qui pourrait arriver" pour chacun des deux scénarios.

Si je refuse cette place, mais que finalement F. a  vraiment du mal cette année, s'ennuie, est en mode conflictuel, rebelle : je n'aurai que peu de marge de manœuvre. 
Il faudra attendre la rentrée suivante pour l'envoyer rejoindre l'ambiance 6-9 ans de l'école Montessori en question. Cela aura fait un an compliqué pour tout le monde, et un an c'est très long, à 5 ans. C'est riche de possibilités, un an, et donc aussi potentiellement riche de possibilités non exploitées.

Si j'accepte cette place, mais que finalement F. a vraiment du mal, j'aurai plusieurs pistes à explorer 
  • réduire mon implication professionnelle de telle manière que je puisse plus souvent venir le chercher à la sortie de l'école (la psy de F. trouvait assez moyen le fait que, si je bosse 2 jours / semaine, la sortie de l'école sera assumée par quelqu'un d'autre que moi ces deux jours). Avec deux variables : moins de boulot RH, et/ou moins d'animation d'ateliers Faber et Mazlish
  • Une autre piste, pas forcément facile à mobiliser, mais existant tout de même : l'implication du papa / ses horaires
  • Et il n'est pas exclu (je ne perds pas espoir !) qu'une grossesse m'invite de toute manière à passer plus de temps à la maison à un moment ou l'autre de l'année. Non seulement cela viendra régler pour un temps le souci des sorties d'école, mais la disponibilité ainsi regagnée sera d'autant moins théorique (= je suis physiquement là mais pas en mesure de m'occuper vraiment de toi) que je pourrai plus facilement me reposer pendant que F. sera à l'école : mon besoin de repos ne sera pas nécessairement constamment en conflit avec son besoin d'activité.
  • Et au besoin, le retrait de l'école : nous y laisserons quelques plumes au niveau financier, mais...

Alors voilà, j'ai vraiment passé de sales journées, je sais que j'en passerai encore des pas très sympas, et que certaines interrogations seront promptes à remonter lors de moments difficiles. 
Je parie un million sur le fait que j'aurai tendance à surinterpréter chacun de ses comportements inappropriés en "c'est parce que je lui maaanque / le rythme est trop soutenu / il sature de voir tant de gens / il aurait besoin de plus de temps dehors".

Mais quand nous nous sommes lancés dans l'IEF, c'était aussi parce que je savais que si je ne le faisais pas, je n'allais pas être capable de gérer les insatisfactions que générerait l'école
"en IEF ça aurait été mieux !"
Là, après 2 ans d'IEF, en ayant observé mon fils, en sachant mieux identifier ses besoins et ce qui permet de les combler, l'approche est différente. Plus réaliste. Non, tout en IEF n'est pas forcément "mieux", toujours, pour tout le monde.

La tendance s'est inversée, au moins cette année : si je ne scolarise pas F., je risque de vivre chaque difficulté de l'année IEF en mode 
"si je l'avais scolarisé cela aurait été mieux!".

Alors je ravale un peu mes larmes, et je vais tâcher de faire de cette année une année la plus épanouissante possible pour F.
Et nous verrons pour la suite. 
Dès le départ, nous sommes partis sur le principe de réévaluer chaque année l'opportunité de faire IEF ou non, pour chaque enfant. Ce principe reste et restera valable, la question continuera à se poser chaque année. Or une question n'est une vraie question qu'à condition d'avoir a minima deux réponses possibles. 
Le moment est venu d'explorer ce que donne la 2ème réponse.



mercredi 23 mai 2018

IEF ou école Montessori ?

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhh !!!!

Un petit article tout chaud (ciel, deux billets de blog à 48h d'intervalle, cela faisait très très longtemps que ça n'était pas arrivé...) pour cause d'actualité brûlante.

Le fait d'instruire ses enfants soi-même est, comme beaucoup de choix éducatifs, un choix qu'il vaut mieux être prêt à reconsidérer régulièrement, au besoin pour le confirmer.
J'avais exposé, il y a deux mois, les grandes questions que je m'étais posées à ce sujet pour F. durant l'hiver, notamment en raison du fait qu'il allait mal. Pour finir par conclure que nous resterions en IEF l'an prochain.

Et j'étais très bien avec cette décision, et j'en ai profité pour reprendre peu à peu le chemin d'une petite vie professionnelle, et j'avais même repéré les avantages que présente l'IEF pour mener une vie pro, justement.

Ceci dit, parmi les points qui avaient aussi facilité la décision, il y avait aussi un détail, oh, vraiment, une broutille : le fait qu'a priori l'école Montessori qui nous plaît (la seule possibilité de scolarisation que je puisse envisager pour le moment pour F. . Vu son mode de fonctionnement, une scolarisation eu milieu normal me semblerait beaucoup trop risquée) n'avait de toute manière pas de place libre l'an prochain.

Si ce n'est que ce matin, en y amenant F. puisqu'il y est inscrit pour les activités du mercredi, la directrice m'a informée du fait que, finalement, si je voulais, une place s'était libérée. 

Aaaaaaaaaaaaah. (oui, je me répète)

Depuis, j'ai un petit vélo dans la tête.

Au départ j'étais en mode 'ben je vais lui dire non merci",
  • ma reprise pro signifierait qu'au moins un à deux soirs / semaine, ce n'est pas moi qui irait le chercher, et il n'y aurait pas "les autres jours" où nous serions toute la journée à la maison pour compenser : assez de temps avec Maman ?
  • et les soirs où j'anime des ateliers, ce serait encore pire
  • ça prive E. de compagnie pendant 4 jours par semaine, de 8h30 à 15h45
  • ça fait une logistique, des horaires, plus lourds; même en terme de liberté pour les sorties, du coup
  • idem, je ne le vois plus participer à plein d'activités extra-scolaires, il aura déjà suffisamment de contraintes
  • ce n'est pas ce que j'ai vendu à notre mamie au pair 
  • et puis même si ce n'est pas un choix forcément définitif et éternel, quand même, un retour à l'IEF pour des classes plus grandes me semble plus compliqué / intimidant que la simple poursuite de l'IEF dans la continuité (ne serait-ce que parce qu'on "grandit" avec l'enfant en IEF, nous aussi on augmente la complexité de ce qu'on réussit à proposer)
mais 
  • Monsieur Bout, à qui j'ai envoyé un sms dans la foulée, mais plutôt en mode informatif, m'a rappelée aussi sec, et penche en fait plutôt pour le oui, 
  • ma petite nièce est très heureuse là-bas, le personnel est top et F. les apprécie beaucoup : c'est une vraie chance, car vraiment, "école Montessori" n'est pas égal à "école Montessori", mais celle-ci est chouette
  • F. est quand même très en demande de contacts au quotidien, 
  • la psy de F., que j'ai appelée afin de récolter aussi son avis à elle, me dit que ça pourrait être le bon moment
  • l'effet groupe pour apprendre serait vraiment pas mal
  • et si (si...) je réussis enfin à démarrer mon activité RH, j'aurai de quoi financer cela sans trop de souci. Si non, on peut encore y arriver, en tous cas cette année.

Coté "allemand": il passerait moins de temps avec notre future mamie au pair, mais à l'école une des langues pratiquées est l'allemand.

J'ai 48h (ben oui, y a d'autres gens sur liste d'attente) pour discerner quel sera le meilleur chemin pour F., pour moi, pour notre famille.

le dilemme cornélien peut aller se rhabiller !


Aaaaaaaaaaaaahhhhhh ! (ter)

dimanche 22 avril 2018

Gestion des émotions et des conflits : Bastien et les Blipoux, le Faber et Mazlish pour les enfants !

Transmettre à nos enfants des compétences en gestion de leurs émotions et gestion des conflits, représente un sacré travail.
Surtout quand, comme moi, comme de nombreux parents, on est en fait soi-même en train de s'approprier ces mêmes compétences.

En tant que parent, on peut compter sur des livres très bien fichus, et éventuellement aussi, des ateliers de parents. Nos enfants peuvent compter sur nous (plus ou moins, selon les moments...). Mais on est également bien contents de pouvoir s'appuyer sur des lectures adaptées à leur âge. Heureusement, c'est un domaine dans lequel il commence à exister de bonnes références !

En voici une, découverte lors de ma formation d'animatrice Faber et Mazlish.

Bastien et les Blipoux


Ce n'est pas pour rien que je l'ai découvert à ce moment-là : il a été écrit par les mêmes auteures que mes très chers livres de chevet "Parler pour que les enfants écoutent...", "Parents Épanouis, ,Enfants Épanouis", et les autres livres de la série. Et précisément, dans le but d'aider nos enfants à s'approprier des manières constructives de gérer leurs émotions et les conflits qui émaillent leur quotidien.
Ici, nous suivons une journée de la vie de Bastien, un petit garçon dont la journée précédente a été parsemée de conflits désagréables à vivre : avec sa mère, avec son père et sa sœur, avec son meilleur ami. Dans la nuit, deux petits êtres bizarres arrivent pour l'aider: ces fameux Blipoux. Bastien, en retrouvant chacun de ses "opposants" de la veille, bénéficie des conseils du duo (deux avis souvent opposés) pour les résoudre.


  • Ce bouquin a énormément plu à mes enfants, je crois que j'ai bien du le lire au moins 2 ou 3 fois par jour lors de sa première semaine chez nous (il y a bientôt 3 mois) et il est régulièrement demandé depuis. Il peut convenir à des enfants dès l'âge de 3 ou 4 ans, et jusqu'à 10 ans sans souci. (E., du haut de ses pas encore 3 ans, est au taquet, mais elle est stimulée par la présence de son grand frère.)
  • L'histoire est mignonne, elle "se tient", les dessins sont tout à fait corrects bien que pas exceptionnels non plus.
  • Il est long : 68 pages. 
    • Cela permet de bien approfondir la thématique, sans raccourcis ni approximations : on voit clairement les mots et attitudes qui aident, ceux qui n'aident pas. 
    • De ce fait, je l'ai lu une première fois en entier (utile, pour permettre à chacun des conflits évoqués au chapitre 1, de trouver sa conclusion dans les chapitres suivants), mais ensuite j'ai toujours annoncé la couleur : "on lit 1 (ou 2) chapitres, les enfants!" Sinon, c'est vraiment looooong. (Mais si vous avez un trajet en train à meubler, ça peut jouer pour vous !). Du coup, c'est marrant, on voit bien aussi ce qui turlupine les enfants : F. me demande trèèèès souvent le chapitre dans lequel Bastien s'oppose à son petit copain. E., davantage celui où notre héros se dispute avec sa petite sœur...
  • On y retrouve deux grandes thématiques : 
    • les manières d'exprimer ses sentiments, notamment négatifs (ou en tous cas sources de conflits) : "Je suis fâché, je n'aime pas quand tu...", par exemple, et de formuler des demandes  : "j'aimerais", 
    • la dynamique de résolution de problèmes / recherche de solutions qui conviennent aux deux parties.
  • Il est fin : Groge, le premier Blipoux, pousse plutôt au conflit, Mori, l'autre, à la recherche de compromis, mais sans que l'on puisse étiqueter le Méchant / le Gentil. Ce n'est donc ni tout noir, ni tout blanc, il n'y a rien qui soit méchant ou gentil, mais des choses plus ou moins utiles : Groge s'entend ainsi donner raison quand il s'oppose à son confrère qui recommande de dire les choses "gentiment" : "mais il ne se sent pas gentil !". L'avantage d'avoir ces deux voix est que cela permet en outre des jeux de rôle, soit pendant un conflit (si pas trop chaud), soit en débriefing de conflit (pour analyser et en tirer des leçons plus tard) : 
"que dirait Groge sur ce coup-là tu crois ?" (là l'enfant peut se lâcher, ça lui fait du bien!), 
puis "et Mori ?
"Bon, et toi, que penserais-tu le plus utile ?"
  • Comme toujours, la traduction est canadienne, on retrouve donc quelques particularismes mignons, que, pour ma part, je corrige souvent au fil de la lecture.
  • Le niveau de langage du livre est plutôt bon, je regrette en revanche l'usage assez fréquent du "on" en lieu et place du "nous".


Deux remarques en complément :
  1. Ce livre se prête aussi particulièrement bien à des lectures collectives (bibliothèque, classe, etc). Dans le cas d'une classe, j'encouragerais vivement à procéder dès le départ par épisode. 5 chapitres, cela peut par exemple s'étaler sur une semaine de classe pour approfondir !
  2. Devant le succès du premier, Faber et Mazlish ont récidivé et sorti "Bastien et les Blipoux à l'école" : Bastien déménage et éprouve des difficultés à s'insérer dans sa nouvelle école, alors les Blipoux débarquent de nouveau pour lui filer un petit coup de main.

En conclusion, je soulignerai que ce livre est à la fois une chouette manière d'inciter nos enfants à coopérer avec nos nouveaux outils Faber et Mazlish... mais que c'est également un excellent moyen pour présenter l'approche à des parents qui ne la connaissent pas : les histoires racontées dissipent par exemple très bien la peur de "l'enfant roi", qui agit comme répulsif et dissuade de nombreux parents de creuser un peu plus. Là, on voit très bien que la maman, par exemple, respecte ses propres limites. Du coup, l'intérêt de ce mode de résolution du conflit parle également aux parents, il montre la possibilité d'une éducation respectueuse de l'enfant et du parent, et donne envie de rentrer dans cette logique-là. 
(Bref, je dis ça, je dis rien, mais si vous avez un cadeau à faire à un enfant de votre entourage... ou un cadeau de naissance et vous souhaiteriez aussi un petit quelque chose pour l'aîné...)