En novembre je vous présentais 2 petits jeux de société très bien en eux-mêmes, mais aussi la manière dont je les utilise pour
jouer "en allemand" avec les enfants, et ainsi contribuer à ce qu'ils s'approprient peu à peu cette langue.
Line a fait ce commentaire très intéressant…
En fait, ces techniques proposées fonctionnent très bien lorsque l'on maîtrise un minimum la langue (non, il ne faut sans doute pas un niveau interstellaire mais il faut quand même pouvoir accorder correctement les mots selon leur genre, leur fonction en allemand, posséder un minimum de connaissances quant à la structure des phrases, avoir un accent correct etc)
L'apprentissage de langues à nos enfants est vraiment l'obstacle sur lequel je bute en IEF.
Les questions soulevées méritant à mon avis plus de quelques lignes de réponse, d'autant que je soupçonne que Line est looooin d'être le seul parent paralysé par ce problème, voici un billet sur le sujet.
Disclaimer (ouais, chechi est un article hautement innnternachionâââl)
Il est facile pour moi de parler, et de dire que c'est facile et tout, puisque j'ai la chance d'avoir un bon niveau dans les langues étrangères que je pratique, et notamment dans celle que je tiens à transmettre à mes enfants : l'allemand.
Ceci dit, l'apprentissage des langues constitue un thème qui me passionne en tant que tel, et je me suis beaucoup intéressée à la manière dont cet apprentissage fonctionne, à la mécanique derrière l'intégration d'une langue étrangère.
A la fois pour progresser moi-même (bicoz il a quand même fallu que je les apprenne ces langues, et j'ai aussi à cœur de les entretenir), et pour les transmettre (à mes enfants, aux personnes à qui j'ai pu donner des cours particuliers, et aussi en aidant des personnes de mon entourage cherchant à progresser). Car je ne fréquente pas que des gens ayant un bon niveau en langues étrangères (si si, je vous assure. Ce n'est pas un critère de sélection pour mes amitiés. C'est fou hein !), donc ça m'a permis d'observer comment ça se passait chez d'autres personnes.
Et puis j'ai eu la chance d'effectuer une partie de mon apprentissage de langues étrangères dans d'autres pays, et fréquenté et discuté du sujet avec des nombreux étrangers issus de systèmes d'éducation différents, ce qui m'a permis de voir d'autres méthodes, d'autres approches que celles en vigueur en France, et ça aussi, ça nourrit la réflexion.
Et justement, mon premier point, c'est qu'il n'est pas du tout, mais alors pas-du-tout nécessaire de parler bien une langue étrangère pour l'enseigner à son enfant.
Pas du tout.
On peut parler l'anglais comme une vache espagnole, ça n'empêche rien.
Parler parfaitement : une illusion française
Eh oui.
Cette exigence,
ce complexe d'infériorité,
cette honte à ouvrir la bouche parce qu'on pense à toutes les erreurs qu'on fait et qu'on les estime impardonnables,
ce blocage qui fait que vous restez muet ou balbutiez une phrase après 10 minutes de réflexion intense…
C'est quelque chose dans lequel vous vous retrouvez ?
Et alors, déjà que vous avez honte de ce péché CAPITAL, vous crevez de peur à l'idée de le transmettre à vos enfants ?
Merci, merci, merci en grande partie, à la manière dont sont enseignées les langues étrangères en France : on commence avec un max de grammaire, on inculque la peur de l'erreur, et personne n'ose parler.
Quand on prononce une phrase en cours, la première chose qui se passera c'est une correction du prof. Y a pas mieux pour couper l'envie de communiquer.
J'ai tellement vu la différence avec mes cours d'italien LV3 ! Ma prof avait une manière de faire bien à elle, elle nous reprenait très peu, mais nous encourageait à raconter un maximum de choses, y compris des conneries, voire même surtout des conneries, ladite prof étant dotée d'un humour au 2ème degré très développé.
Je peux donc dire qu'en 2 ans, mon niveau d'italien a dépassé mon niveau d'anglais d'alors parce que j'ai appris à parler italien pour pouvoir raconter des conneries. Pour pouvoir communiquer. Parce que, même si la manière dont elle nous est enseignée tend à nous le faire oublier, c'est à ça que ça sert une langue étrangère. Pas à éblouir un académicien avec des phrases parfaites, mais à rentrer en communication avec des gens étrangers.
On apprend à parler une langue pour pouvoir parler, communiquer avec le voisin, et on l'apprend en communiquant, en parlant.
Pour apprendre à parler une langue, il faut oser la parler : rien n'est plus nuisible à l'apprentissage d'une langue étrangère que le souci de la perfection.
Un parallèle qu'on retrouve en parentalité positive, du reste : que de fois j'ai entendu
"La parentalité positive c'est trop dur, j'y arrive pas, alors tant pis je fais sans".
Tentation notamment chez les mamans de familles nombreuses, confrontées encore davantage au manque de temps pour répondre "correctement", c'est à dire autrement qu'en mode réflexe, aux mille sollicitations, multipliées par X enfants, et enrichies d'un coefficient de disputes entre enfants, de leur progéniture. (d'ailleurs j'aimerais bien approfondir ça dans un billet un jour)
Eh oui; en parentalité positive aussi, si on veut "faire toujours bien", c'est mort.
Si on accepte que
des fois on fera bien, des fois non, et qu'au début notamment on fera très souvent tout à fait autre chose que ce qu'il aurait théoriquement fallu, eh bien
on se donne une chance de prendre de nouveaux automatismes peu à peu.

Une langue étrangère, qu'elle soit la langue du parent positif ou la langue des Grands-Bretons, c'est pareil : la parler mal c'est le début du parler bien.
De la même manière que nos enfants ont appris à parler leur langue maternelle en balbutiant, commencer à parler mal n'est pas un obstacle pour apprendre à parler bien mais un tremplin. Une étape incontournable et ultra efficace. Offrons-la à nos enfants !
En leur offrant la chance de parler mal une langue, nous leur offrons la première marche vers le parler bien.
"oui mais je vais lui donner un mauvais accent"
Stop ! On n'arrête pas de souligner la plasticité du cerveau de l'enfant en particulier et de l'être humain en général alors pourquoi avons-nous à ce point l'impression que les premiers mots d'allemand, d'anglais etc mal prononcés seront gravés à jamais dans le cerveau de notre enfant ?
Des gens ayant grandi dans des quartiers à l'accent très "populaire" apprennent tout à fait à s'en défaire quand c'est un obstacle pour évoluer dans des milieux plus huppés, alors pourquoi pas notre enfant ?
A titre personnel j'ai commencé à apprendre l'anglais en Allemagne, avec des professeurs allemands. Pendant longtemps, des personnes ne me connaissant pas et m'entendant parler anglais me pensaient donc allemande. Maintenant, ils sont bien pommés, car avec l'utilisation de l'anglais en milieu professionnel français, de l'accent français s'est faufilé. Alors leur meilleure supposition est de me penser suisse ;-) . Pour l'accent gravé à jamais, on repassera.
Dans la vie, il vaut mieux parler une langue étrangère avec un accent pas top et de manière pas parfaite, que ne pas la parler parce qu'on aurait voulu la parler avec un bon accent. L'excellent accent est bon pour l'égo; il ne sert que peu la communication. Voire… il peut la desservir.
Moi qui en ce moment interviens pas mal, sur le plan pro, sur des sujets de communication multiculturelle, c'est quelque chose que je constate souvent. Les différences entre les cultures provoquent un certain nombre de malentendus, des bourdes culturelles sont faites. Elles sont beaucoup plus fréquemment perçues comme telles (= involontaires, dues à la différence de culture, plutôt que volontaires, dues à une intention mauvaise, blessante, etc) si elles sont faites par quelqu'un dont la maîtrise imparfaite de la langue souligne le caractère étranger, que si elles sont faites par quelqu'un dont l'excellente maîtrise de la langue provoque une attente (souvent inconsciente) d'excellente maîtrise des codes culturels… Des mésaventures qui touchent notamment des personnes bi-nationales par leurs parents, donc parlant parfaitement leur 2ème langue mais n'ayant en fait vécu que dans un des deux pays.
"Je vais lui inculquer une mauvaise syntaxe !"
Mêmes arguments. Il vaut mieux mal parler une langue que ne pas la parler du tout.
J'ai travaillé dans des entreprises de toutes tailles et de toutes cultures, que ce soit la bonne vieille boîte franco-française avec juste une petite filiale outre-Rhin ou outre-Manche, à la grosse multinationale avec un chef à Amsterdam, un à Seattle, et des correspondants dans la Ruhr et puis des gens d'un peu toutes les cultures au milieu.
Donc oui, dans mon milieu pro j'en ai vu des gens faire des tas de fautes de syntaxe en réunion.
OUI, ils seraient encore plus efficaces avec un syntaxe parfaite. Mais à peine, en fait.
Ils sont de toute manière 100 fois plus efficaces que ceux qui, dans l'assemblée, sont trop inhibés pour oser aligner deux phrases.
Et mal la parler est, je le répète, de toute manière l'étape incontournable pour bien la parler ensuite, donc si on peut déjà amener son enfant à cette étape là c'est GENIAL.
Génial et lourd de conséquences, puisque, je reviendrai dessus dans un autre billet, parmi les manières qu'on a d'améliorer une langue, justement beaucoup fonctionnent pour améliorer… donc faut de l'existant. Vous ne ferez pas de votre enfant quelqu'un de véritablement bilingue à 12 ans; mais ce n'est pas nécessaire. Il aura créé un sacré nombre de connexions neuronales, un capital qu'il pourra ensuite continuer à augmenter au fil de sa vie.
Enfin, il y a un dernier point que nous transmettons en transmettant notre anglais pourri, notre allemand minable et notre vietnamien lacunaire à notre enfant. Non seulement nous transmettons notre accent m**ique (qu'il pourra perdre ou pas), notre syntaxe "créative" (qu'il pourra améliorer ou pas), mais nous transmettons encore un autre truc, et pas des moindres.
Que se passe-t-il quand on fait l'effort de parler à quelqu'un dans sa langue ? Même juste quelques mots mal prononcés (par exemple
à Hong-Kong, même si j'ai communiqué en anglais avec des gens maîtrisant très bien cette langue, j'ai demandé comment dire "
merci" en cantonais et je me suis attachée à l'utiliser
- nan ne me demandez pas comme ça se dit, j'ai oublié depuis !) : on se trouve face à des
gens ravis d'entrer en relation, touchés de cet effort. C'est un petit geste à effet-papillon, un petit geste de fraternité entre les peuples.
Bref : en parlant mal sans complexe, on transmet un message fort à son enfant : le désir d'entrer en contact, la relation, passe devant la honte et le souci de parfaite maîtrise. C'est un message beau, un message décomplexant. Je n'ai pas besoin d'un truc valorisant pour l'ego pour aller vers autrui. Je n'ai pas besoin d'être parfait pour entrer en relation, apporter quelque chose à mon prochain.
Je dis ça, j'dis rien.
Après cette première partie à visée ouverture des shakras, en mode "pourquoi transmettre sans complexes son anglais pourri à son enfant", passons maintenant sur le côté pratique.
"Comment transmettre le maximum d'anglais /autre langue à son enfant".
Attention, de nouveau : pas de perfectionnisme. Il ne s'agit pas de cocher toutes les cases de cette liste, mais d'avoir sous les yeux une listes d'idées et de confronter cela à nos possibilités. La voisine fait surement mieux que nous, c'est é-vi-dent. OSEF.
Contentons-nous de faire ce que nous pouvons, ce qui nous est facile, ce qui nous plaît, ce qui nous parle : chaque truc sert à notre enfant.
Et attention encore : ce qui précède, comme ce qui suit, ne vise pas à charger une dose de culpabilité supplémentaire sur les épaules de parents ne se sentant pas ultra motivés pour investir de l'énergie dans la transmission d'une langue étrangère à leur enfant.
Dans notre vie déjà bien chargée, nous ne pouvons être partout. Elever nos enfants avec bienveillance, leur cuisiner des petits plats bio ZD pas chers, cultiver un potager, jouer et transmettre un instrument de musique, parler et transmettre des langues étrangères, pratiquer et transmettre sports et amour de la nature, remplir les caisses d'une manière ou d'une autre (mais qui soit avouable), avoir une vie de couple épanouie, une vie sociale de ouf et 36 engagements associatifs ? Mais oui bien sûr ! Là dedans, des choix sont à faire; si transmettre une langue étrangère ne vous tient pas véritablement à cœur et que vous préférez mettre votre énergie dans le fait d'emmener vos enfants à la piscine régulièrement, il n'y a pas de raison de vous lapider (en plus c'est pas très ZD la lapidation).
Ca vise juste à ouvrir des horizons à des parents ayant vraiment envie d'investir dans ce domaine, mais se sentant jusqu'à présents mal placés pour le faire.
Le secret étant : la diversification des moyens, autant que possible. On peut faire plein de trucs avec son accent pourri et ses connaissances quasi inexistantes. Si on n'a que ça comme ressource, c'est déjà quelque chose d'extra, cf. tout mon premier point. Mais en plus, on n'est pas seuls sur terre : nombreux sont les moyens à mettre en œuvre pour que notre enfant, en plus de ce que nous pouvons lui apporter directement, ait accès à d'autres sources d'allemand, d'anglais, etc.
Donc
A faire soi-même
dire quelques phrases dans le quotidien (toujours les mêmes; celles-là, on peut les faire vérifier grammaticalement par son pote qui parle la langue, son conjoint, etc;) :
jouer en allemand en utilisant plus ou moins toujours les mêmes phrases, comme exposé ici : plus besoin de complexer. Si vos phrases sont incorrectes, vous savez maintenant que ce n'est pas grave du tout.
Utiliser des moyens technologiques divers
Eh oui ! Grâce à eux l'effet "j'ai un accent pourri, une prononciation comique et une syntaxe approximative" est diminué : avec ces outils on fait entendre d'autres accents, d'autres mots, une syntaxe probablement plus correcte à notre enfant.
Pensons bien que les aides technologiques seules ne suffisent pas à nos enfants pour apprendre. Une langue a besoin d'être incarnée, d'où l'intérêt de ne pas se laisser complexer par son niveau inexistant. C'est parce que on parlera comme une vache espagnole avec son enfant qu'il pourra bénéficier des aides technologiques parlant mieux que nous.
Donc, ces moyens (je les mets dans l'ordre chronologique car certaines ressources peuvent être utilisées avec des débutants complets, tandis que d'autres nécessitent déjà une première familiarisation avec la langue)
-
dès tout bébé, et/ ou à n'importe quel âge, ça exerce l'oreille. Et un jour on a la surprise d'entendre fredonner quelques petits bouts de phrase.
Mon hit absolu "tchu tchu tchu die Eisenbahn"; une comptine qui fait faire le train. Très utile à apprendre : je la chante dès que je veux emmener les enfants à la douche / se mettre en pyj / se coucher. Ils n'y résistent quasiment jamais. Parentalité positive ludique + allemand = 2 en 1 ! L'Oréal peut aller se rhabiller.
La Lunii : (pas tout de suite tout de suite, mais dans un 2ème temps). Sur la nôtre, j'ai fait exprès de ne charger QUE des histoires en allemand (on peut l'acheter direct en allemand sur le site original, ce qui permet que le pack de base fourni gratuitement soit en allemand). Pas besoin de se ruiner, un pack d'histoires suffit pendant longtemps : n'oublions pas qu'en matière d'imprégnation de langue étrangère, entendre 30 fois les quelques mêmes textes est plus efficace qu'entendre quelques fois 30 textes. Le niveau de langue et le débit est très bien. En ce qui nous concerne nous fonctionnons toujours avec ce seul pack (depuis… un an bientôt ?), je pense que j'investirai dans un 2ème… euh… c'est pas pressé. Peut-être avant les trajets d'été ?
CD d'histoires audio (idem, ça probablement dans un 2ème temps, voire un chouilla plus tard que la Lunii, la Lunii ayant l'avantage de l'interactivité des questions de choix "Veux tu que ce soit dans une forêt ? Dans une maison ?" qui stimule la compréhension / l'intérêt). Nous en avons 1 dans la voiture, qui est mis de temps en temps pendant certains trajets. E. aime beaucoup, F. accroche parfois, parfois moins.
Faire appel à des personnes extérieures pour donner un coup de pouce
rentabiliser : faire garder son enfant mais par un étudiant étranger, en lui demandant de baratiner son / ses enfants dans la langue
demander à un étudiant / une personne âgée étrangère de venir jouer avec son enfant / se balader avec lui dans sa langue / lui lire des bouquins, 1h par semaine (ou moins, ou moins souvent ! pas de perfectionnisme, là encore. Evidemment que plus c'est fréquent, mieux c'est, mais encore une fois, le mieux est l'ennemi du bien)
Là encore, ça ne rendra pas l'enfant bilingue comme par enchantement, mais ça ancre la langue encore davantage, ça participe à cette imprégnation, ça familiarise l'oreille de l'enfant avec ces sons, ces mots, cette grammaire.
Les enfants sont des éponges, profitons-en. De nos jours, nombreuses sont les personnes d'origines diverses expatriées, le bouche à oreille peut nous permettre d'organiser ces contacts.
Remarque générale : Point n'est besoin de forcer les choses en obligeant l'enfant à parler dans la langue. Ca viendra probablement tout seul, plus ou moins longtemps après… L'important est que la zone linguistique du cerveau se structure, elle.
Enfin : progresser soi-même dans la langue
Vouloir la transmettre à son enfant constitue une sacrée motivation. Avoir conscience qu'en la parlant mal avec eux on œuvre efficacement à cette transmission, est le meilleur moyen de progresser, puisque, rappelons-le, les langues étrangères c'est comme chez les Shadocks : plus ça rate, plus ça a de chances de réussir.
Donc rien qu'en faisant tout (ou une partie de) ce que je viens de lister, on va progresser; avec des erreurs (des "fautes", vous savez, cette manière bien française de mettre un côté moral, culpabilisant, à quelquechose qui ne revêt pourtant aucun caractère moral; nan, mal parler une langue ne fait pas de la personne une mauvaise personne).
Et puis je reviendrai vous parler très bientôt d'une autre manière très simple, et pas trop prise de tête, compatible avec la vie de tous les jours d'un adulte lambda, pour entretenir et améliorer ses compétences linguistiques (et non, je ne vais même pas vous vendre quoi que ce soit. Rho zuuuut, et mon million alors...)
J'espère déjà vous avoir bien décomplexés : transmettez votre "allemand / anglais / espagnol / whatever" de m***, c'est déjà un super cadeau à faire à votre enfant !
Aof viderzen.