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lundi 15 juillet 2024

Le retour de l'Allemand, round 2 - Mamie au pair : le revival !

Ce blog a retracé nos sublimes (et parfois pas sublimes, mais cocasses a posteriori) aventures avec nos mamies au pair, qui nous ont permis de tisser des liens géniaux avec des femmes géniales venues nous soutenir et soutenir l'imprégnation d'allemand de nos enfants.

Et puis, nous pensions avoir clos ce chapitre de nos vies avec le décès de notre regrettée G4, cf. ce billet.

Mais ... le temps a fait son œuvre, et surtout, Duolingo aussi : en voyant F. se remettre à l'allemand, faire des progrès, l'envie de le soutenir encore davantage m'est peu à peu venue.

Nous en avons discuté avec Monsieur Bout, avons acté que, moui, peut-être, ....et j'ai commencé quelques prospections Facebook et envisagé de réactiver mon compte sur le site internet spécialisé par lequel nous avions notamment rencontré notre G4.

J'étais encore tiède, je l'avoue. Jusqu'à ce qu'une conversation Facebook avec une potentielle candidate me fasse complètement basculer. 

Bascule qui tenait en un seule mot : mon interlocutrice était, de métier, menuisière.

ME-NUI-SIERE !!! 

C'était un signe : si il y avait bien un genre de personnes susceptible de pouvoir intéresser F. et le pousser à dialoguer avec elle, c'était ELLE ! Mon F., féru de bricolage, et tristement tombé entre 2 parents équipés de mains gauches et d'une phobie avancée à l'égard de de tous travaux manuels. 

2ème énorme avantage : G5 ne parle pas un mot de Français (enfin, si, mais vraiment très peu. Elle déplore d'être nulle en langues malgré les efforts qu'elle déploie), si bien que les enfants ne peuvent faire autrement qu'interagir en allemand avec elle. Ca aurait pu être un souci quand ils étaient petits, ça ne pose aucun problème maintenant :

  • E. parle très bien allemand, et peut au besoin jouer les interprètes pour ses frères
  • ils sont plus grands donc moins vulnérables / moins susceptibles d'être dépassés par une situation et paniqués par la barrière linguistique
  • nos besoins ne sont plus les mêmes donc ne requièrent plus les mêmes choses : il ne s'agit plus de garder les enfants des journées entières en notre absence, puisque le quotidien est déjà pleinement géré par Monsieur Bout.

Ca tombait fort bien, car de son côté notre G5 a 0 besoin financier, donc l'échange "gite + couvert contre services" lui suffisait parfaitement. Dans le cas contraire, nous aurions tout à fait été prêt à gonfler notre besoin pour lui donner une rémunération, mais c'est le cadet des soucis de G5.

Nous sommes donc partis sur un accord comportant les modalités suivantes

  • 1 à 2 soirs de babysitting par semaine (nous sommes sortis, super tranquilles ! nous avons même eu une vie sociale !)
  • G5 libre de ses journées en semaines, mais s'efforçant sauf exception (en cas de projet de super excursion) d'être à la maison pour le retour des grands à 18h (et parfois dès 17h pour le retour de H.) : au retour de Monsieur Bout et des enfants, hop, petits moments individuels avec chacun : histoire et playmobils avec H., soutien aux devoirs d'allemand et activités avec E., bricolage avec F.
  • les mercredis, qui sont mes jours off, journée avec moi : courses et moments avec enfants
  • le weekend, au moins 1 jour off, et souvent un peu de temps avec nous l'autre jour.
Nous avions utilisé l'expérience réussie de G4 et donc reproduit le principe du "weekend de faisage de connaissance" en novembre (spoiler : la prise de contact a été bonne) après quoi G5 est venue passer un mois entier à la maison en mars.

Succès total. Je me suis applaudie de mon génie car la complémentarité de G5 avec notre famille s'est effectivement avérée excellente. 
  • L'astuce "menuiserie" a marché, ah mais elle a marché, que dis-je, elle a couru ! sur le mois de présence de G5, F. et elle ont construit une caisse à savon qui roule merveilleusement et fait les délices des enfants de la résidence. Accessoirement, sa construction a poussé F. à blablater de son mieux avec G5, et a encouragé ses progrès.
  • G5 étant méga douée au niveau manuel, elle a également appris le crochet à E.
  • quant à H., c'est lui qui s'est montré le plus circonspect concernant cette personne ne parlant pas français. 
    • Il s'est laissé lire des livres en allemand et lui a consciencieusement parlé français pendant 3 semaines et demie. 
    • 3 jours avant le départ de G5, il s'est mis à lui parler allemand, à nous parler allemand (2-3 mots, hein, ne nous emballons pas), à demander "comment on dit ça en allemand" 
    • une dynamique sur laquelle nous avons du coup pu surfer depuis : il est beaucoup plus facile d'émailler nos journées de petites conversations en allemand, on a passé un cap, clairement !
  • Autre effet secondaire absolument génial de la douitude manuelle de G5 : elle a employé celle-ci au service d'une maison en ayant bien besoin : elle a retapé nos chaises de cuisine en bois, réparé une lunette de WC (cassée depuis plusieurs mois... peut-être même un an!), recousu des boutons, réparé des coutures qui avaient lâché. Le piiiiieeeed ! Depuis son départ, à sa demande je me fais une liste des choses à faire de ce style que je remarque en vue de la prochaine fois qu'elle viendra, parce que là, comme c'était la surprise, certaines idées sont venues au fur et à mesure... voire au dernier moment.
  • Autre point de complémentarité : autant G5 est douée en travaux manuels que nous détestons, autant elle aime manger mais déteste cuisiner alors que ça, je sais et j'aime faire. Elle était donc ravie de se mettre les pieds sous la table, et moi ravie de la régaler. Cerise sur le gâteau, nos styles alimentaires se retrouvaient bien : chercher à manger sain l'essentiel du temps, et être gourmands quand même.
  • Les enfants l'ont adorée, elle les a adorés, et trouvés très bien élevés (c'est là où je me suis dit que nous avons bien avancé par rapport à il y a quelques années; et en même temps, j'avais aussi vérifié que nous étions assez sur la même longueur d'ondes niveau éducation, donc ses critères "bien élevés" étaient proches des miens : respectueux, aidant à la maison, autonomes, curieux).
  • Elle-même a le sens de l'humour, fait preuve de finesse aussi bien relationnelle qu'intellectuelle, a su profiter à fond de son séjour en mixant temps "à rien faire dans sa chambre", temps avec nous, temps d'exploration, bref, au bout d'un mois ni Monsieur Bout ni moi n'aurions trouvé à redire à ce qu'elle prolonge son séjour aussi longtemps qu'elle le voudrait. Elle fait vraiment partie de la famille et nous avons retrouvé ce que nous avons pu expérimenter avec nos meilleures mamies-au-pair : une fluidité de fonctionnement qui fait que cette personne supplémentaire passe comme une lettre à la poste, et allège le quotidien sans aucunement l'alourdir par ailleurs.
Hélas, G5 a une vie bien remplie et trépidante, la suite de son programme l'attendait.

Mais, mais mais mais
  • nous ne l'avons pas laissée repartir sans caler avec elle un créneau pour un 2ème séjour; elle nous rejoindra pour quelques semaines 4 au minimum peut-être plus, peu de temps après la rentrée de septembre. Et les perspectives actuelles seraient d'environ 2 séjours de ce type par an chez nous. Le pied !
  • en plus de cela, elle a proposé d'accueillir nos enfants (et nous aussi si nous le souhaitons) chez elle. Le voyage familial à Vienne attendra probablement l'été 2025, mais E. est tout juste de retour d'une semaine de vacances chez elle à se faire dorloter un max. Elle y a vécu sa meilleure vie et ne voulait plus de ses parents à son retour. Nous allons voir quand envoyer F., qui bénéficierait lui aussi grandement d'une semaine de cocooning absolu et germanophone.

Bref, je m'applaudis d'avoir sauté le pas car il aurait été difficile de mieux tomber ! 
Au point que ... nous n'allons pas recommencer
  • au départ, avant que G5 ne vienne, je m'étais dit "si ça se passe bien, je chercherai une 2ème personne ce qui nous permettrait d'augmenter la fréquence à laquelle nous aurions quelqu'un à la maison, ce serait bien sympa, de tisser dans la durée 2 relations solides avec des personnes que les enfants et nous serions contents de revoir à intervalles réguliers." 
  • Une fois G5 venue puis repartie... le bilan est trop excellent, et notre expérience trop grande :  je suis consciente que le "fit" n'est pas toujours aussi bon, et je crois que là, après nos G1, G4, G5... la barre est haut, très haut ! Il serait difficile de faire mieux et nous risquerions d'être déçus car la comparaison avec toute potentielle G6 se ferait probablement en sa défaveur. Nous ne sommes au fond plus très ouverts à découvrir une nouvelle personne, et espérerions juste une G5bis... Ce ne serait juste pour personne, mon goût du risque est limité, alors, nous allons accueillir G5 le plus souvent possible, profiter un max de ses venues, espérer que G1 revienne nous faire coucou, et puis, ce sera très bien comme ça. 

Mais quel géniiiiiiie !

lundi 1 juillet 2024

Le retour de l'Allemand, round 1 - Duolingo

Non seulement c'est le retour de l'Allemand (et là : vous imaginez un cowboy aux longs cheveux blonds filasses, se découpant dans le soleil couchant; aux pieds, des sandales avec des chaussettes remplacent les trop traditionnelles bottes poussiéreuses), mais c'est aussi le retour du blog ! Après quelques mois de folies, une ou quelques nouveautés dans ma vie me permettent de m'y recoller, probablement assez durablement de surcroît. Nouveauté(s) que je viendrai vous présenter en temps utile, car ça pourra vous inspirer, peut-être ...


L'Allemand, donc. Il n'est jamais vraiment parti, mais franchement, autant tout ce que nous avons fait pour transmettre leur langue grand-maternelle aux enfants a porté un max de fruits pour E., maintenant en section allemande d'une école internationale, autant F. avait fini par faire un rejet assez caractérisé, notamment à partir du moment où il est devenu manifeste qu'E. l'avait largement dépassé : il avait préféré lâcher l'affaire.

Nous avions fait de notre mieux, essayé notamment de profiter de sa période école à la maison en CE1 et CE2 pour booster d'une manière ou d'une autre (notamment avec des demis-journées régulières chez une ancienne baby-sitter autrichienne), mais succès quasi nul. 

Tant pis, nous ne souhaitions pas mettre trop de pression non plus ce qui aurait probablement braqué F. Nous avons donc laissé le sujet Allemand en sommeil et focalisé notre attention sur un retour réussi à l'école.

Et puis, quelques mois plus tard, durant les vacances de Noel et notre visite chez les parents de Monsieur Bout, j'ai eu la surprise d'entendre F. verbaliser 

"pfff, c'est nul, je parle pas allemand, j'aimerais bien savoir".

Là, devant un appel du pied pareil, le lâcher-prise n'était plus de mise. Je l'ai donc prestement rangé au placard et à la place j'ai sorti les grands moyens: à savoir, le recours aux écrans. Ca faisait longtemps que j'avais entendu parler de l'appli de langues Duolingo, très répandue dans les milieux IEF, mais je n'avais jamais sauté le pas, cherchant à garder le plus possible nos enfants loin des écrans. Foin de mes principes, là, j'ai décidé que tout était bon pour soutenir F. dans ce souhait.

Réussite sur toute la ligne.

Cela fait 18 mois (depuis début janvier 2023) que F. fait, quasiment tous les jours sauf exceptions (la plupart desdites exceptions étant dues à des absences à moi), a minima quelques minutes d'allemand sur Duolingo

  • c'est fait sur mon téléphone
  • c'est la plupart du temps fait le soir
  • c'est fait avec moi : c'est à dire que ça fait partie du précieux "petit moment" de F., au moment du coucher le soir, et que donc il ne fait pas ça loin de moi, mais collé à moi, en mode câlin - remplissage du réservoir d'amour. Combo gagnant apprentissage + affectif !
  • la séance est plus ou moins longue, selon la motivation du jeune homme, celle de sa mère, l'heure qu'il est et la force du vent (entre autres facteurs). Parfois juste 2 minutes, parfois jusqu'à une trentaine. L'été dernier notamment F. était au taquet car il y avait une espèce de compétition en ligne, et donc, c'était facilement une demi-heure, voire 1 petite séance en plus à un autre moment de la journée.

Ce n'est pas avec Duolingo qu'on va devenir bilingue. Les phrases sont basiques, le rythme de progression lent (heureusement, ça permet à F. 1. d'être fier de lui 2. de consolider ses acquis car ses debuts d'anglais à l'école confirment que les langues ne sont pas un domaine dans lequel il a beaucoup d'aisance.)

Mais il est incontestable que c'est 
  • bigrement ludique : la gamification joue à plein, on gagne des gemmes, on fait des quêtes, on ... et ça F. y est très sensible, les chiens ne font pas des chats ! (et encore, justement, je ne vous ai pas encore raconté ma dernière découverte en date sur ce plan huhuhu)
  • très incitatif : c'est mignon, ça donne envie de continuer, il y a le souhait de garder sa "série" (nombre de jours sans interruption), il y a des petits personnages trognons notamment un dans lequel F. a tout de suite reconnu son petit frère et donc il jubile à chaque fois que c'est celui-ci qui l'applaudit à la fin d'un exercice. C'est F. qui réclame sa séance,  pas moi qui pousse !
  • et surtout bigrement efficace. F. a d'abord fait des progrès sur l'appli, et peu à peu mémorisé pas mal de choses. Et surtout, point capital, les progrès constatés sur l'appli se sont effectivement vus hors appli : il a été plus facile pour lui de parler à ses arrières-grands parents lors de notre habituelle semaine à Berlin durant les vacances d'été par exemple. La construction de petites phrases notamment a été un progrès visible : là où F. préférait la plupart du temps communiquer par mots ou, au mieux, groupes de mots, il s'est mis à oser faire des phrases complètes.
Pour info, nous avons fini par prendre la version payante de l'appli, mais nous avions fait les 6 premiers mois avec la version gratuite et ça aurait tout à fait suffi. (aveu : j'ai profité de leur "semaine de test de la version payante offerte" et pis, hein, ben j'ai oublié de résilier à la fin de la semaine; et je me suis dit que vu l'utilité que nous trouvions à l'application - et la gratitude que je leur voue pour leur efficacité - j'étais OK pour leur filer quelques euros)
  • La version payante permet d'avoir accès à toute une série d'entraînements personnalisés et de faire des séances aussi longues que l'on veut malgré les erreurs 
  • dans la version gratuite, les erreurs font perdre des vies (qu'on récupère à raison d'1 toutes les 20 ou 30 minutes, je ne sais plus); 
  • d'un autre côté avoir cette petite pression du nombre de vies était aussi un aiguillon intéressant pour F., donc franchement, les avantages des 2 s'équilibrent assez bien.
(en revanche je crois qu'il faut la version payante pour pouvoir cumuler l'apprentissage de plusieurs langues... mais je n'en suis pas sûre !)

Bref, de réels progrès, et je me suis amplement applaudie d'avoir sauté le pas !
D'autant que ça a préparé le terrain pour une 2ème étape Germanisante, comme le sous-entend le titre de ce billet.
Je reviens vous en parler prestement hihihi. 
(oui, ces billets visent avant tout à m'autocongratuler de mon génie - parce que sur cette 2ème étape, je me suis encore plus applaudie bien fort de ma rouerie sans nom, mon ingéniosité sans bornes, ainsi que  ma finesse de spaghetti)

Bien à vous,

Gwen-la-Stratège


lundi 28 novembre 2022

RIP Mamie au Pair

Aujourd'hui, je vous parle enfin d'une personne qui n'a été évoquée qu'en filigrane de certains billets de blog : G4, notre dernière mamie-au-pair. Un billet sur le sujet dans les brouillons du blog date de.... janvier 2020.
Pour rappel, nos aventures mamie-au-pairesques (retrouvables ici pour les prémices, puis , et enfin ) nous avaient causé quelques doutes sur l'adaptation de ce mode de fonctionnement aux besoins de notre famille, si bien qu'en amont de l'arrivée de notre chère G4, nous avions discuté de ceux-ci avec elle et planifié sa venue au printemps 2019 avec la rigueur d'une campagne militaire.

Ça a été extraordinaire. 
Les débuts avaient été compliqués : au bout de quelques jours; F. était parti en guerre contre elle, sur un schéma qui nous avait rappelé les premiers temps avec notre G3. Mais cette fois-ci, prévenus, nous avons pu gérer cela de concert avec G4. 
Que de moments passés toutes les deux à comploter pour identifier les meilleures stratégies à déployer pour permettre G4 de trouver sa place et à F. de l'apprivoiser ! 
Nous avons été aidés en cela par la psy qui suivait encore F. et qui a assez rapidement pu identifier que F. était en fait en plein conflit de loyauté: pouvait-il se laisser aller à aimer G4 sans être déloyal à notre chère G1 ? (laquelle était revenue passer plusieurs mois chez nous durant l'hiver, ce qui avait bien évidemment encore renforcé l'affection que F. lui portait)

G4 a été d'une finesse et d'une persévérance épatantes et je lui en serai à jamais reconnaissante. 
Jour après jour, elle a conquis le cœur de F., magnant douceur et fermeté, conspirant avec notre G1 au téléphone pour récupérer auprès d'elle un max de "trucs" sur la meilleure manière de s'y prendre... et elle a elle-même été très émue de constater l'affection que F. lui a ensuite témoignée et la force du lien qui s'est tissé entre eux. 
Comme elle l'a dit elle-même après quelques semaines ; "je n'aurais pas parié un centime sur le fait qu'à l'arrivée, je me retrouverais même plus proche affectivement de F. que de E."

Ces développements ont contribué à me permettre de gérer mon déplacement pro en Asie sereinement, et nous ont ensuite amenés à construire l'année 2019-2020 différemment
  • G4 avait bien envie de revenir chez nous, mais souhaitait rendre cela compatible avec sa vie quotidienne en Allemagne. 
  • De notre côté, cela tombait bien : nous étions ravis à l'idée de revoir G4, et en même temps, ayant prévu que Monsieur Bout quitte son emploi, nous allions avoir moins besoin d'une mamie-au-pair en permanence, ce qui ouvrait des marges de manœuvre différentes.
  • Nous réalisions aussi que pour nous, ce serait probablement la fin de la nos aventures mamie-au-pairesques "à l'aveugle" : nous serions toujours ravis de réaccueillir G4, ainsi que G1 si elle réussissait de nouveau à venir nous voir, en revanche, nous ne nous sentions plus en mesure de faire les efforts nécessaires à la sélection et l'intégration d'une toute nouvelle personne dans notre famille. La priorité allait à la stabilité émotionnelle de nos enfants, pas toujours compatible avec l'irruption d'inconnues au sein du cocon familial.
    Et du fait de notre nouvelle configuration, Monsieur Bout allait être davantage concerné par ce travail d'intégration, ce qui, pour lui qui est introverti, est autrement compliqué. Comme il le formulait lui-même : "Avec G1 ou G4 ce n'est pas un souci d'avoir quelqu'un à la maison, ce sont des membres de la famille, je ne les vis pas comme étant 'dans mes pattes'. Mais je ne me sentirais pas à l'aise avec une nouvelle personne."

Moralité : nous avons convenu avec G4 qu'elle reviendrait tous les 2-3 mois chez nous, pour 3 semaines, ce qui, pour elle, permettait d'avoir sa vie en Allemagne, tout en partant régulièrement "en vacances" chez nous. De notre côté, ce serait un luxe agréable d'avoir son soutien régulier, et une grande aide pour la "germanophonisation" des enfants, dont nous constations déjà des effets prometteurs.

Elle est donc revenue en septembre, puis fin novembre, puis de mi-février 2020 à début mars...

 
A son départ début mars, j'étais en mode baleine, et on parlait un peu COVID, mais ça semblait encore... vague. 
Nous nous sommes donc allègrement dit à bientôt, et elle a laissé une partie de ses affaires dans un coin de placard histoire de ne pas tout trimballer pour rien : G1 allait prendre le relais fin mars afin d'être là tout avril et mai pour aider autour de la naissance de notre petit H., et elle-même reviendrait début juin. 
Je me réjouissais qu'elle puisse connaître H. dès tout petit et continuer à réjouir notre maison et accompagner nos enfants à mesure qu'ils grandiraient.


Mais le COVID est intervenu.
  • Pas de G1 pour la naissance.
  • Pas de G4 en juin. 
Nous avons patiemment attendu, elle de son côté de la frontière, nous du nôtre, d'avoir suffisamment de visibilité pour que des retrouvailles soient possibles. Chaque déconfinement / allègement des restrictions nous a donné de l'espoir et s'est traduit par de l'échafaudage de plans / consultation de calendriers pour fixer des dates, pour devoir à chaque fois remettre la concrétisation de ces plans à plus tard. Un peu plus tard, pas longtemps, c'était pour bientôt !
Au printemps 2021, ça y était, on voyait le bout. Nous avons commencé à regarder pour des dates en juin.

Jusqu'à un message de sa part, un jour ensoleillé de mai. 
M'informant que les problèmes de digestion dont nous avions plaisanté toutes les 2 les semaines auparavant venaient de se révéler être un cancer du pancréas, et que ses médecins lui donnaient 6 mois à vivre.
G4 aura finalement réussi à se battre pendant 18 mois. 18 mois pendant lesquels nous avons partagé beaucoup de beaux moments au téléphone, des photos des enfants et de ses petits-enfants, des paquets, des blagues, et elle-même aura eu la joie de voir naître deux nouveaux petits-enfants chez elle.

Le weekend dernier, elle a rendu son dernier souffle, et avec elle, c'est une des femmes les plus extraordinaires que je connaisse qui s'est éteinte. Notre G4 avait eu une vie peu commune, marquée par des pans d'histoire mondiale dramatiques, et en avait retiré une niaque et une finesse impressionnantes. Le tout lié à un sens de l'humour aussi pourri que le mien, qui ont conféré à chacun de ses séjours à la maison une fluidité et une joie mémorables.

Tous les jours, je pense encore à quelque chose que j'aimerais lui raconter ; tous les jours, je rentre dans la chambre d'amis qu'une fois sur 2 nous désignons encore du nom de "chambre de G4"; tous les jours, je mesure la chance que nous avons eue de la rencontrer.



lundi 13 septembre 2021

Non-Rentrée (des) classes, saut de classe, classements...


 Allez, c'est la rentrée partout, y compris sur le blog !


Alors, en attendant que je vienne vous raconter des tas de choses passionnantes, un petit aperçu de la manière dont l'année s'amorce


  • F. continue en IEF avec son père (CE2)
Il a bien progressé à la maison tout au long de son année de CE1, a notamment formidablement récupéré côté mathématiques, qui sont de nouveau sa matière forte là où il avait perdu toute confiance en lui. Sur le plan social et émotionnel, il a beaucoup mûri. 

Une 2ème année à la maison nous a donc semblé intéressante afin de permettre de stabiliser tout cela. Ce qui nous laisse quelques mois pour réfléchir à la meilleure solution si nous décidons effectivement de le rescolariser pour son CM1.


  • E. a terminé son école Montessori 3-6 et les interrogations concernant la meilleure solution pour elle nous ont pas mal occupés cet hiver. 
Nous avons longuement réfléchi aux différentes options pour elle, avec trois grands aspects en tête 

  1. dimension non négligeable de nos moyens financiers : avec juste moi qui fais bouillir la marmite, continuer à payer du hors-contrat / Montessori n'est pas chose facile à envisager. 
  2. souhait très fort de lui permettre de continuer à progresser en allemand : elle a fait d'énormes progrès et atteint un niveau appréciable, et même si dans le même temps elle a aussi énormément développé ses compétences en anglais, nous priorisons l'allemand sur l'anglais. (or, par exemple, l'école Montessori dans laquelle F. a fait son CP est "juste" français-anglais).
  3. grosse hésitation entre, d'une part, le constat qu'il fallait impérativement stimuler E. bicoz en bonne petite zébrette elle prenait trèèèès clairement l'habitude de la facilité, ce qui se traduisait par une attitude d'évitement systématique de l'effort ; et le souci de ne pas non plus la faire sortir du lot, voire éviter de la mettre en difficulté non plus.

Les 2 premiers points nous ont amenés à nous pencher sur la section allemande du Lycée international qui est à 15 minutes de chez nous. Du public donc gratuit (ou presque; bonjour les frais annexes !), et de l'allemand à hauteur de 2 demi-journées par semaine consacrées à faire le programme habituel d'allemand d'un écolier allemand (le programme français est concentré sur les 3 autres jours). Le tout au sein d'une structure à l'excellente réputation concernant le rapport à l'enfant.

Le 3ème point nous a incités à envisager le saut de classe mais sans trop savoir si c'était la bonne solution. Monsieur Bout en particulier était plein d'inquiétudes et de doutes à ce sujet, alors j'ai tout bonnement proposé que nous prenions RDV avec les éducatrices d'E. histoire d'avoir leur avis sur la question. Inspiration divine, puisque l'avis a eu le mérite d'être clair, et même plutôt catégorique ; "il ne faut surtout pas qu'E. fasse de CP" répété en boucle sous diverses formes tout au long de l'entretien. 

Donc nous avons sollicité une entrée directe en CE1. Qui nous a été refusée opiniâtrement jusqu'à ce que je mentionne que c'était l'éducatrice d'E. qui l'estimait nécessaire. Le directeur connaissant ladite éducatrice, en une phrase nous sommes passés de "Non non et nooooon" à "Ah bah ok pas de problème alors". Je me suis sentie comme une nana prête à enfoncer une porte qu'on lui ouvre soudain toute grande. Un test de niveau en allemand plus tard et hop, on nous a confirmé que c'était ok, avec juste un point d'alerte sur ses capacités d'écriture. (4 mois plus tard, il n'y a plus d'inquiétudes à avoir. E. écrit fichtrement bien)

E. a donc fait sa rentrée en CE1 et elle comme nous en sommes ravis. (seul hic pour moi : la masse de devoirs qu'elle ramène; heureusement qu'elle est rapide. Et doublement heureusement que c'est Monsieur Bout qui gère cet aspect). Elle semble bien s'ajuster au fonctionnement différent d'un environnement Montessori, et l'intégration en classe se passe bien.


  • H. repart sur un temps de garde réparti entre son père, 2j par semaine avec une ass mat au top, et les mercredis avec moi (mercredi étant le "jour off" de Monsieur Bout).

Il se développe vitesse grand V et nous épate notamment par sa motricité fine. Il est rentré de vacances en ne sachant plus faire de nuits complètes ni s'endormir seul (après tant d'efforts pour l'accompagner sur ce chemiiiin). Heureusement, nous avons pu mettre à profit la fin du mois d'août pour l'aider à retrouver des habitudes plus saines pour tout le monde, et je vous avoue que je kiffe doublement les moments de coucher maintenant : pouvoir le poser tranquillement, lui faire des sourires et des câlins, et s'éclipser ensuite dans la joie et la bonne humeur, ça s'apprécie d'autant plus ! (une petite voix en moi me susurre que je ne serai pas pressée de le mettre dans un lit "de grand" ; après tout le mal qu'on a eu à le faire dormir, j'ai pas hâte de remettre ce calme en question. On verra... quand il aura 8-10 ans peut-être ?). Maintenant que cet aspect est réglé, le prochain chantier est : tests de réintroduction du lait animal. Ca promet.


Mais cette rentrée s'est aussi faite dans un cadre légèrement différent.

Nos vacances nous ont donné l'occasion, à Monsieur Bout et moi, d'un double constat :

  • cela va faire 4 ans que nous sommes dans notre maison actuelle ! C'est-à-dire qu'en fait c'est l'endroit où nous avons habité le plus longtemps depuis notre mariage. Bigre. Si nous étions restés sur le même rythme que ce que nous avons connu depuis le départ, nous aurions déjà déménagé. Ca ne nous manque pas, quoique....
  • Quoique justement, notre maison nous énervait un peu, et en particulier moi. Ayant passé une année sur les chapeaux de roue, le rangement n'a pas été ma priorité, et du bazar s'est accumulé un peu partout. Bref, je ne me sentais pas super bien dans ladite maison, qui ne s'était pas vraiment adaptée, ni à nos changements de rythme pro, ni à l'arrivée d'un nouveau petit résident. Nous avons évoqué la possibilité de pousser les murs d'entreprendre des travaux mais cela nous a semblé assez peu prudent. Nous avons donc passé une partie des km des trajets du retour à réfléchir à comment faire au mieux avec ce que nous avions.

Moralité, à défaut d'un réel déménagement, nous avons tout de même joué aux déménageurs et profité de nos derniers jours avant la reprise pour ranger et réaménager la maison de fond en combles. Nous l'avons secouée, bougé des meubles, bazardé certains, investi dans d'autres, évacué des sacs et des sacs de machins et de choses, et qu'est ce que ça fait du bien ! Ce désencombrement musclé a apporté une bouffée d'air phénoménale. 

Nos discussions de trajet nous ayant aussi permis de prendre du recul sur l'utilisation des différentes pièces dans une optique d'optimisation de l'espace, nous avons notamment 

  • admis que mon mode de travail actuel nécessite un endroit adapté, et procédé enfin à l'aménagement d'un coin bureau rien que pour moi
  • recentralisé toutes les affaires de H., et H., dans un seul et même endroit.

Cette aventure m'a permis d'apprécier la force de frappe phénoménale de Monsieur Bout sur ce plan; il a réalisé au bas mot les 2/3 du travail (aussi bien de réflexion que de rangement / déménagement), et c'est venu encore alléger ma charge mentale en me montrant que je ne suis plus la personne sur qui doit reposer la responsabilité du désencombrement.

Pour le moment, je suis encore surprise à chaque fois que je franchis la porte de notre maison, le salon étant une des pièces qui a le plus bénéficié de nos efforts; mon cerveau, pas encore habitué à la nouvelle disposition, marque à chaque fois un bref temps d'arrêt (où suis-je ?) avant de réajuster ses repères.


En ce qui me concerne, ma rentrée boulotesque s'est merveilleusement bien passée, et je compte bien être un peu plus présente sur le blog cette année. Pour les semaines à venir, je vous promets un article publicitaire (si si) sur un jouet trop cool, je vous parlerai bouffe, aussi, éducation, toujours, et puis, ... ben on verra bien !

Photo de la partie berlinoise de nos vacances et qui n'a pas grand chose à voir avec le schmilblick hormis montrer que nos enfants sont en de bonnes main. ou pas !


lundi 3 février 2020

1 moyen simple pour progresser en langue étrangère à raison de 10 min par jour

Rho punaise.
En écrivant un titre dans le genre j'ai l'impression de rédiger une pub de bas étage
Il faudrait que j'arrive à terminer le billet par une offre alléchante redirigeant vers un site internet douteux hébergé en Chine (donc infecté de corona-virus), avec une photo improbable de play-boy tête à claque aux dents refaites sensé avoir bénéficié de mon "tuyau" et ne plus voir la vie comme avant depuis. 
Comme je n'ai rien de tout ça à dispo (même Monsieur Bout refuse de poser pour faire play-boy tête à claques !! - on n'est jamais trahi que par les siens), j'en serai réduite à terminer le billet en vous souhaitant un bon début de semaine. 
Mouais. 
C'est moins drôle.


Bref, dans mon récent billet sur l'intérêt de transmettre ses pitoyables rudiments de langue étrangère à son môme (ou, plutôt, sur le fait que si on souhaite le faire, il ne faut surtout pas s'en priver au motif qu'ils seraient pitoyables), j'ai promis de venir vous parler d'un truc permettant de progresser facilement en langue étrangère, et me voici.

Ce truc me vient de mon honorable papa, trilingue passionné, à qui je dois mon amour des langues. Il me l'a transmis alors que je me lamentais
1. sur le fait que j'avais du mal à entretenir les langues étrangères que je maîtrise (allemand, anglais, italien), dans un environnement pas méga international (à l'époque desdites lamentations je bossais sur une usine normande)
2. sur les complexes de mon mari, et notamment sur son niveau d'anglais, qu'il estimait trop rudimentaire pour oser envisager de s'en servir dans un contexte professionnel.

Ce truc ?
Il s'agit de lire un livre de la langue en question, à raison de 10 minutes par jour.



Hum ? Ne partez pas tout de suite, tant qu'à être là, hein.
Précisions

1. Lire un livre: un livre. 

  • Pas un article de magazine, et suuuurtout pas un article de magazine "intelligent" / "utile" / "plein de vocabulaires pour le boulot", genre presse économique / politique whatever. 
Nous allons le voir, 2 ingrédients essentiels sont le plaisir et la continuité dans le temps. 

  • Un livre qu'on a envie de lire
Non (sauf si on a déjà un excellent niveau ET qu'on aime ce genre de livres), ce n'est pas le moment de se jeter sur les grands auteurs littéraires de la nation concernée. On se prend 
    • de la chick-lit si on aime ça : un bon petit "le Diable s'habille en Prada" ou une histoire d'amour neuneu (profitons-en, ça nous fait un prétexte ! "oh mon chéri c'est pour bosser mon anglais, j't'assuuuuure" permet de garder un max de crédibilité tout en gloussant comme une baleine aux mièvreries dont on se délecte), 
    • un policier de derrière les fagots, 
    • un roman historique pas compliqué si c'est ce qui nous détend. 
La clé est vraiment d'avoir envie de le lire, d'apprécier l'histoire, il faut que quelque part on ait envie de découvrir la suite !
Samantha va-t-elle séduire John ? L'inspecteur Machin va-t-il démasquer Madame Rose ou le Colonel Moutarde ? Le roi Trucmuche va-t-il enfin avoir un hériter mâle ? (ouais bon ok wikipedia peut nous renseigner sur ce point…).



  • Un livre plutôt facile à lire
On privilégie un niveau de vocabulaire assez simple.
Si dans notre roman policier tout le monde parle en argot, si notre roman historique a lieu de dans le Sud des Etats Unis à la fin du 19ème et que la moitié des personnages parlent "petit nègre" (donc petit nègre anglais !) on oublie ! Ce sera pour plus tard. 
On prend un roman normal dans lequel auteur et personnages s'expriment dans une langue assez normale. 
Et surtout, hein, un roman qu'on a ENVIE de lire. C'est ZE critère principal. Parce que rappelons nous que le cerveau n'apprend jamais aussi bien que dans le plaisir.

2. On le lit 10 minutes par jour (on a le droit à plus, bien évidemment, mais ce qui compte, c'est de s'y tenir tous les jours), sans interruption. 

  • 10 minutes, ça permet à notre cerveau de bien rentrer dedans
D'échauffer la mécanique, quoi. 
  • Tous les jours, ça permet à notre cerveau de se muscler de manière régulière, de capitaliser chaque jour sur ce qu'il a vu la veille. Le cerveau s'abstient de zigouiller les connexions neuronales tout juste créées puisqu'elles sont immédiatement réutilisées le lendemain. 

  • On lit pour soi, hein. 
Oui, moi aussi, quand mon père m'avait dit faire ça pour se muscler le cerveau les derniers 15 jours avant une mission d'interprétariat j'avais dit "euh, à voix haute ?" (ce qui est MEGA ch***, nous sommes bien d'accord). Eh non, "dans sa tête".

  • Mais surtout : on lit SANS recours au dictionnaire (ou à son appli "Linguee" sur son smartphone, hein. Je vous ai vus, à essayer de finasser sur les mots)
Oui oui oui. 
Pourquoi ? 
Parce que 
    • 1. chercher dans un dictionnaire c'est chiant, ça interrompt la lecture et ça pulvérise l'aspect plaisir dont nous parlions à l'instant et que 
    • 2. ça interrompt la lecture et donc interrompt tout le travail que notre cerveau est discrètement en train de faire en lisant : intégrer la structure des phrases, le rythme de la langue, vocabulaire. 
Eh oui, concrètement, on se retrouve à lire un peu en mode "Schtroumpfs"; et c'est une gymnastique dans laquelle notre cerveau progresse très vite. 
Tout au plus peut-on s'autoriser un maximum d'UN mot par double page. UN SEUL ! qu'on sélectionne à la fin de la double page, en mode "celui-là il m'emm*** vraiment, qu'est ce qu'il veut dire bon sang !?". Et qu'on n'hésite pas à écrire dans la marge du bouquin si on est quelqu'un qui écrit dans un bouquin. (je sais que pour certains c'est de l'hérésie, mais ne me brûlez pas tout de suite je peux ptet encore servir - et puis ça pollue). Mais franchement, si on peut s'en passer, on s'en passe, c'est préférable. Et il est strictement interdit de se faire une liste avec ces mots à apprendre. On a dit plaisir, bon sang.

C'est précisément pour surfer sur l'effet "flow", continuité, qu'un livre est mille fois préférable à un article. En lisant un livre on intègre peu à peu tout un contexte implicite, le cerveau prend ses repères, il repère le narrateur. La lecture de 10 pages d'un même livre le désoriente beaucoup moins que lire 4 ou 5 articles différents. Ne fatiguons pas inutilement notre cerveau !

Donc concrètement, ce qui se passe, c'est que les premiers jours on lit trèèèès lentement, on avance à pas de fourmis, et on comprend un pourcentage qui nous semble assez faible de ce qu'on lit. 
Et puis au bout de 8 jours, ben, on constate qu'on lit un peu plus vite et qu'on comprend de mieux en mieux. Et ça ne fait que s'améliorer. 
Parce que justement notre cerveau est en train de débroussailler un max, il commence à se repérer dans la langue, à savoir où aller chercher le sens, à trier les mots, à déduire d'ailleurs tout seul le sens de mots-qu-on-n'a-pas-eu-le-droit-d'aller-chercher-dans-le-dico-à-cause-du-diktat-infâme-de-la-Gwen.

Bizarre ?
Ce qui m'a aidée à "croire" mon père quand il m'a donné son conseil, c'est que j'ai réalisé qu'au fond j'avais déjà fait l'expérience de ce phénomène. En seconde, je crois, le tome 4 de Harry Potter était sorti en anglais plusieurs mois avant la sortie française (mode vieux de la veille on) et donc l'été de sa sortie je me l'étais paluché en anglais, sur un lieu de vacances évidemment dépourvu de dictionnaire, et bien entendu, hein, je vous parle d'un temps que linguee ne pouvait pas connaîtreuh. 
Et pourtant, hein, en fin de seconde, je peux vous assurer que mon niveau d'anglais était… euh… peut-on parler de niveau ?
Et effectivement les premiers jours j'avais le sentiment de ne pas piger grand chose; et j'avais du mettre une semaine à terminer le premier chapitre; mais nettement moins longtemps à terminer le 2ème. Et j'avais compris toute seule que Muggle ça voulait dire Moldu (bon c'est sûr même un dico ne m'aurait pas beaucoup aidée sur ce coup-là), et que… et que… et que ah ben tiens c'est bizarre la foule de mots dont mon cerveau finit par comprendre tout seul la signification !



Quelle belle machine que notre cerveau ! Parce que nous activons, quotidiennement, à petite dose, la zone de la langue, que nous l'activons dans un contexte de moindre contrainte, cette zone là se muscle, elle crée un max de synapses, elle se gorge, passivement, de syntaxe, de grammaire, de conjugaisons, d'orthographe, de vocabulaire, de tournures de phrases, d'expressions idiomatiques, de tout ce qu'on s'embête à apprendre de manière bien sèche et automatique en temps normal. Elle se muscle passivement, mais ça rejaillit, en fait, sur nos capacités actives. Et oui, non seulement on comprend mieux, mais on s'exprime mieux, y compris à l'oral ! Les neurones sont prêts, musclés, tout frais, dispo.
Alors, effectivement, certains des mots qu'on va apprendre ainsi nous serons peu utiles (j'ai assez peu souvent recasé "Moldu" au boulot, je dois en convenir), mais la majorité le sera d'une manière ou d'une autre ! Et la zone de cerveau ayant été musclée, il sera bieeeen plus facile d'y insérer la vingtaine de termes "utiles" (à des fins pro ou autres) dont on a besoin, le jour venu.


  • Monsieur Bout lui même a testé ça il y a quelques années, quand il a appliqué ce conseil durant ses dernières semaines de chômage strasbourgeois, juste avant de prendre un poste qui allait, pour la première fois de sa carrière, exiger de lui d'utiliser l'anglais 40% du temps. Il était pétri de complexes et de doutes. Et il a été bluffé de se voir soudainement bien plus sûr de lui sur tous les plans. A l'oral comme à l'écrit, les mots sortaient bien plus facilement, et… dans le bon ordre, s'il-vous-plaît. 
  • Une de mes voisines, quadra dynamique, s'est vue féliciter par son client, grand groupe international, sur les progrès faits en animation de réunion (en anglais, of course) quelques semaines après m'avoir piqué un premier roman policier, cet automne. Elle en est à son 3ème.

Bref, ça vaut le coup.

Et niveau approvisionnement ? 
Eh oui, ce sera, dans la majorité des cas, une solution ultra low cost
  • D'abord la plupart des bibliothèques ont un rayon en langues étrangères, de nos jours. Même peu fourni, il aura généralement quelques volumes type romans de gare, quelques romans policiers, quelques romans historiques. Le tout est d'y identifier UN ouvrage qui nous attire. Bien entendu, ce sera plus facile si on recherche de l'anglais que du thaï. 
  • Mais si c'est le thaî qu'on recherche, il y a probablement une raison (liens familiaux? expatriation passée ?) qui permet d'identifier un canal de récupération de bouquins adaptés. On peut se faire envoyer ou transmettre un colis, ou encore profiter d'un voyage pour… ou alors, rechercher sur les plateformes de revente d'occaz.
  • Et puis de plus en plus, il y a les boîtes à livres ! Dans celles qui se sont multipliées autour de chez nous, Monsieur Bout me déniche régulièrement des trucs bien sympa en anglais (que je refourgue à ma voisine ensuite avant de les replacer dans une autre boîte à livres), mais aussi en allemand. Mais nous y voyons aussi de l'espagnol, du russe, de l'italien, et d'autres langues que je ne sais pas toujours identifier avec certitude.
Du coup, moi, pour entretenir allemand et anglais, j'alterne : quand j'ai terminé un roman en anglais, j'en entame un en allemand, et ainsi de suite. (j'ai délibérément choisi de ne pas inclure l'italien dans cette alternance; j'ai estimé qu'entretenir efficacement TROIS langues ainsi risquait de me conduire à disperser mes efforts).

Voili voilou. Comme vous l'aurez remarqué, c'est une solution qu'on peut mettre en œuvre chez soi, même si on est cloué au lit (surtout si on est cloué au lit). On peut également emporter son roman étranger dans les transports en commun. C'est une solution valable pour la maman qui angoisse à l'idée de reprendre une activité pro et est persuadée n'avoir aucune compétence pour rien, pour la maman IEF persuadée d'avoir un niveau trop pourri pour aider ses enfants, pour la personne, maman ou pas, qui, juste, veut élargir à peu de frais la zone qu'une langue occupe dans son cerveau.

Si vous avez des questions complémentaires, n'hésitez pas. 
Si vous avez besoin de suggestions concrètes d'auteurs vers lesquels vous orienter selon vos goûts, idem, les commentaires sont là pour ça. Si je n'ai pas d'idée (Figurez vous que je veux bien faire semblant, mais en fait les écrivains espagnols c'est pas mon fort), je ne doute pas que d'autres lecteurs du blog sauront intervenir bien plus efficacement !

Je sais. On est loin du playboy. Soupir. 


lundi 13 janvier 2020

Transmettre une langue étrangère à son enfant... quand on a un niveau très moyen soi-même

En novembre je vous présentais 2 petits jeux de société très bien en eux-mêmes, mais aussi la manière dont je les utilise pour jouer "en allemand" avec les enfants, et ainsi contribuer à ce qu'ils s'approprient peu à peu cette langue.


Line a fait ce commentaire très intéressant…
En fait, ces techniques proposées fonctionnent très bien lorsque l'on maîtrise un minimum la langue (non, il ne faut sans doute pas un niveau interstellaire mais il faut quand même pouvoir accorder correctement les mots selon leur genre, leur fonction en allemand, posséder un minimum de connaissances quant à la structure des phrases, avoir un accent correct etc) 
L'apprentissage de langues à nos enfants est vraiment l'obstacle sur lequel je bute en IEF.

Les questions soulevées méritant à mon avis plus de quelques lignes de réponse, d'autant que je soupçonne que Line est looooin d'être le seul parent paralysé par ce problème, voici un billet sur le sujet.

Disclaimer (ouais, chechi est un article hautement innnternachionâââl)
Il est facile pour moi de parler, et de dire que c'est facile et tout, puisque j'ai la chance d'avoir un bon niveau dans les langues étrangères que je pratique, et notamment dans celle que je tiens à transmettre à mes enfants : l'allemand.
Ceci dit, l'apprentissage des langues constitue un thème qui me passionne en tant que tel, et je me suis beaucoup intéressée à la manière dont cet apprentissage fonctionne, à la mécanique derrière l'intégration d'une langue étrangère. 
A la fois pour progresser moi-même (bicoz il a quand même fallu que je les apprenne ces langues, et j'ai aussi à cœur de les entretenir), et pour les transmettre (à mes enfants, aux personnes à qui j'ai pu donner des cours particuliers, et aussi en aidant des personnes de mon entourage cherchant à progresser). Car je ne fréquente pas que des gens ayant un bon niveau en langues étrangères (si si, je vous assure. Ce n'est pas un critère de sélection pour mes amitiés. C'est fou hein !), donc ça m'a permis d'observer comment ça se passait chez d'autres personnes.
Et puis j'ai eu la chance d'effectuer une partie de mon apprentissage de langues étrangères dans d'autres pays, et fréquenté et discuté du sujet avec des nombreux étrangers issus de systèmes d'éducation différents, ce qui m'a permis de voir d'autres méthodes, d'autres approches que celles en vigueur en France, et ça aussi, ça nourrit la réflexion.


Et justement, mon premier point, c'est qu'il n'est pas du tout, mais alors pas-du-tout nécessaire de parler bien une langue étrangère pour l'enseigner à son enfant.
Pas du tout.
On peut parler l'anglais comme une vache espagnole, ça n'empêche rien. 

Parler parfaitement : une illusion française

Eh oui. 
  • Cette exigence, 
  • ce complexe d'infériorité, 
  • cette honte à ouvrir la bouche parce qu'on pense à toutes les erreurs qu'on fait et qu'on les estime impardonnables, 
  • ce blocage qui fait que vous restez muet ou balbutiez une phrase après 10 minutes de réflexion intense… 
C'est quelque chose dans lequel vous vous retrouvez ? 
Et alors, déjà que vous avez honte de ce péché CAPITAL, vous crevez de peur à l'idée de le transmettre à vos enfants ?


Merci, merci, merci en grande partie, à la manière dont sont enseignées les langues étrangères en France : on commence avec un max de grammaire, on inculque la peur de l'erreur, et personne n'ose parler.
Quand on prononce une phrase en cours, la première chose qui se passera c'est une correction du prof. Y a pas mieux pour couper l'envie de communiquer.

J'ai tellement vu la différence avec mes cours d'italien LV3 ! Ma prof avait une manière de faire bien à elle, elle nous reprenait très peu, mais nous encourageait à raconter un maximum de choses, y compris des conneries, voire même surtout des conneries, ladite prof étant dotée d'un humour au 2ème degré très développé
Je peux donc dire qu'en 2 ans, mon niveau d'italien a dépassé mon niveau d'anglais d'alors parce que j'ai appris à parler italien pour pouvoir raconter des conneries. Pour pouvoir communiquer. Parce que, même si la manière dont elle nous est enseignée tend à nous le faire oublier, c'est à ça que ça sert une langue étrangère. Pas à éblouir un académicien avec des phrases parfaites, mais à rentrer en communication avec des gens étrangers.

On apprend à parler une langue pour pouvoir parler, communiquer avec le voisin, et on l'apprend en communiquant, en parlant.

Pour apprendre à parler une langue, il faut oser la parler :  rien n'est plus nuisible à l'apprentissage d'une langue étrangère que le souci de la perfection.

Un parallèle qu'on retrouve en parentalité positive, du reste : que de fois j'ai entendu 
"La parentalité positive c'est trop dur, j'y arrive pas, alors tant pis je fais sans". 
Tentation notamment chez les mamans de familles nombreuses, confrontées encore davantage au manque de temps pour répondre "correctement", c'est à dire autrement qu'en mode réflexe, aux mille sollicitations, multipliées par X enfants, et enrichies d'un coefficient de disputes entre enfants, de leur progéniture. (d'ailleurs j'aimerais bien approfondir ça dans un billet un jour)
Eh oui; en parentalité positive aussi, si on veut "faire toujours bien", c'est mort. 
Si on accepte que des fois on fera bien, des fois non, et qu'au début notamment on fera très souvent tout à fait autre chose que ce qu'il aurait théoriquement fallu, eh bien on se donne une chance de prendre de nouveaux automatismes peu à peu.


Une langue étrangère, qu'elle soit la langue du parent positif ou la langue des Grands-Bretons, c'est pareil : la parler mal c'est le début du parler bien
De la même manière que nos enfants ont appris à parler leur langue maternelle en balbutiant, commencer à parler mal n'est pas un obstacle pour apprendre à parler bien mais un tremplin. Une étape incontournable et ultra efficace. Offrons-la à nos enfants ! 
En leur offrant la chance de parler mal une langue, nous leur offrons la première marche vers le parler bien.


"oui mais je vais lui donner un mauvais accent"

Stop ! On  n'arrête pas de souligner la plasticité du cerveau de l'enfant en particulier et de l'être humain en général alors pourquoi avons-nous à ce point l'impression que les premiers mots d'allemand, d'anglais etc mal prononcés seront gravés à jamais dans le cerveau de notre enfant ?

  •  1. son accent il pourra l'améliorer par la suite. 
Des gens ayant grandi dans des quartiers à l'accent très "populaire" apprennent tout à fait à s'en défaire quand c'est un obstacle pour évoluer dans des milieux plus huppés, alors pourquoi pas notre enfant ? 
A titre personnel j'ai commencé à apprendre l'anglais en Allemagne, avec des professeurs allemands. Pendant longtemps, des personnes ne me connaissant pas et m'entendant parler anglais me pensaient donc allemande. Maintenant, ils sont bien pommés, car avec l'utilisation de l'anglais en milieu professionnel français, de l'accent français s'est faufilé. Alors leur meilleure supposition est de me penser suisse ;-) . Pour l'accent gravé à jamais, on repassera.


  • 2. Vous voulez que je vous dise ? On s'en fiche de l'accent, la plupart du temps. 
Dans la vie, il vaut mieux parler une langue étrangère avec un accent pas top et de manière pas parfaite, que ne pas la parler parce qu'on aurait voulu la parler avec un bon accent. L'excellent accent est bon pour l'égo; il ne sert que peu la communication. Voire… il peut la desservir. 
Moi qui en ce moment interviens pas mal, sur le plan pro, sur des sujets de communication multiculturelle, c'est quelque chose que je constate souvent. Les différences entre les cultures provoquent un certain nombre de malentendus, des bourdes culturelles sont faites. Elles sont beaucoup plus fréquemment perçues comme telles (= involontaires, dues à la différence de culture, plutôt que volontaires, dues à une intention mauvaise, blessante, etc) si elles sont faites par quelqu'un dont la maîtrise imparfaite de la langue souligne le caractère étranger, que si elles sont faites par quelqu'un dont l'excellente maîtrise de la langue provoque une attente (souvent inconsciente) d'excellente maîtrise des codes culturels… Des mésaventures qui touchent notamment des personnes bi-nationales par leurs parents, donc parlant parfaitement leur 2ème langue mais n'ayant en fait vécu que dans un des deux pays.

"Je vais lui inculquer une mauvaise syntaxe !"

Mêmes arguments. Il vaut mieux mal parler une langue que ne pas la parler du tout. 
J'ai travaillé dans des entreprises de toutes tailles et de toutes cultures, que ce soit la bonne vieille boîte franco-française avec juste une petite filiale outre-Rhin ou outre-Manche, à la grosse multinationale avec un chef à Amsterdam, un à Seattle, et des correspondants dans la Ruhr et puis des gens d'un peu toutes les cultures au milieu. 
Donc oui, dans mon milieu pro j'en ai vu des gens faire des tas de fautes de syntaxe en réunion. 
OUI, ils seraient encore plus efficaces avec un syntaxe parfaite. Mais à peine, en fait. 
Ils sont de toute manière 100 fois plus efficaces que ceux qui, dans l'assemblée, sont trop inhibés pour oser aligner deux phrases.


Et mal la parler est, je le répète, de toute manière l'étape incontournable pour bien la parler ensuite, donc si on peut déjà amener son enfant à cette étape là c'est GENIAL.

Génial et lourd de conséquences, puisque, je reviendrai dessus dans un autre billet, parmi les manières qu'on a d'améliorer une langue, justement beaucoup fonctionnent pour améliorer… donc faut de l'existant. Vous ne ferez pas de votre enfant quelqu'un de véritablement bilingue à 12 ans; mais ce n'est pas nécessaire. Il aura créé un sacré nombre de connexions neuronales, un capital qu'il pourra ensuite continuer à augmenter au fil de sa vie.

Enfin, il y a un dernier point que nous transmettons en transmettant notre anglais pourri, notre allemand minable et notre vietnamien lacunaire à notre enfant. Non seulement nous transmettons notre accent m**ique (qu'il pourra perdre ou pas), notre syntaxe "créative" (qu'il pourra améliorer ou pas), mais nous transmettons encore un autre truc, et pas des moindres.
Que se passe-t-il quand on fait l'effort de parler à quelqu'un dans sa langue ? Même juste quelques mots mal prononcés (par exemple à Hong-Kong, même si j'ai communiqué en anglais avec des gens maîtrisant très bien cette langue, j'ai demandé comment dire "merci" en cantonais et je me suis attachée à l'utiliser - nan ne me demandez pas comme ça se dit, j'ai oublié depuis !) : on se trouve face à des gens ravis d'entrer en relation, touchés de cet effort. C'est un petit geste à effet-papillon, un petit geste de fraternité entre les peuples.
Bref : en parlant mal sans complexe, on transmet un message fort à son enfant : le désir d'entrer en contact, la relation, passe devant la honte et le souci de parfaite maîtrise. C'est un message beau, un message décomplexant. Je n'ai pas besoin d'un truc valorisant pour l'ego pour aller vers autrui. Je n'ai pas besoin d'être parfait pour entrer en relation, apporter quelque chose à mon prochain. 
Je dis ça, j'dis rien.


Après cette première partie à visée ouverture des shakras, en mode "pourquoi transmettre sans complexes son anglais pourri à son enfant", passons maintenant sur le côté pratique.

"Comment transmettre le maximum d'anglais /autre langue à son enfant".


Attention, de nouveau : pas de perfectionnisme. Il ne s'agit pas de cocher toutes les cases de cette liste, mais d'avoir sous les yeux une listes d'idées et de confronter cela à nos possibilités. La voisine fait surement mieux que nous, c'est é-vi-dent. OSEF. 
Contentons-nous de faire ce que nous pouvons, ce qui nous est facile, ce qui nous plaît, ce qui nous parle : chaque truc sert à notre enfant.
Et attention encore : ce qui précède, comme ce qui suit, ne vise pas à charger une dose de culpabilité supplémentaire sur les épaules de parents ne se sentant pas ultra motivés pour investir de l'énergie dans la transmission d'une langue étrangère à leur enfant. 
Dans notre vie déjà bien chargée, nous ne pouvons être partout. Elever nos enfants avec bienveillance, leur cuisiner des petits plats bio ZD pas chers, cultiver un potager, jouer et transmettre un instrument de musique, parler et transmettre des langues étrangères, pratiquer et transmettre sports et amour de la nature, remplir les caisses d'une manière ou d'une autre (mais qui soit avouable), avoir une vie de couple épanouie, une vie sociale de ouf et 36 engagements associatifs ? Mais oui bien sûr ! Là dedans, des choix sont à faire; si transmettre une langue étrangère ne vous tient pas véritablement à cœur et que vous préférez mettre votre énergie dans le fait d'emmener vos enfants à la piscine régulièrement, il n'y a pas de raison de vous lapider (en plus c'est pas très ZD la lapidation).
Ca vise juste à ouvrir des horizons à des parents ayant vraiment envie d'investir dans ce domaine, mais se sentant jusqu'à présents mal placés pour le faire.

Le secret étant : la diversification des moyens, autant que possible. On peut faire plein de trucs avec son accent pourri et ses connaissances quasi inexistantes. Si on n'a que ça comme ressource, c'est déjà quelque chose d'extra, cf. tout mon premier point. Mais en plus, on n'est pas seuls sur terre : nombreux sont les moyens à mettre en œuvre pour que notre enfant, en plus de ce que nous pouvons lui apporter directement, ait accès à d'autres sources d'allemand, d'anglais, etc.

Donc

A faire soi-même
  • lire des albums étrangers 
    • oui, avec notre accent de merde et notre prononciation approximative; 
    • même si on ne comprend rien à ce qu'on lit ? Oui oui ! 
    • Il vaut donc mieux commencer avec vraiment de très courts albums, ceux avec très peu de texte, par exemple cette série-là traduite dans de nombreuses langues : 
      • effet 1 : on se sent stupide moins longtemps 
      • effet 2: on finit peu à peu par faire comme notre enfant : comprendre un peu plus de ce qu'on lit…
    • mention spéciale à la lecture des imagiers : truc de ouf, là pour le coup ça permet de comprendre ce qu'on lit ! Et dans le cas de celui-ci par exemple, on a le genre des mots donc même là ça permet de dire les trucs correctement (et ça viendra compenser les fois où dans le feu de l'action, on n'utilise pas le bon genre. Je précise que, malgré plusieurs années vécues en Allemagne, des tonnes de bouquins lus en allemand, des boulots en lien quotidien avec l'Allemagne, je me trompe encore très souvent sur le genre de plein de mots ; et tout le monde s'en fout); effet bonus : c'est qui qui va faire de petits progrès en les lisant à son môme, hein, qui ? C'est Bibi.

  • dire quelques phrases dans le quotidien (toujours les mêmes; celles-là, on peut les faire vérifier grammaticalement par son pote qui parle la langue, son conjoint, etc;) : 
    • Veux-tu de l'eau, où sont tes chaussures / ton manteau / tes gants / … 
    • Phrases courtes, simples, introduisant des variantes uniques (juste le nom de ce qui est cherché ou proposé), selon la méthode Gouin que j'évoquais en fin de ce billet.

  • jouer en allemand en utilisant plus ou moins toujours les mêmes phrases, comme exposé ici : plus besoin de complexer. Si vos phrases sont incorrectes, vous savez maintenant que ce n'est pas grave du tout.

Utiliser des moyens technologiques divers 

Eh oui ! Grâce à eux l'effet "j'ai un accent pourri, une prononciation comique et une syntaxe approximative" est diminué : avec ces outils on fait entendre d'autres accents, d'autres mots, une syntaxe probablement plus correcte à notre enfant
Pensons bien que les aides technologiques seules ne suffisent pas à nos enfants pour apprendre. Une langue a besoin d'être incarnée, d'où l'intérêt de ne pas se laisser complexer par son niveau inexistant. C'est parce que on parlera comme une vache espagnole avec son enfant qu'il pourra bénéficier des aides technologiques parlant mieux que nous.
Donc, ces moyens (je les mets dans l'ordre chronologique car certaines ressources peuvent être utilisées avec des débutants complets, tandis que d'autres nécessitent déjà une première familiarisation avec la langue)
  • CD de comptines / chansons : en profiter pour les chanter avec lui ; 
    • dès tout bébé, et/ ou à n'importe quel âge, ça exerce l'oreille. Et un jour on a la surprise d'entendre fredonner quelques petits bouts de phrase. 
    • Mon hit absolu "tchu tchu tchu die Eisenbahn"; une comptine qui fait faire le train. Très utile à apprendre : je la chante dès que je veux emmener les enfants à la douche / se mettre en pyj / se coucher. Ils n'y résistent quasiment jamais. Parentalité positive ludique + allemand = 2 en 1 ! L'Oréal peut aller se rhabiller.

  • Des petits films dans la langue, simples et courts, comme ceux que je propose en allemand aux enfants depuis leurs 3 ans. 
    • Quelques années plus tard, la complexité et longueur des films a augmenté… en rapport avec leur capacité d'ingestion d'écran et… oh oh, leur niveau de compréhension ! Durant notre calendrier de l'Avent immatériel, ils ont ainsi eu droit à leur premier Disney (en allemand). 
    • Vous pouvez faire comme moi et décréter que "la télé chez nous, c'est uniquement en [langue de votre choix]", ce sera encore plus efficace. Mais ce n'est pas indispensable.

  • La Lunii : (pas tout de suite tout de suite, mais dans un 2ème temps). Sur la nôtre, j'ai fait exprès de ne charger QUE des histoires en allemand (on peut l'acheter direct en allemand sur le site original, ce qui permet que le pack de base fourni gratuitement soit en allemand). Pas besoin de se ruiner, un pack d'histoires suffit pendant longtemps : n'oublions pas qu'en matière d'imprégnation de langue étrangère, entendre 30 fois les quelques mêmes textes est plus efficace qu'entendre quelques fois 30 textes. Le niveau de langue et le débit est très bien. En ce qui nous concerne nous fonctionnons toujours avec ce seul pack (depuis… un an bientôt ?), je pense que j'investirai dans un 2ème… euh… c'est pas pressé. Peut-être avant les trajets d'été ?

  • CD d'histoires audio  (idem, ça probablement dans un 2ème temps, voire un chouilla plus tard que la Lunii, la Lunii ayant l'avantage de l'interactivité des questions de choix "Veux tu que ce soit dans une forêt ? Dans une maison ?" qui stimule la compréhension / l'intérêt). Nous en avons 1 dans la voiture, qui est mis de temps en temps pendant certains trajets. E. aime beaucoup, F. accroche parfois, parfois moins.

Faire appel à des personnes extérieures pour donner un coup de pouce
  • rentabiliser : faire garder son enfant mais par un étudiant étranger, en lui demandant de baratiner son / ses enfants dans la langue
  • demander à un étudiant / une personne âgée étrangère de venir jouer avec son enfant / se balader avec lui dans sa langue / lui lire des bouquins, 1h par semaine (ou moins, ou moins souvent ! pas de perfectionnisme, là encore. Evidemment que plus c'est fréquent, mieux c'est, mais encore une fois, le mieux est l'ennemi du bien)
Là encore, ça ne rendra pas l'enfant bilingue comme par enchantement, mais ça ancre la langue encore davantage, ça participe à cette imprégnation, ça familiarise l'oreille de l'enfant avec ces sons, ces mots, cette grammaire. 
Les enfants sont des éponges, profitons-en. De nos jours, nombreuses sont les personnes d'origines diverses expatriées, le bouche à oreille peut nous permettre d'organiser ces contacts.

Remarque générale : Point n'est besoin de forcer les choses en obligeant l'enfant à parler dans la langue. Ca viendra probablement tout seul, plus ou moins longtemps après… L'important est que la zone linguistique du cerveau se structure, elle.

Enfin : progresser soi-même dans la langue 
  • Vouloir la transmettre à son enfant constitue une sacrée motivation. Avoir conscience qu'en la parlant mal avec eux on œuvre efficacement à cette transmission, est le meilleur moyen de progresser, puisque, rappelons-le, les langues étrangères c'est comme chez les Shadocks : plus ça rate, plus ça a de chances de réussir. 
  • Donc rien qu'en faisant tout (ou une partie de) ce que je viens de lister, on va progresser; avec des erreurs (des "fautes", vous savez, cette manière bien française de mettre un côté moral, culpabilisant, à quelquechose qui ne revêt pourtant aucun caractère moral; nan, mal parler une langue ne fait pas de la personne une mauvaise personne). 
  • Et puis je reviendrai vous parler très bientôt d'une autre manière très simple, et pas trop prise de tête, compatible avec la vie de tous les jours d'un adulte lambda, pour entretenir et améliorer ses compétences linguistiques (et non, je ne vais même pas vous vendre quoi que ce soit. Rho zuuuut, et mon million alors...)


J'espère déjà vous avoir bien décomplexés : transmettez votre "allemand / anglais / espagnol / whatever" de m***, c'est déjà un super cadeau à faire à votre enfant !
Aof viderzen.