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lundi 25 mars 2024

Qui Veut Être Mon Associé ? - Version fait-maison

Certains billets ici et là vous l'auront probablement appris : la Gwen et l'administratif, ce n'est pas franchement l'amour fou.

Certains billets l'ont évoqué : dans sa relation tumultueuse à l'administratif, la Gwen a réalisé 

  • l'existence d'un grand méchant tapi dans un coin : son TDA (trouble de l'attention), rendant l'administratif particulièrement teigneux et difficile à combattre
  • l'existence d' une baguette presque magique : la méthode Flylady, ou comment découper l'Hydre du Mal de l'Administratif en rondelles digérables.


Hélas hélas, ces dernières années l'administratif a gagné du terrain

  • d'abord, le perso a cru (ben oui, plus une famille grandit, plus cela génère de papiers. On en parle, des dossiers d'inscription en école, collège, colo, camp scout, activités extra scolaires- rayez les mentions inutiles mais vous n'allez pas user votre stylo y a rien à rayer trois fois hélas - ? ). Et encore, j'ai du pot, Monsieur Bout en a récupéré peu à peu la part du lion.
  • ensuite le pro a cru lui aussi : d'une petite micro-entreprise occupant la Gwen 2 j / semaine, l'activité d'indépendante de ladite Gwen est devenue une belle et grande SARL avec les beaucoup trop moult activités administratives associées (malgré l'aide d'un valeureux cabinet de comptable).
    • L'Urssaf, la DGFIP, tout le monde me réclame des sous et des papiers, 
    • le volume de factures à envoyer a bien augmenté (bon ça c'est pas mal en théorie) 
    • et je me suis également mise à beaucoup me déplacer (ces temps-ci par exemple Lyon et Luxembourg m'accueillent régulièrement), ce qui engendre de fréquents frais de déplacement à comptabiliser avec soin et à refacturer avec non moins de soin (sous peine d'en être de ma poche).
Tout ça pour dire que clairement, d'un petit à-côté déplaisant que j'arrivais à gérer bon an mal an avec un coup de Flyladyx, l'administratif professionnel s'est peu à peu mué en un gros monstre étendant ses tentacules sournoises un peu partout.

Déclencheur externe aidant (vous vous rappelez ?), il m'a fallu plusieurs pichenettes pour finalement passer à l'action et admettre l'évidence : l'heure était grave, plus question de prétendre que j'allais y arriver seule. Il me fallait de l'aide (ou plutôt : de l'aiiiiiiiiiiideuh !).
Il me fallait sous-traiter cette partie là de mon activité à quelqu'un qui le ferait bien.
  • Pichenette n°1 : une copine vue pour le Nouvel An se posait de grandes questions sur son avenir pro
Elle a évoqué la possibilité de devenir assistante administrative à distance, et là, subitement, je me suis dit que si elle proposait ses services, ben... avec elle, oui, je me voyais bien me lancer, parce qu'elle cochait les 2 cases indispensables à mes yeux : 
    • rigueur absolue (je déteste l'administratif alors si je dois vérifier souvent... et trouver des erreurs, là, le stressomètre va encore plus s'envoler), 
    • et confidentialité à toute épreuve (je ne vends pas des pommes de terre).
Je me suis imaginée être sa première cliente et cette image avait du chien. Bon, finalement, pour tout un tas de raisons ça n'a pas pu se faire avec elle, mais les conversations qu'on a eues m'ont amenée à me projeter dans un monde où mes notes de frais ne seraient plus gérées par moi, et.... c'était assez difficile de quitter ce monde.

  • Pichenette n°2 : compte en banque dans le rouge
Eh oui, fin janvier, notre compte a pris une sale tournure. Mon business tourne pourtant allègrement bien !? Ben oui, mais quand en novembre-décembre on ne consacre pas le temps nécessaire à facturer ses clients pour le travail fait, eh bien en janvier-février on ne reçoit pas les soussous correspondants (bicoz délais de règlement). Gloups.
(Rassurez-vous, on a trouvé une solution : manger les enfants. Coup double : moins de bouches à nourrir, et un estomac bien plein pour nous. En plus, c'est du bio, du local = #healthy)

  • Pichenette n°3 : mon superviseur
Il m'a fourbement fait observer qu'avec les perspectives de chiffre d'affaires que j'avais pour 2024, il allait falloir revoir mon organisation, puisque j'allais flirter avec le seuil où, dans une entreprise de mon genre, on réfléchit sérieusement à embaucher. 

  • Pichenette n°4 : mon procrastinomètre a explosé
Les premières semaines de 2024, j'ai observé un phénomène pas-sion-nant (et navrant). Là où auparavant, je procrastinais l'administratif puis étais très inefficace dedans donc mettais 3 plombes à faire le moindre truc.... j'ai constaté que j'étais en fait passée à un stade autrement préoccupant : le fait même d'inscrire une tâche administrative sur ma to-do list, disons, en 3ème position, suffisait à diviser par 4 mon efficacité sur l'ensemble de la to-do list (et donc de la journée) : je me mettais à procrastiner aussi la tâche 1 et la tâche 2, toutes gentilles qu'elles fussent, du simple fait qu'une fois qu'elles seraient terminées, il me faudrait me coltiner la fameuse Grande Méchante Tâche 3. Alors que, hein, vous comprenez, tant que tâche 1 et tâche 2 n'étaient pas terminées, je ne pouvais légitimement pas passer à la tâche 3, quel dommaaach... !
Bref, l'administratif s'était mis à gangréner le reste. Aleeeerte rouge !

Ah.

Pichenette complémentaire (oui c'est comme le tiercé quinté plus)
Petit appel de vœux avec une ancienne cliente dont le cœur de métier la confronte à ce genre de problématique : pouf, sous le coup d'une inspiration, en fin de conversation, je lui demande si elle ne connaîtrait pas quelqu'un qu'elle me recommanderait les yeux fermés, et paf, ben si, elle connaît.


Donc, la Gwen embauche.


La personne recommandée ?

Eh, non, ce serait trop simple.
Voyons, évidemment qu'étant l'employeur le plus select des Yvelines (tellement select que je n'employais personne !), j'ai attiré les candidatures !!

Enfin, surtout une.

Monsieur Bout.
Monsieur Bout est rentré du Super U le samedi matin qui a suivi la pichenette complémentaire, en me disant qu'il avait eu une idée très bête.
Après quasiment 16 ans de mariage, quand mon mari me dit ça avec un regard en coin, un demi-sourire, et une teinte de peau légèrement rosée, je m'attends à tout.

Mais pas à ça.

Effet de surprise absolument total !

Une fois que j'ai été sûre que mes oreilles elles comprenaient bien (quialaréf?) nous avons longuement discuté, car franchement j'avais pas mal les jetons que ça puisse ne pas convenir à l'un ou l'autre de nous deux (voire aux deux simultanément, eh, pour faire bien). Nous avons mis nos attentes sur la table, et Monsieur Bout a su pitcher, euh, pu exprimer que, même si il n'aimait pas énooormément l'administratif, clairement
  • il était loin de le vivre comme aussi pénible et terrifiant que moi je le vis
  • pouvoir le concentrer à un moment de la semaine, le faire régulièrement, et ne faire que ça serait beaucoup plus efficace et moins relou que mon mode de fonctionnement actuel (caser ça par ci par là quand je peux, soit un tout petit machin, soit pleeeein de machins à rattraper)
  • il en avait marre de s'interroger sur ce qu'il voulait faire de sa vie pro et du coup là il aurait une vie pro officielle et moins de pression pour trouver enfin dans quelle voie s'engager : "rôle social" et trimestres de retraite = dans la poche ; il pourrait donc allègrement continuer ses activités annexes à côté sans se dire qu'il devrait investir son temps dans qqch de rentable
  • ça le déstresserait d'avoir de la visibilité et de l'influence sur nos rentrées d'argent (jusqu'à présent je lui disais régulièrement quand je partais sur une nouvelle mission, quand ça se passait bien avec un client, etc, mais il n'avait pas droit à de belles présentations Corporate avec des graphiques, des tableaux excel et des échéanciers. Scandale)
  • ça aurait beaucoup de sens de me soutenir et de contribuer encore de cette manière au développement de mon business, et que ça devienne plus clairement un business commun.

De l'idée d'une microentreprise qui me refacturerait sa prestation, les conseils de ma comptable nous ont fait évoluer vers une embauche en tant que salarié à temps partiel, et donc, ça y est, "Monsieur Bout, je te veux dans ma team", zou !

Le temps de passation n'a pas été sans heurts, hein, rangez les paillettes et les arcs-en-ciel
  • j'en étais arrivée à une telle saturation qu'au fond je n'avais qu'une envie : lui jeter le bazar et partir très vite en courant pour ne plus jamais en entendre parler. Ce qui, paraît-il, n'est pas optimal pour une passation. J'ai donc du accepter de ne pas juste lui montrer en 5 minutes "dépatouille toi", mais d'investir du temps avec lui, de remettre le nez dedans une dernière fois avant de recueillir le fruit de mes efforts : de belles factures et formalités réalisées pas par moi....
  • j'ai aussi du accepter qu'il ne fasse pas comme moi : il a commencé par passer du temps à créer des fichiers excel de suivi, très élaborés. (au lieu de, cf point précédent, se jeter sur ma pile de trucs en retard et la dézinguer !). Humpf. J'ai ensuite intégré que si je ne voulais plus le faire, il fallait que j'accepte que ce soit fait d'une autre manière, par ailleurs la mienne n'étant clairement pas optimale peut-être qu'un peu plus de structure ne serait pas superflu. Moralité les fichiers excel de Monsieur fonctionnent du feu de Dieu et lui permettant effectivement de suivre de près tout ce qui se passe et de tenir la baraque avec rigueur.
  • nous avons aussi du, à plusieurs reprises déjà, clarifier ce qui rentrait ou pas dans ses attributions, notre vision des choses pouvant différer...

Bref, pas de cuicui les petits oiseaux, mais encore un chantier que nous aurons à revisiter régulièrement. Le gros avantage, c'est que nous savons l'un et l'autre 
  • que nous bossons avec quelqu'un dont fondamentalement les intentions sont bonnes, 
  • que nous visons la même chose, 
  • et que la plupart du temps, même si ça ne vient pas direct, nous finissons par trouver un moyen de nous comprendre.

Moralité, maintenant que ça roule, j'ai forwardé mes factures d'hôtel de Luxembourg avec délectation dans le TGV du retour ce jeudi, et déposé mes tickets de restaurant avec légèreté dans la bannette prévue à cet effet ce weekend.

Cœur sur mon associé.

Deux petites observations pour terminer
  • Ironie de la situation : ce n'est pas d'hier que Monsieur Bout contribue, par sa prise en charge de l'arrière-boutique familiale, au développement de mon business. De manière totalement invisible aux yeux du monde; mais là, parce qu'il va rajouter un poil d'administratif, il obtient enfin reconnaissance sociale et administrative de sa contribution. C'est-y-pas malheureux.
  • Effet secondaire intéressant : du coup, notre mariage devient franchement indissoluble, en tous cas de mon côté, parce que moi, quelqu'un qui fait mes factures à ma place ...eh bien je l'avoue sans fard : il se pare d'une aura de sexytude infinie et éternelle !

lundi 18 décembre 2023

Front parental : "Ne jamais reprendre son conjoint devant les enfants" - Ben si.

Tout récemment une discussion Facebook m'a rappelé une autre de ces grandes croyances si répandues dans nos têtes de parents, et qu'il est tellement difficile de remettre en question... et tellement important car bénéfique pourtant : j'ai nommé...

La nécessité de "faire front" devant les enfants 

= se montrer d'accord avec son conjoint sur les décisions concernant les enfants, y compris le soutenir devant eux / ne pas le contredire ou contrecarrer quand il agit d'une manière qui nous semble pourtant pas ajustée voire franchement nocive.

En l'occurrence il s'agissait d'un conjoint ayant recours à des mots très blessants envers les enfants ("tu es nul"), et des mesures humiliantes, à des fins de discipline. 


Les échanges Facebook m'ayant amenée à approfondir / détailler un peu ma réflexion sur le sujet, j'ai réalisé que je tenais là une de ces fameuses #phrasàlacon, un de ces mantras dont on hérite et reprend si facilement comme une vérité de base, inquestionnable. 

Et en fait... sans l'avoir fait consciemment, je m'aperçois que, alors que c'était très clairement quelque chose dont j'étais persuadée avant d'avoir des enfants, je m'en suis bien détachée.

Alors, des fois que ça puisse vous servir, questionnons ensemble : 

En quoi est-il excellent de contredire son conjoint dans ce genre de situations ?


1. Déjà, il y a là un signal important : il est essentiel pour rassurer l'enfant, restaurer ce qui est blessé ainsi dans son intégrité

Aucun parent ne se comporte toujours parfaitement envers son enfant (sauf moi, bien évidemment... hum hum), nous blessons donc nos enfants régulièrement. Pas moyen de l'éviter totalement. 

Mais quand un parent débloque, soit par exception, ou encore davantage quand c'est régulièrement, il est très précieux que l'enfant puisse avoir la confirmation, par la réaction de son autre adulte de référence, que ce qui se passe n'est pas "normal", acceptable, et encore moins mérité.

Cela permet d'atténuer considérablement l'impact des mots / actes du parent-qui-débloque, en augmentant les chances que l'enfant puisse davantage les catégoriser comme tels, et non comme des vérités intangibles. 


Ca, c'était mon premier niveau de réponse, celui qui est sorti le plus spontanément. Et puis en fait... d'autres me sont apparus. 

En contredisant son conjoint devant ses enfants, on les protège dans l'instant, eux, et dans l'avenir (en leur montrant que personne n'a le droit de leur dire des trucs pareils)... et ...


2. On leur transmet également des messages forts et ô combien précieux sur le couple, et l'amour en général :

  • droit de penser /ressentir différemment dans un couple
  • droit de se disputer: ce n'est pas la fin du couple
  • les adultes peuvent avoir tort 
  • et on peut estimer que quelqu'un a tort et continuer à l'aimer

Droit de penser / ressentir différemment : pour être un couple, pas besoin de nier son identité, on peut ne pas être d'accord. A l'inverse de cette citation de Woody Allen (eh, je me cultive en vous écrivant : jusqu'à ce que j'aille vérifier je pensais que c'était Sacha Guitry, mais Google m'a appris le contraire).
Le mariage, c'est quand un homme et une femme ne font plus qu'un. Le plus difficile, c'est de savoir lequel.
C'est tellement important de réaliser qu'être amoureux ne signifie pas abdiquer son identité et ses ressentis propres ! Y compris dans nos petites et grandes limites personnelles : les 3 Bouts savent par exemple très bien que mon niveau de tolérance au bruit n'est pas le même que celui de Monsieur Bout, et que donc, les "règles" autour du bruit ne sont pas les mêmes selon si ce sont mes oreilles uniquement qui sont impliquées, ou celles de leur père.


Droit de se disputer : oui, en prenant le contrepied de notre conjoint devant nos enfants, on leur montre qu'un couple qui s'aime se dispute aussi. Si nos disputes n'ont jamais lieu devant eux, comment pourraient-ils vivre leurs propres disputes de couple futures comme quelque chose de normal ? 
J'ai en mémoire l'une des mes colocs autrichiennes dont les premiers mois de relation avec son petit copain ont été ponctués de plusieurs quasi-ruptures : à chaque dispute, ledit petit copain voulait rompre car à ses yeux, se disputer était le signe qu'on n'était pas faits pour être ensemble. C'est embêtant, puisque un couple, ça se construit aussi sur sa capacité à surmonter les crises, pas juste à les éviter.


Les adultes peuvent avoir tort 
Trèèèès important ça. Essentiel à l'auto-préservation de nos enfants.

On peut estimer que quelqu'un a tort et  continuer à l'aimer 
Là c'est le pompom, puisqu'il vient toucher à un des mécanismes psychologiques les plus délicats qui soient : la capacité à se remettre en cause, c'es-à-dire à repérer / reconnaître qu'on a eu tort.
Se remettre en cause est un sport extrêmement compliqué à pratiquer, qui réveille des mécanismes défensifs d'une force inouïe. Et pourtant TELLEMENT essentiel. (c'est du reste une dimension que je testais systématiquement quand je recrutais. Travailler avec / manager quelqu'un qui ne peut accepter d'avoir tort, c'est l'horreur)
Or cette difficulté à se remettre en cause est souvent bien ancrée, car liée à une croyance bien forte "quelqu'un qui se trompe, qui a tort, n'est pas digne d'être aimé" / "pour être aimé, je dois être parfait". Plutôt crever que d'admettre qu'on n'est pas parfait, alors ! 

Alors que là, en montrant à notre enfant qu'on peut estimer que notre conjoint a franchement tort et continuer à l'aimer :
  • on lui montre que lui-même peut avoir tort et continuer à être aimé... et donc profiter des ressources formidables liées à la remise en cause ! Citons notamment : 
    • apprendre de ses erreurs
    • oser faire des trucs (puisque c'est pas la mort de se tromper / ne pas y arriver)
    • pardonner et demander pardon
  • on lui montre qu'il peut considérer que son père a tort et continuer à l'aimer, plutôt que d'avoir le choix entre nier son ressenti d'enfant, ou considérer que son père est un gros c**. Dilemme qui contribue grandement à 
    • la violence des crises d'adolescence, si elles ont lieu, 
    • la difficulté à établir des relations adulte-adulte avec ses parents
    • la difficulté à remettre en cause des schémas familiaux / styles d'éducation : comment décider d'éduquer autrement mes enfants que je ne l'ai été, puisque ce serait implicitement ou explicitement, exprimer que mes parents ont eu au moins un peu tort d'agir comme ils l'ont fait avec moi, alors que j'ai intégré que je ne peux les aimer si ils ont tort ?
Et voilà comment je me retrouve devant un choix silencieux bien pourri : aimer mieux (= plus efficacement) mes enfants, ou continuer à aimer mes parents ? 
Il s'agit donc de ne pas définir la loyauté comme quelque chose qui m'empêche de penser/exprimer que l'autre a tort (une croyance bien nocive qu'on retrouve partout, jusque dans les CODIR dont je m'occupe), mais de démontrer le contraire, en live.

La vérité vous rendra libres, il paraît.

Cerise sur le gâteau : si on arrive à se disputer de manière constructive, à soigner un peu sa manière de s'exprimer à ce moment-là, nos enfants peuvent même en retirer des compétences en la matière : "Exprimer vigoureusement son désaccord sans attaquer l'autre"... des leçons étrangement similaires à l'apprentissage de l'expression de notre colère envers eux, guidé par Faber et Mazlish....

Je dis ça, j'dis rien !

Par Rundvald — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=123316058 



mardi 17 octobre 2023

Prendre ou ne pas prendre l'avion, telle est la question (et autres questions quand même)

Après moi, le déluge.

OU la canicule.


Quoi qu'il en soit : j'ai réalisé récemment que pendant très longtemps, j'avais considéré les efforts faits pour la préservation de l'environnement sous l'angle de quelque chose de vertueux, de moral. C'est au fond, ce que véhicule le mantra tant entendu de "préserver la planète".

Ce n'est que récemment, peut-être comme pas mal d'entre vous (ou pas), que j'ai subitement (et tardivement) pris vraiment conscience d'à quel point cette expression est en fait complètement à côté de la plaque, et génératrice d'une fausse route monumentale. Sont-ce 

  • les soucis d'énergie ? 
  • Les pénuries de carburant dues à la guerre en Ukraine mais venant donner un avant-goût de ce que pourrait être un monde n'ayant pas appris à fonctionner avec beaucoup moins de pétrole ? 
  • Les 2 canicules d'affilée ? 
  • les périodes de sécheresse, conjuguées avec le fait qu'ayant dans mes anciennes coachées une spécialiste en économie de l'eau devenue de ce fait très demandée, mon fil LinkedIn s'est teinté de ses publications / réactions / interviews dans différents médias ?


Bref la Gwen a subitement "découvert" qu'en fait la planète s'en fichait, d'avoir plus chaud, mais que l'humain, non, et que donc, faire gaffe à l'environnement c'était pas moral, c'était pas bien, c'était pas mignon-les-petits-pandas, c'était juste une question de survie. Et même, pire que la survie (dramatisante et générant des réactions de peur et donc de déni), une question de CONFORT.

Or la Gwen, elle y tient à son confort. Et à celui de ses enfants.

C'est ainsi que la Gwen a réalisé que veiller à préserver l'environnement n'avait donc rien d'altruiste, mais était quelque chose de profondément égoïste. (certes, un égoïsme demandant un tout petit peu de vision long terme, en mode : si je mange mon gâteau maintenant, je mangerai de la poussière demain. Et c'est dégueu la poussière.)

Or, si il y a bien quelque chose de certain, c'est que le stock d'égoïsme de la Gwen est bien supérieur à son stock d'altruisme. Au vu de l'ampleur de la différence, tout de suite, les choses changent : j'ai beaucoup plus de ressources si je m'appuie sur ce stock quasi illimité d'égoïsme, que ce que je n'avais en pompant dans mon altruisme fort modéré.

Quelle excellente nouvelle.


Monsieur Bout et moi essayons donc de revoir certaines choses.

Comme ça coïncidait avec l'explosion des prix, de toute manière il fallait revoir complètement notre budget bouffe, et donc, tant qu'à faire, on l'a complètement dynamité. Mon business se portant bien, j'ai la chance de pouvoir dire "bon ben j'ai qu'à gagner plus de sous", liberté que nous n'avions pas du temps où nous étions salariés. Nous avons donc eu et utilisé ce luxe de pouvoir décider que plus de sous il y aurait, et que ce plus de sous financerait une alimentation plus saine pour nous et plus compatible avec la préservation des ressources naturelles.


  • Nous avons également voulu investir, pour remplacer notre chaudière gaz agonisante, dans une pompe à chaleur. 

Ce qui est un sport de riches si on veut s'assurer que la bête ne gênera pas les voisins. Sport de riches que nous n'avons finalement pas pu pratiquer, du fait des inquiétudes desdits voisins, exprimées par un vote très clair en AG de copro, et ce malgré un projet fort bien ficelé, dont nous étions très fiers (Monsieur Bout avait passé un temps fou à se renseigner sur ce qui se faisait de mieux) avec moult mesures de protections assorties à non moins moult mesures de décibels. (oui, nous en avons été très frustrés. Et nous nous sommes sentis très très cons à racheter une chaudière gaz, même "dernière génération", à condensation, économe et tout et tout).


Mais tout récemment ....

(j'avais plusieurs choses urgentes à faire, donc plutôt que de m'y atteler... TDA vous dites ?) je suis allée sur ce site là, construit par l'ADEME, pour mesurer notre empreinte CO2.

Ouch, je vous le conseille si votre égoïsme a besoin de munitions et d'éclairages intéressants sur l'impact réel de tel ou tel choix au quotidien. 


1er truc qui est ressorti : notre alimentation. 

La viande est vraiment quelque chose qui réjouit nos assiettes et nos papilles, et en même temps... zut, la part énorme qu'elle joue dans l'empreinte de notre famille est... ben... énorme justement. 

Alors qu'à Strasbourg, comme le montrait ce billet, nous avions amorcé un mouvement de baisse de consommation, force est de constater que ce mouvement est complètement parti dans les choux depuis un bout de temps. Nous avons donc décidé de refaire des efforts dans ce sens, sachant que je m'étais posé la question il y a un an, pour aboutir à la conclusion que mes efforts devaient d'abord être mis vers "manger plus sainement / équilibré". 

1 an plus tard, j'ai estimé avoir suffisamment progressé sur ce point pour pouvoir rajouter une contrainte additionnelle : "avec moins de viande". Nous avons retenu 3 pistes, que nous conjuguerons : 

  • revoir le ratio viande blanche / viande rouge
  • réintroduire des menus sans viande
  • diminuer la quantité de viande dans le repas lui-même : au moment de cette conversation avec Monsieur Bout, j'étais en train de faire mariner du poulet pour notre déjeuner. Alors, hop, j'ai prestement attrapé une grosse boîte de conserves de pois chiches (protéines végétales) que j'ai rajoutée à ma marinade. Et ainsi, le poulet prévu pour 1 repas m'en a finalement fait 2. On garde le goût, on divise l'impact par 2.

Babysteps, encore et toujours !

2ème truc qui est ressorti 

(ben oui, ce site est relou : une fois que tu as répondu à toutes ses questions vicieuses, il te sort une série d'actions possibles en les rangeant par ordre décroissant d'impact; histoire de pas passer plus d'énergie à économiser 40 kg de CO2 que tu n'en aurais besoin pour économiser 1 tonne. Mon côté flemmard / rentabilisateur de mes efforts apprécie)

Les transports, et pas n'importe lequel : l'avion.

Nous le prenons peu. L'avions (ah ah !) pas pris pendant plusieurs années. Mais l'an dernier

  • en février dernier nous sommes allés à Rome (Pour la toute première fois ! Et que tous les 2 ! Vous savez, une sombre histoire de Sims...). En avion. 
  • Un de mes clients m'a envoyée à Toulouse. 2 fois. En avion. 
Et là : j'emmène les enfants voir ma sœur fraîchement accouchée du 3ème. Sœur qui habite en Asie du Sud-Est depuis 3 ans et des brouettes. Du coup le train c'est compromis.

Sur ce coup-là, déjà, j'ai réalisé notre cheminement : là où il y a peu encore, je me disais qu'un jour, quand les enfants seraient ados, nous ferions un grand voyage en famille pour découvrir les USA, ce projet n'est plus à l'ordre du jour. Mes enfants n'ont pas besoin de découvrir les USA. Et là où quand ma sœur était partie en 2020 on avait déjà prévu ce voyage en mode "on viendra profiter que vous soyez là-bas pour découvrir, c'est l'occasion", la dimension découverte ne m'intéressait plus du tout au moment de prendre mes billets. 

En revanche, les liens familiaux, le soutien à une sœur vivant de manière très isolée, si. Donc j'ai fait un choix différent. Donc zut. Je sais pourquoi je le fais, mais, niak. Elle habiterait Limoges ce serait plus pratique d'aller la soutenir. Mais probablement pas nécessaire, aussi.


En parallèle, nous avons fait d'autres choix : Monsieur Bout ne part pas avec nous (oui, vous l'avez habilement déduit : je m'envole pour 12h seule aller, 12h seule retour, avec 3 enfants. Mais j'ai la foi!) car il n'en avait aucune envie. Nous avons estimé que claquer plein d'argent et plein de CO2 pour un billet d'avion de quelqu'un qui n'avait pas envie d'être dans ledit avion serait absurde. A la place, il va aller passer 2 semaines sans enfants, chez son frère à Berlin. Et en train svp. Il est tout seul, il va lire pendant 9h, ce sera très chouette.

Petit constat au passage, dans l'aventure "train plutôt qu'avion"

  • recherche de billet, round 1 : site de la SNCF : aller-retour pour plus de 550€ ! Nous refusions d'aller regarder les billets d'avion mais savions parfaitement que ceux-ci seraient bien moins chers. Quelle joie de constater par soi-même à quel point nos politiques de subvention des transports sont alignées avec les besoins long terme des populations concernées....
  • recherche de billet, round 2 : nous nous sommes rappelé l'existence de sites comme Trainline, fichtrement bien fichus (et autrement plus ergonomiques que le site de la sncf...) qui permettent de construire et réserver des trajets transfrontaliers de la manière la plus intelligente possible, en profitant des offres de chaque pays. Billets réservés pour 290€, et encore, Monsieur aura des places en première (donc surcoût minime) pour le trajet du retour.



Pensez-y si vous avez des besoins similaires...


Et puis, nous avons décidé de prévoir nos prochaines vacances en amoureux : 1 semaine, en février. Avec comme cadrage de départ : éviter l'avion. La destination envisagée serait la Sicile, et nous aurons lâché les enfants dans le Sud Est de la France. 

A ce stade, 

  • la seule solution proposée par Trainline est un Flixbus. Pour une somme défiant toute concurrence. C'est mieux que notre bagnole et bien mieux qu'un avion, mais, outre que ça prend 24h (si si !)... Monsieur Bout a vomi l'idée instantanément. Au sens propre du terme : Monsieur Bout est affligé d'un assez sérieux mal des transports. Le train ca va bien (dans le sens de la marche), la voiture ça dépend mais clairement c'est tout à fait ok si c'est lui qui conduit, le car, même pas la peine d'y penser. Ou alors, pour le torturer. (eh eh... si il m'embête trop d'ici là... je garde l'idée !)
  • nous avons 3 options
    • soit nous trouvons une combine transports (nous avons encore des pistes à explorer, selon aussi l'endroit exact où nous lâchons 1. nos différents enfants 2. la voiture familiale avec laquelle nous aurons descendu tout ce petit monde)
    • soit nous décidons que la voiture et ses longues heures de trajet sera notre solution de compromis
    • soit nous trouvons une destination différente, combinant dépaysement, culture, repos, météo clémente et moyen de transports pas absurde.

(si vous avez des suggestions rentrant dans l'une ou l'autre catégorie....)

jeudi 2 février 2023

Cycle Faber et Mazlish en visio spécial blog, 2ème édition : ouverture des inscriptions !

Il y a deux ans, le contexte COVID machin toussa m'avait incitée à innover en proposant pour la première fois un cycle d'ateliers Faber et Mazlish en visio, à destination d'un public trèèès privilégié : le lectorat du blog.

Je me régale à animer les ateliers en présentiel, j'avais mes réserves quant au format visio... mais vous, moins, puisque la session s'était remplie très vite ! Puis son déroulé s'est chargé de faire sauter mes réserves à moi. 

Visiblement, personne ne s'est ennuyé.

Suite à la préconsultation du peuple opérée semaine dernière par moyen bloguesque, j'ai la joie de vous proposer une réédition :


session d'ateliers Faber et Mazlish animée par votre humble servante
sur Zoom


(toujours sur le cycle 1, "Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent" ; des manœuvres ont lieu en sous-main pour m'inciter à proposer un cycle 2, "Frères et Sœurs sans rivalité" en visio l'an prochain, et, ma foi... comment, frêle agnelle que je suis, pourrais-je résister à ces influences occultes ? je vous le demande. Affaire à suivre, donc. Je précise que si ce cycle voit le jour il sera destiné à un public ayant déjà suivi le cycle 1. Avec moi ou quelqu'un d'autre, je ne suis pas sectaire :D).

Renseignements pratiques 
(je réutilise, avec les modifications pertinentes, le texte du billet d'il y a deux ans, y compris certaines petites blagues. Eh oui, ici, c'est un blog vert - ça se voit, non ? - donc on recycle, on fait de la blague durable, multi-usages, farpaitement ! on est aussi très flemmard)

QUAND

  • 8 soirs : un cycle d'ateliers "Parler pour que" c'est normalement sur 7 soirs, mais j'ai pris l'habitude d'insérer une session spéciale "colère du parent" entre le 3ème et le 4ème soir. Un hit absolu à chaque fois, allez savoir pourquoi...
  • après consultation d'un calendrier et de mon agenda pro, je reste sur des lundis soirs 
  • dates prévues : 15 jours entre chaque soir sauf 2 fois (je cherche à boucler avant que la saison des kermesses et galas de danse ne démarre), démarrage (si suffisamment d'inscrits), le 13 mars, ce qui nous donne
  1. lundi 13 mars - accueil des sentiments
  2. lundi 20 mars (donc dès la semaine suivante, comme ça on est bien chauds) - développer la coopération
  3. lundi 03 avril - la punition et ses alternatives
  4. lundi 17 avril - session spéciale "colère du parent"
  5. lundi 24 avril (donc là aussi, session 4 - celle consacrée à la colère - suivie une semaine après de cette 5ème session sur l'autonomie)
  6. lundi 08 mai (possibilité si les participants le souhaitent, de décaler cette session au lendemain 9 mai) - compliments et estime de soi
  7. lundi 22 mai - sortir nos enfants des rôles dans lesquels ils sont enfermés
  8. pour finir en beauté lundi 05 juin
  •  Horaires prévisionnels : 20h30 - 22h45 (possibilité de décaler de 30 minutes pour un démarrage à 21h si consensus au sein du groupe.... pas de trajets à prévoir hinhinhin)

POUR QUI ?

Cette fois encore, je ne vais pas faire beaucoup de com dessus, et ne le proposerai qu'aux lecteurs du blog (ou à leur entourage immédiat : si votre belle-sœur en rêve vous pouvez lui transmettre ; elle aura juste obligation de lire l'intégralité des 500 billets du blog avant le début de la session - ou pas) 
  • Pour des parents / adultes (j'ai déjà eu des grands-parents, des profs, des sages-femmes) ayant envie de gérer leur relation aux enfants sur la base respectueuse de l'enfant et de l'adulte que constitue l'approche Faber et Mazlish. 
  • Condition : avoir sous la main, de manière régulière, au moins un enfant âgé de plus de 18 mois. (pour pouvoir s'entrainer entre les sessions)
  • Qu'ils aient lu les livres ou pas
  • Seul ou en couple 
  • max 12 participants (mini 5)

QUOI ?

Des ateliers basés sur l'approche Faber et Mazlish, interactifs, où on découvre en groupe des outils par rapport au thème du soir, on s'entraine à les tester, et où on débriefe la fois suivante du résultat de nos tests "in vivo" : pour que les outils si beaux en théorie ne le restent pas, de la théorie !
Le principe étant que les expériences, questions et tests des autres participants viennent enrichir d'autant l'apprentissage de chacun.


INSCRIPTIONS 

Figurez-vous que je n'ai toujours pas résolu le bug affectant l'adresse mail du blog, donc en attendant que je trouve ce qui cloche, vous pouvez me contacter en MP FB/Insta, ou sur mon adresse gmail.com : prénom.nom.
Je vous invite à me faire signe le plus vite possible, non seulement pour griller la priorité à votre voisin, mais aussi parce que je vais bloquer ces dates sur mon agenda pro en provisoire, et que savoir au plus tôt si je confirme ou non leur blocage m'arrangera bien. 

TARIFS 

  • 240€ TTC (=200 € HT) pour l'ensemble du cycle pour une personne seule, 285€ TTC pour un couple 
  • + prévoir 12€ / personne pour le cahier d'exercices, indispensable au bon fonctionnement
  • (payables par virement; j'accepte aussi les lingots d'or mais c'est plus compliqué à envoyer par La Poste)
  • Arrhes de 50€ pour bloquer votre place. 
  • Je précise qu'étant une entreprise, j'émets de toute manière une facture, que je peux donc vous transmettre si votre CE ou une quelconque bonne âme est susceptible de prendre en charge tout ou partie des frais sur justificatif.

PRECAUTIONS 

Suivre un atelier en visio, c'est top et bien pratique, à quelques conditions toutefois : je vous invite à y réfléchir afin de vous assurer que vous serez dans de bonnes conditions pour en profiter
  • une pièce isolée phoniquement du reste de la famille et en particulier des enfants : pour pouvoir parler librement loin de leurs oreilles 
  • l'assurance de ne pas être dérangé 42 fois par un enfant au cours de nos soirées : pour pouvoir se concentrer sur nos échanges et profiter pleinement du ressourcement entre adultes (seule exception : les nourrissons au sein, pas encore doués de parole, ça se gère)
  • une connexion internet suffisamment stable
  • si participation en couple, un support informatique par couple (une session zoom chacun) : indispensable pour pouvoir faire les exercices

Voili voilou, dites-moi si ça vous branche, venez poser vos questions si vous en avez avant de prendre votre décision, et ensuite, hop hop, faites prestement : ce blog est un monde de chacals assoiffés de sang - et de places en ateliers F&M.
Challenge - accepted : j'ai fait plus moche

lundi 7 novembre 2022

"Les enfants c'est QUE DU BONHEUR" - Ou pas.

Mon emploi du temps croule / a croulé, de la même manière que l'année dernière, et j'ai du prendre des mesures de rationalisation parce que pas moyen que je refasse un année comme celle qui est derrière moi.
A l'arrivée, même si le presque cramage n'est pas agréable, c'est positif, puisque ça m'oblige à me poser, et me permet un recentrage express en accélérant une évolution que je pensais possible seulement à moyen terme : travailler moins (pour gagner plus, spécial dédicace Sarko).

Dans le cadre de ce recentrage, j'ai squizzé différentes activités, selon
  • un premier critère absolu : leur niveau d'intérêt pour moi : "Ai-je méga envie de faire ça ?" / "A quel point cela me nourrit-il?"; je pourrais appeler ça la rentabilité énergétique ^^. Mes centres d'intérêt ayant évolué sur mes quelques années de BusinessGwen, il est temps pour moi d'adapter mon activité, et de dire adieu à ce qui m'a plu un temps, mais ne me correspond plus tant que ça maintenant.
  • et un 2ème critère relatif : la rentabilité financière. Je dis "relatif" car j'ai inclus, dans mes plans, un peu de place pour du "peu rémunérateur mais haut niveau d'intérêt". Place que j'ai décidé de consacrer exclusivement à l'animation d'ateliers de parents Faber et Mazlish cette année : j'ai donc, par exemple, arrêté de donner les cours de RH que je donnais depuis quelques années.

Je m'apprête donc à démarrer un cycle "Frères et Sœurs sans rivalité", et j'ai également pu déjà animer une première soirée Piqûre de Rappel en octobre. 
Pour mémoire, le principe de ces soirées est de réunir des parents des différents groupes ayant suivi les ateliers "Parler pour que les enfants apprennent" au fil des ans avec moi, et d'aborder avec eux leurs questions, leurs problèmes actuels, en mode requinquage / approfondissement / rafraichissement de mémoire / reprise de réflexes voire même souvent aussi raccrochage de wagons.

Super soirée, supers échanges et c'est l'un de ces échanges qui suscite l'article du jour.
La soirée regroupant par hasard deux mamans de jumeaux, dont l'une bien occupée avec sa paire de jumeaux en bas âge, la maman en question a été  rassurée d'entendre que ce serait plus facile après. Jusqu'à ce que la maman de jumeaux plus âgés lui dise 
"Oui, maintenant, c'est que du bonheur".
Là, elle a tiqué. 
Moi aussi.
Nous avons donc passé quelques instants à dézinguer cette phrase, qui fait bien évidemment partie des "phrases à la con" de la parentalité.

Nan, les enfants, c'est pas que du bonheur
Jamais. 
Et dire cela, c'est faux, archifaux, et surtout archinuisible, car comme l'ont si bien exprimé d'autres participants à cette soirée 
"Je me suis toujours demandé ce qui clochait chez moi, puisque franchement, non, jamais j'ai trouvé qu'avoir mes enfants n'était que du bonheur".
Petit Bout par Petit Bout détruisant le mythe - Allégorie



Eh bien oui.
Entendons-nous bien : nos enfants peuvent être la source de moments de bonheur inouïs et différents de tout autre forme de bonheur. 
  • Les voir endormis le soir, complètement abandonnés (et ENDORMIS, en plus !). On peut être pris d'une vague d'amour tellement folle, tellement forte, qu'on les en réveillerait presque pour les embrasser et les noyer de mots d'amour (complètement absurde évidemment après tout le mal qu'on a eu à les endormir), 
  • sniffer leurs cheveux, 
  • écouter leurs mots d'enfant, 
  • entendre leurs je t'aime, 
  • les regarder lire,... 
  • Plus grands, partager un jeu de société, un bon film, un puzzle...
Mais à aucun moment les enfants ne sont que ça. 
Disons-le clairement : avoir des enfants ne se fait pas par confort. Si on regarde d'un angle purement rationnel, il est complètement irrationnel et contreproductif d'avoir des gosses
  • on pulvérise son propre confort, 
  • on remplace sa liberté par une série de contraintes, 
  • on dynamite son sommeil, 
  • on divise par 10 ou 100 son temps libre, 
  • par 4 son revenu disponible. 
Sur le plan psychologique, les enfants sont, essentiellement, la source d'un certain nombre de questions inconfortables, d'angoisses, de frustrations, de découvertes pas super agréables sur soi-même, de prises de tête avec son conjoint, et d'une fatigue de ouf. 
Les enfants n'ont pas vocation à nous propulser sur une mer de nuages roses et AUCUN parent ne vit sur cette mer (ou alors, il en fume de la bonne). 

Alors oui, à certains moments les éléments de la première catégorie tendent à justifier et nous faire oublier quasi entièrement les éléments de la deuxième, si bien qu'on en viendrait à dire "Ces difficultés ne sont rien en regard". 
Oui ! 
Et NOOOOOON. 
Ce n'est pas rien du tout, et c'est même tout quand on est en plein dedans, c'est énorme, c'est épuisant.
Et une phrase comme "c'est que du bonheur"
  • nie nos sentiments, 
  • alourdit le sentiment de difficulté, 
  • et lui rajoute en plus celui angoissant de notre inadéquation, puisque comme exprimé durant cette soirée, visiblement, nous, si on trouve pas que c'est que du bonheur, c'est, au mieux, qu'on fait qqch de travers, ou, au pire, qu'on est soi-même tordu. 

Cette ambivalence de sentiments est à la racine de la parentalité. Or, comme le dit Haim Ginott, ce sont les sentiments ambivalents qui ont presque le plus besoin d'être accueillis comme tels. Car "si quelqu'un comprend mes sentiments confus, peut-être ne le sont-ils pas tant que ça". 
Je le mesure encore ces jours-ci, au téléphone avec celle de mes sœurs qui vient d'accoucher de son tout premier bébé et qui se retrouve embarquée dans cette ambivalence de malade, et les montages russes émotionnelles associées, en mode "Notre toute petite fille est tellement géniaaaaale on l'aime on l'aime on l'aime c'est fooooou / Au secours on va mourir on a dormi qu'1h30 cette nuit et allaiter ça fait maaaaal".

Ce dont a besoin ma sœurette d'amour, ce n'est pas d'un "Un bébé, c'est que du bonheur", ni même d'un "Après, ce sera que du bonheur" (publicité mensongère bonsoaââr), c'est d'écoute, d'accueil, de.... de quoi au juste ?
Tenez, si ça vous parle, je veux bien entendre vos témoignages des phrases qui vous ont le plus aidé(e)s dans vos premières galères semaines de parents.

Du côté de notre soirée, nous avons tous convenu de rattraper très vite cette phrase si par ailleurs elle venait à nous échapper ;-)


lundi 11 octobre 2021

2 ans de Papa au foyer : bilan et perspectives

Cela fera 2 ans à la fin du mois que Monsieur Bout, suite à sa rupture conventionnelle, est à la maison

L'occasion d'un petit retour / témoignage.

(yep, ce n'est encore pas un article éducation à proprement parler. Mais je rame à l'écrire, cet article, et du coup, eh bien je regarde la situation en face et j'applique l'astuce HPI / TDA correspondante : je contourne la difficulté en écrivant qqch qui coule plus facilement)


Quand le parent jusque là investi principalement de la casquette "faire bouillir la marmite" passe au foyer, ce n'est pas évident !

6 constats.

1. Chez nous, cela a d'abord demandé des ajustements de part et d'autre

Ainsi, dans les premiers temps, il m'a fallu notamment admettre que pour que Monsieur Bout prenne sa place, ... j'allais surtout devoir m'effacer / me taire

Ainsi, les premiers matins où Monsieur Bout a géré le lever des enfants pour les emmener à l'école, je me suis levée avec lui, et j'ai "corrigé" sa manière de gérer le petit déj et la préparation des lunchbox des enfants : "mais non en fait le matin on fait comme ci et comme ça". 

"on fait"... ben oui mais ... "je faisais"... et Monsieur Bout m'a fait remarquer qu'il allait faire différemment. Au bout de 2-3 épisodes de ce genre, j'ai trouvé une parade parfaite :  je ne me suis plus levée les matins, ce qui lui laissait le champ libre, la possibilité de trouver / se constituer ses repères et faire à sa guise, sans la lourdeur de mon regard. Ca m'a demandé un effort, mais vite récompensé : non seulement Monsieur Bout a ainsi très vite pris ses marques mais moi, je me suis très bien habituée à me lever plus tard (d'autant plus facilement que je terminais mon premier trimestre de grossesse et que quand on me voit enceinte, on ne se dit pas tout de suite que je suis l'incarnation de la grossesse épanouie et dynamique). 2 ans plus tard, ce fonctionnement est resté.

Ces ajustements ont du se faire dans les deux sens

Ainsi, au bout de 3 semaines à la maison, Monsieur Bout s'est senti prêt à rajouter une nouvelle responsabilité à celles qu'il avait déjà récupérées : la gestion du linge, qui avait toujours été chez moi (dans le sens que, oui, il lui arrivait régulièrement de me filer un coup de main et étendant ou rangeant une lessive, mais la gestion de la routine du linge, le remplissage-lancement de machine, la responsabilité / charge mentale associée, c'était Bibi). Monsieur Bout n'avait jamais lancé de machine. Il est donc arrivé avec son bloc-notes, m'a demandé comment ça fonctionnait, a ensuite tapé tout ça sur Word et patafixé le mode opératoire ainsi obtenu à côté du lave-linge. 

Top. Au bout de quelques semaines, cependant, j'ai du souligner que la manière dont il étendait le linge ne convenait vraiment pas : j'ai tergiversé avant de le faire, car, machin, "ses marques", "sa manière de faire", mais là, grumpf, l'impact me dérangeait trop. Je l'ai donc alerté sur l'importance de bien défroisser les vêtements, bicoz sinon après c'était immettable (je rappelle que chez nous, le fer à repasser n'est pas menacé par la surchauffe). Il a bien entendu commencé par se vexer, puis fait des efforts. (mais tout récemment j'ai du en remettre une couche en lui demandant de faire sécher mes robes sur cintres; idem, j'ai tardé avant de le faire, mais franchement, une robe qui a séché sur un étendoir à linge et qui est ensuite pliée hâtivement en 4 et vaguement empilée dans un placard, ben, c'est difficilement mettable dans un contexte pro).

Quelques semaines après sa montée en puissance, Monsieur Bout s'est senti suffisamment sûr de lui dans sa gestion du linge pour innover. En estimant que le tri des couleurs, franchement, c'était superflu. A mes premières protestations, il a fait la sourde oreille. Mais quand un petit-haut-de-Gwen anciennement d'un joli vert anis est ressorti d'une couleur difficilement décrivable autrement qu'avec un adjectif de l'ordre du "pisseux", la Gwen a vu rouge, et lui a mis le T shirt sous le nez, comme preuve que, non, le tri entre "blanc/"clair et "foncé" n'était pas une lubie de psychorigide. 

Monsieur Bout a protesté puis réintégré le tri des couleurs à sa routine (de mémoire, on a fait un truc pour faciliter les choses sur ce plan-là mais je ne sais plus quoi). Les choses se passant toujours dans l'harmonie et la douceur la plus totale comme dans tout couple qui se respecte (quoi, pas chez vous ? C'est très étrange !), il n'est pas impossible que dans les échanges (complètement CNV évidemment) que nous avons eus sur le sujet, je sois allée jusqu'à utiliser l'argument massue "Sinon, autant que je le fasse moi-même !" (argument massue du fait de mon tour de taille de l'époque. "argument-baleine" n'existe pas)


2. Tout au long de ces 2 ans, des ajustements dans notre organisation ont aussi du se faire, et notamment à partir du moment où il a vraiment été acté que Monsieur Bout allait rester durablement au foyer.

Nous avions tout prévu merveilleusement bien, et je vous avais détaillé nos plans organisationnels sublimes dans ce post

J'avais eu plein de compliments dessus, et vous pouvez à juste titre baver sur tout ce qui était prévu.

Surprise : moi aussi je bave dessus en relisant ce post (ou alors je pouffe). Car la réalité en a été assez éloignée. ("assez" étant une litote, en l'occurrence). Les confinements numéro 2, 3, et 8000 ont évidemment joué leur rôle de trouble-fêtes, mais aussi les études entamées par Monsieur Bout qui se sont révélées bien plus chronophages que prévues. Et moi en parallèle, mon activité pro aussi a été très soutenue, avec pour couronner le tout, le rajout de ma formation au coaching professionnel. Bref, il y a eu pas mal de tensions, et un gros besoin de nombreuses discussions pour réajuster en continu notre manière de répartir les choses au sein du foyer, puisque nous nous retrouvions plus ou moins en compétition permanente pour ce Graal ultime : avoir du temps pour avancer nos trucs.


Dans la manière dont nous avons géré, globalement, un constat est clair : j'ai conservé un certain nombre de responsabilités

  • Ainsi, la préparation des repas repose plutôt sur moi. Sauf évidemment en mon absence (scoop), ou quand je rentre un peu tard le soir et que me laisser cuisiner impliquerait un dîner trop en décalé. Dans l'absolu, c'est quelque chose qui me convient plutôt. Je n'aime guère rangement et ménage, je n'ai pas du tout pleuré l'abandon de la machine à laver, mais la cuisine est probablement la seule tâche ménagère qui me plaise vraiment. Certes, elle me pèse parfois, mais la plupart du temps j'y prends plaisir. Et même si Monsieur Bout a fait de gros progrès en cuisine, il y a quand même une différence assez claire entre sa production et la mienne, différence à laquelle nous sommes tous les deux sensibles.
  • Parmi les points que j'ai conservés avec moins de plaisir, il y a la gestion des RDV médicaux. J'en assume encore l'écrasante majorité (notamment concernant notre Boubinours III), et je vous avoue que ça, je m'en passerais bien.


3. Ces ajustements / tensions ont également été l'occasion de faire remonter de vieux dossiers.

En effet, Monsieur Bout a rapidement exprimé avec force son besoin de davantage de soutien, soulignant que devoir quasi tout gérer c'était lourd, demandant à ce que je rentre plus tôt (si je bossais à l'extérieur), ou descende plus tôt de la pièce où je bossais (en cas de boulot à la maison), ou attendant avec impatience mon arrivée pour me demander de prendre en charge 1000 trucs / pouvoir lâcher un peu...

Ca a été assez difficile pour moi, car plus d'une fois, des sentiments très forts sont remontés en moi, en mode "Eh ben tiens, plains toi, maintenant tu sais ce que c'est". Il a donc fallu pour moi identifier et verbaliser la rancune accumulée au fil des dernières années, verbaliser à quel point je m'étais sentie seule et peu écoutée à certains moments, en constatant à quel point ce passif m'empêchait d'être à l'écoute de Monsieur Bout, et entretenait une attitude revancharde. 

Pour Monsieur Bout comme pour moi, la remontée de ces sentiments enfouis a été assez violente. Ces discussions difficiles ont cependant été très salutaires, en permettant de purger ces abcès, notamment parce que Monsieur Bout a finalement aussi été en mesure de réaliser pleinement ce que j'avais vécu, à une époque où ma conscience que ses soucis professionnels le rendaient en grande partie aveugle au reste l'excusait, certes, mais n'allégeait pas le fardeau que je portais. A plusieurs reprises (il a fallu plusieurs reprises, car les remontées se faisaient par bouffées), le fait qu'il écoute, exprime sa compréhension, associé à la demande de pardon correspondante, ont pu nous permettre de sortir de situations de blocage.

Ces discussions psycho-logistiques ont été d'autant plus fréquentes que nous avons du opérer de nombreux réajustements, au cours de l'année du fait d'évolutions à la fois par rapport au GwenBusiness, mais aussi dans les projets de Monsieur Bout.


4. En effet, être à la maison a aussi confronté Monsieur Bout à des trucs enterrés. Le contact quotidien des enfants lui a permis d'expérimenter énormément de choses avec eux, certaines très positives (suivre de près toutes les étapes de développement d'un bébé), d'autres moins : colère, lassitude face au fait de devoir répéter sans cesse les mêmes choses et les mêmes tâches, manque de reconnaissance...

Tout ceci est venu appuyer sur des points assez douloureux, si bien que Monsieur Bout a fini par regarder en face son besoin d'aide et s'est lancé dans une thérapie. Autant vous dire que ladite thérapie a déménagé / déménage toujours, et a conduit à de nombreuses évolutions dans ses projets, en le conduisant à remettre en question beaucoup de modes de fonctionnement bien ancrés : pression de la performance, souci de reconnaissance, impératifs de loyauté, questions identitaires... tout y est passé / y passe. Il n'a ainsi donc pas poursuivi les études entamées au delà du premier semestre, et a au cours de l'année, maintes fois remodelé son emploi du temps personnel. Peu à peu, au delà de son temps, c'est son esprit qu'il a libéré. Il a appris à se recentrer sur lui, et ses besoins propres. Il avance dans la construction de projets futurs, c'est très intéressant... (et en même temps un feuilleton digne de Dallas)


5. Autre aspect : au cours de ces 2 ans, Monsieur Bout a aussi appris à ne pas gagner d'argent.

Ca aussi, c'est une sacrée évolution. Selon les moments, cela a pu se traduire par une certaine dose d'angoisses, de grosses inquiétudes devant des sorties d'argent, ou au contraire une désinvolture proche du déni. Là dessus, deux choses ont pu aider : 

  • d'une part, rebalayer ensemble notre fidèle fichier Excel de budget, pour permettre à Monsieur Bout d'avoir précisément en tête les tenants et aboutissants de notre situation financière, et à nous deux, de reconsidérer ensemble certaines dépenses, soit pour les confirmer, soit pour les réduire. 
  • D'autre part, une communication étroite sur mon business : quand j'ai un nouveau prospect en vue, quand je récupère une nouvelle affaire, quand une journée de mission s'est particulièrement bien passée, partager tout cela permet vraiment à Monsieur Bout de se percevoir comme membre d'une équipe qui gagne : il est partie prenante de mon Business, son sponsor principal et au fond, chaque euro que je fais rentrer dans les caisses, c'est aussi lui qui en est à l'origine. Car une chose est sûre : développer une entreprise en ayant tout qui est géré à la maison, c'est très très précieux. Mes semaines sont très remplies, leur programme peut varier très vite, et sans Monsieur Bout qui assure les arrières, il me serait difficile de m'investir aussi efficacement dans le développement de mon activité. Mon succès, c'est le sien.

Par ailleurs, je m'efforce aussi de valoriser ce qu'il fait, et lui même a peu à peu investi la partie de son boulot qui gagne de l'argent. C'est par exemple lui qui gère les courses, et qui maintenant, est vigilant pour profiter des promotions. Ou encore, c'est lui qui a enfin fait les formalités nécessaires à l'obtention de nos Cartes Famille Nombreuse, grâce auxquelles je suis toute contente de payer mes tickets de transport moitié prix maintenant.

Ce dernier point n'est pas toujours facile, mais nous considérer comme une équipe aide vraiment. Comme j'ai pu le verbaliser récemment : avant, notre famille était une entité à l'équilibre financièrement, mais en gros déficit émotionnel puisque la source principale de revenu générait ledit revenu au mépris de sa santé psychologique, et que cela avait des répercussions émotionnelles sur toute la famille. A présent, l'entité FamilleBout est non seulement à l'équilibre financièrement, mais surtout profitable émotionnellement, puisque sa source de revenu est certes fatigante, mais également enthousiasmante.


6. Un parent trop au foyer, ... et l'autre qui ne l'est pas assez

Monsieur Bout sature parfois d'avoir tout le foyer à gérer, et du temps que cela lui prend. Il est notamment assez clair sur le fait que, même si il voit l'intérêt d'instruire encore F à la maison cette année, il n'entend pas repartir pour un tour l'année prochaine. Nous avons donc un an pour préparer la rescolarisation, ce qui va notamment nous demander d'étudier de plus près son TDA, afin de mettre en place toute la remédiation nécessaire. En parallèle, Monsieur Bout développe des activités lui permettant de sortir davantage de la maison.

De mon côté, je m'éclate au travail, mais un peu trop... Mon temps mais aussi mon cerveau, mon intérêt, sont captés par un boulot prenant et passionnant, source d'une énorme stimulation à la fois intellectuelle et émotionnelle. Revers de la médaille : je me suis souvent sentie déconnectée de la maison et de la famille cette année, et pourtant, fondamentalement, pour nous le Covid est bien tombé ! Grâce au 2ème confinement, j'ai pu travailler comme une tarée l'automne et l'hiver dernier tout en poursuivant l'allaitement du Boubinours, allaitement d'autant plus contraignant que perturbé et renforcé par les soucis d'intolérances alimentaires et de sommeil dudit Boubinours. Toutes mes missions ayant basculé en télétravail pendant de longs mois, l'absence de trajets a été déterminante dans le fait de réussir tant bien que mal à tout mener de front.

  • J'ai constaté cette déconnexion à de nombreuses reprises les mercredis : quelque part, je ne savais plus trop comment gérer mes enfants seule une journée
    • Enfin, les gérer, si, plus ou moins : certes il y a H., mais c'était un bébé (ce n'en est presque plus un, il a 18 mois, mange tout seul et va bientôt nous réclamer une mobylette !). Avec F. et E;  nous sommes clairement sortis des "petites années", ils peuvent passer de longs moments en auto-gestion sans que ce soit synonyme de "en fait pendant ce calme on a repeint la sdb avec ton rouge à lèvres". 
    • Me connecter à eux véritablement... beaucoup plus compliqué ! Les mercredis ont souvent été frustrants pour eux comme pour moi, de ce point de vue là : beaucoup d'attentes, pas beaucoup de résultat.
  • Et cet été, les premières semaines ont été plutôt éprouvantes, avec en plus les soucis de main de Monsieur Bout qui m'ont propulsée en première ligne, voire en unique pourvoyeuse de soins pour le Boubinours pendant une période conséquente (Monsieur Bout ne pouvant absolument pas le porter / soulever / changer / etc): je me suis vite retrouvée à saturation. Heureusement, nous avons réussi à saisir l'opportunité de 3 jours à deux sans enfants au milieu des vacances, et ça m'a fait beaucoup de bien. La deuxième partie des vacances a été beaucoup plus facile : j'avais retrouvé mes marques avec les enfants, et Monsieur Bout, l'usage de sa main.

En tous cas, cette expérience m'aura sensibilisée à ce que vivent de nombreux pères de famille, et qu'avait vécu Monsieur Bout à plusieurs reprises : oui, en deçà d'un certain seuil de présence et d'investissement dans le quotidien familial, le parent-qui-bosse-à-l'extérieur se retrouve facilement "à côté de la plaque" dans sa propre maison, à ne plus trop maîtriser les codes pour entrer en relation avec les autochtones (ET téléphone maison...)

Cette année, le rythme est toujours soutenu, mais plus gérable

  • je n'ai plus ma formation, et la différence est palpable ! (enfin, si, je vais quand même suivre quelques jours de formation cette année, mais rien d'aussi énorme)
  • j'ai progressé dans ma gestion du temps / évaluation du temps / vente de mon temps au juste prix

Plus gérable, mais tout de même bien dense. Il est clair pour moi que dans l'idéal, j'aimerais être davantage présente (aussi bien physiquement que psychologiquement) auprès des enfants. Et eux sont très très clairs aussi sur le fait qu'ils ne voient pas assez Maman. Ils le disent, le redisent, et demandent régulièrement pourquoi Papa ne pourrait pas aller travailler à la place de Maman, hein, zut.

Pour le moment, je sais que ce n'est pas possible autrement, mais je suis bien déterminée à ce que ce soit provisoire. Indépendamment d'une reprise pro pour Monsieur Bout, mon désir d'être plus présente m'incite à profiter du fait que ma formation au coaching m'a permis de me positionner sur des activités encore plus passionnantes.... et à plus haute valeur ajoutée 

  • Mon objectif cette année : travailler assez pour financer notre famille. 
  • Mon objectif pour l'année prochaine : amplifier ce repositionnement de manière à ... travailler moins pour gagner plus.


A l'arrivée, donc, un bilan pas tout rose : notre situation actuelle est sans conteste le meilleur déséquilibre possible (cf ce que j'écrivais il y a déjà longtemps sur ce mythe du "bon équilibre" vie pro vie familiale), mais l'année qui vient de s'écouler a été assez costaud (le contexte Covid y aura bien entendu contribué), et Monsieur Bout commence à avoir envie de nouvelles perspectives. Heureusement, comme celles-ci commencent à s'esquisser, nous savons d'ores et déjà que nous avons encore de fréquents chamboulements d'organisation et d'équilibre devant nous...

Ceci dit, l'année actuelle commence sur des bases déjà bien plus stables / assainies, nous sommes un peu moins dans le brouillard, bref : tous les espoirs sont permis ! Papa ne restera pas au foyer éternellement, mais il développe sa capacité à profiter de ce que le foyer offre dans le moment présent.


lundi 19 avril 2021

Crises et "problèmes" : notre enfant est un gros chantier

 "Au secours, mon enfant fait des colères, ment, tape, hurle, jette des objets, ne fait pas ce que je lui demande et fait ce que je lui demande de ne pas faire"...

Un constat angoissé que fait quasiment chaque parent et qui alimente des millions de publications sur des groupes Facebook d'entraide entre parents, et qu'on retrouve également, du reste sur le groupe des Moments de Parentalité Positive.

Angoissé à double titre  !

  1. Reconnaissons-le : à l'instant T c'est très désagréable à vivre pour une personne, de côtoyer au quotidien une autre personne qui hurle, tape, jette des objets et semble s'ingénier à faire le contraire de ce qu'on attend de lui et qui est, généralement 1. pour son bien (se brosser les dents, dormir à une heure raisonnable) et/ou 2. nécessaire au bien d'autres personnes (se brosser les dents; dormir à une heure raisonnable)
  2. A l'instant T se superpose l'instant F comme Futur : nous, parents, nous voyons les problèmes de l'instant T comme annonciateurs de problèmes pour l'avenir. Ce mélange présent-futur est d'ailleurs abondamment encouragé par notre entourage, comme le rappelait si brillamment mon sublime bingo des crises
    • si il nous parle comme cela à 3 ans, qu'est-ce que ce sera à 13 ? 
    • Si il ne sait pas gérer la frustration à 4 ans, comment pourra-t-il évoluer adulte, dans un monde où il ne pourra pas tout avoir ? 
    • Si il hurle quand il est en colère, comment aura-t-il des relations respectueuses et paisibles à l'âge adulte ? 
    • Si il subtilise un chocolat à 5 ans, il volera une Alfa Romeo à 25 ? 
    • Si il ne sait pas respecter les règles à 6 ans, il finira au ban de la société / en taule ?

Les premières années en particulier, notamment la zone 2-4 ans, peuvent être particulièrement difficiles à vivre au quotidien, et personnellement, il y a eu des jours où nos perspectives d'avenir me semblaient bien sombres, en mode "Mais en fait on a signé pour 20 ans de çaaaaa ?!?". 

Une anxiété qui, d'ailleurs, peut parfois être encouragée par certaines réactions venant des milieux siglés bienveillants, qui, à un parent épuisé par les nuits compliquées et/ou les crises à répétition de sa progéniture, ne répondront parfois que "T'inquiète, ça grandit tellement vite, dans 20 ans ça te manquera". Si ce n'est que retenir son souffle pendant 20 ans n'est une technique jouable pour personne et ne va pas rendre une once d'oxygène à la personne déjà menacée d'asphyxie.

De mon côté, à un moment, j'ai réalisé un truc qui m'a bien aidée, et depuis, je sais que ce changement de perspective a a aussi aidé d'autres parents à 1. vivre les choses différemment 2. trouver aussi leurs manières à eux de les gérer.


Ce qui m'a aidée, c'est de voir notre enfant / sa croissance comme un chantier.

Son cerveau n'est vraiment pas autre chose qu'un giiiiigantesque chantier.  On sait grâce aux neurosciences à quel point un cerveau d'enfant est immature. Que son cortex est encore très peu développé et donc pas en mesure d'inhiber les réactions primaires du cerveau archaïque (d'où les tapes, cris, intolérance à la frustration etc). C'est normal : tout ça est en construction. En permanence, des neurones et des connexions neuronales se font et se défont. Si bien qu'en plus certains acquis d'une période peuvent être remis en cause par les acquis d'une période ultérieure. Un peu comme les artères creusées par Hausmann dans les rues de Paris au XIXème sont venues chambouler de nombreuses ruelles moyenâgeuses dont certaines pourtant sûrement charmantes et pratiques.

On peut donc regarder notre enfant comme un gros immeuble

  • Il serait absurde d'attendre du chantier de présenter dès maintenant les caractéristiques souhaitables dans le "produit" final : absurde et contre productif. Ce serait comme s'attendre à construire proprement notre immeuble en miniature, en Lego, et puis souffler dessus pour qu'il grossisse et prenne peu à peu les caractéristiques d'un immeuble "adulte". 
  • Les premières années d'un enfant, ce ne sont pas des années propres avec un adulte en Lego/miniature, c'est le moment où sont creusées les fondations, coulées les dalles de béton, où les premières poutrelles s'élancent vers le ciel. 
    • Est-ce propre, un chantier d'immeuble ? Est-ce bien rangé ? Silencieux ? Harmonieux et calme ? 
    • Et pourtant, cela laisse-t-il présager de la solidité future de l'immeuble ? Les poutres et tiges métalliques qui hérissent le début de construction sont-elles représentatives de l'esthétisme de la construction achevée? La boue et les tas de gravats qu'on voit pour le moment empêcheront-ils plus tard de belles pelouses avec des arbres et des oiseaux ? Le bruit du chantier empêchera-t-il plus tard la résidence d'offrir paix et silence à ses habitants ?

Si sur mon chantier je m'élance à chaque fois que quelqu'un dérange une poutre, histoire que celles-ci restent bien parallèles, on va pas construire grand chose. Si je mets en priorité le fait de laisser la pelouse en l'état et d'éviter que le sol ne se creuse momentanément d'ornières et de cratères, je vais laisser les tractopelles au garage et les travaux ont peu de chance d'aboutir. Si je ne veux pas gêner la vue / le paysage, je bannirai également l'usage des grues, et ça va être pratique pour monter les étages. Si j'impose au chantier les mêmes règles de silence / discrétion que celles qui seront en vigueur dans la future résidence, ladite future résidence sera construire à la petite cuiller et au pinceau. 

Ca promet.


Oui, l'éducation d'un enfant, c'est un chantier, et les premiers temps de ce chantier sont particulièrement désordonnés, bruyants, fatigants, et on n'entrevoit pas du premier coup d'œil le résultat final. A mesure que les années passent, on commence à voir se dessiner des trucs (oh tiens, une entrée de garage / un embryon de sens des responsabilités), mais le tout début du chantier est tout de même particulièrement chaotique.

C'est pourquoi distinguer le point 1 du point 2 est fondamental : 

on peut alors

  • peaufiner les plans / la méthodologie, faciliter les travaux
C'est bien joli de comprendre pourquoi c'est le bazar sur notre chantier, mais c'est un bazar utile, orienté vers une fin. Ce n'est pas nous qui avons dessiné les plans, mais ils existent ! On ne restera pas les bras ballants, mais on essaiera d'aller dans le sens de cette utilité finale, et donc de la comprendre. 

    • OK pour les colères, elles sont aussi inévitables que les tas de gravats, mais à quoi ça sert une colère ? Que pouvons-nous faire et éviter pour qu'elles permettent vraiment d'apprendre peu à peu à gérer les émotions ? Accueillons les sentiments, donnons de la sécurité affective, montrons l'exemple d'alternatives acceptables. 
    • Idem, une fois que j'admets que le désordre semé par mon bambin de 2 ans non seulement n'annonce pas une vie future dans un squat nauséabond, mais est un effet secondaire logique d'une soif de mouvement et de découverte essentielle à l'apprentissage, je ne vais pas exiger qu'il sache ranger seul sa chambre et respecter l'ordre impeccable (pffff) du logement familial, mais je vais ranger avec lui, et je vais lui donner des choses utiles à déranger, des choses qui le construisent : des cubes, des livres, plutôt que des choses qui l'immobilisent (un écran). 

D'où l'intérêt, pour  regarder les travaux avec sérénité et savoir distinguer, dans la poutrelle toute moche, le pilier solide sur lequel notre enfant pourra s'appuyer le restant de sa vie, voire du coup venir renforcer cette poutrelle, d'acquérir des compétences en architecture / génie civil / psychologie de l'enfant...

Personnellement, c'est ce qui m'a poussée à m'outiller, puis à écrire mon propre livre : garder les yeux fixés sur l'utilité de chaque petite étape de chantier, repérer les manières dont je peux utilement contribuer à la construction, de manière à pouvoir le reproduire.

Sans se mettre la pression non plus : sur tous les chantiers, il y a des couacs. On n'aura pas planté une cloison au bon endroit, ou un peu lésiné sur la solidité d'un pilier, et il y aura peut-être des fissures dans certains murs, mais globalement, la résidence sera à même d'apporter sécurité, et d'héberger les rires de ses habitants.


  • sécuriser / border le chantier 

Oui un chantier c'est le bazar, mais même sur un chantier, y a des règles

Des règles différentes de celles qui prévaudront dans la résidence finale, adaptées à l'étape chantier, mais destinées à ce que toutes les parties prenantes des travaux puissent évoluer en sécurité et avec le moins de fatigue / désagrément possible : sur un chantier, on porte un casque, des boules Quiès, certaines personnes ne sont pas autorisées à entrer, il peut y avoir un sens de circulation des véhicules, du balisage pour interdire l'accès à certains endroits, des procédures pour le travail en hauteur, et des horaires à respecter. 

Même chose pour l'éducation de nos enfants : quelles règles et quelles ressources pouvons-nous mobiliser pour que l'étape chantier se passe le mieux possible pour eux, pour nous, pour notre entourage ? Elle restera boueuse et bruyante, fatigante physiquement et parfois peu gratifiante, mais notre objectif est que toutes les parties concernées puissent survivre au chantier et même en apprécier certaines étapes. 

    • Je peux comprendre que vouloir que mon enfant évolue à tout moment dans un environnement parfaitement rangé / le laisse parfaitement rangé est à la fois illusoire et peut nuire à son apprentissage, parce que avant de commencer à mettre des choses daaaans les boîtes, un bébé viiiiide les boîtes, par exemple. Mais je peux limiter la casse en laissant par exemple peu de jouets à disposition en même temps, comme ça le rangement m'est moins casse-pieds. Mettre les objets auxquels je tiens hors de portée, voire fermer la porte d'une pièce qui sera mon havre de paix.
    • Je peux comprendre pourquoi mon enfant me tape, me rassurer sur le fait que cela n'augure pas d'une carrière glorieuse dans la pègre, mais veiller à mon intégrité physique en attrapant la petite main, voire en m'éloignant tout en le rassurant de la voix sur le fait que ce n'est pas un rejet de lui, mais une mise en sécurité de moi.
    • Je peux admettre qu'un enfant ne va pas gérer seul son linge, mais tout de même demander le respect du travail que celui-ci me cause, et une contribution adaptée aux capacités de l'enfant : mettre le linge au sale, ranger ce qui peut encore être porté, trier le linge, aider à l'étendre, le plier...
    • Je peux prendre des intérimaires pour me relayer et m'offrir des congés bien mérités, qui me permettront d'ailleurs de mieux comprendre les plans de construction, une fois que mes yeux seront reposés.
    • Je peux prévoir des soirées teambuilding avec le reste de la team construction (mon conjoint, au hasard), histoire que l'ambiance du chantier soit la plus agréable possible, et que l'on reste bien 2 à coordonner le chantier sur toute la durée.
    • Je peux explorer les ressources de la parentalité ludique pour mettre du fun dans les travaux.
    • Je peux afficher les règles du chantier pour m'éviter d'avoir à les répéter trop souvent.

Je peux... faire vachement de choses adaptées à la situation, une fois que j'ai regardé la réalité de la situation en face : c'est un chantier.

Y compris, si certaines personnes refusent de se comporter, sur le chantier, comme on doit se comporter sur un chantier, en encadrer l'accès.


Bons travaux !