Affichage des articles dont le libellé est communication non-violente. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est communication non-violente. Afficher tous les articles

lundi 11 novembre 2024

Habitica X Faber et Mazlish : le crossover !

Peut-être avez-vous lu mes derniers billets sur Habitica, l'appli de productivité qui me dope/préserve ma santé mentale depuis 5 mois. Si ce n'est pas le cas, courez-y vite! 

Accessoirement, je viens de tester l'efficacité en période adverse : elle m'a bien aidée à limiter les sorties de route / reprendre du poil de la bête durant ces semaines d'entorse et de vacances, circonstances pourtant parfaites pour chambouler les bonnes habitudes et perdre tout rythme.

Aujourd'hui, voici la mise en œuvre d'une idée qui m'était venue en vous écrivant lesdits billets : utiliser le système de challenges collectifs existant sur l'appli pour à la fois


J'ai donc créé un challenge sur Habitica. Si cela vous fait envie, voici le lien.

https://habitica.com/challenges/f2ab8f33-ec6e-4840-969a-212af767f89e

Pour rappel

  • Habitica est une appli (smartphone, ordi) gratuit, vous pouvez y filer profiter du challenge sans rien débourser
  • Une fois que vous cliquez sur "rejoindre le challenge", les tâches correspondantes viennent rejoindre votre liste de tâches et y resteront tout le long de votre participation au challenge : venant donc servir de déclencheur idéal (cf loi 1 de Atomic Habits), au quotidien, pour vous inciter à agir, par petites touches, dans le sens qui vous tient à cœur

par ailleurs

  • ce challenge sera structuré de la même manière que des ateliers Faber et Mazlish : en 7 parties, chacune correspondant à un chapitre du bouquin phare "Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent".
  • Je lancerai un challenge (= 1 partie) tous les 15 jours environ (ce sera plus espacé autour de Noël) : on est donc partis pour 3 gros mois ensemble.
  • Je le publie à chaque fois en mode bilingue : anglais et français.
  • ça démarre le 16 novembre, il est bien évidemment possible de s'y rajouter en cours de route.
  • y a moyen de bien se marrer je pense.

Au plaisir de peut-être vous y retrouver !





lundi 18 décembre 2023

Front parental : "Ne jamais reprendre son conjoint devant les enfants" - Ben si.

Tout récemment une discussion Facebook m'a rappelé une autre de ces grandes croyances si répandues dans nos têtes de parents, et qu'il est tellement difficile de remettre en question... et tellement important car bénéfique pourtant : j'ai nommé...

La nécessité de "faire front" devant les enfants 

= se montrer d'accord avec son conjoint sur les décisions concernant les enfants, y compris le soutenir devant eux / ne pas le contredire ou contrecarrer quand il agit d'une manière qui nous semble pourtant pas ajustée voire franchement nocive.

En l'occurrence il s'agissait d'un conjoint ayant recours à des mots très blessants envers les enfants ("tu es nul"), et des mesures humiliantes, à des fins de discipline. 


Les échanges Facebook m'ayant amenée à approfondir / détailler un peu ma réflexion sur le sujet, j'ai réalisé que je tenais là une de ces fameuses #phrasàlacon, un de ces mantras dont on hérite et reprend si facilement comme une vérité de base, inquestionnable. 

Et en fait... sans l'avoir fait consciemment, je m'aperçois que, alors que c'était très clairement quelque chose dont j'étais persuadée avant d'avoir des enfants, je m'en suis bien détachée.

Alors, des fois que ça puisse vous servir, questionnons ensemble : 

En quoi est-il excellent de contredire son conjoint dans ce genre de situations ?


1. Déjà, il y a là un signal important : il est essentiel pour rassurer l'enfant, restaurer ce qui est blessé ainsi dans son intégrité

Aucun parent ne se comporte toujours parfaitement envers son enfant (sauf moi, bien évidemment... hum hum), nous blessons donc nos enfants régulièrement. Pas moyen de l'éviter totalement. 

Mais quand un parent débloque, soit par exception, ou encore davantage quand c'est régulièrement, il est très précieux que l'enfant puisse avoir la confirmation, par la réaction de son autre adulte de référence, que ce qui se passe n'est pas "normal", acceptable, et encore moins mérité.

Cela permet d'atténuer considérablement l'impact des mots / actes du parent-qui-débloque, en augmentant les chances que l'enfant puisse davantage les catégoriser comme tels, et non comme des vérités intangibles. 


Ca, c'était mon premier niveau de réponse, celui qui est sorti le plus spontanément. Et puis en fait... d'autres me sont apparus. 

En contredisant son conjoint devant ses enfants, on les protège dans l'instant, eux, et dans l'avenir (en leur montrant que personne n'a le droit de leur dire des trucs pareils)... et ...


2. On leur transmet également des messages forts et ô combien précieux sur le couple, et l'amour en général :

  • droit de penser /ressentir différemment dans un couple
  • droit de se disputer: ce n'est pas la fin du couple
  • les adultes peuvent avoir tort 
  • et on peut estimer que quelqu'un a tort et continuer à l'aimer

Droit de penser / ressentir différemment : pour être un couple, pas besoin de nier son identité, on peut ne pas être d'accord. A l'inverse de cette citation de Woody Allen (eh, je me cultive en vous écrivant : jusqu'à ce que j'aille vérifier je pensais que c'était Sacha Guitry, mais Google m'a appris le contraire).
Le mariage, c'est quand un homme et une femme ne font plus qu'un. Le plus difficile, c'est de savoir lequel.
C'est tellement important de réaliser qu'être amoureux ne signifie pas abdiquer son identité et ses ressentis propres ! Y compris dans nos petites et grandes limites personnelles : les 3 Bouts savent par exemple très bien que mon niveau de tolérance au bruit n'est pas le même que celui de Monsieur Bout, et que donc, les "règles" autour du bruit ne sont pas les mêmes selon si ce sont mes oreilles uniquement qui sont impliquées, ou celles de leur père.


Droit de se disputer : oui, en prenant le contrepied de notre conjoint devant nos enfants, on leur montre qu'un couple qui s'aime se dispute aussi. Si nos disputes n'ont jamais lieu devant eux, comment pourraient-ils vivre leurs propres disputes de couple futures comme quelque chose de normal ? 
J'ai en mémoire l'une des mes colocs autrichiennes dont les premiers mois de relation avec son petit copain ont été ponctués de plusieurs quasi-ruptures : à chaque dispute, ledit petit copain voulait rompre car à ses yeux, se disputer était le signe qu'on n'était pas faits pour être ensemble. C'est embêtant, puisque un couple, ça se construit aussi sur sa capacité à surmonter les crises, pas juste à les éviter.


Les adultes peuvent avoir tort 
Trèèèès important ça. Essentiel à l'auto-préservation de nos enfants.

On peut estimer que quelqu'un a tort et  continuer à l'aimer 
Là c'est le pompom, puisqu'il vient toucher à un des mécanismes psychologiques les plus délicats qui soient : la capacité à se remettre en cause, c'es-à-dire à repérer / reconnaître qu'on a eu tort.
Se remettre en cause est un sport extrêmement compliqué à pratiquer, qui réveille des mécanismes défensifs d'une force inouïe. Et pourtant TELLEMENT essentiel. (c'est du reste une dimension que je testais systématiquement quand je recrutais. Travailler avec / manager quelqu'un qui ne peut accepter d'avoir tort, c'est l'horreur)
Or cette difficulté à se remettre en cause est souvent bien ancrée, car liée à une croyance bien forte "quelqu'un qui se trompe, qui a tort, n'est pas digne d'être aimé" / "pour être aimé, je dois être parfait". Plutôt crever que d'admettre qu'on n'est pas parfait, alors ! 

Alors que là, en montrant à notre enfant qu'on peut estimer que notre conjoint a franchement tort et continuer à l'aimer :
  • on lui montre que lui-même peut avoir tort et continuer à être aimé... et donc profiter des ressources formidables liées à la remise en cause ! Citons notamment : 
    • apprendre de ses erreurs
    • oser faire des trucs (puisque c'est pas la mort de se tromper / ne pas y arriver)
    • pardonner et demander pardon
  • on lui montre qu'il peut considérer que son père a tort et continuer à l'aimer, plutôt que d'avoir le choix entre nier son ressenti d'enfant, ou considérer que son père est un gros c**. Dilemme qui contribue grandement à 
    • la violence des crises d'adolescence, si elles ont lieu, 
    • la difficulté à établir des relations adulte-adulte avec ses parents
    • la difficulté à remettre en cause des schémas familiaux / styles d'éducation : comment décider d'éduquer autrement mes enfants que je ne l'ai été, puisque ce serait implicitement ou explicitement, exprimer que mes parents ont eu au moins un peu tort d'agir comme ils l'ont fait avec moi, alors que j'ai intégré que je ne peux les aimer si ils ont tort ?
Et voilà comment je me retrouve devant un choix silencieux bien pourri : aimer mieux (= plus efficacement) mes enfants, ou continuer à aimer mes parents ? 
Il s'agit donc de ne pas définir la loyauté comme quelque chose qui m'empêche de penser/exprimer que l'autre a tort (une croyance bien nocive qu'on retrouve partout, jusque dans les CODIR dont je m'occupe), mais de démontrer le contraire, en live.

La vérité vous rendra libres, il paraît.

Cerise sur le gâteau : si on arrive à se disputer de manière constructive, à soigner un peu sa manière de s'exprimer à ce moment-là, nos enfants peuvent même en retirer des compétences en la matière : "Exprimer vigoureusement son désaccord sans attaquer l'autre"... des leçons étrangement similaires à l'apprentissage de l'expression de notre colère envers eux, guidé par Faber et Mazlish....

Je dis ça, j'dis rien !

Par Rundvald — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=123316058 



lundi 12 décembre 2022

Parentalité positive = manipulation ?

Décidément, la parentalité positive ne manque pas de détracteurs

  • d'un côté, elle est vue comme une espèce de lubie laxiste / tout laisser faire à son enfant
  • d'un autre côté, elle est parfois présentée comme une hypocrisie manipulatrice. Parce que vouloir amener notre enfant à faire quelque chose qu'il n'avait pas prévu au départ, ce serait mal, contraire à sa liberté, bref, une immonde manipulation, l'exercice d'un pouvoir déguisé.

Ennemi classique sur ce plan-là, la fameuse technique du faux-choix =  contourner la résistance de l'enfant à enfiler un pantalon, par un choix subtil du style "Tu veux mettre le pantalon rouge ou le pantalon gris ?". Cette astuce occupe une place de ... choix (huhuhu) dans les articles / formations éducation aux titres accrocheurs du style "se faire obéir sans crier", et ce n'est pas un hasard.


Prenons donc cette fameuse "technique" en exemple de ce que peut être, ou pas, notre rôle de parent.

Cette fameuse technique du faux-choix illustre déjà très bien ce que je développais dans mon sublime billet sur l'arnaque qu'est la parentalité positive

  • Oui, la parentalité positive, réduite à un ensemble de techniques destinées à amener nos enfants à faire ce que nous voulons qu'ils fassent, est vouée à l'échec.
  • Et oui, si on voit la parentalité positive comme une mouvance d'éducation qui vise à amener nos enfants à faire ce que nous voulons, mais de manière douce, nous ne sommes pas sortis de l'auberge, puisque nous nous heurterons fatalement au fait que
    • nos enfants s'obstinent quand même souvent à ne pas faire ce que nous voulons, sales rebelles, et ne manqueront pas de nous montrer assez vite qu'ils ne seront pas dupes plus longtemps de nos petits subterfuges
    • nous-mêmes nous n'arrivons pas à parvenir à nos fins en maintenant en permanence une bulle de douceur, de paillettes et de pets de licornes dans nos interactions avec notre charmante progéniture. Ooooouuuuuhhhh, paaas bieeeen.


Du coup, je vous le dis tout net, chez moi, je me suis définitivement séparée de ces 2 attentes

  • non, mes enfants ne feront pas exactement ce que je veux qu'ils fassent et je ne mesure pas ma compétence parentale à ma capacité à leur faire faire des trucs
  • non, mon action parentale et notamment le développement de la responsabilité de mes enfants ne se fera pas toujours dans la joie et la bonne humeur, et donc ma compétence parentale n'est pas immédiatement à nier si hélas le ton de voix, soit de la Gwen, soit de sa progéniture, s'élève. Et pourquoi "soit", d'ailleurs. C'est pas forcément du "ou", hein, disons-le, ça peut être du "et". Sur ce plan-là je me dis que notre petit H., du fait de sa position de 3ème en arrière-garde, eh bien, euh, il développe son accoutumance au bruit. Cf ce que je disais sur le thème de la contribution de ma progéniture aux tâches ménagères, par exemple.


Oui, un de mes buts premiers est de faire de mes enfants des êtres libres. Mais libres de quoi ? Libres de toute contrainte ? Hum, c'est mort. La vie est pleine de contraintes. Si je m'efforce de prétendre qu'il en est autrement

  1. Je vais m'épuiser à gommer toutes les contraintes existant, et c'est l'amer constat que font tant de parents pleins de bonne volonté. Le souci de rendre leurs enfants heureux en les libérant d'un maximum de contraintes les conduit à ployer sous le poids des contraintes qu'ils endossent, eux, de ce fait. Et tant de parents pleins de bonnes intentions, mais hélas biberonnés à une version biaisée de la parentalité positive, crament / se dégoutent du truc en s'évertuant à cela.
  2. Je vais faire grandir mon enfant dans un mensonge gigantesque : n'ayant connu de la vie qu'une version très édulcorée, la confrontation à la réalité risque d'être costaud.
Attention, il ne s'agit pas de reprendre ici l'argument qui est souvent donné par les détracteurs de la parentalité positive en mode 

"Le monde est méchant, autant qu'il y soit confronté direct"

  • Le monde n'est par essence ni méchant, ni gentil, il est ce que les hommes qui l'habitent en font, au quotidien, à chaque instant : il peut être l'un ou l'autre selon les actes que chacun de nous pose. Il n'est donc pas de notre responsabilité d'apprendre à nos enfants à composer avec la méchanceté, mais de notre responsabilité d'apprendre à nos enfants à agir de manière à ce que ce monde soit, au quotidien, un peu meilleur du fait de notre action.  
  • En revanche, oui, le monde est par essence plein de contraintes, et nécessite des efforts pour la gérer: par essence on ne peut y faire ce qu'on veut. C'est pourquoi, apprendre à composer avec ça, avec la contrainte, est sacrément utile, et gommer la contrainte, c'est empêcher nos enfants de faire cet apprentissage.

Et comme je l'écrivais il y a déjà très longtemps sur le fait de "tout donner" à son enfant, les contraintes les plus importantes que toute personne doit intégrer, sont celles liées aux limites personnelles des personnes qui l'environnent. Apprendre à respecter ces limites ( = celles de ses voisins), apprendre à respecter ses limites (les siennes), apprendre à les exprimer respectueusement. 


Donc, si notre boulot devient d'apprendre à notre enfant à gérer la contrainte,... ça change pas mal de choses en éducation.

  • On peut rester sur une vision traditionnelle de l'éducation : paf, contrainte, vas-y, hop, ça fait mal, ben c'est comme ça et te plains pas. Voire je t'en rajoute pour que tu t'y entraines
Là, personnellement, je fais tout de suite le lien avec mes billets récents sur le miracle qui m'a fait me mettre au sport

    • Si on m'avait balancé direct plein de sport dans la figure (ou plutôt : avant, toute ma vie, quand on m'a contrainte d'office à une bonne dose de sport...), ça n'aurait jamais fonctionné. 
    • Mais les contraintes liées au sport ont été aménagées, adoucies, le niveau d'exigence a monté très progressivement, j'ai "déguisé" la contrainte, introduit des éléments fun, je me suis musclée, ma volonté s'est musclée, et de "couch potato" invétérée, comme disent les anglo-saxons (pomme de terre de canapé pour les non-anglophones; métaphore éloquente n'est-ce pas ? ^^) je suis maintenant en lice pour les JO. (si si, jvouzassur).


Eh bien la contrainte, c'est pareil. Comparons-la à un mur. 

Le mur est là, on ne le nie pas, mais apprendre à quelqu'un à le gérer, ce n'est pas forcément le prendre par les épaules et lui cogner la tête dedans en mode "eh, oui, tu vois, y a un mur, c'est dur, c'est froid, c'est comme ça habitue-toi, et maintenant, escalade-le à la force de tes poignets. Et plus vite que ça !".

Ce mur, je peux 

  • l'aménager : par exemple, poser une échelle, ou même, construire un escalier qui y est adossé, et gravir peu à peu chaque marche, une à la fois, 
  • le contourner : arriver au même objectif mais par un autre chemin; y compris creuser en dessous
  • l'amortir : plus facile de passer au-dessus d'un mur sur lequel il y a un coussin, plutôt que m'érafler à ses arêtes tranchantes ; 
  • Le décorer : ça peut être plus fun à grimper, et même me filer des repères sympas (par exemple mettre de mini cibles là où je devrais poser mes mains). Dans tous les cas mon mur en Technicolor m'effraiera moins.
  • je peux muscler les poignets et les chevilles de mon enfant par de petits exercices avant de l'envoyer escalader 2 mètres de mur...;

Et en faisant tout cela, je peux montrer à l'enfant ce que je suis en train de faire, c'est-à-dire lui permettre de développer ses propres stratégies de gestion de la contrainte. 

C'est d'ailleurs avec cela qu'il coopère ! 

Un exemple très parlant est ce que je vous racontais sur ce qui a permis qu'E. range enfiiiiiiin sa chambre. 

En disant à E. que je ne voulais PAS qu'elle range sa chambre, l'ai-je manipulée de manière immonde ? Non, j'ai analysé la composition du mur et repéré que celui-ci était composé d'au moins 2 trucs : 

  • la pénibilité de la tâche de rangement, 
  • et l'embêtement lié au fait de devoir obéir, c'est-à-dire, un besoin d'autonomie. 
J'ai donc adouci le mur en ôtant, du rangement de chambre, l'élément "j'obéis donc je m'assieds sur mon besoin d'autonomie". Au contraire, ranger sa chambre est devenu une manière d'affirmer son autonomie, puisque ça se fait "contre" ma demande.

E. l'a très bien repéré, et s'en rend encore régulièrement complice en venant me solliciter, les fois où ranger sa chambre lui semble vraiment trop relou : "eh, Maman, tu ne veux pas que je range ma chambre, n'est-ce pas ?". Elle a admis l'existence de la contrainte, constate que franchement elle a du mal à s'y confronter, a repéré une ressource qui lui facilite la tâche, et vient donc la mobiliser. Elle s'auto-manipule. 

Ce processus de repérage des ressources qui nous aident à gérer une contrainte est exactement le principe du billet que j'ai moi-même écrit sur mes stratégies de gestion de mon trouble de l'attention. Je m'automanipule parfois à mettre de la musique sur une tâche rébarbative. Bravo moi !


Avec cela, oui, le pouvoir est toujours présent dans la relation. Tant mieux !

Car contrairement à ce qu'on peut craindre, ce n'est pas un problème . Le pouvoir n'est pas un problème, le pouvoir n'est pas à jeter ! Le pouvoir est là, le pouvoir est une ressource. Le tout est de savoir ce qu'on en fait.

Et là, on passe 

  • d'un pouvoir sur... : j'utilise les ressources à ma disposition pour te faire faire quelque chose qui m'est profitable
  • à un pouvoir pour... : j'utilise les ressources à ma disposition pour t'amener à avancer dans une direction qui t'est profitable.

(c'est une distinction qui est la racine du coaching, et qui fait qu'en cours de coaching pro, je vais parfois être assez confrontante sur certains aspects, mais après avoir défini avec mes clients les objectifs qu'ils souhaitent atteindre pour ce coaching : j'ai ainsi l'autorisation d'utiliser mon pouvoir pour les aider à avancer vers les objectifs qui sont les leurs... 

Par exemple, cette semaine, je vais probablement aller mettre le nez d'un de mes clients dans le fait qu'il n'a pas communiqué sur un point important vis-à-vis de son chef - ce que je sais car j'ai reçu un mail dudit chef me posant une question sur ce point. Mail que j'ai laissé sans réponse puisque ce n'est pas à moi de communiquer sur le sujet. - or c'est un peu embêtant, pour quelqu'un en position de leadership et dont un objectif de coaching est de gagner en impact au sein de son entreprise, de négliger une ressource essentielle pour avoir de l'impact : la relation à son chef...) 


Pour terminer, reprenons l'exemple du faux choix : 

  • si le vrai besoin de l'enfant qui pique une crise quand on lui dit d'enfiler le pantalon déjà préparé à son intention, est la liberté, le pouvoir, le faux choix vient y répondre parfaitement : il va pouvoir décider de quelque chose, exercer un pouvoir dans un cadre compatible avec sa santé, l'état des lessives, etc.
  • si le vrai besoin est effectivement de ne pas porter de pantalon (nous avions le cas récemment en piqûre de rappel d'ateliers de parents Faber et Mazlish)... le faux choix n'y fera rien. Ce sera très frustrant pour nous, mais aussi l'occasion de faire un pas de plus et de s'interroger sur ce qui se passe. Car c'est quoi, un besoin de ne pas porter de pantalon ? 
    • Besoin de confort ? (on a plus de liberté de mouvement en short... on peut alors privilégier l'achat de pantalons dans des matières souples pour la mauvaise saison) 
    • Besoin d'attention ? (on va enfiler le pantalon sur les genoux du parent... et coupler habillage et câlin).
    • Besoin de s'individualiser ? (Là, c'est en ateliers "Frères et sœurs sans rivalité" que nous avons été amenés, pas plus tard que la semaine dernière, à parler de la manière dont les enfants peuvent s'emparer de leur garde-robe comme d'un moyen de différenciation du grand frère / grande sœur)


Et voici comment on se retrouve, nous-mêmes, avec toute une série de ressources à utiliser pour le bien de tous, c'est à dire pour réconcilier les différents besoins en présence : 

  • respecter notre besoin de parent : assurer la sécurité / santé de notre enfant ; respecter certains codes vestimentaires pour certains lieux ; ...
  • respecter le besoin court-terme de l'enfant, en l'ayant bien identifié ! puisqu'il est souvent caché derrière une demande véhémente mais trompeuse, 
  • et respecter un autre besoin, long-terme, de l'enfant : grandir et apprendre à se gérer dans un monde fait en partie de contraintes.


C'est un peu comme le bon et le mauvais chasseur chez les Inconnus, au fond
Il y a la bonne et la mauvaise manipulation
  • la mauvaise manipulation, c'est : "faire/dire ce truc te fait agir dans ce sens, donc je l'utilise"
  • la bonne manipulation, c'est : "faire/dire ce truc te fait agir dans ce sens, donc je l'utilise"... parce que c'est important pour toi aussi de savoir agir dans ce sens... et si ce truc ne "marche" pas, je prendrai cette information pour comprendre ce dont tu as vraiment besoin / le truc important pour toi mais que je n'ai pas perçu dans cette situation.

La mauvaise manipulation reste en surface, la bonne nous oblige à nous confronter à la personne qu'est notre enfant, à la comprendre, à la découvrir, à respecter son mode de fonctionnement et ses besoins.

Et... à faire le même job vis-à-vis de nous. Ouais. C'est vraiment l'arnaque car c'est fa-ti-gant tout ça.

Car la mauvaise nous met non seulement à distance de notre enfant mais aussi de nous-même: parfois, on est tellement occupés à vouloir imposer sa volonté qu'on a même oublié "pourquoi" on veut ça, voire on ne réalise même pas que ce qui "veut", ce n'est pas nous, mais la petite voix de notre mère qui nous a dit qu'un enfant bien élevé, ça [insérer comportement souhaité]).

La bonne, elle, nous incite à nous reconnecter à notre enfant et à nous-même et à être ensuite créatifs dans la manière de gérer la difficulté / d'atteindre nos objectifs profonds (et non à les lâcher, ce qui serait le coup avec du laxisme).


lundi 16 mai 2022

"oublier les conseils invitant à éviter d'isoler l'enfant en cas de colère" - Petit Bout de "200 moments de parentalité positive (ou pas)"

La semaine passée, ce sont les ateliers de communication parents-enfants Faber et Mazlish dont j'ai réussi (en forçant mon agenda surchargé) à redémarrer un cycle au printemps, qui m'ont fourni l'objet du billet d'aujourd'hui, en m'amenant à revenir sur un extrait de mon propre bouquin : "200 moments de parentalité positive (ou pas)"

Citation : 

"Gérer sa colère de parent, c'est toute une histoire ! [...] Dans ce cadre, j'ai réalisé que je dois parfois "oublier" les conseils invitant à éviter d'isoler l'enfant en cas de colère."

issue de cet extrait 


En cause : la séance précédente avait été notamment consacrée à la colère du parent et à l'approche extraordinaire de Faber et Mazlish sur le sujet. Une approche dont la singularité et la justesse m'ont touchée au cœur, en ce qu'elle vise, non à supprimer l'expression de la colère, mais à en permettre l'expression sans dommage.

Une participante partageait son sentiment de culpabilité : quelques jours auparavant, face à la colère bruyante et prolongée de sa fille de 5 ans et des brouettes en pleine douche, elle s'était retrouvée, à un moment, à un degré de saturation tel qu'elle n'avait pu trouver d'autre solution que d'éteindre le robinet, dire à sa fille qu'elle ne pouvait plus, et quitter les lieux.

M'est revenu alors l'exemple en objet en tête, et, prise d'une inspiration subite, s'y est rajoutée une comparaison qui a beaucoup parlé au groupe, et vous parlera peut-être : oui, idéalement, un jeune enfant a besoin de notre présence pour se calmer de sa colère, et une séparation à ce moment-là peut être mal vécue. De la même manière qu'un bébé a besoin de nous pour accompagner ses pleurs, et qu'on déconseille fortement de laisser pleurer longuement un nourrisson dans son lit

Pourtant, de plus en plus, concernant ces derniers, des conseils plus nuancés se multiplient

  • on admet et on prévient les jeunes parents que des pleurs de bébés prolongés peuvent vraiment les amener au bout de leurs forces. 
  • Pour éviter d'en arriver à des bébés secoués, on invite les parents, si ils se sentent à bout, à déposer le bébé en lieu sûr dans son lit, si possible avec une phrase d'accompagnement, et à quitter la pièce au plus vite pour aller se mettre eux-mêmes en situation de recouvrer leurs moyens. 
  • Tant pis si le bébé pleure longuement seul à ce moment-là.


Eh bien, au fond, n'est-ce pas la même chose avec des colères d'enfants un peu plus grands ? 

  • Elles aussi peuvent amener les parents au bout de leurs forces, et les mettre en situation de causer du dommage à leurs enfants par leurs paroles ou par leurs actes. 
  • A ce moment-là, là aussi, il est bon que le parent puisse s'autoriser à s'extraire de la situation avant qu'elle ne lui échappe totalement, et aller d'abord "redescendre" lui, pour ensuite seulement être en mesure de revenir accompagner son enfant. 
  • Là aussi, une phrase d'accompagnement peut être utile, du style 

"Je t'aime, là c'est trop dur pour moi, je vais m'occuper de moi et je reviens".


Dans les deux cas, des injonctions au départ bien intentionnées mais vite radicalisées "ne laissez jamais pleurer votre bébé/enfant seul, ça crame son cerveau / le traumatise" empêchent souvent les parents de parer au plus urgent. 

  • Il ne s'agit pas de rester sur les vieilles méthodes et d'affirmer que, par défaut, la solution à un bébé qui pleure beaucoup ou un jeune enfant en pleine colère est de coller le premier dans son lit, le 2ème dans sa chambre. 

Cette logique du noir / blanc nuit à tout le monde.

  • Il s'agit de dire que, parfois, en cas de saturation du parent, l'utilisation ponctuelle de ce recours sera la solution la plus sûre pour tout le monde


Utilisée ponctuellement, non comme une méthode éducative (dirigée vers l'enfant), mais comme une solution de préservation (protégeant l'intégrité du parent et de l'enfant), elle ne laissera pas de traces, autres que celle d'un enseignement finalement ô combien précieux pour notre enfant : l'autorisation à se mettre à l'abri d'une situation dangereuse.

Un peu comme sur les autoroutes : par défaut on on ne roule pas sur la Bande d'Arrêt d'Urgence / elle ne va pas être notre manière standard de court-circuiter un bouchon, mais bon sang, on s'y positionne dare-dare en cas de pépin !


(et si vous avez besoin d'y avoir recours souvent, me direz-vous ? 

Que ce n'est plus ponctuel du tout ? 

Eh bien, il y a des chances que cela soit tout simplement une alerte : si on constate qu'on arrive très vite à ses limites, c'est bien possiblement le signe qu'un ou plusieurs comptes en banque émotionnels sont bloqués dans le rouge et... Spoiler : ce n'est pas en supprimant l'alerte que le problème se règlera). 

Donc 1. on sollicite la Bande d'Arrêt d'Urgence aussi souvent que nécessaire en attendant (pas trop longtemps) de 2. passer au garage reprendre les choses en profondeur.)

lundi 28 mars 2022

"Faire pleurer exprès son enfant" - Petit Bout d'Aletha SOLTER, Pleurs et Colères des enfants et des bébés

Il n'y a pas très longtemps du tout (à peine un an, eh !), je promettais en fin de billet de venir vous parler d'E. et d'une nouvelle manière que j'avais découverte, pour gérer ses "pleurnicheries".


Je profite donc de mon challenge "survie du blog par billets courts" pour venir enfin tenir cette promesse ! Vraiment, quelle idée lumineuse. 

Et, comme je suis fourbe, je pousse même le vice à couper ce que je voulais dire en deux, puisque mon propos du jour contient bel et bien 2 versants. (j'ai un blog à maintenir en vie à peu de frais rédactionnels, moi)


La citation du jour sera donc issue de Pleurs et colères des enfants et des bébés, d'Aletha Solter

"un enfant qui pleurniche cherche peut-être un prétexte pour pleurer - tel qu'un biscuit cassé. On est parfois obligé d'attendre qu'il le trouve. Vous pouvez peut-être l'aider à y parvenir en...."

*** SUSPENSE DE OUF ***

Bon en fait, la suite de la phrase, issue de cette extrait-là, fait référence à la notion de biscuit cassé, ... qui fera précisément l'objet du billet suivant. Hin hin.


Pleurs et Colères des enfants et des bébés, pp 166-167


En effet, lire Aletha Solter m'a déjà permis de vraiment vraiment réaliser que les pleurnicheries incessantes d'E., très fortes à cette époque, étaient précisément des pleurs qui ne sortaient pas. Et que j'avais donc une option mutuellement profitable pour conserver mon peu de santé mentale : aider ces %£$& de pleurs à sortir, bon sang, un peu comme on aide quelqu'un qui s'étouffe à cracher son morceau de pomme, plutôt que de s'attendre à ce qu'il daigne tousser moins fort, moins longtemps.

Et donc, hop, application pratique : voici ce qui s'est passé il y a un an, quand j'ai décidé de tester cette nouvelle approche à la sauce Gwen, sur une E. pleurnichant dans sa chambre pour.... un problème de couleur de feutre ? De mine de crayon cassée ? Je ne suis plus sûre.


Evidemment, quand on entend sa fille de 6 ans se lamenter d'un ton geignard sur ce genre de machin, et que c'est le 43ème épisode de lamentations de la journée, le 652e de la semaine, et le 3791è du mois, l'empathie et la compassion ne sont pas super dispo, là, spontanément.

Mais... je venais de lire A. Solter, je venais de tester sur H. la pertinence de ses propos concernant les pleurs des bébés, j'entrevoyais la fin de ses problèmes de sommeil, j'étais donc débordante de confiance et de gratitude... Bref : j'avais la FOI.

C'est probablement cela qui m'a donné les ressources pour m'arrêter dans ma réaction première de ras-le-bol, regarder ma fille, et formuler à voix haute une description de la situation complètement différente de ce que j'aurais pu faire spontanément :

- Oh, tu as besoin de pleurer. Viens, viens pleurer.

Et je l'ai prise dans mes bras.

  • Ses pleurs ont redoublé et elle a pleuré sur ledit crayon/feutre/whatever.
  • Puis ses pleurs se sont renforcés et .... "et puis, et puis, et puis...." elle m'a parlé d'un incident survenu à l'école dont je ne savais rien, mais qui l'avait marquée.
  • Puis ses pleurs ont continué et elle m'a dit à quel point sa cousine (du même âge, avec qui elle allait en classe dans leur petite école Montessori jusqu'à ce que ma sœur ait été mutée à l'autre bout du globe l'été précédant cet épisode) lui manquait, qu'elle était triste de ne plus jamais la voir, que c'était pas juste parce qu'avant elle la voyait tous les jours et que là elle ne savait même plus quand elles se reverraient et qu'elles auraient toutes les 2 beaucoup grandi d'ici là.

J'ai accueilli tout ça, je l'ai tenue, j'ai caressé son dos, sa tête, mais de manière très peu appuyée, sans chercher à la calmer. Au contraire, je me suis contentée d'être là et de l'encourager à pleurer 

"Pleure, vas-y, ça fait du bien".


Ca a duré.

Pis... ça c'est arrêté. Une E. toute rassérénée m'a fait un dernier câlin et a choisi un nouveau jeu. Et n'a pas "chouiné" pendant plusieurs heures.


Depuis, quand elle chouine beaucoup, ça m'énerve. Mais moins. 

Parce que je sais 

1. qu'en fait, y a des trucs accumulés, coincés, et que, même si là tout de suite maintenant je n'ai pas la ressource (temps, patience) pour accueillir / faire sortir tout ça, 

2. ma fille n'est pas "juste une chouineuse" (même si, je vous rassure, ça demeure tout de même ma toooute première réaction quand je l'entends) et 

3. et quand ce sera le moment, on pourra aller purger tout ça ensemble.


Le 1. est très important : parce que oui, nous n'avons pas toujours la ressource; pouvoir écouter jusqu'au bout, ça demande une certaine disponibilité physique, mentale et émotionnelle; et, oui, c'est admissible de ne pas l'avoir en permanence. 

Cf. Haim Ginott "On peut se montrer un peu plus gentil qu'on se sent. Mais seulement un peu plus.

Si on n'a pas la bande passante à un instant T mais qu'on oublie d'écouter et respecter nos propres sentiments et tire trop sur la corde, on risque bel et bien d'exploser au milieu de la séance, ce qui n'est bon pour personne, ... (croivez-moi, z'ai testé).

Le corollaire intéressant est que : savoir ça, ne plus voir dans les pleurnicheries de simples pleurnicheries mais réussir à détecter le besoin derrière, eh bien, quand même, ça me donne carrément plus envie d'agir ainsi (= ça alimente mes ressources, ça augmente mon niveau de "me sentir gentille"). 

Et vous ?

lundi 8 novembre 2021

10 réflexions autour de la participation des enfants aux tâches ménagères

La participation des enfants aux tâches ménagères est un sacré sujet, qui peut diviser les foules (qui bien entendu lisent mon blog), ou à plus modeste échelle, les familles (qui font pareil). Comme un certain nombre de sujets éducatifs, notre recul sur le sujet est rendu compliqué par notre vécu d'enfant (que ce soit dans la reproduction automatique du vécu, ou le souhait de l'éviter à tout prix), et notre fatigue de parent (parce que la maison ne s'autoentretient pas, le linge ne va pas tout seul dans la machine sur ses petites pattes, et les assiettes ont le front de ne pas se laver d'elles-mêmes, mais que tout ça nécessite de l'huile de coude, et le bidon d'huile de coude ça coûte cher).

Voici donc quelques réflexions & partages d'expériences sur le sujet, histoire de peut-être faciliter cette prise de recul et aider à trouver quelque chose de pertinent pour sa famille à soi.


1. La participation des enfants aux tâches ménagères leur est utile et précieuse

Ca, c'est un point essentiel qui m'a bien aidée à prendre du recul et regarder le sujet d'une manière apaisée. Certes, confier des tâches ménagères à nos enfants peut bien nous arranger en tant que parent (ou pas, cf point numéro 3), mais surtout, c'est très important pour nos enfants, et c'est en lisant Jane Nelsen ainsi que Faber & Mazlish que j'en ai pris conscience 
  • ils développent des compétences essentielles pour leur future vie d'adulte
    • la perspective de quitter papa-maman est tout de même plus facile à envisager quand on a une idée concrète de comment gérer un certain nombre de tâches. 
    • C'est d'autant plus important pour nos garçons, si nous voulons les équiper pour une éventuelle vie de couple où ils seront en mesure de porter leur part du fonctionnement du foyer. (c'est la nana qui a épousé un gars ne sachant au départ pas se faire cuire des pâtes qui vous parle). A nous de ne pas fabriquer des incompétents pouvant nourrir la tentation de devenir des incompétents stratégiques ("Aaaah ben faut que tu fasses je sais pas faire / tu fais ça tellement mieux que moaaah")
    • Je suppose que c'est la même chose pour nos filles et les tâches de la maison traditionnellement plus masculines (type bricolage). Seulement, je ne peux pas en parler parce que ni Monsieur Bout ni moi-même ne sommes vraiment équipés pour transmettre des tas de compétences manuelles à E. . Celles que détient et développe F., il ne les doit vraiment qu'à son enthousiasme aussi époustouflant qu'inépuisable pour le sujet. Il n'empêche qu'en écrivant ces lignes je me dis que maintenant que c'est moi qui assume la tonte du gazon à la maison (enfin, de nos quelques m² de pseudo herbe, plutôt), je pourrais impliquer E. dedans à un moment. Quand ses épaules atteindront la hauteur nécessaire pour pousser la tondeuse...
  • cela nourrit des besoins importants pour eux 
    • l'estime de soi : c'est bien joli de faire des compliments à nos enfants, mais l'estime de soi s'enracine en particulier dans l'expérience, faite et renouvelée, de nos capacités. Et donc, permettre à nos enfants de faire l'expérience de leur capacité à faire, à se prendre en charge, plutôt que de leur dépendance à notre égard pour toutes les petites et grandes choses de la vie, c'est une brique essentielle dans leur construction de leur estime d'eux. 
    • le besoin de contribuer / se sentir utile. Ca aussi c'est quelque chose d'essentiel chez l'être humain, petit ou grand : contribuer au fonctionnement de la communauté, y avoir sa place de membre utile.

2. La participation des enfants peut se faire dès le plus jeune âge, et gagne à être favorisée dès le plus jeune âge.

J'y suis à nouveau confrontée en ce moment avec H. qui a fêté ses 18 mois. Quelle application, quelle fierté il met dans le fait de nettoyer sa chaise haute après le repas, d'aller remettre ses chaussures à leur place, ou d'aller replacer un livre ou un jouet sur l'étagère adaptée ! Pour lui, cela contribue à lui donner un début de sentiment de maîtrise de son environnement, c'est donc un facteur de sécurisation. Pour nous adultes, c'est un premier pas sur un long chemin, qui prépare les pas suivants.
En atelier Faber & Mazlish, le moment où chaque parent s'interroge sur les choses qu'il fait à la place de son enfant et qu'il pourrait dorénavant lui confier (au besoin en procédant par étapes) est toujours riche en découvertes. Parce que c'est aussi une occasion, pour le parent, de voir son enfant d'un nouvel œil !


3. La participation des enfants est relou

Eh oui, après les 2 premiers points cuicui les petits oiseaux, revenons sur terre. 
Ce n'est pas un hasard si la participation des enfants aux tâches ménagères relève plus souvent du vœu pieux que de la réalité des familles : celle-ci est vraiment relou à mettre en place et surtout à tenir dans la durée. 
Les enfants ne font pas toujours bien les choses, ils ne les font pas toujours, on a souvent tendance à faire à leur place parce que rien qu'à penser à l'énergie qu'il va falloir déployer pour leur apprendre, leur rappeler, contrôler que c'est fait, rectifier ce qui ne va pas, entendre leurs jérémiades et devoir se justifier face à leurs "mais pourquoi c'est moi et pas Frangin(e)" .....aaaah-aaaah-aaaargh [râle d'un parent agonisant, allongé sur le sol de sa cuisine, achevé par son 37ème rappel que le couvert a besoin d'être mis]

Ce qui est très logique car espérer que nos enfants vont être ravis d'avoir à vider le lave vaisselle au quotidien est utopique. Qui ici se lève en se disant "youpi, aujourd'hui je vais vider un lave vaisselle, trop trop hâte" ?

Ménage en famille chez les Bout - document d'archives

4. La participation des enfants n'est pas automatique

A relier au point 3. 
C'est un sujet dont nous avons abondamment discuté avec Monsieur Bout il y a quelques mois. 
Celui-ci était très frustré de devoir sans cesse répéter certaines choses, et une partie de sa frustration venait du fait qu'il partait du principe que ça n'aurait pas du être nécessaire. Comme dit Epictète (oui, nous avons de la culture ici), et comme souvent, c'est moins la situation qui nous pose problème que l'idée que nous nous en faisons. Si nous considérons que nos enfants devraient normalement y penser tout seuls, et le faire en chantonnant, alors c'est très grave qu'ils ne le fassent pas, et chaque rappel que nous faisons est mal vécu puisque il est le signe de notre échec parental et de l'avenir sombre qui se dessine pour nos enfants, irresponsables et feignants.
J'ai gagné en zenitude sur le sujet en lisant Jane Nelsen qui rappelle que toute sa vie de mère, elle a du remettre le sujet sur la table, revoir l'organisation avec eux, et achève avec un truc en mode "Certaines choses ne seront véritablement acquises qu'une fois que les enfants auront quitté le foyer familial, voire, seront devenus eux-mêmes parents". Et puis, hein, disons-le : personnellement, quand je vois le chemin que j'ai suivi en termes d'acquisition de compétences en rangement, je vois très très bien ce qu'elle veut dire.
Donc oui, devoir investir de l'énergie pour que nos enfants fassent les choses est normal, une gestion des tâches ménagères en mode automatique-paillettes-zéro conflits et cœur sur tout le monde en permanence n'est pas réaliste. Du coup, pas besoin de perdre de l'énergie et du moral à se désespérer que cela ne soit pas le cas. 

Devoir consacrer du temps à faire faire plutôt qu'à faire soi-même est donc quelque chose de normal et surtout d'indispensable, un investissement rentable à long terme, pas quelque chose qui se fait à fonds perdus.


5. ....Mais on peut mettre des choses en place pour limiter l'investissement en énergie nécessaire

Yep, ce ne sera jamais automatique et complètement fluide, mais il existe quand même des manières de faire pour alléger notre boulot de rappel. La mise en place de routines, et/ou leur formalisation visuelle par le biais de listes à cocher, par exemple, sont autant de moyens qui permettent de réduire. 
Un simple "Où en es-tu de ta liste ?" est souvent préférable au 37ème rappel que y a un couvert à mettre : il responsabilise l'enfant, diminue le poids des ordres pour lui, et le volume de salive utilisée, pour le parent.
Idem, les choses qui nous semblent si simples pour nous ne le sont pas pour nos enfants. Donc prendre le temps de montrer, de faire avec, de détailler étape par étape, pour arriver à une autonomie graduelle, constitue un investissement coûteux sur le moment mais rentable à long terme.


6. Tout (enfin, beaucoup) est dans le choix des mots

Trèèèès important ça. 
  • Il y a ce qu'on apprend en Faber et Mazlish : une description de problème, un rappel en un mot, porteront toujours plus de fruit (à la fois sur le problème en lui-même, mais bien entendu aussi et surtout dans la relation à l'enfant, et dans sa relation à lui-même et aux tâches concernées) qu'un ordre bien sec, un reproche, ou une culpabilisation plus ou moins subtile.
  • Il y a ce qu'on apprend aussi, sur le côté humour : "la table est toute nuuuuuuuuuue".
  • Il y a ce qu'on apprend en Faber et Mazlish aussi, sur la valorisation des tâches : non, ce que nous demandons à nos enfants n'est pas "facile", "pas grand chose". C'est une contribution appréciée, révélatrice de compétences réelles, permise par des efforts dont on ne va surtout pas minimiser l'importance.
Et perso, j'ai remarqué que mes enfants préfèrent dire qu'ils ont "fait tel plat avec moi" plutôt que "aidé Maman à faire tel plat".

Il y a aussi d'autres choses. Par exemple, la manière dont on évoque / justifie ces tâches.
  • Parfois, si on s'écoute, on peut s'entendre parler de "ma maison" qui est en bazar ? Ou de "notre maison"... Nos enfants sont-ils des invités dans la maison des adultes, ou des personnes qui y habitent et donc participent logiquement à son fonctionnement ? 
  • Très souvent, aussi, on va formuler ce qu'on ne veut pas : "J'en ai maaaarre de vivre dans un salon en bordel". (toute ressemblance avec des phrases réellement prononcées dans la famille Bout serait vraiment fortuite); il est beaucoup, beaucoup plus mobilisateur de formuler ce qu'on veut. L'être humain, et ce dès tout petit, réussit bien mieux à s'engager pour une représentation positive, parce que "j'ai envie d'un beau salon en ordre !", que pour éviter du négatif.
  • Croisement des deux : on pourra préférer, à "je ne suis pas la bonne, m !", un "dans une maison, tout le monde participe !"

7. L'aménagement de l'environnement est un aspect essentiel (stratégie & champ de bataille, toussa)

Au fond, ceci est une implication pratique du fait que notre maison est notre maison, et non "ma maison" : il s'agit de regarder ladite maison, et son aménagement, non seulement avec nos yeux, mais avec ceux de nos enfants; y compris en se mettant à leur hauteur, par exemple.

Pêle-mêle, chez nous, ça veut dire
  • positionner le nécessaire à couvert à des emplacements atteignables
  • charger le lave vaisselle d'une manière qui leur permette de le vider sans risquer de se faire embrocher par les couteaux de cuisine
  • ranger différemment leurs vêtements de ce que nous aurions fait spontanément. 
    • Ca, il m'a fallu un certain nombre de fois à m'énerver sur le placard d'E. avant de réaliser que mon mode spontané de rangement de ses vêtements ne lui correspondait pas, et que donc si je voulais qu'elle range correctement ses vêtements / soit en mesure de se servir sans pulvériser "mon" ordre, eh bien... j'allais devoir faire autrement que ce que j'aurais fait sinon. 
    • Idem sur la technique de pliage. Si je veux des piles qui se tiennent, j'ai intérêt à lui apprendre une technique de pliage qui lui convienne vraiment, et à l'adopter moi-même.
  • fixer les patères de leur chambre à une hauteur ridicule pour moi
  • investir dans des panières si ils rangent mieux dans des panières, des boîtes si ils préfèrent des boîtes...
  • et même, au besoin, craquer pour l'objet sexy (E. a une poubelle La Reine des Neiges #honte)
  • positionner l'aspirateur à un endroit atteignable pour eux, pas seulement pratique pour nous ; idem la balayette
  • réfléchir au positionnement du panier à linge sale : plus proche il est de leurs chambres, meilleures sont nos chances d'y voir atterrir leurs vêtements. Un point bonus si il est sur le trajet entre la sdb et leurs chambres.
  • investir dans 2 paniers à linge sale : un pour le foncé, un pour le clair. Ca permet de leur confier l'étape du tri. Et vous savez quoi ? Au départ, on en avait un vert et un bleu. Tout a changé quand j'ai remplacé le bleu par un blanc. En tous cas, je me suis rapidement économisé l'équivalent du Lac Léman en volume de salive : les "ça va où le linge clair Maman déjà ?" ont rapidement décru, par la magie d'une réponse en mode exercice à trou "le linge foncé dans le bac foncé, le linge clair dans le bac.... ?" . (mais, oui, il a fallu investir un peu de temps dans la définition et la démonstration par l'exemple de ce qui est clair, et de ce qui est foncé - polos à rayures marine et blanches, vous finirez en Enfer)
  • jouer les Flylady et réaliser que nos enfants, au moins autant que nous, feront plus facilement les choses si tout le nécessaire est sous leur nez
    • Par exemple, j'ai admis qu'il était vain d'espérer qu'E. et F. se brossent les dents sans mettre du dentifrice dans le lavabo ni asperger copieusement le miroir de la salle de bain. J'ai également mesuré l'agacement que cela me procurait (enfin, j'ai pas pu, j'avais pas de mètre assez long). J'ai donc positionné un rond vert et un petit chiffon bleu Jemako qsur le plan de travail de la sdb où ils se lavent les dents, et j'ai souligné qu'après chaque lavage de dents, hop, petit coup de rond vert sur et autour du lavabo, et zou, petit coup de chiffon sur les éclaboussures du miroir. Bien évidemment, ce n'est pas parfaitement fait, bien évidemment, j'ai régulièrement besoin d'opérer un rappel ("E., y a un petit rond vert qui n'a pas travaillé !!"), mais ça évite la sédimentation de couches successives de dentifrice, et celle, parallèle, de couches successives de ras-le-bol. 
    • Idem, depuis qu'une serpillière est à demeure à côté de la baignoire, pour usage immédiat en cas de sdb-piscine, les bains débordent moins, et mon énervement itou.

8. Moins ils participent,... moins ils participent

Ah, ça, ça a été un constat impitoyable de la fin de l'année scolaire. 
Pressé, Monsieur Bout avait pris de plus en plus l'habitude de mettre le couvert lui-même, en faisant la cuisine. De reranger les chaussures éparpillées dans l'entrée, plutôt que de s'embêter à faire redescendre leurs propriétaires de leurs chambres. De débarrasser l'assiette ou le bol oublié sur la table de la cuisine, plutôt que d'inviter la personne concernée à rectifier son oubli. (Et Madame dans tout ça, me diront ceux qui suivent ? oh ben Madame, elle était déjà bien trop occupée pour perdre le peu de temps qu'elle passait avec ses enfants à gérer des sujets aussi triviaux)

Et au fond, hein, pourquoi pas ? Après tout, si il s'agit d'apprendre à nos enfants à rendre service, il est bon aussi que nous le leur apprenions en leur rendant service, n'est-ce-pas ?
Ben... pas forcément. Nous avons en effet constaté, pour notre part, que du coup
  • les enfants perdaient l'habitude de considérer ces tâches comme une contribution normale, (et non le boulot des parents que ceux-ci essaient fourbement de leur refourguer) et du fait de cette déresponsabilisation, perdaient donc à la fois 
    • l'automatisme : oublis de plus en plus fréquents
    • et la disponibilité : râleries X100 quand on osait leur demander de le faire, délais entre la demande et l'exécution X1000
  • les parents perdaient beaucoup d'énergie à faire des choses que leurs enfants auraient pu faire, au détriment de choses pour lesquelles leurs enfants avaient vraiment besoin d'eux 
    • = moindre disponibilité (y compris mentale / affective, au vu de la rancœur accumulée) pour leur rendre vraiment service. (que ce soit pour un "moment particulier", ou pour recoller un jouet cassé, aider à préparer un cadeau pour un petit copain, etc). 
    • Ce qui illustre un des intérêts fondamentaux à confier suffisamment de tâches ménagères à nos enfants : "tout faire pour eux", c'est s'exposer à pourrir dangereusement le climat familial (sur fond d'autopiétinage de ses limites, rancœur et culpabilisation) à long terme, bien davantage, au fond, que va ne le pourrir la répétition de certaines demandes à court terme (pour peu qu'on apprenne à formuler lesdites demandes d'une manière respectueuse cf point 6). Bicoz tout faire pour eux, c'est imprudemment vider notre réservoir et se rendre ainsi incapable de remplir le leur (vous savez, cette histoire de découvert).

En conséquence de quoi, nous avons opéré un virage à 180°C pendant l'été. Nous avons employé notre temps à reréclamer tout le support précédemment attendu, augmenté de nouvelles choses.
Nous n'avons pas juste réintroduit la routine du couvert, nous avons rajouté le vidage du lave-vaisselle, par exemple.
Rouspèteries pendant une semaine, puis hop, c'était intégré. Le taux de conflictualité lié au sujet a été divisé par 50.
Autant vous dire que Monsieur et Madame y font vachement plus attention, maintenant !


9. Participer, (si) ça a de chouettes conséquences

Cf le point 6 : si nous voulons développer l'implication de nos enfants à la maison, leur motivation à faire les choses, il est bon qu'ils perçoivent les conséquences de leurs efforts.

  • Parfois, cela se fera sur le mode négatif. 
    • Constater qu'on ne peut pas mettre la jolie robe qu'on voulait à un anniversaire, parce que celle-ci est restée tâchée, chiffonnée dans un coin, au lieu d'être mise au sale. 
    • Ne pas avoir la cuiller préférée parce que c'est son frangin qui a mis le couvert seul et que donc il se l'est légitimement appropriée. 
    • Ne pas pouvoir inviter un petit voisin à jouer à la maison parce que la règle est que on invite quelqu'un dans une chambre rangée. 
    • Me voir m'arrêter de cuisiner parce que personne ne vient mettre le couvert et que donc je n'ai pas envie de faire les choses seule. 
Mais à long terme, nos enfants tireront surtout profit de ce qui leur permettra de voir le sens des tâches ménagères, le bénéfice réel à les accomplir / y participer (ce qui est du reste assez intéressant dans le développement de leurs capacités à assumer ses tâches sans nous, dans leur future vie d'adulte). Pour cela, on peut prendre le temps 
  • d'admirer longuement, en décrivant, la chambre rangée. 
  • De remercier pour la table mise. 
  • De s'exclamer "quel salon agréable !" après que tous les duplo aient regagné leur boîte. 
  • De regarder avec intérêt la pelouse domestiquée par la tondeuse (maniée avec passion par F.)
Et surtout, un gros intérêt à prendre sa part dans le travail de la maison, c'est que ça libère du temps à tout le monde. Il s'agit donc de transformer le temps pas passé à ranger tout seul en temps passé en famille. 
Là dessus, le plus beau exemple m'a été fourni en ateliers Faber et Mazlish, par un maman solo de 4 ados. Suite à notre séance, elle a expliqué à ses enfants que leur maison à tous devait fonctionner, et qu'elle aimerait passer plus de temps avec eux. Quelques soirs plus tard, elle a eu la surprise de rentrer un soir dans un appartement rangé et aspiré de fond en comble, avec le dîner déjà préparé, et ses ados l'attendant pour lui sauter dessus "bon, eh bien ce soir on fait quoi de beau ensemble puisqu'on est dispo tous les 5 ?"
Bref, ça me demande un effort conscient souvent, mais autant que possible, je me bouge les fesses : "cool, le couvert est déjà mis, ça veut dire qu'on n'a plus rien à faire alors qu'il y a encore 5 minutes avant le repas : pendant que ça finit de cuire, on peut faire une partie de 1000 bornes"


10. La résolution de problèmes spécial tâchés ménagères (ou pas)

On peut goupiller pas mal de ces points pour en faire un sujet de discussion familiale.
On choisira les mots avec soin, pour souligner l'intérêt de partager la charge "pour que nous ayons du temps ensemble, et que la maison fonctionne bien, il est important que tout le monde participe. Qu'y a-t-il à faire dans notre maison ? Que peut faire chacun ? De quoi a-t-il besoin pour cela ?".

J'ai mis "ou pas", parce que le mieux étant l'ennemi du bien, c'est précisément dans l'attente d'une discussion de ce genre que nous avons laissé les choses aller à vau-l'eau l'an dernier. Et finalement, c'est une décision unilatérale qui nous a permis d'en sortir ;-)

Ceci dit, l'écriture de ce billet, et quelques discussions avec les enfants, ont fait que nous avons prévu d'en reparler avec eux dans les prochains jours. Nous sentons que eux comme nous sommes prêts pour rebattre un certain nombre de cartes / transférer certaines tâches supplémentaires (préparation d'un repas simple par semaine, étendage d'une lessive,...)
Affaire à suivre !

mardi 13 octobre 2020

Gros mots et résolution de problème

Aaaah, que la voix de nos chers enfants sait être douce à nos oreilles !
*paillettes et fleurs* 
Hélas hélas parfois, euh, ben non.

Parce que parfois, nous n'avons plus de chers enfants, mais des vils marmots, et leur voix n'a rien de doux, parce qu'elle nous sort des gros mots monstrueux, en boucle, en série, en parallèle, bref, tous les montages possibles.

J'avais évoqué ce point dans un premier chouette billet détaillant l'arsenal des outils à la disposition du parent positif et souhaitant tenter de le rester, même confronté aux GMGM (Grands Méchants Gros Mots). Des outils qui s'étaient révélés très efficaces chez nous, globalement.

Et puis, l'an dernier (oui, ce billet fait partie de ceux dont l'embryon dort en brouillon depuis un temps inavouable), mes charmants enfants à moi ont estimé que ce serait cool que maman
  • révise ses classiques
  • aille encore approfondir le sujet de manière à en faire bénéficier les foules

Pour cela, ils se sont donc spécialisés dans le GrosMotage pendant de longues semaines. 
Zizi Caca Prout et leurs valeureux confrères sont devenus notre pain quotidien, au point qu'à l'arrivée mes enfants parlaient globalement schtroumpf; mais en remplaçant schtroumpf par zizi ou zézette. 
Je vous laisse imaginer les dialogues.

J'ai tout fait, tout tenté, je me suis bien énervée aussi, et puis acculée, j'ai fini par jouer mon va-tout : la résolution de problème !
Un outil que je sor(tai)s rarement, car franchement, hein, je trouve que ça demande beaucoup beaucoup d'énergie.

Ben oui, mais comme dit dans le premier billet : aux grands / gros mots / maux, les grands remèdes.

J'ai donc pris mes mômes entre 4 yeux (enfin 6 ; voire 8 ? je ne visualise plus si Monsieur Bout était présent. Je ne crois pas, j'ai du avoir un sursaut de courage en semaine, alors qu'il était au boulot)

  1. Défini le problème et ses impacts : F. et E. disent beaucoup de gros mots. Ils trouvent ça drôle mais ça énerve beaucoup les adultes. Et parfois ça les énerve aussi l'un l'autre
  2. Proposé des solutions sans les évaluer, en les écrivant
  3. Repris toutes les solutions proposées une à une, soit pour les confirmer (tout le monde OK ?), soit pour les barrer (ça ne convient pas à quelqu'un ?), soit pour les retravailler pour qu'elles conviennent à toutes les personnes concernées
  4. Affiché le papier quelque part.


Ah oui ça a aidé !
Ca a doublement aidé, et donc ce billet contient un double outil pour régler ce genre de soucis.
Parce que, rappelons le, une résolution de problèmes a pour effets de 
  • mettre tout le monde du même côté pour résoudre ce problème, et donc responsabiliser chacun 
  • permettre aux sentiments de chacun de s'exprimer, et donc à la fois à chacun de se libérer un peu de ses sentiments, qui perdent de leur force une fois sortis du non-dit, et aux autres de prendre en compte le point de vue exprimé
mais aussi
  • décupler l'inventivité de chacun, par la puissance d'un brainstorming. 

Et en effet : c'est en pleine session que j'ai réalisé qu'un des points qui n'aidaient pas était la manière dont pouvaient être vécus les rappels à l'ordre. Même formulés de manière Faber et Mazlishienne, en décrivant le problème par exemple ("j'entends un gros mot !"), chez nous ces rappels à l'ordre étaient trop nombreux, trop lourds, ils plombaient l'ambiance, tendant aussi bien l'enfant qui les entend que l'adulte qui les formule (gnnnnniiiiiin).
Sous le coup de cette illumination subite, j'ai donc proposé le problème en live : 
"Ce n'est pas toujours facile de se rappeler d'éviter les gros mots, surtout quand on en a pris l'habitude, mais ça vous énerve et ça m'énerve quand je vous le rappelle... Comment puis-je vous le rappeler d'une manière qui soit moins énervante ?"

Et j'ai proposé quelque chose auquel je ne pensais pas l'instant d'avant : remplacer les mots par une onomatopée. Faire l'alarme : 5 BIIIP, BIIIIIP, BIIIIIP, BIIIIIP, BIIIIP. 
Bien stridents et couvrant la voix des enfants. Mais d'une manière joueuse, là où couvrir la voix des enfants par un beuglement pouvant aller jusqu'au


n'aurait évidemment pour effet que l'escalade.
Succès total !! 
  • Le petit côté décalé a bien aidé à alléger les tensions chez mes enfants, poussant moins à la résistance, et jouer les alarmes a aussi eu un effet salutaire sur moi, en mode défouloir.
  • Le fait d'avoir été convenu en résolution de problème en a fait un code commun et partagé.
Bilan : j'ai beaucoup fait l'alarme les tout premiers jours, et de moins en moins ensuite.


Ca a été un des premiers retours de la résolution de problème chez nous !
J'ai pu constater aussi que mes enfants ayant grandi, cet outil devient de plus en plus puissant et adapté à eux. Et je dois aussi avouer que l'inclusion d'E. aide énormément, car elle est au taquet sur ce genre de trucs, et du coup, entendre sa sœur rentrer dans le jeu des propositions stimule l'inventivité de son grand frère.

Cet épisode est venu me rappeler que la résolution de problèmes, c'est un peu le bazooka de la parentalité positive. 
  • Ca coûte cher, 
  • faut préparer son armement, 
  • ça ne se porte pas dans la poche ni ne se dégaine au débotté, 
  • mais alors, après... ça envoie du lourd. D'où ma très grande admiration pour tout parent se lançant dans cette aventure 
Je me souviens d'une maman du groupe FB des Moments de Parentalité Positive, venue raconter toute insécurisée la manière dont une de ses connaissances, soi-disant branchée parentalité positive, avait critiqué sa manière de conduire une telle résolution avec son fils de même pas 3 ans. 
NAN MAIS CA VA PAS NAN ???
Un parent qui se lance dans une résolution de problème avec son gosse, a fortiori son petit gosse, on ne le critique pas !!! 
On se prosterne
On se fout à plat ventre !
On lance des rameaux et son manteau sous ses pieds. 
La résolution de problème, c'est ZE voie d'avenir vers des lendemains de paix, et chaque personne s'aventurant sur ce chemin mérite d'être entourée d'une foule en délire.

D'autant que le plus beau dans tout ça, c'est que le bazooka, plus on le manie, plus on s'y habitue.
On y prend goût et...  (oh mais ça, ce sera pour un autre billet !)

lundi 28 septembre 2020

Quand notre enfant se mure dans l'opposition...

Le groupe Facebook des "Moments de parentalité positive" grandit, c'est très chouette, les échanges s'y intensifient, c'est encore plus chouette, même si ces temps-ci j'y suis beaucoup moins présente qu'au début (c'est moins chouette), pour cause de légère surcharge de l'emploi du temps - journées qui ne font que 24h - bébé en parasitant un certain nombre ... 
Mais je garde un œil dessus et me réjouis que le groupe ait suffisamment grossi pour que les questions reçoivent la plupart du temps moult pistes de réponses intéressantes sans que je n'aie besoin de venir mettre mon grain de sel.
Récemment, y a été posée une question pas si simple nécessitant de ce fait une réponse pas si simple... et justifiant un partage plus large : je parie plein de fric à qui veut (qui veut ? Quiiii veeeeut ? Autant faire du bénèf au passage) que c'est un sujet qui parlera à de nombreux parents, donc paf, 2 en 1, je réponds et j'en fais un billet de blog (Yé souis à fond dans l'optimisacheune, questionne di sourvi).


La publication initiale

mon fils de 4 ans est de plus en plus souvent dans l'opposition, en nous parlant franchement mal. Il discute tout, n'écoute aucune explication ni quand on le prévient de ce qu'il va se passer. Je ne le comprend plus.
Mon mari répond par le rapport de force et la contrainte, mais je ne veux pas rentrer la dedans, ce n'est pas une solution d'autres moi d'autant plus que je ne serait pas longtemps plus forte que lui. 
Sauf que je ne sais plus quoi faire. J'ai l'impression de ne pas être assez ferme et de me laisser marcher dessus. Je veux qu'il me respecte, respecte les règles et les limites, mais aussi qu'il puisse s'exprimer et qu'il sache qu'il a la droit de ne pas être d'accord.
Ce matin par exemple ça s'est terminé en larmes des deux côtés, moi partant au marché sans lui parce qu'il était trop long a se préparer. Dis comme ça ça a l'air d'une conséquence logique sauf que je m'en veux parce que j'ai traîné a appliquer la conséquence et je l'ai fait sous le coup de la colère en le laissant pleurer avec son papa. Et ça partait mal dès le départ parce qu'on n'avait pas joué avant de se préparer, ou plutôt j'étais là, disponible, mais il a préféré jouer seul.

Voilà, je suis au fond du trou et je ne sais plus si je dois être stricte, sévère, et dire en gros "c'est comme ça point" ou faire autrement mais comment ?



Aaaah l'enfant qui semble se murer dans l'opposition ! 
Que d'interrogations existentielles il suscite ! 
Pourquoi, pourquoi lui, pourquoi nous, 
ô rage ô désespoir, ne me suis-je blanchie, dans les travaux parentaux, 
que pour voir en un jour fleurir tant de râteaux ? 
Qu'est-ce qui cloche ? Faut-il changer quelque chose ? 
(nan, être parent n'est pas du tout prise de tête. JA-MAIS. D'ailleurs vous avez sûrement une bonne âme auprès de vous pour vous l'assurer : "tu te poses trop de questions, élever un enfant c'est SIMPLE".)

Ce qui me plaît, moi, dans la parentalité positive, c'est l'éventail des pistes et outils possibles
Ce n'est pas comme dans les bons vieux bouquins d'éducation qui, à chaque problème, vous assènent une solution unique. Partir d'une unique interprétation psychanalysante qui se résume en "L'enfant cherche à exercer sa toute-puissance" aboutit à un unique conseil, déclinaison pratique d'un principe d'action universel "Il faut lui montrer qui est le plus fort". 
Au contraire, se mettre à chercher à comprendre le point de vue de l'enfant, ses sentiments et besoins, permet d'aboutir à une série de pistes, dans laquelle on peut piocher en fonction de ce qui fait sens pour nous, pour notre enfant, pour la situation précise.

Regardons donc ce que nous avons en stock face à cette question de l'opposition.





1. Le besoin d'affection et de connexion


Eh oui, bien souvent, nos enfants se montrent relou et se murent dans l'opposition parce qu'ils veulent notre attention. "Vouloir notre attention" n'est pas un crime, c'est un besoin légitime (ce qui ne signifie pas qu'on n'a pas le droit de ne pas déborder à toute heure d'envie de la leur donner). 
C'est le phénomène dit "des frites froides" : imaginons qu'on adore les frites par dessus tout. Si on ne nous en donne pas de bonnes croustillantes, à défaut, on s'arrange quand même pour en avoir, mêmes froides et molles. Notre attention, c'est pareil : l'enfant adore tellement ça qu'à défaut d'avoir de l'attention agréable, il fait ce qu'il peut pour en avoir un dérivé moins agréable, et quoi de plus efficace, pour attirer l'attention de son parent, qu'un bon gros conflit ?
C'est la notion de réservoir d'amour / découvert émotionnel, cruciale pour la survie de tout le monde, et que je détaille dans ce sublime billet.

Mais tout ça, tu le sais, et tu l'as justement identifié : tu précises que sur le coup il n'y avait pas eu de jeu.
Et c'est doublement rageant, car en plus, tu aurais été dispo pour jouer avec lui, mais il n'en manifestait pas l'intérêt. Autrement dit, il n'a pas jugé bon de venir se fournir en frites chaudes, et il débarque ensuite pour provoquer une ration de frites froides ! Grrrr.

3 options
  • Préventive : en ce qui me concerne, dans les moments où mon F. a été le plus opposant, j'ai réalisé que le plus possible, il était nécessaire que j'aille le chercher presque manu militari pour lui remplir son réservoir d'amour. Parce qu'effectivement, il ne savait pas forcément venir réclamer de manière constructive, donc que c'était à moi d'anticiper. C'est ce qui m'a amenée, par exemple, à systématiser pendant un temps les jeux d'attachement du type "attraper". Cerise on ze gateau : à force de remplir ainsi le réservoir, F. a appris à plus solliciter de lui-même du remplissage. Donc 1ère piste : aller provoquer le jeu quand c'est un bon créneau pour nous. On se peut se jeter sur notre enfant en lui disant "j'en peux pluussss il faut que je joue avec toi / te câline / t'attrape /..." et surjouer le tout en mode soupirant éploré, un peu dans le goût de ce billet-là.
  • Just in Time : au moment où le conflit s'annonce, tu réussis à bifurquer de justesse en réalisant que tu vas probablement perdre plus de temps dans le conflit que tu n'aurais besoin d'en investir en donnant là où il y a un besoin. Un truc qui m'aide là-dessus, quand je peux ,est de trouver le moyen de refuser ce que l'enfant demande en lui donnant ce dont il a besoin : refuser par le jeu, notamment. Une idée par rapport à ta situation aurait pu être de se saisir d'un des vêtements que ton fils tardait tant à enfiler et de lui faire couiner à quel point il avait faim et de courser l'enfant/le repas partout dans l'appartement avec un slip surexcité piaillant des "Je veux manger des petites fesses ! miam ! miam !". Tu vois le tableau ?
  • Philosophique : tu n'es pas en capacité (pas le temps, pas les ressources car ton réservoir à toi est vide, etc) de bifurquer juste avant le mur, donc hop effectivement, paf, conflit relou à vivre pour tout le monde. Bon. Ben c'est la vie. Mais la conscience que tu as de l'origine conjoncturelle du conflit peut servir : ce conflit-là est du à un problème ponctuel (pas assez joué ce matin, c'est ballot), pas à un souci d'éducation chez toi; ça peut aider à prendre du recul, puisque tu n'as pas besoin de remettre en question tous tes choix éducatifs, ni te poser mille questions existentielles, ce que nous avons déjà tellement tendance à faire et qui, même si souvent ça nous apporte beaucoup, souvent aussi, nous épuise juste.


2. Le besoin de contrôle / pouvoir

Eh oui, ça, c'est un besoin chez chacun d'entre nous, dès l'enfance : se sentir en contrôle de sa propre vie. Et pour nos enfants, hinhin ouin ouin ouin, la capacité à contrôler leur propre vie est encore très limitée, alors ça coince, ça frotte, ça grince, ça fait du conflit.

Là dessus, encore plusieurs options
  • le jeu, là encore : 
    • de nombreux jeux d'attachement permettent de donner du pouvoir à l'enfant et de lui permettre de vivre ce pouvoir de manière dérivée ; 
    • dans mon bouquin et sur le blog j'évoque aussi cette manière détournée de vivre les règles autrement
  • mais aussi la mise en œuvre d'outils de parentalité positive : donner des choix là où c'est possible, faire des résolutions de problème, décrire la situation et laisser l'enfant trouver ce qu'il peut faire, etc : tout cela contribue à donner du pouvoir à l'enfant, à développer la maîtrise de sa propre vie.
Là dessus, il y a une phrase que j'adore, qui a fait tilt quand je l'ai lue chez Faber et Mazlish, et que j'utilise volontiers quand l'un de mes enfants a fait un truc vraiment pas top "parce qu'il en avait trop envie" : 
"Je m'attends à ce que saches te dire non à toi-même"
Quelle meilleure formulation de ce à quoi nous aspirons ?!
  • Notre objectif n'est pas de fabriquer des adultes soumis à d'autres personnes (nous, puis d'autres), 
  • notre objectif n'est pas non plus d'en faire des espèces de gros rebelles égocentriques gouvernés par leurs instincts et envies, 
notre objectif est de leur permettre de développer l'auto-discipline, la capacité à dire non à certaines parties d'eux (des envies, des désirs) pour dire oui à d'autres (besoin de contribuer, de se dépasser, ...) et donc à l'Autre.

Alors, justement, cet Autre, qui est-il ?
Ben, toi, d'abord.


3. Le besoin de limites 

Ouuuuh le mot interdiiiiit.
Mais oui, un enfant dans l'opposition, ça déstabilise, parce que souvent ça vient appuyer là où ça fait mal : nos limites. Nous sentons-nous légitimes à avoir nos propres besoins, les considérons-nous véritablement comme dignes d'être respectés ? Un point faible chez nombre d'entre nous, et le passage que j'ai préféré dans la préface écrite pour les "200 moments de parentalité positive (ou pas)" par Olivier Maurel est précisément celui dans lequel il pointe cela si finement :
"Un autre héritage malheureux de l'éducation traditionnelle est le manque de confiance en soi. C'est souvent il me semble pour cette raison que certains parents, faute d'oser, quand il le faut, dire clairement non à leur enfant, les laissent adopter un mode de relation difficilement supportable dans la vie familiale"
(c'est-y-pas joliment dit ?)
C'est un aspect qui m'a fait vraiment toucher du doigt pourquoi, pour un parent positif, c'est parfois si difficile de ne pas basculer dans du laxisme / laisser-faire / épuisement.
Encore imprégné d'une logique de relation dans laquelle il y avait un gagnant et un perdant (enfant, on était le perdant), on ne veut plus d'une logique parentale dans laquelle le parent domine l'enfant. Mais du coup à ne pas vouloir dominer on se retrouve dominé, parce que le schéma d'une relation équilibrée, dans laquelle il y a de la place pour les besoins des DEUX personnes, et qui est au fond ZE principe de base de la parentalité positive, eh bien, il est très beau, mais il ne nous est vraiment pas naturel. 
Donc on retombe très facilement dans une relation inéquitable (je souligne que j'utilise le mot inéquitable et non inégalitaire: il ne s'agit pas que chacun ait ou pas la même chose, mais que chacun ait ou pas selon ses besoins), en reprenant le rôle qu'on a si bien internalisé enfant : le rôle du perdant, de celui dont les sentiments et besoins sont sans grande importance. La seule différence étant que le "dominant", lui, a changé : ce n'est plus notre parent, c'est, bien malgré lui, notre enfant.

Bien malgré lui, car ce n'est pas ce dont notre enfant a besoin. 
Les mots de Haïm Ginott (dans "Entre parent et enfant"), qui souligne que l'enfant a besoin d'être en relation avec un vrai parent, une vraie personne, avec ses besoins, ses sentiments, ses limites, m'ont énoooormément touchée. 
Je m'en souviens quand l'un de mes enfants vient "me tester" = tester que je suis bien une vraie personne, et qu'une vraie personne a bien des besoins, des sentiments, des limites. 
Car de qui dépend-il, sinon de nous, pour savoir ce qu'est qu'une vraie personne ? Pouvons-nous oser lui donner une fausse notion de ce que c'est, être une vraie personne
Je m'en souviens aussi quand mes actions sont suboptimales. Car mon enfant a besoin d'avoir affaire à une vraie personne, pas à un robot-agissant-parfaitement-à-tout-moment / manuel-du-parfait-parent-positif. Ca tombe bien, puisque je suis effectivement souvent loin de la perfection, oui merci.

Ce qui tombe bien aussi, parce que si la source du problème d'opposition est là, sa résolution représente un sacré job
  • apprendre à dire non, 
  • apprendre à dire nos besoins, (j'en parle ici
  • apprendre aussi à les dire à d'autres parce que bien souvent nos enfants trinquent aussi pour des besoins qui ne les concernent pas 
    • je craque en traitant mon enfant d'ingrat parce que je manque de reconnaissance au boulot, voire parce que j'ai effectivement trop fait pour lui en espérant que sa reconnaissance me dédommagerait de toute celle que je n'ai pas par ailleurs, 
    • je suis trop occupée / crevée pour jouer avec mon enfant parce que je me tape toutes les tâches ménagères, etc.
    • Nan regardez pas ailleurs ça nous arrive à tous. 
Fichu principe des vases communicants, qui explique pourquoi si souvent "la parentalité positive ne marche pas". La bonne nouvelle c'est que, les vases communiquant dans les 2 sens, si on prend soin de nos besoins non liés à nos enfants, notre relation à nos enfants aussi en bénéficiera.


Apprendre, donc logique d'apprentissage, donc logique d'approximation aussi parfois. 
Là, tu regrettes d'avoir "traîné à appliquer la conséquence". Eh oui, ce n'est pas optimal car du coup, à ton intention de respect de toi-même (je fais ce que j'ai à faire, j'ai le respect de mon temps) se mêle un chouilla de rétorsion. 
MAIS c'est déjà un pas. Un très beau pas ! 
Cette réalisation te permettra peut-être, dans la situation similaire suivante (puisque, hein, n'oublions pas qu'il y en aura des taaas, des situations similaires suivantes. Soupir), de prendre plus vite soin de toi et d'agir plus vite pour te protéger.
You can do it ! Et apprendre à prendre soin de toi et de nos limites, en plus de tout le bien que ça nous fait, est un excellent exemple à mettre sous les yeux de nos enfants. J'dis ça, j'dis rien.


4. Le besoin d'aide

En plus de ces 3 aspects-là, une opposition systématique dans la durée peut témoigner d'un gros truc à digérer (chez nous, angoisse de séparation liée à une naissance et des premiers jours de vie traumatisants).
Dans ce cas, aller consulter une bonne psy (je souligne le "bonne"... et c'est tout l'enjeu. Un point de repère déjà : une bonne psy ne juge pas les parents de l'enfant qu'elle est sensée aider) peut être un élément nécessaire. En particulier quand on en arrive à un point d'épuisement tel que combler le réservoir d'amour de l'enfant tout en offrant un cadre respectueux à notre enfant (c'est-à-dire en fait les 3 premiers points) nous pompe toute notre énergie... voire plus. 
Alors, partager cette charge avec un tiers, demander à un tiers de venir boucher quelques fuites dans ledit réservoir, ce n'est pas du luxe, c'est s'offrir le soulagement nécessaire pour que tout le monde puisse repartir sur une meilleure dynamique.
Parfois, d'ailleurs, le regard de cette psy servira juste à nous rassurer sur le fait que nous sommes en fait dans la catégorie 1 ou 2, et nous permettra de vivre les oppositions avec plus de sérénité : un épisode conjoncturel ou une étape normale du développement, c'est quand même beaucoup moins générateur d'angoisses pour l'avenir qu'un mal-être profond et/ou un cul-de-sac éducatif. 
Parfois ce regard pourra nous amener aussi (avec douceur, on peut le souhaiter) à se poser la question de la catégorie 3. L'occasion d'apprendre un peu plus à s'aimer et à prendre soin de soi...

Allez, bon maniement de truelle !

(ben oui, si il est dans un mur...)
mais au moins tu n'es pas seule #AmicaledesMaçons