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lundi 12 décembre 2022

Parentalité positive = manipulation ?

Décidément, la parentalité positive ne manque pas de détracteurs

  • d'un côté, elle est vue comme une espèce de lubie laxiste / tout laisser faire à son enfant
  • d'un autre côté, elle est parfois présentée comme une hypocrisie manipulatrice. Parce que vouloir amener notre enfant à faire quelque chose qu'il n'avait pas prévu au départ, ce serait mal, contraire à sa liberté, bref, une immonde manipulation, l'exercice d'un pouvoir déguisé.

Ennemi classique sur ce plan-là, la fameuse technique du faux-choix =  contourner la résistance de l'enfant à enfiler un pantalon, par un choix subtil du style "Tu veux mettre le pantalon rouge ou le pantalon gris ?". Cette astuce occupe une place de ... choix (huhuhu) dans les articles / formations éducation aux titres accrocheurs du style "se faire obéir sans crier", et ce n'est pas un hasard.


Prenons donc cette fameuse "technique" en exemple de ce que peut être, ou pas, notre rôle de parent.

Cette fameuse technique du faux-choix illustre déjà très bien ce que je développais dans mon sublime billet sur l'arnaque qu'est la parentalité positive

  • Oui, la parentalité positive, réduite à un ensemble de techniques destinées à amener nos enfants à faire ce que nous voulons qu'ils fassent, est vouée à l'échec.
  • Et oui, si on voit la parentalité positive comme une mouvance d'éducation qui vise à amener nos enfants à faire ce que nous voulons, mais de manière douce, nous ne sommes pas sortis de l'auberge, puisque nous nous heurterons fatalement au fait que
    • nos enfants s'obstinent quand même souvent à ne pas faire ce que nous voulons, sales rebelles, et ne manqueront pas de nous montrer assez vite qu'ils ne seront pas dupes plus longtemps de nos petits subterfuges
    • nous-mêmes nous n'arrivons pas à parvenir à nos fins en maintenant en permanence une bulle de douceur, de paillettes et de pets de licornes dans nos interactions avec notre charmante progéniture. Ooooouuuuuhhhh, paaas bieeeen.


Du coup, je vous le dis tout net, chez moi, je me suis définitivement séparée de ces 2 attentes

  • non, mes enfants ne feront pas exactement ce que je veux qu'ils fassent et je ne mesure pas ma compétence parentale à ma capacité à leur faire faire des trucs
  • non, mon action parentale et notamment le développement de la responsabilité de mes enfants ne se fera pas toujours dans la joie et la bonne humeur, et donc ma compétence parentale n'est pas immédiatement à nier si hélas le ton de voix, soit de la Gwen, soit de sa progéniture, s'élève. Et pourquoi "soit", d'ailleurs. C'est pas forcément du "ou", hein, disons-le, ça peut être du "et". Sur ce plan-là je me dis que notre petit H., du fait de sa position de 3ème en arrière-garde, eh bien, euh, il développe son accoutumance au bruit. Cf ce que je disais sur le thème de la contribution de ma progéniture aux tâches ménagères, par exemple.


Oui, un de mes buts premiers est de faire de mes enfants des êtres libres. Mais libres de quoi ? Libres de toute contrainte ? Hum, c'est mort. La vie est pleine de contraintes. Si je m'efforce de prétendre qu'il en est autrement

  1. Je vais m'épuiser à gommer toutes les contraintes existant, et c'est l'amer constat que font tant de parents pleins de bonne volonté. Le souci de rendre leurs enfants heureux en les libérant d'un maximum de contraintes les conduit à ployer sous le poids des contraintes qu'ils endossent, eux, de ce fait. Et tant de parents pleins de bonnes intentions, mais hélas biberonnés à une version biaisée de la parentalité positive, crament / se dégoutent du truc en s'évertuant à cela.
  2. Je vais faire grandir mon enfant dans un mensonge gigantesque : n'ayant connu de la vie qu'une version très édulcorée, la confrontation à la réalité risque d'être costaud.
Attention, il ne s'agit pas de reprendre ici l'argument qui est souvent donné par les détracteurs de la parentalité positive en mode 

"Le monde est méchant, autant qu'il y soit confronté direct"

  • Le monde n'est par essence ni méchant, ni gentil, il est ce que les hommes qui l'habitent en font, au quotidien, à chaque instant : il peut être l'un ou l'autre selon les actes que chacun de nous pose. Il n'est donc pas de notre responsabilité d'apprendre à nos enfants à composer avec la méchanceté, mais de notre responsabilité d'apprendre à nos enfants à agir de manière à ce que ce monde soit, au quotidien, un peu meilleur du fait de notre action.  
  • En revanche, oui, le monde est par essence plein de contraintes, et nécessite des efforts pour la gérer: par essence on ne peut y faire ce qu'on veut. C'est pourquoi, apprendre à composer avec ça, avec la contrainte, est sacrément utile, et gommer la contrainte, c'est empêcher nos enfants de faire cet apprentissage.

Et comme je l'écrivais il y a déjà très longtemps sur le fait de "tout donner" à son enfant, les contraintes les plus importantes que toute personne doit intégrer, sont celles liées aux limites personnelles des personnes qui l'environnent. Apprendre à respecter ces limites ( = celles de ses voisins), apprendre à respecter ses limites (les siennes), apprendre à les exprimer respectueusement. 


Donc, si notre boulot devient d'apprendre à notre enfant à gérer la contrainte,... ça change pas mal de choses en éducation.

  • On peut rester sur une vision traditionnelle de l'éducation : paf, contrainte, vas-y, hop, ça fait mal, ben c'est comme ça et te plains pas. Voire je t'en rajoute pour que tu t'y entraines
Là, personnellement, je fais tout de suite le lien avec mes billets récents sur le miracle qui m'a fait me mettre au sport

    • Si on m'avait balancé direct plein de sport dans la figure (ou plutôt : avant, toute ma vie, quand on m'a contrainte d'office à une bonne dose de sport...), ça n'aurait jamais fonctionné. 
    • Mais les contraintes liées au sport ont été aménagées, adoucies, le niveau d'exigence a monté très progressivement, j'ai "déguisé" la contrainte, introduit des éléments fun, je me suis musclée, ma volonté s'est musclée, et de "couch potato" invétérée, comme disent les anglo-saxons (pomme de terre de canapé pour les non-anglophones; métaphore éloquente n'est-ce pas ? ^^) je suis maintenant en lice pour les JO. (si si, jvouzassur).


Eh bien la contrainte, c'est pareil. Comparons-la à un mur. 

Le mur est là, on ne le nie pas, mais apprendre à quelqu'un à le gérer, ce n'est pas forcément le prendre par les épaules et lui cogner la tête dedans en mode "eh, oui, tu vois, y a un mur, c'est dur, c'est froid, c'est comme ça habitue-toi, et maintenant, escalade-le à la force de tes poignets. Et plus vite que ça !".

Ce mur, je peux 

  • l'aménager : par exemple, poser une échelle, ou même, construire un escalier qui y est adossé, et gravir peu à peu chaque marche, une à la fois, 
  • le contourner : arriver au même objectif mais par un autre chemin; y compris creuser en dessous
  • l'amortir : plus facile de passer au-dessus d'un mur sur lequel il y a un coussin, plutôt que m'érafler à ses arêtes tranchantes ; 
  • Le décorer : ça peut être plus fun à grimper, et même me filer des repères sympas (par exemple mettre de mini cibles là où je devrais poser mes mains). Dans tous les cas mon mur en Technicolor m'effraiera moins.
  • je peux muscler les poignets et les chevilles de mon enfant par de petits exercices avant de l'envoyer escalader 2 mètres de mur...;

Et en faisant tout cela, je peux montrer à l'enfant ce que je suis en train de faire, c'est-à-dire lui permettre de développer ses propres stratégies de gestion de la contrainte. 

C'est d'ailleurs avec cela qu'il coopère ! 

Un exemple très parlant est ce que je vous racontais sur ce qui a permis qu'E. range enfiiiiiiin sa chambre. 

En disant à E. que je ne voulais PAS qu'elle range sa chambre, l'ai-je manipulée de manière immonde ? Non, j'ai analysé la composition du mur et repéré que celui-ci était composé d'au moins 2 trucs : 

  • la pénibilité de la tâche de rangement, 
  • et l'embêtement lié au fait de devoir obéir, c'est-à-dire, un besoin d'autonomie. 
J'ai donc adouci le mur en ôtant, du rangement de chambre, l'élément "j'obéis donc je m'assieds sur mon besoin d'autonomie". Au contraire, ranger sa chambre est devenu une manière d'affirmer son autonomie, puisque ça se fait "contre" ma demande.

E. l'a très bien repéré, et s'en rend encore régulièrement complice en venant me solliciter, les fois où ranger sa chambre lui semble vraiment trop relou : "eh, Maman, tu ne veux pas que je range ma chambre, n'est-ce pas ?". Elle a admis l'existence de la contrainte, constate que franchement elle a du mal à s'y confronter, a repéré une ressource qui lui facilite la tâche, et vient donc la mobiliser. Elle s'auto-manipule. 

Ce processus de repérage des ressources qui nous aident à gérer une contrainte est exactement le principe du billet que j'ai moi-même écrit sur mes stratégies de gestion de mon trouble de l'attention. Je m'automanipule parfois à mettre de la musique sur une tâche rébarbative. Bravo moi !


Avec cela, oui, le pouvoir est toujours présent dans la relation. Tant mieux !

Car contrairement à ce qu'on peut craindre, ce n'est pas un problème . Le pouvoir n'est pas un problème, le pouvoir n'est pas à jeter ! Le pouvoir est là, le pouvoir est une ressource. Le tout est de savoir ce qu'on en fait.

Et là, on passe 

  • d'un pouvoir sur... : j'utilise les ressources à ma disposition pour te faire faire quelque chose qui m'est profitable
  • à un pouvoir pour... : j'utilise les ressources à ma disposition pour t'amener à avancer dans une direction qui t'est profitable.

(c'est une distinction qui est la racine du coaching, et qui fait qu'en cours de coaching pro, je vais parfois être assez confrontante sur certains aspects, mais après avoir défini avec mes clients les objectifs qu'ils souhaitent atteindre pour ce coaching : j'ai ainsi l'autorisation d'utiliser mon pouvoir pour les aider à avancer vers les objectifs qui sont les leurs... 

Par exemple, cette semaine, je vais probablement aller mettre le nez d'un de mes clients dans le fait qu'il n'a pas communiqué sur un point important vis-à-vis de son chef - ce que je sais car j'ai reçu un mail dudit chef me posant une question sur ce point. Mail que j'ai laissé sans réponse puisque ce n'est pas à moi de communiquer sur le sujet. - or c'est un peu embêtant, pour quelqu'un en position de leadership et dont un objectif de coaching est de gagner en impact au sein de son entreprise, de négliger une ressource essentielle pour avoir de l'impact : la relation à son chef...) 


Pour terminer, reprenons l'exemple du faux choix : 

  • si le vrai besoin de l'enfant qui pique une crise quand on lui dit d'enfiler le pantalon déjà préparé à son intention, est la liberté, le pouvoir, le faux choix vient y répondre parfaitement : il va pouvoir décider de quelque chose, exercer un pouvoir dans un cadre compatible avec sa santé, l'état des lessives, etc.
  • si le vrai besoin est effectivement de ne pas porter de pantalon (nous avions le cas récemment en piqûre de rappel d'ateliers de parents Faber et Mazlish)... le faux choix n'y fera rien. Ce sera très frustrant pour nous, mais aussi l'occasion de faire un pas de plus et de s'interroger sur ce qui se passe. Car c'est quoi, un besoin de ne pas porter de pantalon ? 
    • Besoin de confort ? (on a plus de liberté de mouvement en short... on peut alors privilégier l'achat de pantalons dans des matières souples pour la mauvaise saison) 
    • Besoin d'attention ? (on va enfiler le pantalon sur les genoux du parent... et coupler habillage et câlin).
    • Besoin de s'individualiser ? (Là, c'est en ateliers "Frères et sœurs sans rivalité" que nous avons été amenés, pas plus tard que la semaine dernière, à parler de la manière dont les enfants peuvent s'emparer de leur garde-robe comme d'un moyen de différenciation du grand frère / grande sœur)


Et voici comment on se retrouve, nous-mêmes, avec toute une série de ressources à utiliser pour le bien de tous, c'est à dire pour réconcilier les différents besoins en présence : 

  • respecter notre besoin de parent : assurer la sécurité / santé de notre enfant ; respecter certains codes vestimentaires pour certains lieux ; ...
  • respecter le besoin court-terme de l'enfant, en l'ayant bien identifié ! puisqu'il est souvent caché derrière une demande véhémente mais trompeuse, 
  • et respecter un autre besoin, long-terme, de l'enfant : grandir et apprendre à se gérer dans un monde fait en partie de contraintes.


C'est un peu comme le bon et le mauvais chasseur chez les Inconnus, au fond
Il y a la bonne et la mauvaise manipulation
  • la mauvaise manipulation, c'est : "faire/dire ce truc te fait agir dans ce sens, donc je l'utilise"
  • la bonne manipulation, c'est : "faire/dire ce truc te fait agir dans ce sens, donc je l'utilise"... parce que c'est important pour toi aussi de savoir agir dans ce sens... et si ce truc ne "marche" pas, je prendrai cette information pour comprendre ce dont tu as vraiment besoin / le truc important pour toi mais que je n'ai pas perçu dans cette situation.

La mauvaise manipulation reste en surface, la bonne nous oblige à nous confronter à la personne qu'est notre enfant, à la comprendre, à la découvrir, à respecter son mode de fonctionnement et ses besoins.

Et... à faire le même job vis-à-vis de nous. Ouais. C'est vraiment l'arnaque car c'est fa-ti-gant tout ça.

Car la mauvaise nous met non seulement à distance de notre enfant mais aussi de nous-même: parfois, on est tellement occupés à vouloir imposer sa volonté qu'on a même oublié "pourquoi" on veut ça, voire on ne réalise même pas que ce qui "veut", ce n'est pas nous, mais la petite voix de notre mère qui nous a dit qu'un enfant bien élevé, ça [insérer comportement souhaité]).

La bonne, elle, nous incite à nous reconnecter à notre enfant et à nous-même et à être ensuite créatifs dans la manière de gérer la difficulté / d'atteindre nos objectifs profonds (et non à les lâcher, ce qui serait le coup avec du laxisme).


lundi 7 novembre 2022

"Les enfants c'est QUE DU BONHEUR" - Ou pas.

Mon emploi du temps croule / a croulé, de la même manière que l'année dernière, et j'ai du prendre des mesures de rationalisation parce que pas moyen que je refasse un année comme celle qui est derrière moi.
A l'arrivée, même si le presque cramage n'est pas agréable, c'est positif, puisque ça m'oblige à me poser, et me permet un recentrage express en accélérant une évolution que je pensais possible seulement à moyen terme : travailler moins (pour gagner plus, spécial dédicace Sarko).

Dans le cadre de ce recentrage, j'ai squizzé différentes activités, selon
  • un premier critère absolu : leur niveau d'intérêt pour moi : "Ai-je méga envie de faire ça ?" / "A quel point cela me nourrit-il?"; je pourrais appeler ça la rentabilité énergétique ^^. Mes centres d'intérêt ayant évolué sur mes quelques années de BusinessGwen, il est temps pour moi d'adapter mon activité, et de dire adieu à ce qui m'a plu un temps, mais ne me correspond plus tant que ça maintenant.
  • et un 2ème critère relatif : la rentabilité financière. Je dis "relatif" car j'ai inclus, dans mes plans, un peu de place pour du "peu rémunérateur mais haut niveau d'intérêt". Place que j'ai décidé de consacrer exclusivement à l'animation d'ateliers de parents Faber et Mazlish cette année : j'ai donc, par exemple, arrêté de donner les cours de RH que je donnais depuis quelques années.

Je m'apprête donc à démarrer un cycle "Frères et Sœurs sans rivalité", et j'ai également pu déjà animer une première soirée Piqûre de Rappel en octobre. 
Pour mémoire, le principe de ces soirées est de réunir des parents des différents groupes ayant suivi les ateliers "Parler pour que les enfants apprennent" au fil des ans avec moi, et d'aborder avec eux leurs questions, leurs problèmes actuels, en mode requinquage / approfondissement / rafraichissement de mémoire / reprise de réflexes voire même souvent aussi raccrochage de wagons.

Super soirée, supers échanges et c'est l'un de ces échanges qui suscite l'article du jour.
La soirée regroupant par hasard deux mamans de jumeaux, dont l'une bien occupée avec sa paire de jumeaux en bas âge, la maman en question a été  rassurée d'entendre que ce serait plus facile après. Jusqu'à ce que la maman de jumeaux plus âgés lui dise 
"Oui, maintenant, c'est que du bonheur".
Là, elle a tiqué. 
Moi aussi.
Nous avons donc passé quelques instants à dézinguer cette phrase, qui fait bien évidemment partie des "phrases à la con" de la parentalité.

Nan, les enfants, c'est pas que du bonheur
Jamais. 
Et dire cela, c'est faux, archifaux, et surtout archinuisible, car comme l'ont si bien exprimé d'autres participants à cette soirée 
"Je me suis toujours demandé ce qui clochait chez moi, puisque franchement, non, jamais j'ai trouvé qu'avoir mes enfants n'était que du bonheur".
Petit Bout par Petit Bout détruisant le mythe - Allégorie



Eh bien oui.
Entendons-nous bien : nos enfants peuvent être la source de moments de bonheur inouïs et différents de tout autre forme de bonheur. 
  • Les voir endormis le soir, complètement abandonnés (et ENDORMIS, en plus !). On peut être pris d'une vague d'amour tellement folle, tellement forte, qu'on les en réveillerait presque pour les embrasser et les noyer de mots d'amour (complètement absurde évidemment après tout le mal qu'on a eu à les endormir), 
  • sniffer leurs cheveux, 
  • écouter leurs mots d'enfant, 
  • entendre leurs je t'aime, 
  • les regarder lire,... 
  • Plus grands, partager un jeu de société, un bon film, un puzzle...
Mais à aucun moment les enfants ne sont que ça. 
Disons-le clairement : avoir des enfants ne se fait pas par confort. Si on regarde d'un angle purement rationnel, il est complètement irrationnel et contreproductif d'avoir des gosses
  • on pulvérise son propre confort, 
  • on remplace sa liberté par une série de contraintes, 
  • on dynamite son sommeil, 
  • on divise par 10 ou 100 son temps libre, 
  • par 4 son revenu disponible. 
Sur le plan psychologique, les enfants sont, essentiellement, la source d'un certain nombre de questions inconfortables, d'angoisses, de frustrations, de découvertes pas super agréables sur soi-même, de prises de tête avec son conjoint, et d'une fatigue de ouf. 
Les enfants n'ont pas vocation à nous propulser sur une mer de nuages roses et AUCUN parent ne vit sur cette mer (ou alors, il en fume de la bonne). 

Alors oui, à certains moments les éléments de la première catégorie tendent à justifier et nous faire oublier quasi entièrement les éléments de la deuxième, si bien qu'on en viendrait à dire "Ces difficultés ne sont rien en regard". 
Oui ! 
Et NOOOOOON. 
Ce n'est pas rien du tout, et c'est même tout quand on est en plein dedans, c'est énorme, c'est épuisant.
Et une phrase comme "c'est que du bonheur"
  • nie nos sentiments, 
  • alourdit le sentiment de difficulté, 
  • et lui rajoute en plus celui angoissant de notre inadéquation, puisque comme exprimé durant cette soirée, visiblement, nous, si on trouve pas que c'est que du bonheur, c'est, au mieux, qu'on fait qqch de travers, ou, au pire, qu'on est soi-même tordu. 

Cette ambivalence de sentiments est à la racine de la parentalité. Or, comme le dit Haim Ginott, ce sont les sentiments ambivalents qui ont presque le plus besoin d'être accueillis comme tels. Car "si quelqu'un comprend mes sentiments confus, peut-être ne le sont-ils pas tant que ça". 
Je le mesure encore ces jours-ci, au téléphone avec celle de mes sœurs qui vient d'accoucher de son tout premier bébé et qui se retrouve embarquée dans cette ambivalence de malade, et les montages russes émotionnelles associées, en mode "Notre toute petite fille est tellement géniaaaaale on l'aime on l'aime on l'aime c'est fooooou / Au secours on va mourir on a dormi qu'1h30 cette nuit et allaiter ça fait maaaaal".

Ce dont a besoin ma sœurette d'amour, ce n'est pas d'un "Un bébé, c'est que du bonheur", ni même d'un "Après, ce sera que du bonheur" (publicité mensongère bonsoaââr), c'est d'écoute, d'accueil, de.... de quoi au juste ?
Tenez, si ça vous parle, je veux bien entendre vos témoignages des phrases qui vous ont le plus aidé(e)s dans vos premières galères semaines de parents.

Du côté de notre soirée, nous avons tous convenu de rattraper très vite cette phrase si par ailleurs elle venait à nous échapper ;-)


lundi 26 avril 2021

J'ai testé pour vous : la malle de vêtements pour enfants Little Cigogne

Et c'est le moment où vous vous dites : Ah non c'est plus possible, ce blog c'est l'Île de la Tentation, je vais encore ouvrir mon portefeuilles.

Pas si sûr.

Ayant succombé, pour moi, aux charmes de la box de vêtements, je n'ai pas tardé à voir l'algorithme Facebook redoubler d'efforts pour me refourguer toute une série de produits assimilés. Y compris un produit sur lequel je louchais déjà depuis un bout de temps. 

Les publications de Little Cigogne me mettaient déjà l'eau à la bouche : 3 tenues composées par des stylistes, reçues à la maison, et on ne paie que ce qu'on garde. Et les malles postées sur le profil FB de la marque sont très jolies.

Mais j'avais résisté jusque là (clap clap), me tenant au mode de fonctionnement qui me va très bien depuis des années pour habiller les enfants. 

  • Je me fournis principalement en seconde main (au départ leboncoin, maintenant plutôt en achetant chez des copines), 
  • je complète en me faisant un peu plaisir avec un nombre très réduit de pièces neuves en ventes privées, voire en soldes, 
  • et le neuf-neuf se retrouve réservé à ce que je ne trouve pas ainsi : sous-vêtements, généralement, et pyjamas.

Mais bon voilà, numéro 3 étant né garçon, j'ai du me résoudre à ranger, peut-être définitivement, toutes les petites robes qu'a portées E., et pour être honnête, je n'en ai pas encore vraiment fait le deuil, de ces adorables petites robes. Si bien que quand Little Cigogne a sorti une promo en mode "10€ offert pour la première commande quel qu'en soit le montant final", j'ai craqué sous le prétexte de m'offrir le plaisir, pour mon unique fille, de tenues irrésistibles et colorées comme ce que l'algorithme Facebook persistait à me mettre sous le nez (vous aurez compris que c'est lui le grand coupable dans l'histoire).


Le fonctionnement : ressemble à celui de Lookiero.

  • on remplit un profil hyper détaillé, 
    • allant jusque dans le fait de se positionner par rapport aux couleurs souhaitées : veut-on des teintes rouges : un peu, beaucoup, à la folie ? 
    • On nous demande même de cliquer sur les marques qu'on achète habituellement pour notre enfant.
  • Truc en plus, une fois le profil rempli, des photos de vêtements possibles nous sont proposées et on a la possibilité d'en sélectionner jusqu'à 3 pour demander spécifiquement qu'ils soient envoyés dans notre box.

J'ai rempli tout ça avec le même enthousiasme que mon profil Lookiero, sans toutefois sélectionner de pièce précise dans la sélection proposée (aucun coup de cœur), et j'ai attendu mon colis de pied ferme.


Le colis

  • la forme m'a surprise, moins soignée que celle de Lookiero : avec le mot "malle" je m'attendais à retrouver un joli carton, mais c'est un sac souple et moche qui m'attendait. Ceci dit, ça présente peut-être des avantages niveau coût énergétique du transport, bref, pas grave en soi. En revanche les 3 petites piles (1 par tenue) joliment nouées par une ficelle sont très agréables à regarder.
  • le contenu... aussi (m'a surprise).

Dans le petit commentaire pour préciser ma demande, j'avais dit

- de la couleur, de la couleur, de la couleur

et

- pas de tissu "jean" (ayant remarqué que, dans les publi FB, il y en avait régulièrement, et ayant réalisé que ça, clairement, je n'en voulais pas)


Et j'ai reçu ça :

9 vêtements + une petite babiole (des bagues). 

Bon clairement la petite babiole permet d'arrondir allègrement la facture puisque c'est typiquement le truc qu'on n'aurait jamais acheté, mais si tout le reste convient, on gardera l'ensemble de la malle puisque cela permet d'avoir une ristourne globale. 

A part ça, en positif :

  • Niveau prix : à mes yeux OK, en particulier avec la ristourne : de mémoire j'aurais pu garder les 9 vêtements (3 tenues complètes) pour quelque chose comme 130 €. 
  • La composition des vêtements est bien aussi : du coton
  • Tenues mignonnes

Mais alors pour le respect des souhaits formulés, on repassera

  • sur 9 vêtements, 3 seulement n'étaient pas bleu marine ou blanc, et sur les 3, 2 étaient d'un bleu assez quelconque. Et 2 vêtements en jean / style jean. Le seul vêtement vraiment coloré étant la jupe jaune, en jean, donc no way.


Moi qui m'étais mentalement préparée à succomber pour la totalité de la malle (en me disant bien que ce serait juste fois bien sûûûûr), autant dire que je me suis sentie bien déçue car pas du tout, pas du tout tentée. Les tenues étaient mignonnes en soi ! Mais rien à voir avec ce que j'avais demandé.

Du coup, hop, envoi d'un mail au service client pour leur faire part de ma déception, réception ultra rapide d'une réponse se confondant en excuses, me disant que parfois les stylistes peuvent avoir besoin d'un coup d'essai pour bien comprendre nos attentes, et me proposant de me renvoyer illico une nouvelle malle. J'ai dit oui.


Entre temps, j'ai testé le renvoi

  • truc moyen : la pochette de renvoi est "chiche" en termes de contenance : visiblement il n'est pas prévu qu'on ait envie de tout renvoyer, donc ça n'a pas été facile de la refermer (là où celle de Lookiero est généreuse)
  • truc cool : là où chez Lookiero il est nécessaire d'aller déposer son colis retour dans un relais colis, avec Little Cigogne il existe l'option "déposer son colis dans sa boîte aux lettres" (sans frais additionnels, hein) et récupération par le facteur, pour peu qu'on habite dans une zone où La Poste propose ce service. Très confortable.


J'ai donc attendu quelques jours l'arrivée de ma nouvelle malle, non sans avoir encore davantage précisé mes souhaits, et sélectionné un haut qui me plaisait dans les suggestions automatiques proposées.

Et j'ai reçu ceci 

  • en positif : 
    • le haut demandé (à rayures vertes) ; 
    • la jupe de même couleur qui serait restée si... E. n'avait pas déjà possédé quasiment la même ; 
    • de jolies tenues. (Monsieur Bout en voyant le pull blanc par exemple m'a dit "oh mais c'est joli ça, cool"; avant que je lui précise que non, le joli pull blanc allait repartir car pas du tout dans mes attentes; et un pull blanc sur E., c'est à laver illico ! Argument auquel Monsieur Bout est très sensible depuis qu'il gère l'intégralité des lessives de bout en bout)
  • en négatif : ben... de nouveau pas grand chose à voir avec ma demande, puisque de nouveau du jean, et de nouveau surtout du blanc et du bleu marine. Et même : encore des bagues.

J'ai donc gardé le haut, et renvoyé le reste.... et appris au passage que du coup, la 2ème malle envoyée en remplacement de la première n'était donc plus considérée comme relevant de la promo m'offrant 10€.

Humpf.


Bref, j'ai suspendu l'abonnement.

Avec le recul je réalise que ces services de box reposent probablement beaucoup sur de l'intelligence artificielle, bien davantage que sur de vraies stylistes en chair et en os, mais avec un curseur (IA / humain) qui varie et qui peut expliquer des différences dans le niveau de satisfaction d'un service à un autre (en plus bien évidemment, de la qualité de l'algorithme en lui-même). Or cette intelligence artificielle a probablement du mal à repérer la négation, et donc, quand j'écris "pas de jean", repère "jean", et m'en inclut gentiment dans ma box. 

Par ailleurs, pour coordonner des tenues, il est plus facile de rester sur des teintes basiques (blanc et bleu marine, typiquement) et d'y ajouter une seule pièce colorée. La coordination de différentes couleurs (ce que j'attendais) est plus risquée, et probablement moins à la portée d'une intelligence artificielle...

J'imagine que si on est très très open (par exemple on n'a encore rien en stock, et/ou optimiser le nombre de vêtements présents dans le placard de son enfant n'est pas une priorité), on sera contents de ce qu'on recevra, car les tenues sont mignonnes ; mais si comme moi on a une attente particulière (de la couleeeeeur), le bilan n'est plus le même.

C'est d'ailleurs ce qui m'a poussée à finalement écrire le billet : il y a quelques jours l'algorithme FB (oui, toujours le même, le méchant) m'a remis sous le nez une publi Little Cigogne montrant une malle colorée (des combinaisons de tons jaunes et verts du plus bel effet) et... je me suis prise en flagrant délit d'envie de retenter l'expérience. J'ai été sauvée par les commentaires sous ladite publication : un certain nombre de commentaires désabusés m'ont permis de réaliser que je n'étais pas seule à être déçue, alors du coup, hop, catharsis par le blog.

A vos frais !

(sentez-vous cependant libre de me virer la somme que grâce à moi vous allez économiser. Ou de m'envoyer des photos de la malle reçue si vous succombez malgré tout, et que vous êtes ravie. Je veux bien être contente par procuration !)

dimanche 29 novembre 2020

Mes millions !!!

EXCLUSIF ! Le billet qui vous dévoile tout sur les millions liés à mes droits d'auteur.

(Ou pas)


Tout simplement d'abord, parce que si je me réjouis du succès des 200 moments de parentalité positive et vous invite à vous réjouir avec moi, je suis au regret de devoir décevoir ceux et celles qui pensent qu'écrire un livre rend riche, ou même, "rapporte". 

Une petite blague suffira pour éclairer ce point et démolir à jamais vos illusions éventuelles (je décline toute responsabilité pour les ravages psychologiques que je suis sur le point de provoquer).

  • Quand j'écrivais mon œuvre, Monsieur Bout me poussait au boulot en disant "au travail la Gwen, pour qu'on puisse s'offrir un manoir en Ecosse".
  • Quand le manuscrit a été finalisé et que j'ai commencé à échanger avec des maisons d'édition sur le sujet, ... la blague a évolué : l'objectif est resté "s'offrir un manoir en Ecosse"... ajouté d'une petite précision "en Playmobil". C'est bien aussi.

Eh oui, telle est la situation des auteurs / de la chaîne du livre en France, l'auteur ne perçoit le plus souvent qu'une toute petite part du prix du bouquin et encore je ne me plains aucunement, car avec les Editions de l'Instant Présent et leur manière très éthique d'envisager les choses, je suis déjà plutôt bien lotie. Mais pour devenir riche à millions avec mes bouquins, il faudrait que j'écrive un truc traduit en plein de langues, racontant les histoires d'un garçon scolarisé dans un internat où on lui apprend des trucs chelous, ou encore le roadtrip de bons copains soucieux de faire du tri sélectif avec un bijou de famille. Mais il paraît que ça a déjà été fait. 

Donc, n'achetez pas mon livre pour me "soutenir financièrement" (Sic.). Et, non, le choix que Monsieur Bout quitte son job n'a pas été facilité par la perspective de cette manne financière (re-sic); pour tout vous dire il n'y a même pas de ligne "droits d'auteur" de prévue dans mon sublime fichier Excel de budget. Si vous achetez mon bouquin, ceux que vous soutenez financièrement, ce sont les Editions de l'Instant Présent, et votre libraire chéri, et c'est déjà très bien ! Et vous contribuez ainsi à ce que le contenu de ce bouquin se répande, et c'est un peu ce pour quoi j'ai passé du temps à l'écrire (et non pour la Lamborghini. Dans laquelle caser 3 sièges auto peut s'avérer compliqué)

Surtout que, sans vouloir vous énerver, il n'empêche que depuis 2 jours je suis riche, riche, riche, et riche de VOTRE argent. (dit comme ça c'est vraiment vraiment énervant en fait, hein !? Niark niark)


Riche parce que enfin, vendredi, j'ai perçu (avec SI PEU de retard) mon congé maternité !!!! (ben oui, c'est votre argent ! Et aussi le mien, un peu celui de tout le monde non ?)

6 mois d'indemnités journalières qui tombent d'un coup, ça fait du bien.

Evidemment, ces 6 mois ne sont pas tombés sans efforts

  • Non seulement il a fallu faire un môme pour cela (argh), 
  • non seulement il a fallu exercer une activité pro avant, 
  • MAIS il a surtout fallu marquer la CPAM à la culotte pour obtenir mes sous.


  1. Bon, au départ, je partais mal : j'avais tardé à envoyer mon dossier (Cf. mon secret pour réussir à tout faire).
  2. Ensuite, le COVID épisode 1 est passé par là, ce qui n'a bien évidemment pas accéléré la vitesse de traitement des dossiers par la CPAM.
  3. Puis, suite à relance, celle-ci a fini par me dire qu'en fait le papier de mon arrêt maternité n'était pas le bon : celui que ma gynéco avait rempli contenait exactement les mêmes informations que le formulaire qu'ils souhaitaient que je remplisse, évidemment, mais ce n'était pas LE BON formulaire. (c'est à ce stade que j'ai commencé à me dire que j'allais avoir de quoi vous faire un billet dans le genre de celui écrit naguère sur mes démêlés CAF/Pôle Emploi. Les vieux de la vieille se souviendront, les autres... peuvent toujours aller rigoler un coup.)
  4. Donc redélai pour solliciter mon hôpital pour que ma gynéco fasse le nouveau papier (= demander, attendre, ne voir rien arriver, relancer, apprendre que ma première demande n'a jamais été transmise, obtenir enfin le papier - avoir écouté l'intégrale des 4 saisons de Vivaldi en temps d'attente au secrétariat) 
  5. puis calme plat.... longtemps.... puis durant l'été, début de relance par la Gwen : on m'informe qu'au vu des délais actuels mon dossier sera traité début septembre (2020; ça aurait pu être 2022, eh, j'ai du pot)
  6. Je scrute mon compte en  banque et mon compte ameli début septembre (Sœur Anne, Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?). Quelques jours après la date annoncée, hop, ameli est plus que jamais mon ami, je re-relance. Joie ! On m'informe que l'argent me sera réglé "dans les prochains jours".

Ce qui est approximativement ce qu'on me dira à chaque fois qu'à intervalles de 10 jours je relancerai. Avec toujours le même flou artistique sur la définition exacte du "prochains jours"

Bref, j'ai eu mes IJ vendredi.

Depuis deux jours, c'est la fête, je fais / Monsieur Bout fait tout ce que nous attendions de pouvoir faire

  • rembourser les quelques milliers d'euros empruntés à une copine pour combler un découvert abyssal
  • payer les frais de scolarité d'E.
  • payer l'avance sur travaux pour la copro
  • régler la facture d'eau
  • prendre RDV chez une psy pour enfin faire tester F.

Et surtout : arrêter de regarder notre compte tous les matins avec le fol espoir que la prédiction de la Fée Cpam se soit enfin réalisée dans la nuit.

Je vous l'avoue, ça a quand même été mon réflexe samedi matin au réveil. Et puis d'un coup hop, j'ai réalisé que non, pas besoin, tout allait bien. Ce petit pic d'adrénaline et de suspens du matin va me manquer, en fait !


(voilà, c'était un billet rapidos de circonstance, le premier après un looong silence du au fait que les dernières semaines ont été invivables professionnellement; pas de grande littérature ni de profonde réflexion pour ce coup-là, mais je vous promets de faire mieux bientôt puisque le rythme va peu à peu se normaliser. Youpi.)

mardi 13 octobre 2020

Gros mots et résolution de problème

Aaaah, que la voix de nos chers enfants sait être douce à nos oreilles !
*paillettes et fleurs* 
Hélas hélas parfois, euh, ben non.

Parce que parfois, nous n'avons plus de chers enfants, mais des vils marmots, et leur voix n'a rien de doux, parce qu'elle nous sort des gros mots monstrueux, en boucle, en série, en parallèle, bref, tous les montages possibles.

J'avais évoqué ce point dans un premier chouette billet détaillant l'arsenal des outils à la disposition du parent positif et souhaitant tenter de le rester, même confronté aux GMGM (Grands Méchants Gros Mots). Des outils qui s'étaient révélés très efficaces chez nous, globalement.

Et puis, l'an dernier (oui, ce billet fait partie de ceux dont l'embryon dort en brouillon depuis un temps inavouable), mes charmants enfants à moi ont estimé que ce serait cool que maman
  • révise ses classiques
  • aille encore approfondir le sujet de manière à en faire bénéficier les foules

Pour cela, ils se sont donc spécialisés dans le GrosMotage pendant de longues semaines. 
Zizi Caca Prout et leurs valeureux confrères sont devenus notre pain quotidien, au point qu'à l'arrivée mes enfants parlaient globalement schtroumpf; mais en remplaçant schtroumpf par zizi ou zézette. 
Je vous laisse imaginer les dialogues.

J'ai tout fait, tout tenté, je me suis bien énervée aussi, et puis acculée, j'ai fini par jouer mon va-tout : la résolution de problème !
Un outil que je sor(tai)s rarement, car franchement, hein, je trouve que ça demande beaucoup beaucoup d'énergie.

Ben oui, mais comme dit dans le premier billet : aux grands / gros mots / maux, les grands remèdes.

J'ai donc pris mes mômes entre 4 yeux (enfin 6 ; voire 8 ? je ne visualise plus si Monsieur Bout était présent. Je ne crois pas, j'ai du avoir un sursaut de courage en semaine, alors qu'il était au boulot)

  1. Défini le problème et ses impacts : F. et E. disent beaucoup de gros mots. Ils trouvent ça drôle mais ça énerve beaucoup les adultes. Et parfois ça les énerve aussi l'un l'autre
  2. Proposé des solutions sans les évaluer, en les écrivant
  3. Repris toutes les solutions proposées une à une, soit pour les confirmer (tout le monde OK ?), soit pour les barrer (ça ne convient pas à quelqu'un ?), soit pour les retravailler pour qu'elles conviennent à toutes les personnes concernées
  4. Affiché le papier quelque part.


Ah oui ça a aidé !
Ca a doublement aidé, et donc ce billet contient un double outil pour régler ce genre de soucis.
Parce que, rappelons le, une résolution de problèmes a pour effets de 
  • mettre tout le monde du même côté pour résoudre ce problème, et donc responsabiliser chacun 
  • permettre aux sentiments de chacun de s'exprimer, et donc à la fois à chacun de se libérer un peu de ses sentiments, qui perdent de leur force une fois sortis du non-dit, et aux autres de prendre en compte le point de vue exprimé
mais aussi
  • décupler l'inventivité de chacun, par la puissance d'un brainstorming. 

Et en effet : c'est en pleine session que j'ai réalisé qu'un des points qui n'aidaient pas était la manière dont pouvaient être vécus les rappels à l'ordre. Même formulés de manière Faber et Mazlishienne, en décrivant le problème par exemple ("j'entends un gros mot !"), chez nous ces rappels à l'ordre étaient trop nombreux, trop lourds, ils plombaient l'ambiance, tendant aussi bien l'enfant qui les entend que l'adulte qui les formule (gnnnnniiiiiin).
Sous le coup de cette illumination subite, j'ai donc proposé le problème en live : 
"Ce n'est pas toujours facile de se rappeler d'éviter les gros mots, surtout quand on en a pris l'habitude, mais ça vous énerve et ça m'énerve quand je vous le rappelle... Comment puis-je vous le rappeler d'une manière qui soit moins énervante ?"

Et j'ai proposé quelque chose auquel je ne pensais pas l'instant d'avant : remplacer les mots par une onomatopée. Faire l'alarme : 5 BIIIP, BIIIIIP, BIIIIIP, BIIIIIP, BIIIIP. 
Bien stridents et couvrant la voix des enfants. Mais d'une manière joueuse, là où couvrir la voix des enfants par un beuglement pouvant aller jusqu'au


n'aurait évidemment pour effet que l'escalade.
Succès total !! 
  • Le petit côté décalé a bien aidé à alléger les tensions chez mes enfants, poussant moins à la résistance, et jouer les alarmes a aussi eu un effet salutaire sur moi, en mode défouloir.
  • Le fait d'avoir été convenu en résolution de problème en a fait un code commun et partagé.
Bilan : j'ai beaucoup fait l'alarme les tout premiers jours, et de moins en moins ensuite.


Ca a été un des premiers retours de la résolution de problème chez nous !
J'ai pu constater aussi que mes enfants ayant grandi, cet outil devient de plus en plus puissant et adapté à eux. Et je dois aussi avouer que l'inclusion d'E. aide énormément, car elle est au taquet sur ce genre de trucs, et du coup, entendre sa sœur rentrer dans le jeu des propositions stimule l'inventivité de son grand frère.

Cet épisode est venu me rappeler que la résolution de problèmes, c'est un peu le bazooka de la parentalité positive. 
  • Ca coûte cher, 
  • faut préparer son armement, 
  • ça ne se porte pas dans la poche ni ne se dégaine au débotté, 
  • mais alors, après... ça envoie du lourd. D'où ma très grande admiration pour tout parent se lançant dans cette aventure 
Je me souviens d'une maman du groupe FB des Moments de Parentalité Positive, venue raconter toute insécurisée la manière dont une de ses connaissances, soi-disant branchée parentalité positive, avait critiqué sa manière de conduire une telle résolution avec son fils de même pas 3 ans. 
NAN MAIS CA VA PAS NAN ???
Un parent qui se lance dans une résolution de problème avec son gosse, a fortiori son petit gosse, on ne le critique pas !!! 
On se prosterne
On se fout à plat ventre !
On lance des rameaux et son manteau sous ses pieds. 
La résolution de problème, c'est ZE voie d'avenir vers des lendemains de paix, et chaque personne s'aventurant sur ce chemin mérite d'être entourée d'une foule en délire.

D'autant que le plus beau dans tout ça, c'est que le bazooka, plus on le manie, plus on s'y habitue.
On y prend goût et...  (oh mais ça, ce sera pour un autre billet !)

mercredi 7 octobre 2020

Courrier du cœur

Ce lundi, j'ai bossé de la maison, comme encore assez souvent pour le moment.

Bossé, c'est vite dit. J'ai fait quelques petites choses absolument indispensables, j'ai clôturé les comptes du mois de septembre (sur un déficit abyssal. Vous ai-je dit que je n'ai toujours pas perçu un centime de mon congé maternité ? Le déroulement des démarches et échanges avec la CPAM me rappellent mes démêlés d'il y a 4 ans avec la CAF), puis j'ai fini par admettre que me mettre au boulot allait être compliqué.

Alors à la place, j'ai écrit à notre députée au sujet des annonces Macron concernant le projet d'interdiction de l'Instruction en Famille

Je ne sais pas si ça servira à grand chose, d'autant qu'elle est LREM, mais même les députés LREM ont besoin de réaliser que la loi qu'on va leur demander de voter pose un problème qui dépasse de loin le microcosme de quelques doux illuminés, et que les arguments avancés pour la défendre ne reflètent en rien la réalité. 

J'ai été inspirée, c'est sorti très vite, tout seul. C'est sorti du cœur ... Alors j'ai ensuite copié-collé, avec quelques modifications, à destination de 2 sénateurs LR. Et enfin, j'ai pu me mettre au boulot.

Je précise que

  1. Est ce que ça sert, on ne sait pas, mais en tous cas hors de question que chaque élu ne soit pas interpelé sur le sujet
  2. J'ai cherché à donner un témoignage personnel à même de venir contrer les clichés sur l'IEF, ou, en tous cas, montrer que la réalité de l'IEF est bien plus riche et ne saurait se résumer à un type de familles, et peut être pratiqué par des gens que les destinataires de mes courriers, avec tous leurs éventuels préjugés, pourraient considérer comme "normaux". Non que je ne cautionne leurs préjugés (qu'est ce que la normalité ? être "parfaitement" intégré dans la société, est-ce signe/gage de santé mentale ? JOKER^^); mais là, je vais à l'utile, ce qui m'importe c'est que cette loi ne puisse pas passer, point.
  3. Si on envoie une lettre, celle-ci a intérêt à être personnalisée : on peut s'inspirer de ce qu'ont écrit d'autres, mais les copiés collés sont assimilés à des pétitions. Pour la pétition officielle, derrière laquelle se regroupent les principaux acteurs de l'IEF, c'est par ici !
  4. L'objet de mes courriers a été "Demande de RDV", car c'est ce que je veux, un RDV, afin de pouvoir approfondir les échanges
  5. Je n'ai pas forcément cherché à respecter toutes les formulations protocolaires. Plus j'avance et moins je suis à l'aise avec certaines conventions sur le sujet. Je suis une personne et je m'adresse à une autre personne, qui se trouve avoir le mandat de me représenter. (je crois que là-dedans, transparaît aussi tout ce que je suis en train d'ingurgiter, pour ma formation, autour de l'Analyse Transactionnelle. Relation Adulte - Adulte, toussa...)

 

Bonjour Madame

Suite aux annonces du Président de la République concernant son intention de mettre fin au droit à l'instruction en famille, je souhaiterais en discuter avec vous. 

En effet les arguments avancés témoignent d'une méconnaissance terrible de ce qu'est l'instruction en famille, des familles qui la pratiquent et des raisons pour lesquelles elles font ce choix.


Chez nous c'est mon mari qui gère l'instruction de notre fils aîné, 7 ans. Celui-ci a beaucoup de mal à gérer les interactions en groupe. Retarder sa scolarisation (il est allé à l'école à 5 ans) lui a permis de mieux gérer la transition. Il a lui même demandé à revenir en instruction en famille au bout de 2 ans d'école. J'avoue que je suis tombée de ma chaise car ça ne cadrait absolument pas avec mes projets et l'organisation personnelle et professionnelle que nous avions mise en place.

Mais, peu à l'aise en groupe, devoir gérer ces interactions 4 jours par semaine est source d'énorme stress pour notre fils, cela lui coûte émotionnellement et le rend indisponible aux apprentissages. En étant instruit à la maison, il se solidifie émotionnellement et peut progresser au niveau social en ayant des interactions plus individuelles d'une part, et en étant confronté au groupe de manière régulière (activités extra scolaires) mais à une dose "digérable" pour lui d'autre part.

Bref, pas grand chose à voir avec un quelconque radicalisme religieux, mais tout à voir avec le souhait de répondre à des besoins individuels en respectant la différence. D'ailleurs aucun des terroristes français n'est issu d'une famille ayant pratiqué l'ief. Ils sortent tous de l'école de la République et pourtant personne ne songerait à interdire celle-ci au motif qu'elle serait le terreau du terrorisme.


Je serai ravie de pouvoir en discuter davantage avec vous afin que vous puissiez être en mesure de réaliser à quel point le droit a l'instruction en famille est une richesse pour la République et n'ote rien a l'école mais au contraire la renforce en lui permettant de mieux accueillir ceux qu'elle a en son sein

Vous êtes députée, vous avez ce pouvoir et cette responsabilité de dire haut et fort votre opposition à ce projet de loi afin de permettre à des enfants de grandir dans un environnement qui les protège et réponde à leurs besoins.

Merci par avance de votre réponse, et des actions que vous pourrez entreprendre pour faire bénéficier vos collègues d'informations fiables sur la réalité de l'instruction en famille.


Bien à vous




jeudi 4 juin 2020

"Un parent positif parle d'une voix douce" - vraiment ? - petit Moment de Parentalité Positive

Un court billet pour venir fixer un des moments réussis partagés sur le groupe Facebook destiné à cet effet.
Raconter celui-ci sur le groupe a provoqué chez moi quelques songeries complémentaires.


Ce qui m'amène à inaugurer une série de billets avec un tag particulier : phrase à la con.
Car aujourd'hui, nous allons parler d'une phrase à la con, ce genre de phrase que nous avons entendu, intégré, et qui constitue une croyance limitante.
C'est quoi une croyance limitante ? Ben un truc qui nous limite, qui limite notre capacité à être, à agir, à entrer en relation, à vivre. Qui est faux (croyance, pas vérité), mais a valeur de vérité car transmis par notre entourage, hérité de notre famille, inculqué pendant notre enfance, etc.
BOUH la méchante croyance limitante.
C'est une sœur jumelle de ces nains-là.
Et donc une seule chose à faire avec celles-là : les repérer et les dézinguer avec force et hémoglobine.


Donc, le moment partagé :

Retour de ballade avec les 3 enfants (bébé en porte-bébé) ; dans l'impasse privée de notre résidence j'ai la joie de tomber sur Claire (à qui nous devons les sublimes illustrations du bouquin). Confinement oblige, nous ne sommes guère vues ces dernières semaines, donc papote à 1m de distance (voire plus, afin de l'empêcher, à sa demande, de "manger le bébé"), pendant que nos enfants respectifs, aussi ravis de se retrouver que leurs mères, font de même.
Mais assez rapidement H. s'agite dans le porte-bébé : il n'a pas tété depuis longtemps…
Mes
"on rentre les enfants" 
"les enfants c'est le moment de rentrer"
"H. a faim il nous faut rentrer" passent visiblement complètement au-dessus de mes enfants, je me sens invisible. L'agitation de H. s'accentue, la mienne aussi... Je ne suis pas plus écoutée.
Ouille.
Et je me souviens juste à propos de l'exemple 10 de mon bouquin feuilleté la veille au soir pour les besoins du groupe.
Je me rapproche de F. et je pose ma main sur son épaule. Je dis d'une voix calme :
"J'ai répété vraiment beaucoup de fois que c'était le moment de rentrer. 
- E., on y va !"
Direction le jardin pour tout le monde.



Suite à ce moment, réflexion en 2 temps


1. "D'une voix calme, douce…", disais-je


Il ne s'agit pas là d'une douceur feinte, de cet écueil classique en parentalité positive, où l'on est victime du mythe / injonction
"en parentalité positive on parle toujours avec des paillettes et des fleurs dans la voix"
... au risque d'exploser encore plus fort juste après.


C'est un écueil, oui.
  • Oui, maîtriser le ton de sa voix se révèle souvent très utile pour ne pas rajouter du rapport de forces dans la voix.
  • Cependant… comme le dit Haïm Ginott
"on peut se montrer un peu plus gentil qu'on se sent, mais un peu seulement" 
(yep, encore une application de cette maxime ! A mettre à toutes les sauces ;-) ), et s'obliger à utiliser un ton eeeextrêmement doux quand on bout à l'intérieur nous force à un manque d'authenticité qui risque bien de se retourner contre tout le monde ensuite.
  • Adoucir légèrement sa voix : oui, pour ne pas donner TOUTE l'ampleur de notre colère à sentir à l'enfant, oui.
  • Parler doucement à un très jeune enfant parce qu'on perçoit qu'à un très jeune âge le non-verbal supplante tellement le verbal que c'est la seule chose qu'il peut comprendre : oui, encore.

Mais pas de fausses paillettes ni de fleurs en plastique !
Si on est en colère, gaspiller notre énergie à travestir notre ton de voix risque fort de ne pas nous laisser d'énergie pour ce qui compte vraiment : l'attention
  • 1. aux mots qui sont ainsi dits : quelle différence énorme il y a entre 
    • beuglement numéro 1 "Vous êtes INSUPPORTAAAABLES !!!" (attaque de l'enfant) et 
    • beuglement numéro 2 "Je suis FURIEUSE de voir le linge éparpillé partout !" (expression très vigoureuse de sentiments très très vigoureux) : le message passé est très très différent...
  • 2. à la brièveté : quelle différence énorme d'impact entre 
    • un bref cri "Les enfants LA PORTEEEEUH" et 
    • un looong hurlement "J'en peux plus j'en ai marre vous avez encore et puis la dernière fois etc et faudra pas venir vous plaindre et d'ailleurs vous pouvez toujours rêver de". (nan, regardez pas ailleurs, on l'a tous entendus de nos parents, et... on l'a tous reproduit aussi. Parce qu'une colère trop longtemps réprimée a cette fâcheuse tendance à ne plus pouvoir s'arrêter une fois que la valve de sécurité saute). Alors que s'astreindre à être le plus bref possible permet à la colère de sortir, ce qui est absolument nécessaire, mais sans dommage, ce qui nous tient tout autant à cœur. (cf l'extraordinaire chapitre consacré à la colère sans dommage dans le Parents Epanouis, Enfants Epanouis de Faber et Mazlish).

Se forcer à ne pas sortir sa colère, la réprimer, c'est hyper coûteux, et nuisible à la relation parent - enfant, au fond : comme le dit Haim Ginott : les enfants ont besoin d'authenticité.
La colère est une information utile, elle constitue un signal d'alerte, tant pour nous que vis à vis de nos enfants, et se forcer à ne pas l'exprimer
  • 1. nous épuise 
  • 2. nuit à nos sentiments positifs envers nos enfants : dans leur excellent Frères et sœurs sans rivalité, Faber et Mazlish (encore eux. M'enfin vous êtes habitués avec moi) disent "pour permettre aux sentiments positifs de rentrer, il faut laisser les sentiments négatifs sortir"; c'est valable dans les relations au sein de la fratrie… mais pas que !) 
  • 3. expose notre enfant à se prendre de plein fouet notre colère quand la cocotte minute explose 
  • 4. nous expose, nous, à nous engluer dans la culpabilité, culpabilité qui vient encore plus saper notre moral et donc notre capacité à mobiliser nos ressources pour faire différemment. 
Super bilan.


2. Ne pas adoucir artificiellement sa voix... mais adoucir effectivement ses sentiments ?

Nos sentiments ne peuvent ni ne doivent être réprimés, donc.
En revanche, ils peuvent être orientés par tout un tas de choses.
Par exemple, si on est fatigué, un verre renversé, un refus de notre enfant, ou une de ses colères, risque bien davantage de provoquer chez nous agacement, fureur ou détresse, que si on a notre content de sommeil. Alors que si on a pu veiller à notre jauge de sommeil, il y a plus de chance que les mêmes évènements n'aient pas du tout le même impact émotionnel.
Idem si on se sent stressé, seul, bref, c'est l'impact du découvert émotionnel, superbe concept exposé ici.
Se permettre d'exprimer sa colère comme vu en point 1, oui. En revanche si on constate qu'on passe son temps à devoir exprimer sa colère... c'est le signal que quelque chose ne va pas.
  • Ca peut être que notre enfant agit de manière particulièrement relou en ce moment, et ça risque fort d'être lié à un réservoir vide chez lui. 
  • Ou ça peut être que nous percevons notre enfant comme particulièrement relou en ce moment... et c'est le signe d'un réservoir d'amour vide chez nous !
Or notre compte en banque, il s'agit à la fois de veiller à ne pas trop le vider…. mais aussi et surtout de prendre le soin de le remplir ! Contrairement aux vrais sous, où trouver de nouvelles sources significatives de revenus s'avère souvent assez compliqué, sur le plan émotionnel aller chercher de nouvelles ressources est très souvent ZE truc à faire. On peut
  • 1. dresser une liste de tout ce qui nous fait du bien, nous remplit vraiment et 
  • 2. décider que cocher dans cette liste est une priorité... une fois qu'on met de côté la peur d'être égoïste.
Agir ainsi, renflouer ses finances de manière proactive nous donne beaucoup plus de ressources et oriente nos sentiments dans une direction tout autre.

Quel rapport entre ce laïus (passionnant par ailleurs) et le petit épisode en introduction de ce billet ?
Orienter nos sentiments, vous dites...
Et c'est là où cet épisode a attiré mon attention sur l'une des grandes forces du toucher.
  • Toucher notre enfant l'aide à coopérer, à connecter son cerveau et se connecter à nous et ainsi être en mesure d'entendre notre demande.
  • Mais toucher notre enfant nous aide aussi à être véritablement, nous aussi, dans une logique de coopération. Il connecte l'enfant à nous, il nous connecte également à notre enfant. Dans ce cas toucher F. a vraiment adouci mon état d'esprit, que la douceur de ma voix est donc venue refléter.
Ce qui m'a remis en mémoire un conseil de conseillers conjugaux : ils est recommandé, lors des disputes / discussions conflictuelles avec le conjoint, de mener celles-ci en tenant la main de son conjoint. Afin d'éviter des dérapages et de favoriser le maintien d'une bonne empathie, et donc un maximum de constructivité.

Bref, de la même manière que dans mon billet sur les Sims nous voyons 
  • qu'il existe des moyens pour orienter nos sentiments amoureux / les garder orientés / les réorienter vers notre conjoint, 
  • la nécessité d'y avoir recours en dézinguant la petite voix qui nous dit que "c'est du luxe" ou encore que "je néglige mon enfant quand je prends du temps avec mon conjoint", 
il s'agit ici de voir quelles ressources nous avons pour orienter nos sentiments vers notre enfant. Soit sur le long terme, soit directement en situation.
De voir, et de taper dedans sans complexe.


lundi 17 février 2020

Eclampsie mon amour

Warning : si vous êtes récemment passée par là et que vous ne l'avez pas du tout digéré (ce qui est légitime … je viendrai aussi écrire sur le temps et sur ce qu'il m'a fallu pour digérer), il n'est pas impossible que ce billet soit un peu beaucoup difficile à lire pour vous. 
En même temps, il pourrait vous être très utile. 
Donc, si ça coince, stop, et faites-le lire par votre conjoint, votre sœur ou votre meilleure copine, histoire d'avoir les infos sans devoir les payer un peu cher au niveau émotionnel.
En revanche, si vous avez une copine enceinte, ou surtout, une copine enceinte avec des antécédents d'éclampsie / prééclampsie, je serai ravie que vous lisiez ce billet attentivement. Parce qu'on ne sait jamais. C'est peut-être votre oreille attentive qui saura détecter ce qui, dans ce que raconte votre copine de sa grossesse, constitue une alerte à ne pas prendre à la légère.


Le sujet d'aujourd'hui n'est donc pas très fun. Mais alors que j'avance enfiiiiin dans le 3ème trimestre de cette grossesse, je ne me vois pas ne pas l'écrire.
Aujourd'hui, donc, nous allons causer éclampsie
Nous reviendrons sur des sujets plus légers, plus fun, plus glamour (ou pas) dans les billets suivants !

Ce billet ne prétend pas être une information médicale parfaite mais plutôt un partage d'expérience

Eclampsie : watizit ?

L'éclampsie est une complication qui peut survenir pendant une grossesse. 
Ca se traduit par une montée de la tension sanguine chez la mère, accompagnée d'un dérèglement de pas mal de paramètres montrant qu'un certain nombre d'organes vitaux sont en train de lâcher. Et la montée de tension finit par affecter le cerveau au point de déclencher des convulsions qui s'apparentent à une crise d'épilepsie, précipitent la maman dans le coma, et peuvent la tuer, elle, et le bébé à l'intérieur. 
En France, c'est devenu très rare, car on arrive la plupart du temps à détecter son approche : c'est la fameuse pré-éclampsie, qui, elle, touche beaucoup plus de monde. Dans la mesure où c'est l'état de grossesse en lui-même qui génère le risque, le corps médical sort donc le bébé avant qu'on n'en arrive à l'éclampsie. D'où le peu de cas d'éclampsies dans les pays développés dans lesquels les femmes vont généralement jouir d'un suivi assez étroit pendant leur grossesse (ce qui n'était pas le cas il y a un siècle encore, cf la mort de Sybille dans Downtown Abbey)
  • C'est plus problématique si l'état de prééclampsie commence tôt dans la grossesse (ça peut intervenir à partir de la 2ème moitié), à un stade où le bébé n'est pas encore viable.
  • Et c'est également problématique quand l'état de prééclampsie n'est pas détecté à temps, ce qui fut le cas pour la grossesse de F. 
Quand ça a été diagnostiqué, il était moins 1. 
Le temps a suffi, heureusement, pour sortir F. par césarienne express. Mais la machine était déjà tellement bien lancée que la sortie du bébé n'a pas suffi à calmer les choses, si bien que j'ai eu droit à l'éclampsie derrière, ce qui est à la source de pas mal de choses évoquées sur ce blog, par exemple le lien particulier entre Monsieur Bout et son fils.

L'éclampsie, ça vient d'où ?

Ben le truc drôle avec l'éclampsie, c'est que l'état de la recherche sur le sujet n'est pas encore suuuper avancé. Actuellement, on suppose que ce serait peut-être du à une réaction immunitaire. Effectivement l'état de grossesse est une anomalie immunitaire : le corps de la maman permet à un amas de cellules étrangères (eh, 50% du patrimoine génétique vient du papa ! alerte !) de s'installer, et se met même à le nourrir.
Bon, eh bien on part du principe qu'il semblerait que dans le cas de soucis d'éclampsie, ce côté "exception" ait moins joué, que le corps de la maman se soit un peu méfié quand même, et donc, au lieu de mettre le paquet pour mettre en place tout ce qu'il faut pour approvisionner l'intrus pendant 9 mois, il ait fait les choses un peu chichement, en mode "c'est suspect tout ça". 
  • C'est pour cela que la majorité des éclampsies concerne une 1ère grossesse, où cet effet joue à plein. On part du principe que si pas d'éclampsie au 1er bébé, c'est que le corps de la maman n'est pas du genre méfiant, a bien intégré cet état d'exception immunitaire, et donc qu'il accueillera tout aussi bien l'intrus suivant. 
  • Exception drôle, huhuhu : si changement de papa. On peut avoir eu un premier bébé sans éclampsie, mais si on a son 2ème bébé avec un autre papa, il n'est pas exclu que, confronté à un patrimoine génétique encore différent, le corps de la maman décide de se méfier. Comme c'est cocasse.
Du coup, donc, le corps se méfie, ce qui va notamment pouvoir se traduire par le fait qu'il est radin sur l'infrastructure : les artères alimentant le placenta, donc le bébé, risquent d'être moins belles. Au départ, ça ne pose pas trop de problèmes, le système mis en place, même un peu mochouille, suffit à alimenter le bébé. 
  • Mais au fur et à mesure de la grossesse, les besoins du bébé augmentent (notamment pour alimenter le cerveau / soutenir le développement de celui-ci) et donc le delta entre ce qui est fourni et ce qui est demandé commence à être problématique. 
  • Le débit risque de ne pas être suffisant pour alimenter le bébé, ce qui va se traduire par un retard de croissance plus ou moins flagrant (tant de raisons peuvent ralentir la croissance d'un bébé ! Chez moi, on a cru que c'était un rythme professionnel soutenu). 
  • Le bébé réclamant plus, il "pompe", il réclame plus de débit, et c'est ça qui, peu à peu, peut faire augmenter la tension dans le système sanguin maternel.
  • On retrouve donc d'autres facteurs de risque à ce niveau: une grossesse gémellaire, par exemple. Réclamations ++ et donc il y encore plus de chance que le corps craque et dise "j'y arrive plus".

Autre facteur marrant : il pourrait y avoir une composante génétique (en tous cas, les statistiques le laissent penser). Donc, si cas d'éclampsie dans la famille, les sœurs, les filles et petites filles de la personne concernée sont statistiquement plus à risque. Et ont donc droit à une surveillance accrue pour leur première grossesse. 
Ainsi il a suffi à ma sœur aînée de mentionner mes antécédents lors de son début de suivi pour sa première grossesse, pour basculer sur un suivi plus rapproché. Mais comme  celle-ci s'est ensuite déroulée sans aucun souci pour elle, elle a eu droit à un suivi normal pour sa seconde grossesse.


L'éclampsie, ça veut dire quoi pour la suite ?


C'est précisément une des raisons de ce billet : trop de personnes sont mal informées (genre par des pages aussi lues que celle de doctissimo sur le sujet ! Qui va jusqu'à affirmer le contraire avec nom d'un médecin apposé en signature en prime) du fait que, si antécédents de prééclampsie, alors toute grossesse suivante comporte un risque non négligeable de récidive. Et que donc toute grossesse suivante doit être considérée comme une grossesse pathologique et bénéficier d'un suivi particulier
Défaut d'information sur internet, défaut d'information parfois par les professionnels de santé eux-mêmes. Par exemple, certaines sages-femmes semblent ignorer qu'un antécédent de prééclampsie chez une patiente ne permet pas à celle-ci de faire suivre ses grossesses suivantes par une sage-femme, justement. C'est une indication pour un suivi impératif par un gynécologue.
Idem, pas question d'envisager un accouchement à domicile, en maison de naissance, ou dans une clinique de niveau 1. C'est hôpital de niveau 3 ou à minima 2+, car on risque d'avoir besoin d'un service de réanimation, réanimation néonatale, néonatologie tout ça.

Ayant 2 grossesses (bon, 1 et 2/3... mais on tient le bon bout !) post éclampsie à mon actif, dans 2 hôpitaux différents, j'ai pu donc expérimenter ce que doit être un bon suivi, et donc, pliz, si vous avez des antécédents semblables aux miens et qu'il semble qu'on ne vous propose pas d'office ce suivi, tournez-vous vers les bonnes personnes, et réclamez.
Vraiment vraiment vraiment.
Si vous ne connaissez personne (comme moi à chaque fois puisque j'ai la bonne idée de déménager entre chacune de mes grossesses), demandez conseil autour de vous : quel gynéco est recommandé pour du suivi de grossesse patho ? A chaque fois j'ai eu la chance d'être orientée, par le bouche-à-oreille, vers des professionnelles connaissant bien le sujet, de vraies tronches ne laissant rien passer. Ma gynéco actuelle ne fait d'ailleurs que ça : du suivi de grossesse patho. Si on a une grossesse normale, elle ne nous reçoit pas.

Un bon suivi ça consiste en quoi ?

Bon déjà, le truc chouette avec l'éclampsie, c'est qu'il n'existe pas de traitement "anti"
  • Il existe des manières de diminuer le risque, mais sans pouvoir l'écarter, 
  • et le suivi vise surtout à repérer l'approche de celle-ci de manière à agir à temps (= sortir le bébé) avant que ça ne tourne complètement au vinaigre.

Ingrédient 1 : normalement, après une grossesse éclamptique, et avant la suivante, un certain nombre de tests doivent être effectués, prescrits par le gynécologue, visant à écarter certains problèmes renforçant le risque (problèmes de vascularisation, ou de coagulation du sang, par exemple); si ces tests n'ont pas été effectués entre les 2 grossesses, certains au moins peuvent être faits en début de grossesse numéro 2.

Ingrédient 2: prise d'Aspégic nourrisson (1 dose par jour). 
C'est un anticoagulant, normalement déconseillé aux femmes enceintes. Et le seul "médicament" dont énormément d'études montrent l'impact favorable sur les patientes à risque d'éclampsie. Il opère de 2 manières : 
  • la prise dès tôt dans la grossesse favorise la construction de bonnes liaisons mère-enfant; 
  • la prise tout au long de la grossesse, en fluidifiant le sang, favorise un bon débit des échanges sans faire augmenter la tension. Ca coule mieux, quoi.
Ingrédient 2 bis : port de bas de contention tout au long de la grossesse. 
C'est là où franchement je suis contente d'avoir une date d'accouchement à fin avril, parce que déjà que les bas de contention, c'est fun, mais alors à porter en été, c'est un rêve. Bon, j'avoue que ne pas les porter ne me viendrait pas trop à l'esprit, je sens trop à quel point ma circulation est déjà suboptimale avec, pour oser m'aventurer sans.

Ingrédient 3: à partir du 4ème mois de grossesse, un suivi tous les 15 jours
Dans les 2 hôpitaux que j'ai testés, le protocole était globalement le même : écho tous les mois, intercalée avec une simple consultation (accompagnée de prise de tension, analyse d'urine, etc). Ce maillage fin permet de repérer toute évolution suspecte. Pour E., en toute toute fin de grossesse, le maillage s'est resserré : rdv toutes les semaines, puis tous les 2 ou 3 jours (pour être sûr de ne pas bêtement passer à coté d'un truc juste à quelques jours de la ligne d'arrivée)

Ingrédient 4: cette fameuse écho mensuelle n'est pas une écho standard. En plus de regarder le bébé sous toutes les coutures (et notamment de surveiller sa croissance, qui constitue un indicateur important), on réalise un doppler des artères intra utérines : on mesure le flux sanguin, les échanges au niveau des artères qui alimentent le placenta. Si ces échanges sont bons, on est du côté clair de la force, très peu de chances que ça parte en cacahuète. Si ces échanges sont moins bons, ça sent … pas très bon.
Pour E., la première écho doppler montrait déjà des artères très jolies, parfaitement normales. Ca n'a pas empêché un suivi aux petits oignons derrière, mais c'était déjà bien rassurant, et j'en avais bien besoin car j'avais un peu les jetons.
Pour ce Bébé3, je me suis donc pointée assez sereine à la première écho doppler, m'attendant au même résultat. Je n'ai pas aimé la tronche de ma gynéco, ni son "c'est pas joli". Elle s'est empressée de vouloir me rassurer en disant qu'à ce stade, les artères n'étaient pas nécessairement "terminées" et que la situation pouvait grandement s'améliorer d'ici la prochaine écho doppler, mais le niveau de stress a bien monté. Monsieur Bout comme moi même avons accusé le coup ("pas de 4ème, hein, c'est pas possible de repasser par là", a réagi Monsieur Bout à mon retour d'écho) et passé un mois assez angoissant.
écho doppler. Il parait que sur celle-ci on voit le problème, le fameux Notch. Moi, hein, je ne vois rien.
Heureusement, le doppler suivant a montré des améliorations énormes, qui ont permis à la gynéco d'être plus optimiste. L'artère droite est moche, mais la gauche va finalement très bien et semble parfaitement compenser pour le moment, ce qui a été confirmé depuis par les 2 échos doppler suivantes.
Le poids du bébé étant l'indicateur complémentaire (c'est la combinaison poids du bébé + artères moches qui constitue un facteur automatique d'alerte), j'ai été ravie, la semaine dernière, d'apprendre que ce bébé était même le plus gros, à ce stade, que j'aie porté : F. et E. n'ont jamais dépassé le 30eme percentile (F. en décrochant même assez vite passée la 2ème moitié de grossesse), courbe que suivait également Bébé 3. Mais là il a grimpé au 48e, youhou, c'est la fête.


Que se passe-t-il si ça commence à prendre une sale tournure ?

Si différents signaux alertent sur l'approche d'une éclampsie, on intensifie le contrôle, puis on décidera généralement une hospitalisation pour pouvoir justement surveiller et anticiper un passage du côté obscur de la Force. Le but est de prolonger la grossesse au maximum pour donner un maximum de chances au bébé sans faire prendre trop de risques à la maman
Concrètement, cela se traduit, à l'hôpital, par la bataille entre pédiatres et gynéco: 
  • les premiers veulent garder le bébé le plus longtemps à l'intérieur histoire de lui laisser plus de temps pour se développer, 
  • les seconds préféreraient le sortir le plus rapidement possible. 
Quand ça commence à vraiment avoir une sale tronche, les gynéco gagnent et on sort le bébé. 
Ca rend le milieu de grossesse pas super fun : chaque semaine est une semaine de gagnée, assure de meilleures chances de survie au bébé. J'avoue qu'avoir dépassé les 6 mois, et ressortir de la dernière écho avec un bébé estimé à 1,4kg,m'a fait un bien fou : à ce stade, les services de néonat savent déjà bien gérer !
A noter : l'alitement de la maman ne sert en rien dans de tels cas. Un arrêt de travail est très souvent donné car une maman fatiguée risque d'avoir encore plus de mal à alimenter correctement son bébé; mais l'alitement n'amène rien, il vaut mieux, même, continuer à se bouger un peu, doucement, pour favoriser cette crétine de circulation sanguine, qui est un peu l'enjeu central, vous l'aurez compris.

Que peut-on faire d'autre ?
Eh oui, comme toujours, il y a ce qui est officiellement appliqué, et d'autres choses encore. 
Ayant pas mal d'accroches en Allemagne, mon entourage allemand m'avait, dès la naissance de F., indiqué une association allemande spécialisée sur le sujet (Gestose Frauen) : elle récolte des fonds qu'elle consacre au sponsoring d'études autour de la prévention de la prééclampsie, ainsi qu'à la diffusion, auprès du corps médical et des patientes, des informations ainsi obtenues. Mais c'est laborieux, la documentation n'existe pour le moment qu'en allemand, donc déjà qu'ils sont loin d'avoir diffusé partout en Allemagne, ces infos n'ont pas atteint la France.

Les voici donc, pour compléter :
  • ne pas se focaliser sur la prise de poids mais ingérer un max de protéines. 
Eh oui, un des symptômes glamour liés à la prééclampsie, c'est la rétention d'eau
Celle-ci peut tout à fait intervenir sans aucun lien avec une prééclampsie (c'est ce qui rend les choses encore plus drôles, et gêne le diagnostic; en revanche, si ça s'emballe, là, c'est un symptôme clair : les 2 derniers jours avant le diagnostic de F., j'avais pris un kilo par jour. Je ne savais juste pas que ça pouvait être un indicateur d'un vrai problème - de la même manière que je ne savais pas que mes maux de tête terribles des derniers jours étaient un signe de tension, ni même, au fond, que c'était pas bon la tension), mais dans tous les cas, cela induit une prise de poids supérieure à la normale. 
Du coup, on embête la maman (ce qu'on a fait à partir du 5ème mois pour F.), qui du coup, se met au régime (je me suis mise à me nourrir de radis), ce qui dans le cas d'un problème de bébé sous alimenté, est bien entendu complètement contre-productif (la courbe de F. s'est effondrée à ce moment).
Donc, y aller mollo sur les inquiétudes au niveau du poids, MAIS ne pas manger n'importe quoi. Si on a faim, on mange, mais on évite le sucre (qui en plus accélère la rétention d'eau) et on essaie de manger un max de protéines
L'asso conseille 100g de protéines par jour, ce qui n'est pas évident au quotidien, puisqu'il s'agit d'une quantité de protéines pures : dans 200G de steak, on va avoir, selon la qualité de la viande, 40 à 60g de protéines… Donc on n'est pas rendue ! Concrètement, ils conseillent de manger un œuf par jour, par exemple (je commence mon petit déj par ça), de remplacer le pain du matin par du porridge (les flocons d'avoine contiennent 17% de protéines), et dès qu'on a faim, de grignoter une poignée d'amandes. Lors de la grossesse d'E., j'avais beaucoup de succès auprès de mes collègues quand je déballais un fromage entier en réunion à 10h. Bien évidemment, les légumineuses etc sont aussi nos amies.

Le but est de fournir au bébé tout ce dont il a besoin pour se construire, et la base d'un bébé, ce sont les protéines. Plus notre sang lui en apporte de manière concentrée, moins y a besoin de compenser en demandant une accélération du débit (qui, rappelons-le, entraine à terme une augmentation de la tension etc )

  • y aller gaiement sur les vitamines, notamment toutes les B machin
Il paraît qu'elles sont en lien avec les quelques gènes liés à la prééclampsie, et qu'une supplémentation avant et pendant la grossesse, aide encore davantage.

  • commencer l'Aspégic plutôt plus tôt que plus tard
souvent en France on fait commencer qu'à la 10ème semaine. Ne pas hésiter à réclamer l'ordonnance en avance et à commencer à 6 semaines.

  • et surtout : augmenter ses doses de sel. 
Celle-là, elle est particulièrement surprenante au premier abord, puisque le sel a longtemps été regardé comme favorisant la rétention d'eau, et que donc pendant des décennies, il a même été imposé des régimes sans sel aux femmes enceintes souffrant de rétention d'eau. Depuis, des études ont montré qu'au mieux, ça ne servait à rien (donc envoyez bouler votre gynéco si c'est ce qu'il préconise. Il est de bonne foi, mais vous conseille juste sur la foi d'informations complètement dépassées), mais même, que c'était carrément nuisible.
En effet, une grossesse implique une augmentation énorme de la quantité de sang en circulation. Donc pour maintenir un taux de sel normal, ben, automatiquement, il en faut plus (c'est le moment où j'ai compris mes méga fringales de trucs salés en début de grossesse, alors que fondamentalement je n'aime pas le sel. Mon corps savait ce qu'il me demandait, lui!). 
Or, que fait le sel dans le sang ? Il retient l'eau (qui, sinon, va se stocker dans les tissus et contribue au look "chevilles de tatie Germaine, visage bouffi et doigts boudinés"), et assure ainsi plus de fluidité au sang
J'ai été assez épatée de constater à quel point je prenais du poids si je négligeais ma prise de sel pendant quelques jours, et à quel point l'effet inverse était fort au bout de quelques jours à respecter scrupuleusement ces indications : je passais mon temps aux toilettes, même, car mon corps allait chercher l'eau stockée dans les tissus pour la repasser dans le sang puis l'évacuer. 
Durant cette grossesse, ma capacité à ôter mon alliance (pour aller draguer, bien évidemment) constitue un indicateur assez fidèle (mais toujours en décalé d'un ou deux jours le temps que ça fasse effet) de mon sérieux / manque de sérieux dans le respect de cette prescription.
Attention, hein : ingérer du sel en plus doit impérativement s'accompagner d'une bonne hydratation. Si le corps a le sentiment de manquer d'eau, il va la stocker, l'eau. 

Quelle quantité de sel ? 
Ben ça dépend de votre poids, puisque ça dépend de votre volume sanguin. Si vous êtes de poids raisonnable, 1 cuiller à café de plus par jour (= en plus de ce que vous ingérez naturellement dans votre alimentation). Si comme moi vous avez déjà migré du côté baleine avec une prise de poids déjà supérieure à 15 kg, 2 cuillers à café. Et le truc fun : non non non, ce n'est pas à prendre en une fois, c'est à répartir tout au long de la journée. Le but est d'assurer un taux assez constant de sel dans le sang, or le corps évacue le sel en permanence, surtout donné en surdose.



Comment le prendre ?
  • Possibilité 1 : en rajouter dans ce qu'on mange. Bon, au moins, ça vous donne une justification pour vous goinfrer de chips. Mais les chips mises à part, ben, franchement, j'ai tenté le fait de sursaler mes pâtes et c'est juste dégueu. en tous cas pour moi qui sale très peu ma cuisine en temps normal.
  • Possibilité 2, qui est celle que j'ai utilisée pour E., et au début de cette grossesse-ci : ingérer ça sous forme d'eau salée (je me mesure ma quantité de sel pour la journée dans une tasse à café, et régulièrement dans la journée, hop, je puise dans cette quantité, je rajoute 2 -3 gorgées d'eau, et j'avale ça.) C'est mauvais mais au moins c'est vite passé / ça ne me dégoûte pas de manger.
  • Mais même ça j'avais vraiment du mal pour cette grossesse-ci donc je suis allée regarder du côté des comprimés de sel à avaler. Ce qui était proposé en France était siglé "pour les sportifs": ça m'a fait rigoler, je ne me suis pas sentie super concernée et j'ai eu peur que ça contienne d'autres machins pas super adaptés à une femme enceinte. Donc je suis de nouveau allée regarder du côté allemand ce qui était préconisé, et j'ai acheté, par le biais d'amazon.de, des tablettes de sel vendues en pharmacie. 9 comprimés = 1 cuiller à café, j'essaie de prendre quasi 20 comprimes par jour répartis sur la journée (par lots de 3 sinon je n'y pense pas). Depuis, j'ai relativement enrayé ma prise de poids, la sensation de doigts endormis au réveil s'est estompée, et mes crampes aux jambes ont quasiment disparu… Bref, c'est rentable.
Bien évidemment, ces conseils sont aussi bons à prendre lors d'une première grossesse
  • avoir en tête qu'une prise de poids à base de sucre n'est pas une bonne idée, mais que se surstresser sur une prise de poids basée sur d'autres facteurs n'est pas une meilleure idée non plus.
  • faire gaffe à son taux de sel.

Voili voilou.
J'arrive au terme de ce long billet.
Je souhaite qu'il puisse aider d'autres familles, car la prééclampsie / éclampsie, c'est pas de la gnognotte, même quand on réussit à éviter une issue fatale ça a des répercussions plus ou moins graves sur la maman et le bébé, tant sur le plan physique que psychologique, alors, zut, à bas !
Il ne s'agit pas de stresser inutilement, mais, surtout, de ne pas se laisser envoyer paître par des professionnels pas assez prudents / informés nous disant qu'on stresse pour rien...
N'hésitez pas si questions !