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lundi 18 décembre 2023

Front parental : "Ne jamais reprendre son conjoint devant les enfants" - Ben si.

Tout récemment une discussion Facebook m'a rappelé une autre de ces grandes croyances si répandues dans nos têtes de parents, et qu'il est tellement difficile de remettre en question... et tellement important car bénéfique pourtant : j'ai nommé...

La nécessité de "faire front" devant les enfants 

= se montrer d'accord avec son conjoint sur les décisions concernant les enfants, y compris le soutenir devant eux / ne pas le contredire ou contrecarrer quand il agit d'une manière qui nous semble pourtant pas ajustée voire franchement nocive.

En l'occurrence il s'agissait d'un conjoint ayant recours à des mots très blessants envers les enfants ("tu es nul"), et des mesures humiliantes, à des fins de discipline. 


Les échanges Facebook m'ayant amenée à approfondir / détailler un peu ma réflexion sur le sujet, j'ai réalisé que je tenais là une de ces fameuses #phrasàlacon, un de ces mantras dont on hérite et reprend si facilement comme une vérité de base, inquestionnable. 

Et en fait... sans l'avoir fait consciemment, je m'aperçois que, alors que c'était très clairement quelque chose dont j'étais persuadée avant d'avoir des enfants, je m'en suis bien détachée.

Alors, des fois que ça puisse vous servir, questionnons ensemble : 

En quoi est-il excellent de contredire son conjoint dans ce genre de situations ?


1. Déjà, il y a là un signal important : il est essentiel pour rassurer l'enfant, restaurer ce qui est blessé ainsi dans son intégrité

Aucun parent ne se comporte toujours parfaitement envers son enfant (sauf moi, bien évidemment... hum hum), nous blessons donc nos enfants régulièrement. Pas moyen de l'éviter totalement. 

Mais quand un parent débloque, soit par exception, ou encore davantage quand c'est régulièrement, il est très précieux que l'enfant puisse avoir la confirmation, par la réaction de son autre adulte de référence, que ce qui se passe n'est pas "normal", acceptable, et encore moins mérité.

Cela permet d'atténuer considérablement l'impact des mots / actes du parent-qui-débloque, en augmentant les chances que l'enfant puisse davantage les catégoriser comme tels, et non comme des vérités intangibles. 


Ca, c'était mon premier niveau de réponse, celui qui est sorti le plus spontanément. Et puis en fait... d'autres me sont apparus. 

En contredisant son conjoint devant ses enfants, on les protège dans l'instant, eux, et dans l'avenir (en leur montrant que personne n'a le droit de leur dire des trucs pareils)... et ...


2. On leur transmet également des messages forts et ô combien précieux sur le couple, et l'amour en général :

  • droit de penser /ressentir différemment dans un couple
  • droit de se disputer: ce n'est pas la fin du couple
  • les adultes peuvent avoir tort 
  • et on peut estimer que quelqu'un a tort et continuer à l'aimer

Droit de penser / ressentir différemment : pour être un couple, pas besoin de nier son identité, on peut ne pas être d'accord. A l'inverse de cette citation de Woody Allen (eh, je me cultive en vous écrivant : jusqu'à ce que j'aille vérifier je pensais que c'était Sacha Guitry, mais Google m'a appris le contraire).
Le mariage, c'est quand un homme et une femme ne font plus qu'un. Le plus difficile, c'est de savoir lequel.
C'est tellement important de réaliser qu'être amoureux ne signifie pas abdiquer son identité et ses ressentis propres ! Y compris dans nos petites et grandes limites personnelles : les 3 Bouts savent par exemple très bien que mon niveau de tolérance au bruit n'est pas le même que celui de Monsieur Bout, et que donc, les "règles" autour du bruit ne sont pas les mêmes selon si ce sont mes oreilles uniquement qui sont impliquées, ou celles de leur père.


Droit de se disputer : oui, en prenant le contrepied de notre conjoint devant nos enfants, on leur montre qu'un couple qui s'aime se dispute aussi. Si nos disputes n'ont jamais lieu devant eux, comment pourraient-ils vivre leurs propres disputes de couple futures comme quelque chose de normal ? 
J'ai en mémoire l'une des mes colocs autrichiennes dont les premiers mois de relation avec son petit copain ont été ponctués de plusieurs quasi-ruptures : à chaque dispute, ledit petit copain voulait rompre car à ses yeux, se disputer était le signe qu'on n'était pas faits pour être ensemble. C'est embêtant, puisque un couple, ça se construit aussi sur sa capacité à surmonter les crises, pas juste à les éviter.


Les adultes peuvent avoir tort 
Trèèèès important ça. Essentiel à l'auto-préservation de nos enfants.

On peut estimer que quelqu'un a tort et  continuer à l'aimer 
Là c'est le pompom, puisqu'il vient toucher à un des mécanismes psychologiques les plus délicats qui soient : la capacité à se remettre en cause, c'es-à-dire à repérer / reconnaître qu'on a eu tort.
Se remettre en cause est un sport extrêmement compliqué à pratiquer, qui réveille des mécanismes défensifs d'une force inouïe. Et pourtant TELLEMENT essentiel. (c'est du reste une dimension que je testais systématiquement quand je recrutais. Travailler avec / manager quelqu'un qui ne peut accepter d'avoir tort, c'est l'horreur)
Or cette difficulté à se remettre en cause est souvent bien ancrée, car liée à une croyance bien forte "quelqu'un qui se trompe, qui a tort, n'est pas digne d'être aimé" / "pour être aimé, je dois être parfait". Plutôt crever que d'admettre qu'on n'est pas parfait, alors ! 

Alors que là, en montrant à notre enfant qu'on peut estimer que notre conjoint a franchement tort et continuer à l'aimer :
  • on lui montre que lui-même peut avoir tort et continuer à être aimé... et donc profiter des ressources formidables liées à la remise en cause ! Citons notamment : 
    • apprendre de ses erreurs
    • oser faire des trucs (puisque c'est pas la mort de se tromper / ne pas y arriver)
    • pardonner et demander pardon
  • on lui montre qu'il peut considérer que son père a tort et continuer à l'aimer, plutôt que d'avoir le choix entre nier son ressenti d'enfant, ou considérer que son père est un gros c**. Dilemme qui contribue grandement à 
    • la violence des crises d'adolescence, si elles ont lieu, 
    • la difficulté à établir des relations adulte-adulte avec ses parents
    • la difficulté à remettre en cause des schémas familiaux / styles d'éducation : comment décider d'éduquer autrement mes enfants que je ne l'ai été, puisque ce serait implicitement ou explicitement, exprimer que mes parents ont eu au moins un peu tort d'agir comme ils l'ont fait avec moi, alors que j'ai intégré que je ne peux les aimer si ils ont tort ?
Et voilà comment je me retrouve devant un choix silencieux bien pourri : aimer mieux (= plus efficacement) mes enfants, ou continuer à aimer mes parents ? 
Il s'agit donc de ne pas définir la loyauté comme quelque chose qui m'empêche de penser/exprimer que l'autre a tort (une croyance bien nocive qu'on retrouve partout, jusque dans les CODIR dont je m'occupe), mais de démontrer le contraire, en live.

La vérité vous rendra libres, il paraît.

Cerise sur le gâteau : si on arrive à se disputer de manière constructive, à soigner un peu sa manière de s'exprimer à ce moment-là, nos enfants peuvent même en retirer des compétences en la matière : "Exprimer vigoureusement son désaccord sans attaquer l'autre"... des leçons étrangement similaires à l'apprentissage de l'expression de notre colère envers eux, guidé par Faber et Mazlish....

Je dis ça, j'dis rien !

Par Rundvald — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=123316058 



lundi 7 novembre 2022

"Les enfants c'est QUE DU BONHEUR" - Ou pas.

Mon emploi du temps croule / a croulé, de la même manière que l'année dernière, et j'ai du prendre des mesures de rationalisation parce que pas moyen que je refasse un année comme celle qui est derrière moi.
A l'arrivée, même si le presque cramage n'est pas agréable, c'est positif, puisque ça m'oblige à me poser, et me permet un recentrage express en accélérant une évolution que je pensais possible seulement à moyen terme : travailler moins (pour gagner plus, spécial dédicace Sarko).

Dans le cadre de ce recentrage, j'ai squizzé différentes activités, selon
  • un premier critère absolu : leur niveau d'intérêt pour moi : "Ai-je méga envie de faire ça ?" / "A quel point cela me nourrit-il?"; je pourrais appeler ça la rentabilité énergétique ^^. Mes centres d'intérêt ayant évolué sur mes quelques années de BusinessGwen, il est temps pour moi d'adapter mon activité, et de dire adieu à ce qui m'a plu un temps, mais ne me correspond plus tant que ça maintenant.
  • et un 2ème critère relatif : la rentabilité financière. Je dis "relatif" car j'ai inclus, dans mes plans, un peu de place pour du "peu rémunérateur mais haut niveau d'intérêt". Place que j'ai décidé de consacrer exclusivement à l'animation d'ateliers de parents Faber et Mazlish cette année : j'ai donc, par exemple, arrêté de donner les cours de RH que je donnais depuis quelques années.

Je m'apprête donc à démarrer un cycle "Frères et Sœurs sans rivalité", et j'ai également pu déjà animer une première soirée Piqûre de Rappel en octobre. 
Pour mémoire, le principe de ces soirées est de réunir des parents des différents groupes ayant suivi les ateliers "Parler pour que les enfants apprennent" au fil des ans avec moi, et d'aborder avec eux leurs questions, leurs problèmes actuels, en mode requinquage / approfondissement / rafraichissement de mémoire / reprise de réflexes voire même souvent aussi raccrochage de wagons.

Super soirée, supers échanges et c'est l'un de ces échanges qui suscite l'article du jour.
La soirée regroupant par hasard deux mamans de jumeaux, dont l'une bien occupée avec sa paire de jumeaux en bas âge, la maman en question a été  rassurée d'entendre que ce serait plus facile après. Jusqu'à ce que la maman de jumeaux plus âgés lui dise 
"Oui, maintenant, c'est que du bonheur".
Là, elle a tiqué. 
Moi aussi.
Nous avons donc passé quelques instants à dézinguer cette phrase, qui fait bien évidemment partie des "phrases à la con" de la parentalité.

Nan, les enfants, c'est pas que du bonheur
Jamais. 
Et dire cela, c'est faux, archifaux, et surtout archinuisible, car comme l'ont si bien exprimé d'autres participants à cette soirée 
"Je me suis toujours demandé ce qui clochait chez moi, puisque franchement, non, jamais j'ai trouvé qu'avoir mes enfants n'était que du bonheur".
Petit Bout par Petit Bout détruisant le mythe - Allégorie



Eh bien oui.
Entendons-nous bien : nos enfants peuvent être la source de moments de bonheur inouïs et différents de tout autre forme de bonheur. 
  • Les voir endormis le soir, complètement abandonnés (et ENDORMIS, en plus !). On peut être pris d'une vague d'amour tellement folle, tellement forte, qu'on les en réveillerait presque pour les embrasser et les noyer de mots d'amour (complètement absurde évidemment après tout le mal qu'on a eu à les endormir), 
  • sniffer leurs cheveux, 
  • écouter leurs mots d'enfant, 
  • entendre leurs je t'aime, 
  • les regarder lire,... 
  • Plus grands, partager un jeu de société, un bon film, un puzzle...
Mais à aucun moment les enfants ne sont que ça. 
Disons-le clairement : avoir des enfants ne se fait pas par confort. Si on regarde d'un angle purement rationnel, il est complètement irrationnel et contreproductif d'avoir des gosses
  • on pulvérise son propre confort, 
  • on remplace sa liberté par une série de contraintes, 
  • on dynamite son sommeil, 
  • on divise par 10 ou 100 son temps libre, 
  • par 4 son revenu disponible. 
Sur le plan psychologique, les enfants sont, essentiellement, la source d'un certain nombre de questions inconfortables, d'angoisses, de frustrations, de découvertes pas super agréables sur soi-même, de prises de tête avec son conjoint, et d'une fatigue de ouf. 
Les enfants n'ont pas vocation à nous propulser sur une mer de nuages roses et AUCUN parent ne vit sur cette mer (ou alors, il en fume de la bonne). 

Alors oui, à certains moments les éléments de la première catégorie tendent à justifier et nous faire oublier quasi entièrement les éléments de la deuxième, si bien qu'on en viendrait à dire "Ces difficultés ne sont rien en regard". 
Oui ! 
Et NOOOOOON. 
Ce n'est pas rien du tout, et c'est même tout quand on est en plein dedans, c'est énorme, c'est épuisant.
Et une phrase comme "c'est que du bonheur"
  • nie nos sentiments, 
  • alourdit le sentiment de difficulté, 
  • et lui rajoute en plus celui angoissant de notre inadéquation, puisque comme exprimé durant cette soirée, visiblement, nous, si on trouve pas que c'est que du bonheur, c'est, au mieux, qu'on fait qqch de travers, ou, au pire, qu'on est soi-même tordu. 

Cette ambivalence de sentiments est à la racine de la parentalité. Or, comme le dit Haim Ginott, ce sont les sentiments ambivalents qui ont presque le plus besoin d'être accueillis comme tels. Car "si quelqu'un comprend mes sentiments confus, peut-être ne le sont-ils pas tant que ça". 
Je le mesure encore ces jours-ci, au téléphone avec celle de mes sœurs qui vient d'accoucher de son tout premier bébé et qui se retrouve embarquée dans cette ambivalence de malade, et les montages russes émotionnelles associées, en mode "Notre toute petite fille est tellement géniaaaaale on l'aime on l'aime on l'aime c'est fooooou / Au secours on va mourir on a dormi qu'1h30 cette nuit et allaiter ça fait maaaaal".

Ce dont a besoin ma sœurette d'amour, ce n'est pas d'un "Un bébé, c'est que du bonheur", ni même d'un "Après, ce sera que du bonheur" (publicité mensongère bonsoaââr), c'est d'écoute, d'accueil, de.... de quoi au juste ?
Tenez, si ça vous parle, je veux bien entendre vos témoignages des phrases qui vous ont le plus aidé(e)s dans vos premières galères semaines de parents.

Du côté de notre soirée, nous avons tous convenu de rattraper très vite cette phrase si par ailleurs elle venait à nous échapper ;-)


lundi 8 juin 2020

La parentalité positive est une belle arnaque

La parentalité positive, ça marche ?
  • Y en a qui vous diront que non.
  • Y en a qui vous diront que oui.

Moi je vais vous dire : la parentalité positive, surtout faites gaffe, c'est une arnaque !

Je le dis. 
Et je le prouve !

Que recherchent la plupart des parents qui s'intéressent à la parentalité positive ?

En 1er lieu : à améliorer l'ambiance à la maison. A ce que ça tourne sans crier. A diminuer les conflits à la maison.

Y  a qu'à voir le nombre de formations, bouquins etc qui grosso modo tournent autour de ce thème-là : "se faire obéir sans crier". 
Bref, le but est d'influencer le comportement de l'enfant. (un point très justement souligné par le très percutant "Aimer nos enfants inconditionnellement" d'Alfie Kohn, un bouquin dont je vous ai déjà commenté un extrait mais que j'aimerais, un jour, venir vous présenter plus globalement)
C'est le niveau 1 : changer le comportement de l'enfant. Régler le problème chez l'enfant. Tout bouquin d'éducation peut commencer à être lu ainsi; le mien y compris, d'ailleurs.
Dans tous les cas, c'est quand même chouette, hein, parce que c'est souvent ça qui met les parents en mouvement, les incite à mettre le doigt dans la parentalité positive. 
Les malheureux ! Si ils savaient !
Mais, pauvres agneaux blancs, à ce stade, nous ne nous doutons de rien...
Et une chose est sûre : certaines choses, en parentalité positive, influent véritablement sur le comportement de l'enfant. Et dans les premiers temps, on est tout encouragé par les améliorations qu'on constate.

Très vite cependant, on se retrouve confronté à un premier changement : pour diminuer les conflits à la maison, on a bien vu qu'on doit changer notre manière de communiquer, ce qui déjà commence à nous faire prendre une part de responsabilité dans le problème. Et peu à peu, en fait, on voit que c'est la relation à notre enfant qu'on doit changer. (parfois d'ailleurs on prend le train directement là, c'est déjà avec ce souhait qu'on arrive). C'est un des points que j'ai expérimentés moi-même, comme je le dis en conclusion de mon best-seller: en changeant les mots, j'ai commencé à changer de lunettes, et après… c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres madame !
C'est le niveau 2 : repositionner notre relation, notre rôle de parent. Par exemple en acceptant qu'être parent ce n'est pas tout décider pour notre enfant; que ce n'est pas tout savoir non plus; que…. 
Rha là là, la foule de croyances qu'il nous faut reconsidérer. Déjà nous n'étions pas venus pour ça. 
Et déjà, à ce niveau, parfois, ça coince. 
  • Soit complètement ; et on lâche la parentalité positive / le bouquin qu'on avait commencé à lire sur le sujet, puisque effectivement, si on change juste les mots sans changer la posture, très vite "ça ne marche pas", 
  • soit par moments, à chaque fois qu'une petite voix vient nous susurrer, en situation "Ah non un parent ne devrait pas accepter ça !" et autres "C'est un scandale, un enfant n'a pas à se comporter ainsi" ou encore "Je vais me faire bouffer", petite voix bien aidée, très souvent, par les voix de notre entourage qui nous assènent les mêmes choses (cf le fameux bingo des crises).
N'empêche que repositionner notre relation, notre rôle de parent, c'est déjà à la fois bien chouette, et ça porte déjà du fruit.
Mais on constate que les conflits demeurent ! C'est terrible !

Parce que oui, on s'est fait avoir : la parentalité positive ne s'arrête pas à ces 2 niveaux-là
Il y a une 3ème marche. On voulait changer notre enfant, on a vu qu'il fallait changer notre positionnement de parent / notre relation à notre enfant, et en fait… ça nous oblige aussi à changer autre chose : notre rapport à nous-même. 
En effet, la parentalité positive nous incite à gérer les conflits avec nos enfants autrement, et ce faisant, nous oblige à nous poser la question de nos limites et de nos besoins personnels (histoire d'être en mesure de les exprimer à notre enfant plutôt que d'attaquer l'enfant). 
Eh oui : pour remplacer "Vous êtes feignants et irresponsables ! Je suis pas la bonne ici !" par "Quand je vois des assiettes laissées en plan sur la table toute sale je me sens furieuse ! J'ai besoin de soutien ! Je m'attends à ce que chacun contribue dans notre maison !", encore faut-il avoir admis son droit à être fatigué / furieux, pris conscience de son besoin de soutien, et mis des mots sur son souhait de gérer la maison en collectif. 
Or tout cela c'est, très souvent, un exercice qui nous est étranger. Qui suis-je ? Quels sont mes besoins, mes limites ? 
Autant de questions que la plupart d'entre nous n'a pas appris à se poser, tout occupé à s'en poser d'autres "Comment faire pour qu'on m'aime ? Ai-je le droit de …?". 

Remplacer sa boussole externe par une boussole interne, apprendre à s'écouter (alors que "s'écouter", ça a toujours eu une connotation négative…), c'est un sacré travail...
Le gros hic, c'est que si on zappe ce travail, si on ne s'aventure pas sur cette marche, ça foire : 
  • pas moyen d'exprimer posément nos limites à nos enfants; 
  • accueillir leurs sentiments nous demande des efforts surhumains tant qu'on refuse d'écouter les nôtres 
Alors faute de savoir le faire, on explose, soit vers l'extérieur (explosion de colère) soit vers l'intérieur (sacrifice total, oubli de soi, incapacité à poser des limites, épuisement). Généralement, un joli mix des 2 selon les moments. 
D'autant que, comme nous ne regardons pas l'état de notre compte en banque, ni n'avons appris qu'il était légitime et indispensable de faire le nécessaire pour le remplir, c'est le découvert émotionnel assuré. Et vlan, encore une fois, "la parentalité positive ne marche pas", puisqu'elle nous épuise et/ou qu'on passe son temps à ne pas réussir à la vivre. 
A l'inverse, prendre conscience de ce réservoir et de la nécessité de le remplir, c'est revenir à la base de cette satanée bienveillance : la bientraitance envers soi-même.
Prendre soin de soi, s'aimer soi-même, vraiment, c'est un sacré défi, et c'était pas écrit sur le paquet à l'achat...

Ce processus, je l'ai vécu moi-même, et je l'observe autour de moi, notamment chez les parents que j'accompagne en ateliers Faber et Mazlish. C'est ce qui fait généralement le succès de la séance bonus que je propose de rajouter au bout des 3 premières soirées et avant de passer à la 2ème moitié du cycle : une séance entièrement dédiée à la culpabilité et à la colère du parent (basée sur ce que Faber et Mazlish en disent dans Parents épanouis, enfants épanouis). 
Là où tous les participants ne voyaient pas encore forcément l'intérêt du sujet en tout début de cycle, au bout de 3 séances ils sont ravis de la proposition car ils en constatent la nécessité absolue.

Et avec ça c'est bon ?
Eh bien non.


Parce que, caramba, figurez-vous qu'il y a une 4ème marche. M...!

Hélas, trois fois hélas (ou pas…), une fois qu'on commence à revoir sa relation à soi-même, ses besoins, ses limites, ça bouge ailleurs également. Environnement systémique, machin : il serait illusoire de croire qu'on peut bouger soi-même sans que les relations qui nous lient à d'autres personnes ne bougent aussi. 
Ainsi, en ce qui me concerne, 
  • apprendre d'autres manières de communiquer avec mes enfants m'a donné envie (et des clés pour le faire, aussi - c'est cool) de communiquer autrement avec d'autres personnes aussi (conjoint, amis, milieu professionnel, vagues connaissances ou parfaits inconnus), 
  • apprendre à mieux me connaître moi me l'a rendu indispensable. 
A la fois parce que plus de conscience de mes besoins et de mes limites, et à la fois parce que les efforts et avancées faites en parentalité positive ont modifié lesdits besoins et limites. 
L'énergie qu'on met à gérer nos enfants nous oblige à 
  • reconsidérer celles de nos relations qui nous coûtent le plus d'énergie : personnellement, cela m'a amenée à prendre mes distances avec certaines personnes, à arrêter d'investir de l'énergie dans l'entretien de la relation en réalisant qu'investir à perte était un luxe que je ne pouvais (occupée ailleurs) ni ne souhaitais plus (écoute et protection de moi-même, bientraitance) me permettre; sur ce plan, cela s'est fait dans la continuité du développement de ma capacité à dire non amorcé en étape 3...
  • assainir et embellir d'autres relations, pour plus d'authenticité, d'écoute, d'intimité et de soutien émotionnel. Et c'est là où l'on réalise à quel point développer sa capacité à dire non, c'est aussi développer sa capacité à dire oui, de vrais oui, pas des oui contraints. 

"Que votre oui soit oui, que votre non soit non"...

C'est une sacrée chance, mais ce n'est pas sans peine… Heureusement que le jeu en vaut carrément la chandelle !
En ateliers Faber et Mazlish, ça se traduit généralement par le fait que, peu à peu, les échanges ne sont plus uniquement centrés sur les enfants… parfois, que ce soit directement en ateliers, ou dans les conversations pré- ou post-séance, la question vient "Euh, ce serait quoi l'attitude Faber et Mazlish dans telle ou telle situation ?" (qui n'a rien à voir avec les enfants, mais avec les parents, les frères et sœurs, les collègues du participant). 

Et voilà comment on se fait bien arnaquer : on arrive pour changer des trucs autour de notre enfant et c'est notre vie entière qu'on est amené à reconsidérer. Et pas moyen de s'arrêter sur l'une des marches sans pousser jusqu'à la suivante, sinon, hop, constat impitoyable : ça ne marche pas !


Eh mais...

Est-ce que ça veut dire que pas moyen, au fond, de réussir à être un parent positif 
tant qu'on n'a pas fait 10 ans de thérapie pour se connaître, 
et réussi à construire un couple parfait et des relations méga saines?

Réussir à être ? Etre un parent positif ?

Ben voyons.
Tout à fait. 
C'est justement pour cela qu'être un parent positif parfait n'est pas possible. 
Nous sommes des êtres changeants, nous ne pouvons pas être quelque chose à part nous- même, un être changeant, dont les capacités sont en permanence influencées par ses perceptions, son niveau de fatigue, ses expériences passées, ses espoirs futurs, etc... Réussir à être n'a aucun sens. Et le club des Parents Positifs Parfaits est condamné à rester désespérément vide.
En revanche, agir en parent positif, ça c'est possible. Pas tout le temps. Mais à un instant. Et encore à un instant.  De la même manière qu'entretenir une relation de couple, des relations d'amitié parfaites n'est pas possible non plus. Mais on a la possibilité de poser de petits gestes, chaque jour, pour renforcer ces relations-là.

Prendre conscience de ces 4 marches, ce n'est pas regarder tout là-haut et se dire "J'y arriverai jamais !" ni même "Pour être bien je dois arriver là-haut" (plus insidieux, mais tout aussi destructeur); c'est réaliser que l'objectif est de se mettre en mouvement, que le but c'est le chemin, pas une pseudo ligne d'arrivée. 
Chaque mouvement qu'on fera sur l'un des niveaux aura un impact sur les autres niveaux, il s'agira d'accueillir cet impact avec toute la souplesse possible à ce moment, pour peu à peu, opérer de petits changements ici et là (vous savez, hein, petit bout par petit bout, machin - oooh c'qu'elle nous saoule celle-là). 
C'est réaliser que nos difficultés à vivre la parentalité positive sont parfaitement normales, car tout est tellement lié que c'est le cheminement de toute une vie.
Mais qu'elles valent sacrément la peine, car honnêtement, même si on ne peut être le parent parfait, dans un couple parfait, environné de relations parfaites, évoluer au quotidien dans un niveau d'intimité émotionnelle et de soutien de plus en plus grand avec ses enfants, son conjoint, son entourage, on va pas cracher dessus non plus, hein ?
(en plus cracher c'est interdit avec le COVID).


Allez, j'vous laisse, j'ai un tout petit pas à faire sur l'un ou l'autre de ces niveaux, moi (et parfois ça fait mal aux fesses l'alpinisme)

(bon, et après ce billet, je pense que plus personne ne pourra me demander
 si les sublimes illustrations du bouquin sont aussi de moi. 
Je crois que la différence avec Claire est assez visible, hein ?)

jeudi 4 juin 2020

"Un parent positif parle d'une voix douce" - vraiment ? - petit Moment de Parentalité Positive

Un court billet pour venir fixer un des moments réussis partagés sur le groupe Facebook destiné à cet effet.
Raconter celui-ci sur le groupe a provoqué chez moi quelques songeries complémentaires.


Ce qui m'amène à inaugurer une série de billets avec un tag particulier : phrase à la con.
Car aujourd'hui, nous allons parler d'une phrase à la con, ce genre de phrase que nous avons entendu, intégré, et qui constitue une croyance limitante.
C'est quoi une croyance limitante ? Ben un truc qui nous limite, qui limite notre capacité à être, à agir, à entrer en relation, à vivre. Qui est faux (croyance, pas vérité), mais a valeur de vérité car transmis par notre entourage, hérité de notre famille, inculqué pendant notre enfance, etc.
BOUH la méchante croyance limitante.
C'est une sœur jumelle de ces nains-là.
Et donc une seule chose à faire avec celles-là : les repérer et les dézinguer avec force et hémoglobine.


Donc, le moment partagé :

Retour de ballade avec les 3 enfants (bébé en porte-bébé) ; dans l'impasse privée de notre résidence j'ai la joie de tomber sur Claire (à qui nous devons les sublimes illustrations du bouquin). Confinement oblige, nous ne sommes guère vues ces dernières semaines, donc papote à 1m de distance (voire plus, afin de l'empêcher, à sa demande, de "manger le bébé"), pendant que nos enfants respectifs, aussi ravis de se retrouver que leurs mères, font de même.
Mais assez rapidement H. s'agite dans le porte-bébé : il n'a pas tété depuis longtemps…
Mes
"on rentre les enfants" 
"les enfants c'est le moment de rentrer"
"H. a faim il nous faut rentrer" passent visiblement complètement au-dessus de mes enfants, je me sens invisible. L'agitation de H. s'accentue, la mienne aussi... Je ne suis pas plus écoutée.
Ouille.
Et je me souviens juste à propos de l'exemple 10 de mon bouquin feuilleté la veille au soir pour les besoins du groupe.
Je me rapproche de F. et je pose ma main sur son épaule. Je dis d'une voix calme :
"J'ai répété vraiment beaucoup de fois que c'était le moment de rentrer. 
- E., on y va !"
Direction le jardin pour tout le monde.



Suite à ce moment, réflexion en 2 temps


1. "D'une voix calme, douce…", disais-je


Il ne s'agit pas là d'une douceur feinte, de cet écueil classique en parentalité positive, où l'on est victime du mythe / injonction
"en parentalité positive on parle toujours avec des paillettes et des fleurs dans la voix"
... au risque d'exploser encore plus fort juste après.


C'est un écueil, oui.
  • Oui, maîtriser le ton de sa voix se révèle souvent très utile pour ne pas rajouter du rapport de forces dans la voix.
  • Cependant… comme le dit Haïm Ginott
"on peut se montrer un peu plus gentil qu'on se sent, mais un peu seulement" 
(yep, encore une application de cette maxime ! A mettre à toutes les sauces ;-) ), et s'obliger à utiliser un ton eeeextrêmement doux quand on bout à l'intérieur nous force à un manque d'authenticité qui risque bien de se retourner contre tout le monde ensuite.
  • Adoucir légèrement sa voix : oui, pour ne pas donner TOUTE l'ampleur de notre colère à sentir à l'enfant, oui.
  • Parler doucement à un très jeune enfant parce qu'on perçoit qu'à un très jeune âge le non-verbal supplante tellement le verbal que c'est la seule chose qu'il peut comprendre : oui, encore.

Mais pas de fausses paillettes ni de fleurs en plastique !
Si on est en colère, gaspiller notre énergie à travestir notre ton de voix risque fort de ne pas nous laisser d'énergie pour ce qui compte vraiment : l'attention
  • 1. aux mots qui sont ainsi dits : quelle différence énorme il y a entre 
    • beuglement numéro 1 "Vous êtes INSUPPORTAAAABLES !!!" (attaque de l'enfant) et 
    • beuglement numéro 2 "Je suis FURIEUSE de voir le linge éparpillé partout !" (expression très vigoureuse de sentiments très très vigoureux) : le message passé est très très différent...
  • 2. à la brièveté : quelle différence énorme d'impact entre 
    • un bref cri "Les enfants LA PORTEEEEUH" et 
    • un looong hurlement "J'en peux plus j'en ai marre vous avez encore et puis la dernière fois etc et faudra pas venir vous plaindre et d'ailleurs vous pouvez toujours rêver de". (nan, regardez pas ailleurs, on l'a tous entendus de nos parents, et... on l'a tous reproduit aussi. Parce qu'une colère trop longtemps réprimée a cette fâcheuse tendance à ne plus pouvoir s'arrêter une fois que la valve de sécurité saute). Alors que s'astreindre à être le plus bref possible permet à la colère de sortir, ce qui est absolument nécessaire, mais sans dommage, ce qui nous tient tout autant à cœur. (cf l'extraordinaire chapitre consacré à la colère sans dommage dans le Parents Epanouis, Enfants Epanouis de Faber et Mazlish).

Se forcer à ne pas sortir sa colère, la réprimer, c'est hyper coûteux, et nuisible à la relation parent - enfant, au fond : comme le dit Haim Ginott : les enfants ont besoin d'authenticité.
La colère est une information utile, elle constitue un signal d'alerte, tant pour nous que vis à vis de nos enfants, et se forcer à ne pas l'exprimer
  • 1. nous épuise 
  • 2. nuit à nos sentiments positifs envers nos enfants : dans leur excellent Frères et sœurs sans rivalité, Faber et Mazlish (encore eux. M'enfin vous êtes habitués avec moi) disent "pour permettre aux sentiments positifs de rentrer, il faut laisser les sentiments négatifs sortir"; c'est valable dans les relations au sein de la fratrie… mais pas que !) 
  • 3. expose notre enfant à se prendre de plein fouet notre colère quand la cocotte minute explose 
  • 4. nous expose, nous, à nous engluer dans la culpabilité, culpabilité qui vient encore plus saper notre moral et donc notre capacité à mobiliser nos ressources pour faire différemment. 
Super bilan.


2. Ne pas adoucir artificiellement sa voix... mais adoucir effectivement ses sentiments ?

Nos sentiments ne peuvent ni ne doivent être réprimés, donc.
En revanche, ils peuvent être orientés par tout un tas de choses.
Par exemple, si on est fatigué, un verre renversé, un refus de notre enfant, ou une de ses colères, risque bien davantage de provoquer chez nous agacement, fureur ou détresse, que si on a notre content de sommeil. Alors que si on a pu veiller à notre jauge de sommeil, il y a plus de chance que les mêmes évènements n'aient pas du tout le même impact émotionnel.
Idem si on se sent stressé, seul, bref, c'est l'impact du découvert émotionnel, superbe concept exposé ici.
Se permettre d'exprimer sa colère comme vu en point 1, oui. En revanche si on constate qu'on passe son temps à devoir exprimer sa colère... c'est le signal que quelque chose ne va pas.
  • Ca peut être que notre enfant agit de manière particulièrement relou en ce moment, et ça risque fort d'être lié à un réservoir vide chez lui. 
  • Ou ça peut être que nous percevons notre enfant comme particulièrement relou en ce moment... et c'est le signe d'un réservoir d'amour vide chez nous !
Or notre compte en banque, il s'agit à la fois de veiller à ne pas trop le vider…. mais aussi et surtout de prendre le soin de le remplir ! Contrairement aux vrais sous, où trouver de nouvelles sources significatives de revenus s'avère souvent assez compliqué, sur le plan émotionnel aller chercher de nouvelles ressources est très souvent ZE truc à faire. On peut
  • 1. dresser une liste de tout ce qui nous fait du bien, nous remplit vraiment et 
  • 2. décider que cocher dans cette liste est une priorité... une fois qu'on met de côté la peur d'être égoïste.
Agir ainsi, renflouer ses finances de manière proactive nous donne beaucoup plus de ressources et oriente nos sentiments dans une direction tout autre.

Quel rapport entre ce laïus (passionnant par ailleurs) et le petit épisode en introduction de ce billet ?
Orienter nos sentiments, vous dites...
Et c'est là où cet épisode a attiré mon attention sur l'une des grandes forces du toucher.
  • Toucher notre enfant l'aide à coopérer, à connecter son cerveau et se connecter à nous et ainsi être en mesure d'entendre notre demande.
  • Mais toucher notre enfant nous aide aussi à être véritablement, nous aussi, dans une logique de coopération. Il connecte l'enfant à nous, il nous connecte également à notre enfant. Dans ce cas toucher F. a vraiment adouci mon état d'esprit, que la douceur de ma voix est donc venue refléter.
Ce qui m'a remis en mémoire un conseil de conseillers conjugaux : ils est recommandé, lors des disputes / discussions conflictuelles avec le conjoint, de mener celles-ci en tenant la main de son conjoint. Afin d'éviter des dérapages et de favoriser le maintien d'une bonne empathie, et donc un maximum de constructivité.

Bref, de la même manière que dans mon billet sur les Sims nous voyons 
  • qu'il existe des moyens pour orienter nos sentiments amoureux / les garder orientés / les réorienter vers notre conjoint, 
  • la nécessité d'y avoir recours en dézinguant la petite voix qui nous dit que "c'est du luxe" ou encore que "je néglige mon enfant quand je prends du temps avec mon conjoint", 
il s'agit ici de voir quelles ressources nous avons pour orienter nos sentiments vers notre enfant. Soit sur le long terme, soit directement en situation.
De voir, et de taper dedans sans complexe.