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lundi 7 octobre 2024

Atomic Habits - une bombe de bouquin

Dans les rayons de librairie "développement personnel", c'est comme dans les rayons éducation

  • les bouquins ne manquent pas
  • 90 % peuvent être de la bonne grosse daube
  • un certain nombre peuvent être aidants sur au moins quelques points, mais leur intérêt est à peser au ratio du nombre de pages à lire.
  • et certains (le mien, par exemple !) sont extraordinaires.

Selon quels critères ?

Voici les miens :

  • apporter un angle de vue vraiment aidant
  • solide sur le plan théorique
  • mais surtout assimilable sur le plan pratique : avec des pistes concrètes, facilitant autant que possible la mise en œuvre 
  • et adaptable : un discours nuancé, sans injonctions, sans culpabilisation, prenant en compte et incitant à l'adaptation aux besoins et modes de fonctionnement personnels
  • et surtout, découlant de tout ça : un effet important sur ma vie. Des lectures qui créent un changement. Je me mets à agir différemment. Et cette différence apporte quelque chose de significatif, un mieux palpable, durable.

En éducation, les livres qui ont eu cet effet là chez moi sont clairement en tout premier lieu ces chers Faber & Mazlish. Je ne m'en suis jamais remise et ne cherche d'ailleurs pas franchement à me soigner. Je vous ai aussi livré d'autres pépites, comme celle-ci, celles-ci, celle-là ou encore celle-ci.


En développement personnel, eh bien, aujourd'hui j'en ai un fameux à vous présenter, qui coche laaargement les critères susmentionnés, et m'a tant apporté ces derniers mois que si vous n'en récupérez ne serait-ce que 10% des bénéfices que j'en ai tirés, ben, franchement... ce sera déjà significatif. Et puis, surtout, pas de raison que vous restiez limité(e)s à ces 10% : la mécanique est implacable, vous aurez faim, envie et capacité pour plus ! D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que j'ai entamé ma 4ème lecture : je soupçonne que je suis moi-même looooin d'avoir encore tout tiré de ce livre. Quel dommage.

Il s'agit du livre 

"Atomic Habits" de James Clear, 

dont le titre français "Un rien peut tout changer" fait penser à un roman de Guillaume Musso, mais... non.

Comme tout bouquin américain de développement personnel, ce bouquin commence évidemment par un 3615mylife de l'auteur, expliquant comme il est passé d'une situation effectivement pas très enviable à bien mieux. OK. Mais derrière... on a quelque chose qui en vaut la peine.

James Clear s'ingénie en fait à repérer des leviers permettant de prendre les habitudes qu'on souhaite prendre, et perdre celles qui nous embêtent. Par petites touches. Petit bout par petit bout ! Mince alors. Parce que, comme il le souligne, si tous les jours on avance d'un tout petit pas, le temps travaille avec nous. Si tous les jours on recule d'un mini pas, le temps travaille contre nous. Donc chaque petite habitude compte, dans un sens, ou dans l'autre.

Il décompose admirablement bien la mécanique, sous forme de 4 lois claires et utilisables. Et non content de livrer ces 4 lois assez intéressantes en elles-mêmes, avec chaque chapitre il détaille celles-ci de manière bien concrète, de manière à alimenter une réflexion personnelle ... et de l'action : 

"Eh, mais, ça, je pourrais l'appliquer de telle manière à tel aspect que j'aimerais renforcer dans ma vie!"
.

J'en ai trouvé des résumés sur le web au départ (comme celui-ci par exemple) et rien que leur lecture a causé beaucoup de tilts chez moi. Puis la lecture du bouquin, parce qu'il est vraiment pétri de trucs intéressants et non un bouquin "je monte en mayonnaise 2-3 idées intéressantes puis je délaye la sauce sur 250 pages", a causé un nombre encore plus important de tilts, au point que, comme dit, j'en suis à ma 4ème lecture, ce qui est vraiment gênant, puisqu'à chaque lecture, je change encore un point ici, un point là, dans ma vie. 


Alors, zou, je vous emmène dans ma lecture : points clés du bouquin illustrés par des exemples de mises en œuvre chez moi.


James Cleare détaille le fonctionnement de l'action, à traves une boucle composée de 4 éléments, et associe une loi à chaque élément.

En gros, le cycle de l'action comporte 4 éléments :

  1. Déclencheur / Signal: exemple, je vois une gaufrette autrichienne (Mannerschnitte. Au secours, ma maison en est pleine, car notre mamie au pair G5 chérie est revenue passer le mois de septembre chez nous)
  2. Désir : oh mais j'ai bien envie d'un truc sucré croustillant moi
  3. Réponse : je m'empare de la gaufrette
  4. Récompense : hum cette bonne sensation de sucré


Et pour activer les 4 éléments et favoriser un comportement (ou l'inhiber, hinhinhin), on a donc 4 lois :

  1. - Make it Obvious : le rendre évident / flagrant = poster le Déclencheur
  2. - Make it Attractive : le rendre attirant = créer / attiser le Désir
  3. - Make it Easy : le rendre facile = faciliter la Réponse
  4. - Make it Rewarding : le rendre gratifiant = assurer / augmenter la Récompense


Regardons chaque loi de plus près : 

Que dit-elle ? 

Que peut-on en faire ? 

Qu'est ce que le On-Gwen en a fait jusque là ?


1. Make it Obvious : poster des Déclencheurs.

Si on a des bonbons sous la main, on réfléchit même pas que hop, on se retrouve avec un bonbon dans la main. Inversement, si ce sont des pommes qu'on a mises en évidence sur la table de la cuisine ou à portée de main dans la pièce où l'on se tient / un lieu de passage, c'est bien plus souvent une pomme qu'on va avoir à la main. Le bonbon, la pomme, est un déclencheur. 

Il s'agit de poster ceux qui vont dans le sens de ce que nous voulons.

AtomicHabits décline cette loi en plusieurs options, parmi lesquelles

  • l'aménagement ciblé de l'environnement 

(oh, c'est curieux, un truc typique Faber et Mazlish... eh ben oui, ça marche merveilleusement bien pour guider la volonté d'un enfant dans le bon sens, même effet sur la volonté d'un adulte !)

On pense plus facilement à faire du sport si on a sous les yeux son matos de sport, plus facilement à envoyer des cartes d'anniversaire si on a un stock de cartes dans son champ de vision, etc. 

    • Par exemple, depuis que j'ai mes vieilles cartes de visite à portée de main / sous les yeux pour laisser des petits mots aux enfants avant de partir en déplacement pro... ben... j'en écris plus souvent.
    • Pour mieux manger, hop, avoir des crudités faciles à attraper qui me sautent presque dans les bras dès que j'ouvre le frigo. 
    • Et... ne pas acheter de chocolat. Si pas de chocolat dans la maison, c'est plus dur de craquer. (du coup, justement, quand j'ai vu G5 revenir chez nous avec un panier énorme de Mannerschnitten, je me suis dit ouille en même temps que miam)

James Clear souligne que la discipline et la volonté sont en stock limité, donc, pour les économiser, il vaut avant tout mieux se prévoir un environnement pauvre en tentations et riches en incitations passives à aller dans le bon sens. Une approche à la fois déculpabilisante et très pragmatique (du coup, curieusement, efficace !) que j'avais déjà évoquée dans mon billet Smartphone/TDA.

  • Le positionnement précis et réfléchi de l'action dans le temps, voire dans l'espace 

Notre ami James mentionne des études qui ont montré une différence énorme (facteur 3) entre par exemple un groupe qui aurait pour objectif de faire du sport 3 fois par semaine, et un autre groupe avec le même objectif, mais à qui on aurait en plus dit de décider à l'avance du positionnement de ces 3 séances dans la semaine, et de les caler dans leur agenda. 

    • Et effectivement, depuis qu'Habitica m'a incitée à le faire, j'ai par exemple positionné 5 minutes d'épilation sur 2 matins précis, et du coup, au lieu d'avoir à me demander chaque matin si, hein, ptet que faudrait, oh bah non, oh bah si, ...c'est déjà décidé, je ne me pose pas de question, je fais bêtement ce que j'ai dit que je faisais, quand ça apparaît dans mes Dailies.

Il est donc recommandé d'utiliser l'agenda pour qu'il joue ce rôle de déclencheur qui nous épargne d'avoir à réfléchir "Qu'est ce que je fais maintenant". C'est la force des routines dont je soulignais déjà l'effet "économie d'énergie mentale" il y a plusieurs années.

    • Trèèèès utile : je programme mes séances de sport  dans mon agenda pro Outlook (a minima le dimanche pour la semaine à venir; souvent plus), pas besoin de réfléchir, pouf, je sais ce que je fais quand.

Des post-it de rappel à certains endroits peuvent jouer le même rôle.

Et niveau espace déterminé, même chose : notre banc à chaussures accueille beaucoup plus souvent les chaussures des enfants (= celles-ci sont donc moins en vrac par terre) depuis que... j'ai mis une étiquette mentionnant le nom d'un enfant sur 3 portions dédiées dudit banc. Ce sont pourtant les mêmes chaussures, le même banc, les mêmes enfants. 3 étiquettes font la différence.



2. Make it Attractive : il s'agit de rendre quelque chose Attirant : créer ou attiser le Désir

Là aussi, plusieurs options (eh oui, ce billet ne sera pas exhaustif : il y a beaucoup trop de bonnes choses dans ce bouquin pour que je les énumère toutes... ce sont 250 pages bien employées !)

  • Bien s'entourer 

On est, par exemple, naturellement porté à imiter notre entourage, et c'est par exemple plus difficile de s'arrêter de fumer si on continue à traîner avec la même bande de potes tous fumeurs invétérés.

    • Bon, eh bien, je ne fais pas ça pour ça, mais à l'arrivée, je fais un constat similaire. Il se trouve que je bosse de plus en plus souvent en binôme, avec quasi toujours la même binôme : une nana extra avec qui on fait de super choses. Or ça tombe bien à plus d'un titre:
      •  non seulement nous sommes hyper efficaces et nous tirons vers le haut sur le plan purement professionnel, 
      • mais en plus nous avons une influence positive l'une sur l'autre ne serait-ce que parce que nous cherchons toutes les 2 à mener une vie un tant soi peu saine, tout en rigolant. Donc, quand nous passons une journée ensemble pour préparer une intervention commune, cette journée va dans le bon sens : 
        • nous mangeons bien et sainement, 
        • nous prenons le temps d'aller marcher après le déjeuner, 
        • et nous n'arrêtons pas de rigoler de la journée, le tout contribuant à rendre ces journées merveilleusement productives.


  • Mettre en place ce qu'il appelle temptation bundling : un package de tentations

Il s'agit de lier 2 choses que l'on veut faire, avec idéalement au moins l'une agréable. L'attrait des 2 se conjugue : 

    • c'est en fait...ce que j'avais fait en liant marche et petit moment des enfants
    • Fondamentalement, c'est aussi un des effets bénéfiques d'aller à la messe à pied : je fais d'une pierre 2 coups (marche + messe) donc ça augmente ma motivation pour les 2.
Et à la 2ème lecture je crois, je me suis posé la question de comment appliquer cela à une habitude à laquelle je travaillais depuis fin mai - début juin : enchaîner 3 x 1 minute de planche, chaque matin. (c'est pas pour me vanter mais vous verriez mes abdos maintenant !) 

C'est loooooong, une minute de planche ! Jusqu'à ce que je me pose la question de comment rendre cette minute plus agréable. 

    • 1ère idée : trouver des vidéos Youtube qui durent une minute, comme ça, hop, je dois tenir le temps de la vidéo. Ca aidait bien, mais les vidéos que j'avais trouvées étaient certes marrantes, mais d'un intérêt limité à la longue.
    • Au bout de quelques jours, j'ai donc perfectionné le truc : toujours sur Youtube j'ai découvert des conférences très intéressantes sur la dopamine, le sommeil, les habitudes, bref, différents thèmes dont je suis friande actuellement, en anglais de surcroît donc hop, bénéfice additionnel au passage. Et maintenant, du coup, c'est mon feuilleton du matin, je reprends la conf à l'endroit où je me suis arrêtée la veille, je lance mon minuteur, et je les écoute par tranches d'environ 5 petites minutes par jour (en incluant les pauses entre mes 3 planches). Si bien que... 

      • je sens moins la minute de planche passer / elle me semble moins longue
      • je me retrouve à avoir hâte de faire ma planche puisque j'ai hâte d'entendre la suite.


  • Rendre le truc plus attirant, ça peut aussi se faire avec du matériel 

C'est à ça que peut servir la tenue de sport sympa par exemple. 

    • Et sur le plan professionnel, c'est aussi à cela que contribue un luxe que je m'offre : j'ai un cahier par client de coaching, sur lequel je vais prendre les notes de chaque séance le concernant, et ce sont des cahiers Moleskine. J'aime beaucoup leur aspect, la sensation d'écriture dessus, et donc ça contribue à l'agrément de mon boulot. C'est précieux !


3. Make it Easy : rendre l'action Facile

Aaaah, rendre facile, punaise ! C'est tellement clé !

  • Il s'agit par exemple de diminuer la complexité d'un truc, ce qu'il appelle la "friction" 

Tout ce qui est obstacle et complique. Par exemple, si pour ranger ses chaussures, on a 4, 5, 6 étapes à accomplir, il y a bien plus de chances qu'elles restent en vrac dans l'entrée, que si il n'y en a que 2. 

Ce que Monsieur Bout a récemment intégré me concernant : là où jusqu'à présent mes chaussures à moi se rangeaient toutes dans le cagibi sous l'escalier = 

  1. saisir chaussures, 
  2. ouvrir porte du cagibi, 
  3. allumer lumière du cagibi, 
  4. aller au fond du cagibi, 
  5. poser chaussures, 
  6. ressortir du cagibi 
  7. [éteindre la lumière ou oublier]
il a profité de notre grand rangement de rentrée pour m'aménager un petit coin sur le banc à chaussures de notre entrée (jusque là squatté entièrement par les chaussures des enfants), pour y déposer les 2 ou 3 paires que je mets le plus souvent. Les autres restent hébergées dans le cagibi, mais comme je les mets moins souvent, l'effet "A quoi bon les ranger je vais les remettre dans 10 min / 2h / dès demain matin" est beaucoup moins fort ; et moins fréquent en volume, de toute manière. Cette redisposition transforme donc l'action en : 

  1. saisir chaussures
  2. poser sur le banc. 
Ca, j'arrive à faire.

  • Du coup, l'aménagement de l'environnement revêt pour cette loi aussi beaucoup d'importance : 

pour faire du sport, il vaut mieux que le matos de sport soit à portée de main. 

    • Je prépare mes vêtements de sport la veille au soir. 

Si je veux manger des légumes, il y a des chances que ce soit plus facile si j'en achète des faciles à préparer que des options qui demandent des plombes d'épluchage. 

    • Et pour choisir plus facilement de grignoter des crudités que du saucisson, ça m'aide d'avoir pris l'habitude de découper un gros légume comme un chou rouge par exemple. Emincés à l'avance dans un de mes fidèles pots Glasslock (oui, ils sont toujours là ! Ils résistent ! Enfin, la plupart, car certains se sont quand même fracassés sur le sol au fil des ans), les morceaux de chou rouge me demandent 0 effort quand je cherche quelque chose à grignoter en cuisinant. 

Ce qui nous amène à une autre manière de faciliter les choses : 


  • Pré-bloquer le machin / dissocier le moment de la décision du moment de l'action, ou encore couper la difficulté en 2. 


En effet, m'habiller le matin cumule : je dois non seulement me secouer pour sortir de mon pyjama douillet et m'habiller, mais, avant cela, surmonter l'obstacle du Terrible "Keeeeskejmééééé". 2 épreuves d'un coup ! Argh ! Quelle force surhumaine, quel mental d'acier ça demande ! C'est plus facile de rassembler l'énergie pour combattre le Keskejmé sans la perspective d'en plus devoir m'habiller derrière (et en plus sans être pressée), donc le soir ; et puis le matin, de m'habiller sans avoir à me poser de questions.

    • J'ai également découvert comme utiliser ce découpage / dissociation du moment Décision du moment Action, avec mon appli de blocage StayFocused
  1. avoir la discipline de ne pas perdre du temps sur mon téléphone les matins ? Difficile  !
  2. Lancer un blocage de mon téléphone pour la prochaine heure, dès mon lever ? Moins difficile, mais il faut avoir suffisamment de volonté tout de suite, là, direct. Pas gagné.
  3. Créer plusieurs paramétrages limitant la plupart des appli (combinées, en plus) à 6 minutes / heures pendant les 2 heures suivant mon horaire de lever ? Hum; intéressant... mais selon les moments, je ne vais pas me lever à la même heure, donc il faudrait adapter...
  4. Choisir la plage horaire de blocage au moment où je règle mon réveil càd détermine mon horaire de lever du lendemain, et donc en cohérence avec elle, la veille au soir ? Oh oh, bien plus efficace! Ca va être à la fois adapté à l'enjeu du moment, mais pré-déterminé à un moment où j'ai encore de la volonté, puisque c'est pour "plus tard". Dans les faits, j'ai des paramétrages fixes, déterminés pour la semaine (plage 6h-8h les lundi mardi jeudi vendredi, plage 7h-9h les mercredis, plage 8h-10h les samedis dimanche), mais tous les soirs j'ai Habitica qui me rappelle de me poser la question et d'aller modifier si nécessaire, afin de prendre en compte une éventuelle déviation de planning (par exemple un jour férié, un tgv m'obligeant à me lever aux aurores, ou une réunion parents-profs tôt le samedi matin)


    • Idem, quand grâce à tout ça j'ai pu reprendre l'habitude de lire le soir avant de me coucher, au lieu de scroller, c'était bien chouette. 
Si ce n'est que.. j'ai autant de mal à me mettre des barrières face à un bon livre que face à un téléphone (enfin, presque. Sans la lumière bleue du téléphone, je peux finir par m'endormir la tête sur mon bouquin. Ce n'est pas idéal non plus même si ça limite la casse). AtomicHabits m'a poussée à me poser la question de comment, comme il le dit, "pré-verrouiller" la décision. Eh bien, je contrôle beaucoup mieux le phénomène du "encore un chapitre" depuis que, avant de me mettre à lire, je choisis  où je vais m'arrêter et y positionne mon marque-page. Je lis puis paf, je tombe sur le signal de m'arrêter. Ce n'est pas parfait mais efficace dans 90% des cas quand même. (vous aurez remarqué comment cette astuce combine subtilement la loi numéro 1 et la loi numéro 3 : je décide à l'avance le moment de l'arrêt ET dispose le signal qui y correspond).


Ah, mais surtout, n'oublions pas l'essentiel : rendre facile, ça passe aussi par le découpage de l'habitude en micro-habitudes

Poussé au max, c'est ce que James Clear appelle la Règle des Deux Minutes : avoir une version ras-des-pâquerettes / dégradée, et commencer par elle, de toute habitude. 

2 minutes, si vous suivez ce blog depuis de longues années, ça vous dit forcément quelque chose. Le minuteur des 2 minutes anti HotSpot de Flylady ! Mais oui ! En lisant AtomicHabits, j'ai compris encore plus clairement de nombreux ressorts du l'efficacité du système Flylady : Flylady est un système éminément atomique (comme l'expliquent les 2 définitions d'atomique présentes en début du bouquin: atomique, c'est à la fois tout petit... et avec un effet énorme). Et effectivement, faire commencer du rangement par juste 2 minutes, ça, je peux en témoigner, c'est diablement efficace sur quelqu'un qui déteeeeste ça.

    • J'ai réintroduit la lecture de bouquins pro sous la forme de "2 pages minimum" tous les soirs. 
Du coup, c'est comme ça que j'ai lu AtomicHabits plusieurs fois, et d'autres bouquins très utiles encore.


    • Et ça m'a bien fait rigoler de réaliser que ma mise au sportil y a un peu plus de 2 ans maintenant, a en fait incarné le plus pur style MakeItEasy! 
Comme Monsieur Jourdain, à ce moment, j'ai fait de la prose du AtomicHabits sans le savoir. J'ai commencé par quelque chose de tellement facile que je m'y tenais : 

      • 4 minutes de sport, seulement.
      • Chez moi = pas de friction pour aller quelque part
      • Au lever du lit en sous-vêtements = pas de friction habillage. 

Et d'ailleurs, vous savez, mes projets d'aquagym de la rentrée dernière ? Ben raté; j'ai réussi à y aller un certain nombre de fois au départ, j'aimais bien mais .... trop difficile à caser dans mon quotidien, trop de friction : y aller, à un horaire pas méga pratique, alors que j'étais souvent en déplacement, devoir me changer, devoir affronter le frooooid pendant les mois d'hiver. BEAUCOUP trop de friction.

En revanche... lire AtomicHabits m'a incitée à inclure un nouveau point dans les Habitudes de mon appli de productivité Habitica : Enfiler tenue de Sport. Ben oui. J'ai des points rien que pour avoir enfilé ma tenue de sport. Tout simplement parce qu'une fois que c'est fait, la probabilité pour que j'enchaine sur une séance de sport est de quasi 100%. Donc je fais ce que James Clear dit et que je reformule ainsi : bétonner le premier maillon de la chaîne. Une fois le premier maillon passé, le reste suit.

James Clear lie d'ailleurs cette notion de version dégradée à 2 autres mantra intéressants.

  • Le 1er : don't put up a 0. Ne fais pas zéro. 

En gros, même quand on a déjà upgradé son habitude à davantage, eh bien, les jours compliqués, on évite de lâcher, on fait juste le minimum, voire même moins que le minimum : une ébauche de l'habitude

    • Les jours où je ne peux pas faire mes séances habituelles de sport qui durent 15 minutes minimum maintenant, eh bien, je fais 2 minutes. Ou juste 10 squats. Ou 5, ou 3, on s'en fout : évidemment que ça ne va pas me muscler les cuisses. Oh non, ça muscle tout autre chose = le cerveau. Car l'intérêt est que ca renforce / maintient le câblage neuronal de l'habitude.
    • Idem les jours où je suis trop à la bourre pour faire mes 3 x 1 minutes de planche en plus de ma séance de sport (ou que j'ai trop la flemme); j'en fais juste 1. Ou même que 30 secondes. 
    • Si je suis trop fatiguée pour lire un chapitre entier de livre avec E.... on lit une page. 
    • Si j'ai la flemme de lire une page des sublimes bouquins d'apprentissage de lecture avec H... on lit un mot. 
    • J'ai du mal à faire un truc pour le boulot ? Allez, j'en fais un minuscule morceau.

2 options possibles

    • Soit je ne fais que ça, et hop, c'est bon, j'ai au moins 
      • 1. grignoté le truc 
      • 2. maintenu le câblage neuronal.
    • Soit avoir commencé, amorcé le machin, me permet de surfer dessus : c'est beaucoup plus facile, pour un cerveau, de continuer sur le circuit habituel, que de démarrer, et donc, hop, en ayant découpé la difficulté ainsi (mettre le paquet sur le démarrage - faire passer l'effort complet en second plan), je me retrouve finalement souvent avec ce qu'il faut d'énergie et de discipline pour continuer sur ma lancée.

Dans tous les cas, je suis gagnante.

C'est d'ailleurs ce que j'avais en fait appliqué, 8 mois après ma mise au sport :j'avais eu un gros coup de fatigue pendant les vacances de février (d'autant que les endroits où nous étions étaient peu favorables à mes séances de sport). Mais au lieu de tout lâcher, j'avais juste lâché mes vidéos, repris mon appli, et fait, pendant 10 à 15 jours, des mini séances, de 2 à 10 minutes par jour, toutes douces. Ca avait permis de garder tout le fruit du câblage neuronal de l'habitude, puis une remontée en puissance très fluide une fois mon énergie récupérée. Un point vraiment important : quand la motivation n'est pas là, utiliser la discipline pour maintenir l'habitude, au besoin à son niveau minimum.

Là, à quelques heures de la publication de ce sublime billet, je viens de me tordre superbement la cheville. Je ne sais pas quelle tête elle aura demain (pour le moment : elle est MOCHE), mais ce qui est sûr,  c'est que si elle ne me permet pas de faire la séance initialement prévue demain, je remplacerai celle-ci par une séance au tapis, sans appui sur les chevilles. (et je ferai mon challenge planche sur les genoux. Na !) (je vous avoue être très, très vexée par cette trahison chevillière)


Cette loi du Make It Easy, je l'ai d'ailleurs appliquée également pour faciliter la tenue des habitudes liées à des minuteurs : les 2 minutes de rangement de Hot Spot, les 5 minutes de rangement, mais aussi les 25 minutes de Pomodoro. 

    • J'ai admis que les minuteurs physiques que j'utilisais il y a plusieurs années ne sont plus pertinents =1. ils ont largement succombé à force de "soins" par mes enfants, 2. dans ma maison sur 3 étages, le survivant n'est par définition jamais à l'endroit où j'en aurais besoin. Si je dois commencer par aller le chercher / le retrouver, paf, déjà trop de friction.
    • J'ai également constaté que régler mon minuteur de téléphone à chaque fois constituait en soi une étape, donc un truc susceptible de rajouter de la friction.
    • Donc, j'ai pré-réglé des minuteurs dans la fonction Minuteur de mon téléphone, en leur donnant les petits noms adaptés. Je gagne quelques précieuses secondes pour les lancer, et surtout, plus que le temps réel économisé, je m'épargne l'effort mental associé. Et ça, ça aide !


Ce même principe du découpage en truc facile est d'ailleurs ce qui a permis au blog de ressusciter : décider que je n'allais pas me fixer un objectif de publier un article; mais juste une habitude de 5 minutes de blog / jour.

Cela se conjugue d'ailleurs avec un autre aspect souligné par notre ami James : la vitesse de prise d'une habitude a moins à voir avec le nombre de jours passés à la tenir qu'avec le nombre de fois où on l'a mobilisée : si on mobilise un comportement plus d'une fois par jour, ou au moins 1 fois par jour, il se "solidifie" plus rapidement qu'un comportement qu'on ne mobilise qu'une fois tous les 3 ou 6 jours.

Là aussi, j'ai réalisé après coup que cet aspect "Nombre de répétitions" avait aussi aidé à ma mise au sport : au départ je faisais 2 à 3 mini séances de 2 à 5 minutes pendant les vacances. En faisant cela, j'ai en fait appris à démarrer une séance de sport, à m'y mettre. Une fois le démarrage maîtrisé, la suite s'enchaîne avec vachement plus de facilité. La tentation d'arrêter une séance une fois qu'on est dedans est significativement moins forte que celle de ne juste pas se bouger.


  • 2ème mantra intéressant du coup : Never miss twice. Ne jamais louper 2 fois (d'affilée). 

Ca, c'est très utile pour venir limiter les effets de la culpabilité, vous savez, quand on n'a pas tenu son habitude. James Clear part du principe que rater une fois, c'est pas grave. Mais qu'il est important de ne pas sauter 2 fois d'affilée (toujours une histoire de câblage neuronal). Donc si hier on n'a pas fait X, on priorise le fait de le faire le jour suivant. 

    • Du coup, par exemple, quand les matins je suis un peu à la bourre, si un matin j'ai fait sauter mon créneau Planche, et que le lendemain, je suis tentée de faire pareil, tututut ! Je priorise la planche, éventuellement en faisant sauter mon créneau HotSpot (qui sera priorisé le lendemain, du coup). 
Cet aspect assez équilibré, moins "absolu", me semble être un gage de longévité assez sympa. Et je conjugue volontiers les 2 mantras entre eux : si je n'ai pas fait de créneau planche en J1, et que j'ai quand même du mal à l'inclure en J2, eh bien, au pire, en J2, j'en fais une version dégradée.


Parmi les autres leviers mentionnés par l'ami James pour Make it Easy, il mentionne des achats one shot : un investissement une fois, un retour sur investissement répété. C'est un de ces achats que le Challenge Sommeil suivi sur Habitica m'a poussée à faire : acheter des lunettes anti-lumière bleue pour diminuer l'impact du regardage de téléphone le soir, sur le sommeil / sa qualité. Je les mets après le dîner, elles me font un look d'enfer (Monsieur Bout rigole, mais je lui en ai pris une paire aussi donc on a tous les 2 des tronches de Télétubbies), et ont permis d'améliorer la qualité de mon sommeil.


Evidemment, du coup, si on veut perdre une habitude, eh bien, il s'agit d'AUGMENTER la friction. Rendre l'habitude plus compliquée. Mettre la télécommande dans une autre pièce par exemple, si on a une télé qui prend trop de place dans notre journée. Ou alors... devoir demander un mot de passe à son mari pour pouvoir déverrouiller l'accès à son appli de verrouillage de tél.


4. Make it Satisfying : rendre le machin Gratifiant, augmenter / assurer / rapprocher la Récompense.

Aaaaah celle-là est puissante aussi. 

AtomicHabits souligne que le problème de la plupart des bonnes habitudes, c'est qu'elles sont un poil désagréables dans le présent, et contiennent leur récompense dans le futur. Alors que les mauvaises, elles, ont leur récompenses immédiates, et leurs désagréments dans l'avenir. Si je m'empiffre de Manner, j'ai le plaisir immédiat. L'effet sur ma santé et/ou ma capacité à rentrer dans mon pantalon vient en différé. Et notre cerveau est ainsi câblé qu'il privilégie énoooormément l'immédiat sur le long terme. C'est bien ce qui pêche dans nos comportements vis-à-vis des enjeux environnementaux.

Du coup, pour assurer qu'on va répéter un comportement, il est bon d'agir sur la récompense, pour que celle-ci se rapproche, qu'on en touche ne serait-ce qu'un échantillon dès qu'on fait l'action souhaitée, afin de boucler la boucle d'apprentissage du cerveau en mode "Ah, c'est cool ça, je vais refaire".

Un truc que nous avons a mis en place par exemple avec Monsieur Bout, sur le plan de nos finances : nous avons le souhait, à pas trop long terme, de passer dans une maison plus grande. Ce qui suppose de faire des économies. Ce qui n'est pas très gratifiant, n'est-ce pas : y a rien de gratifiant à ne pas dépenser.

    • Pour cela, nous avons déjà agi sur la loi 3, en programmant des virements automatiques vers des comptes bloqués. 
    • Mais nous avons aussi pris l'habitude de virer de l'argent sur un livret A spécifiquement dédié à cela, pour toute dépense non faite : nous sommes au resto, hésitons à prendre un dessert ? Hop, si nous hésitons, la satisfaction peut être en fait plus grande à économiser la somme qu'à savourer ce que ce prix nous apporterait. Sauf que dans l'instant, un tout petit peu de plaisir de mousse au chocolat même sur un ventre déjà bien plein > ne rien faire. Donc, nous rééquilibrons en faisant quelque chose de palpable : nous virons les 9€ de mousse au chocolat non commandée, et donc, là où il y a peu de récompense à ne pas commander, ne pas manger, il y en a à virer immédiatement l'argent sur un compte dont le chiffre grossit instantanément sous nos yeux.

Monsieur Bout, qui aimerait lui-même se remettre au sport, réfléchit actuellement à aussi virer de l'argent pour toute petite séance de sport faite;: ce serait rendre palpable l'investissement qu'il fait pour sa santé. (il n'est pas encore passé à l'action parce que lui, c'est déclencheur de motivation interne, et avec Monsieur Bout nous avons un modèle de déclencheur avec une looooooongue mèche d'allumage).

Dans les récompenses, James Clear inclut pas mal d'autres options... Il souligne notamment l'intérêt d'un 

  • système de suivi / tracking : le fameux cochage de liste, par exemple.

Cocher les habitudes, suivre, c'est associer un geste palpable à l'action, avoir un résultat visible immédiat, même si ce n'est qu'une case noircie. Une habitude tenue pendant une semaine, c'est une jolie série de cases ininterrompues. C'était déjà quelque chose qui contribuait au succès du Bullet Journal, à l'époque.

Et c'est cette partie du bouquin qui m'a précipitée tout droit dans les bras de l'appli de productivité qui a fait l'objet des 2 derniers billets. Au moment où j'ai découvert AtomicHabits, j'utilisais depuis peu une appli initialement destinée à un autre usage, mais que j'avais commencé à détourner pour suivre les nouvelles habitudes alimentaires que je cherchais à prendre suite à une autre chouette lecture (oui. Vous avez bien compris : avec ce billet que vous avez sous les yeux, qui clôt le teasing sur un bouquin, je commence à l'instant un nouveau teasing pour un autre bouquin. Quelle traîtresse !). Or j'avais constaté que ça m'aidait bien et... j'avais commencé à utiliser/détourner une autre fonctionnalité pour, justement, reprendre l'habitude des 2 minutes de rangement de HotSpot. Je constatais que suivre cela sur l'appli m'aidait bien à m'y tenir. 

La lecture d'AtomicHabits est venue mettre des mots sur ce que j'étais en train de vivre, et du coup, m'est venue la question à 1000 dollars : 

"Si cette appli, pas désignée pour au départ, me permet déjà d'avoir des résultats appréciables, ... quels effets aurait une appli faite exprès pour ?" 

=> Gwen va dans son PlayStore, y tape "habit tracker", télécharge les 3 ou 4 applis qui lui semblent les plus appétissantes, les teste, en supprime certaines direct, en garde d'autres quelques jours, et dans le tas, tombe sous le charme d'Habitica qui demeure seule, et grande, gagnante.


Habitica, punaise, eh bien, chez moi, ça soutient chacune des 4 règles

  • comme les choses sont notées, ça les rend OBVIOUS : chaque coup d'oeil dans l'appli m'expose aux Déclencheurs que j'y ai soigneusement placés (et en plus, je peux même faire des rappels qui m'envoient une notif)
  • ça rend ATTRACTIVE, car c'est joli, ludique
  • ça soutient énormément le côté FACILITER, puisque ça se prête merveilleusement bien au découpage de gros trucs en petits machins : 
    • je veux lire plus ? J'ai à la fois un truc qui m'incite à lire au moins 2 pages de bouquin pro avant de me coucher, et un autre truc qui découpe la lecture par tranche de 5 minutes. J'ai découpé l'épilation ainsi aussi, et ... à peu près tout en fait. 
    • Je ne fais que 5 minutes de blog, je coche déjà une fois. J'en fais plus ? Je coche 2, 3, 4... fois.
  • Et évidemment, c'est méga, méga efficace sur le plan RECOMPENSE, pour assortir, à tous ces trucs de long terme, une récompense immédiate. 
    • J'ai des points à chaque fois que je fais l'effort de parler allemand à H., par exemple. 
    • Et dans un commentaire, une lectrice vient de réaliser le potentiel qu'il y a à, enfin, être récompensée pour tous les efforts invisibles qu'elle fait dans la journée : faire l'effort de coller un enfant en plein apprentissage de la propreté sur le pot par exemple. 


Bref, autant vous dire que mon avenir n'a qu'à bien se tenir, car me voici bien armée : dans une main, les principes de réflexion avec Atomic Habits, dans l'autre, une appli qui se révèle souvent être un outil très adapté à la mise en musique de la réflexion enclenchée avec le bouquin.

Un espèce de cercle vertueux MONSTRUEUX, je rebondis de l'un à l'autre, et je vous quitte en vous chantant : "Aller plus haaaaaaut, aller plus hauhauhauhaaaaaaut".

(remerciez moi pas pour le Ohrwurm, c'est cadeau !)

lundi 21 juin 2021

Sommeil des bébés - 2 : accompagner le bébé qui n'a pas appris à dormir

Premier truc à retenir, de mon premier billet sur le sommeil, c'est qu'un bébé qui ne dort pas a de fortes chances d'avoir de bonnes raisons pour cela. Des douleurs, par exemple, et chez moi on a testé plutôt les aspects gastriques. Mais ça peut avoir aussi d'autres origines (une copine a réalisé après des mois que sa fille avait en fait une hanche bloquée.)

Et quand je dis un bébé, je précise que ce n'est pas juste le petit bébé qui est concerné, car ces douleurs gastriques sont plus ou moins facilement identifiables. Ainsi, j'ai mentionné dans mon premier billet le RGO et l'intolérance aux protéines de lait de vache de notre petit H. 

  • Eh bien, figurez-vous qu'au bout d'un an nous avons réalisé qu'il est en fait aussi intolérant au gluten (youpi !) Une intolérance qui était au départ moins flagrante que celle aux PLV, mais qui nous a quand même valu, par exemple, des pleurs quasi non stop de 2 à 5h la veille du diagnostic officiel (après une purée contenant du boulgour. Evidemment je n'ai fait le lien qu'après.)
  • Entre 2 et 5h du matin j'ai eu le temps de bieeen penser à un couple d'amis à nous dont le numéro 3 s'est réveillé quasi toutes les nuits jusqu'à l'âge de 3 ans ; ils ont tenté mille choses, sont même allés voir une psychologue spécialisée en angoisse de séparation, avant de... réaliser que c'était le gluten le problème. Disparition du gluten, disparition des réveils. 


Bon, maintenant qu'on a dit ça, nous voici donc avec un bébé du type de H., qui a eu d'excellentes raisons pour ne pas réussir à dormir durant les premiers mois de sa vie, et qui donc a raté le processus naturel qui permet à de nombreux bébés d'apprendre peu à peu à dormir sereinement.


Que fait-on de ce bébé, une fois que le "ça va venir tout seul" semble compromis ?

Encore une fois, je sais qu'il est à la mode, dans les milieux bienveillants, de rester sur un "ça va venir tout seul" mais étalé sur un laps de temps beaucoup plus laaaaarge. Idéalement assorti d'un témoignage 

"à 3 ans il s'est mis à s'endormir seul / elle a fait ses nuits à 4 ans et depuis c'est une excellente dormeuse / il a 5 ans et maintenant il ne nous réveille plus qu'une nuit sur 2, on constate une vraie évolution c'est top".

OK. 

Ou pas. 

Parce que ça veut dire des années pendant lesquels les parents n'ont pas leur content de sommeil. 

Pas juste quelques mois inévitables. Des années. Et accessoirement, des années pendant lesquels le bébé concerné

  • n'a probablement pas son content de sommeil non plus
  • est géré par des parents n'ayant pas leur content de sommeil, ce qui a inévitablement des conséquences sur leur niveau d'entrain, de patience, etc.


En ce qui nous concerne, en tous cas, le constat que j'ai fait peu avant les 6 mois était sans appel :

  • H. était fatigué. Il était capable de montrer beaucoup d'entrain mais se montrait aussi très souvent grognon. Pas seulement pour cause de souffrances gastriques, mais surtout parce qu'il était fatigué. Les fois où, par exemple, il s'endormait brièvement, pour se réveiller 30 minutes plus tard, le manque de sommeil était souvent palpable : il restait fébrile, grognait, n'avait au fond qu'une envie, dormir, mais c'était une envie que nous étions impuissants à satisfaire
  • Monsieur Bout et moi étions épuisés. Et encore ! Nous avions des circonstances aidantes
    • Un Monsieur Bout au foyer
    • le COVID 19 c'est-à-dire une Gwen travaillant pour l'essentiel de son temps en télétravail, permettant de décaler les débuts de journée pour récupérer du sommeil entre 6 et 9h du matin.
    • Malgré tout, nos pensées tournaient autour du sommeil de H., et les couchers éveillaient chez nous impuissance et angoisse.
  • Et cerise sur le gâteau, la fratrie faisait aussi les frais de ces soucis de sommeil
    • A la fois parce que le manque de patience et d'entrain des parents avaient évidemment un impact sur la Faber & Mazlishitude de nos interactions, ou même plus prosaïquement sur notre capacité à préférer une grande ballade à une sieste. 
    • Mais aussi parce que du coup le sommeil de H. et tout ce qui pouvait le favoriser / gêner était devenu un sujet bien trop central et pesant beaucoup trop lourdement sur leurs épaules "chuuuuuut les enfants bon sang !". Quand une dispute éclatait entre les 2 c'était bien moins la dispute qui m'embêtait qu'une envie de meurtre liée aux couinements perçants qu'E. pousse en cas de conflit fraternel.


Il était temps de faire quelque chose, pour nous, pour H., pour notre famille.

J'ai donc sorti ma CB et acheté un camion citerne de sommeil en promo.

Ah non

Un bouquin dont j'avais déjà entendu parler, d'un auteur que j'avais déjà apprécié sur un autre sujet

Aletha Solter, Pleurs et Colères des bébés et des enfants.


Cette lecture m'a fait un bien immense sur plusieurs points, et notamment un absolument essentiel.

Il m'a permis de boucler la boucle sur mon positionnement de parent par rapport aux émotions difficiles de nos enfants, et à leur expression favorite : les pleurs.

Une boucle déjà évoquée en commentaire de ce billet-là sur les crises des enfants, ... mais j'avais urgemment besoin de clarifier cela, je ne vais pas dire "une bonne fois pour toutes", mais, bref, d'arriver à un nouvel âge réminiscent sur le sujet.

Je vous incite vivement à lire le bouquin, mais déjà : ce qui moi m'a frappée, c'est vraiment la nécessité de réhabiliter les pleurs comme quelque chose de normal, de sain

en restant loin 

  • du traditionnel : ça lui fera les poumons, il doit apprendre la frustration, voire "il veut te manipuler" et "si tu cèdes à ses pleurs, il saura qu'il peut t'avoir comme ça" : ou comment mettre du rapport de forces dans la relation à un être à peine éclos.
  • de l'actuel : les pleurs sont quelque chose de terrible, si un bébé pleure il grille ses neurones, et la compétence et le dévouement du parent se mesurent à sa capacité à prévenir ou stopper les pleurs de son enfant. D'où double peine en cas de pleurs persistants : 
    • non seulement on a un bébé qui nous hurle dans les oreilles, 
    • mais en plus ces pleurs sont la marque que nous sommes de mauvais parents. 
A noter l'expression très souvent utilisée "soulager les pleurs" : que de choses sont implicitement véhiculées par cette expression. Les pleurs seraient donc une douleur, à arrêter au plus vite ....

En lisant Aletha Solter, j'ai découvert une manière différente de voir les pleurs. Les pleurs comme quelque chose de positif : un vecteur de décharge émotionnelle essentiel. Essentiel au sens de bénéfique. 

Dans son bouquin elle fait la comparaison avec les autres fluides émis par le corps : ils ont tous une mission d'évacuation et les bloquer exposerait à un empoisonnement. Il semble que ce soit la même chose pour les pleurs; j'ai été frappée de lire que la composition chimique des larmes n'est ainsi pas la même si ce sont des larmes d'irritation physique (au secours, des oignons), ou des larmes de tristesse : on ne trouve des hormones de stress que dans les secondes, et donc sans ces larmes, les hormones de stress resteraient bien gentiment à l'intérieur. Ainsi, une hypothèse formulée pour expliquer la différence de longévité entre femmes et hommes et le fait que ces derniers, notamment, ont le cœur plus fragile, pourrait être que les femmes pleurent davantage, donc évacuent plus efficacement ce qui, sinon, peut continuer à empoisonner à l'intérieur.

Elle souligne à quel point on peut taper à côté de la plaque en voulant à tout prix apaiser les pleurs d'un bébé, et que ceux-ci ont besoin de sortir, mais qu'il y a une différence énorme entre laisser pleurer un bébé longuement, seul, et accompagner les pleurs d'un bébé.


Impressionnée par ce point de vue, j'ai donc changé mon approche 

Au lieu de calmer bébé en le berçant, en marchant avec lui dans les bras ou le porte-bébé, j'ai fait l'expérience de le prendre dans mes bras, de m'asseoir, et de le regarder dans les yeux en lui disant "pleure". Puis je l'ai tenu dans mes bras longuement, sans chercher à calmer ses pleurs, mais en lui caressant la tête de temps en temps, et en l'encourageant à sortir ce qu'il avait à sortir. Je me suis d'ailleurs vite retrouvée à formuler des phrases d'accueil des sentiments du plus pur style Faber et Mazlish... et j'ai été frappée de la cohérence entre les 2 approches : les émotions de chacun, tout-petit ou plus grand, ont avant tout besoin de pouvoir s'exprimer et rencontrer l'acceptation

Une fois qu'on a pu s'assurer qu'un besoin physique n'était pas à l'origine des pleurs d'un bébé, alors on peut admettre l'origine émotionnelle de ceux-ci et leur offrir la voie de sortie dont ils ont besoin. 

Comme annoncé par A. Solter, les pleurs ont duré longtemps.... longtemps.... puis H. s'est endormi dans mes bras, sans avoir été bercé, et tout détendu. Contrairement à ce qui était devenu quasiment systématique à ce moment, il n'a pas bronché quand je l'ai déposé, et a dormi bien plus longtemps que les fois précédentes.

Autre effet impressionnant : l'effet sur nous les parents. Je l'ai senti instantanément, et Monsieur Bout l'a formulé aussi. 

"C'est fou, maintenant que tu m'as dit qu'en fait il avait besoin de pleurer et que notre rôle n'était pas de le calmer, ses pleurs me stressent beaucoup moins". 

Ce qui, du coup, rend nettement plus disponible pour les accueillir.


2ème étape 

Les nuits étaient très hâchées, et souvent à partir de 2 ou 3h du matin H. réclamait toutes les heures ou heures et demies. Tétouillait et se rendormait. Il passait d'ailleurs souvent la 2ème partie de la nuit dans notre lit, du coup, et c'était de pire en pire, puisque ma proximité, l'odeur du lait, favorisaient les réveils. Sortir son berceau de notre chambre avait un peu réduit la casse en évitant que nos bruits ne le réveillent et réciproquement, mais...

Clairement, je sentais qu'il devenait de plus en plus dépendant de la tétée pour s'endormir et se rendormir, et en même temps, étant crevée, c'était bien pratique pout moi de pouvoir compter là-dessus... même si cela signifiait plusieurs réveils nocturnes et/ou un sommeil de piètre qualité.

C'est plus ou moins simultanément avec la lecture d'A. Solter que, soudain, en pleine nuit, j'ai réalisé que ça y était : le changement, c'était maintenant. Non, clairement, H. n'avait plus besoin de manger la nuit; il avait besoin de réassurance, mais pas de manger. Et moi je n'étais plus prête à l'allaiter la nuit.  Le bénéfice que je trouvais à le rassurer ainsi (rendormissement assez rapide) était soudain devenu moins grand que les inconvénients (interruptions fréquentes et dépendance) : j'étais donc prête à lui apporter cette réassurance autrement que par la tétée, même si au départ c'était moins confortable pour moi que de dégainer le sein. (déclic qui s'est vraiment fait d'un coup. La veille, je voyais les choses différemment. Et c'est OK comme ça.) 

Pour faciliter la transition pour lui comme pour moi, j'ai donc défini une fenêtre "sans tétée" : les réveils entre minuit et 6h du matin seraient accueillis autrement qu'avec le sein.

  • J'ai donc béééééniiiii le fait d'habiter dans une maison, sans voisins gênés par les pleurs, puisque du coup, cette nuit-là, à 2h du matin, j'ai accepté d'accueillir les pleurs de nuit de H. à la mode Aletha Solter : je me suis assise dans l'escalier de notre étage, et hop, session de pleurs pour lui (pour ceux qui se posent la question : ni F. ni E. n'ont rien capté; quant à Monsieur Bout, il a même fini par se rendormir, crevé). Longue session. Et 5h de sommeil d'affilée derrière.
  • Le lendemain, idem.
  • Le surlendemain... dodo non stop de minuit à 5h30 du matin.

Bon, je vous rassure, ça n'a pas été définitif, mais clairement, des embryons de nuits complètes ont pu commencer à apparaître, puis devenir de plus en plus fréquents, à partir de ce moment-là.

Concernant cette étape-là, je dirais que le point clé, c'est notre sentiment de maman. Si on doute, si on n'est pas vraiment prête à arrêter d'allaiter la nuit, il vaut mieux s'écouter. Car comment envoyer un message clair à son enfant si les choses ne sont en fait pas déjà claires pour nous ? Dans ce cas, autant nous laisser le temps nécessaire pour les clarifier. D'où l'inutilité totale du "décide que tu ne l'allaites plus la nuit" plein de bonnes intentions de notre entourage. 

La conviction que c'est une bonne décision à un instant T ne peut venir que de nous, de notre for interne, pas nous être imposée de l'extérieur. Elle peut être facilitée par une discussion ouverte avec quelqu'un dans l'écoute et le soutien, mais en définitive, c'est nous qui pouvons savoir. Une telle discussion ne saurait avoir pour intérêt que de permettre à ce que nous savons déjà au fond de nous d'émerger, pas de nous l'inculquer parce-que-c'est-mieux-comme-ça. Pour l'une, ce sentiment viendra à 5 ou 6 mois (c'était l'âge de H. à cette étape). Pour une autre, à un tout autre moment. L'important, c'est d'écouter ce qui se passe en nous, ce qui se passe avec notre bébé, pas ce que les voisins prétendent qu'ils devraient se passer, que ce soit dans un sens ("allaiter la nuit à un an, c'est totalement superflu") ou dans l'autre ("sevrer son enfant la nuit, c'est lui imposer un truc terrible").

3ème étape. (H. avait 8-9 mois)

J'ai aussi admis que le fait de ne pas s'endormir dans son lit en journée nuisait à la capacité de H. à s'y rendormir en cas de micro-réveil. 

 Nous l'avions conditionné à s'endormir d'une certaine manière notamment en journée (dans le porte-bébé, et notamment en faisant du step dans les escaliers), et effectivement, passé les premiers mois où un nourrisson ne prend pas de mauvaises habitudes en soi, là, H. avait passé le cap et était devenu dépendant des manières de s'endormir auxquelles nous l'avions accoutumé. A moi de l'accompagner pour en intégrer d'autres, plus propices à son repos et aux nôtres.




Le truc drôle, c'est que pour cette étape c'est une lecture sur un blog suggéré (pour un autre thème) par une lectrice de blog qui m'a permis de prendre du recul sur ce point-là. C'est en anglais, ça diffère très clairement, sur certains points, de ce qui est considéré comme indiscutable par certaines écoles, et ... ça m'a beaucoup aidée à me former, moi, ma propre opinion en confrontant ces différents postulats avec ce que j'observais de notre situation.

J'ai donc commencé par l'emmener dans la chambre où nous avions déplacé son berceau (chambre habituellement dédiée à l'accueil de nos mamies-au-pair, mais le COVID nous privant de cette ressource autant profiter de cet espace, qui est donc, en ce moment, à la fois l'endroit où dort H., et mon espace de travail à la maison), et entrepris de le familiariser avec son lit.

J'ai

  • parlé avec lui et expliqué ce que j'allais faire
  • repéré les moments où il était fatigué (frottage d'yeux. Moments angoissants jusqu'à présent puisque c'était le moment où nous repérions qu'il était fatigué tout en étant conscients qu'il avait peu de chances de trouver le sommeil dont il avait besoin)
  • câliné H, en l'emportant vers son berceau, en le lui montrant, en prenant le temps de tirer les rideaux avec lui dans les bras, et en lui expliquant qu'il allait s'y reposer en sécurité
  • posé H. dans son berceau, assis la Gwen à côté, tenu la main de H. en le regardant dans les yeux

Je suis restée présente avec lui pendant qu'il déchargeait... et j'ai vu se répéter, en plus court, le schéma des pleurs "à la Aletha Solter".

Dès le lendemain, nous repérions déjà une différence : endormissement (toujours en ma présence) plus rapide, et H. plus zen et plus vif le reste du temps.

48h après, j'ai eu la joie de voir H., au moment où j'allais le coucher pour sa sieste de l'après-midi, tendre les bras vers son berceau en mode "je sais ce que je vais y faire et j'en ai bien envie". Premier endormissement sans aucun pleur, en quelques minutes de ma présence.

(je précise que, passées les toutes premières fois, ma présence s'est faite plus "distraite" : j'avais mon téléphone ou un bouquin dans une main, l'autre restant dans la mimine de H.)

L'amélioration s'est poursuivie assez rapidement : la plupart du temps, H. couinait pendant à peine 1 minute, ma main dans la sienne, et paf, 5 minutes après, j'étais dehors. Et du coup, s'étant endormi dans son berceau, il réussissait à y enchaîner un 2ème cycle de sommeil, là où jusqu'à présent les siestes entamées et suivies d'une dépose ultra délicate dans le berceau ne duraient (siiii le transfert avait réussi) que les 45 minutes d'un cycle de sommeil.

Au bout de 15 jours environ, que dalle : pleurs qui duraient... et j'ai réalisé qu'en fait, ça y était, H. était arrivé à un stade où il avait suffisamment apprivoisé son berceau et l'endormissement pour que ma présence devienne subitement plus un perturbateur qu'une aide. 

J'ai donc de nouveau expliqué ce que j'allais faire, et la fois suivante, je l'ai déposé, caressé, et me suis esquivée. Et là aussi, pleurs courts, pleurs de transition et non de détresse, et dodo.

Il y a parfois eu des rechutes (notamment lié à un gros rhume), des retours en arrière, et surtout, la dernière étape, pour nous, ce qui a permis la stabilisation définitive, a été... cette découverte que non seulement H. était intolérant aux protéines de lait de vache, mais qu'il avait aussi des soucis avec le gluten. Depuis l'éviction totale du gluten de son alimentation et de la mienne, le sommeil est complètement stabilisé. 


Noel, noël !!

En conclusion, j'en retiens que vraiment, au niveau du sommeil comme sur de nombreux thèmes éducatifs, il est délicat de trouver sa voie entre les poncifs de l'éducation traditionnelle, et les recommandations actuelles. On peut avoir l'impression d'un choix fermé entre deux positions à l'opposé l'une de l'autre, comme c'est le cas en éducation où le choix nous est souvent présenté de manière binaire "laxisme ou éducation traditionnelle" / "éducation à la schlague ou priorité absolue aux besoins / demandes de l'enfant". Et pourtant, il existe une multitude de voies intermédiaires et différentes, qui dépendront de nous, de notre environnement et... de notre bébé, cet être unique, unique jusque dans ses besoins. 

Non, on n'a pas juste le choix entre "Je laisse pleurer mon nourrisson comme ça il apprend à dormir" et "il ne s'endort qu'avec, grâce et par moi jusque l'âge de 4 ans". 

Un nourrisson a avant tout besoin de notre proximité, un bébé plus âgé a toujours besoin de proximité mais celle-ci peut prendre des formes différentes d'autant que ledit bébé développe aussi un besoin de diversifier ses sources de sécurité, par exemple. 

Le but de ce témoignage n'est donc pas de dire "faites comme ci, pas comme ça". Mais, encore une fois, d'élargir la carte du monde, en augmentant le nombre de possibilités dans lesquelles vous pouvez envisager de taper, voire vous autoriser à construire la vôtre en prenant un morceau là, un morceau ici, sans vous sentir obligés de coller totalement à un schéma unique et présenté comme la seule voie possible. Parce que, oui, encore et toujours, flûte, il n'y pas de package obligatoire!


Petit teasing bonus : depuis la lecture d'Aletha Solter, je gère aussi différemment les pleurs / chouinements d'E. ! Mais, bon hein, comme d'hab, je vais vous promettre ça pour un autre billet qui paraîtra dans 107 ans. (ou un peu avant, parce que ça devrait quand même être plus court à écrire que ce pavé-ci)


lundi 25 mai 2020

7 réflexions autour de la préparation des aînés à l'arrivée d'un nouveau bébé

2019 -2020 aura été une année particulière chez nous, à plus d'un titre.
Et notamment,avec la couvaison puis ponte d'un nouveau Petit Bout de printemps, arrivant avec un certain écart derrière ses 2 ainés.

L'arrivée d'un nouveau bébé est toujours source d'un certain nombre de questions, de préparatifs.
Parmi les points qui préoccupent tout parent, à partir du moment où ce n'est pas l'attente d'un premier, figure en bonne place le souci que ce Bébé soit bien accueilli par son ou ses frères et sœurs, et de faire en sorte que cette arrivée soit bien vécue par le(s) "grand(s)".

Vaste sujet, que je ne prétendrai pas traiter exhaustivement ici. Je me bornerai à lister quelques petites choses qui peuvent aider, quelques réflexions pouvant être utiles, issues de notre expérience.






1. Soigner l'annonce de la grossesse


Quand ?

La question de quand l'annoncer aux aînés n'est pas évidente à trancher.
  • Du temps de la grossesse d'E., nous l'avions dit à F. une fois le premier trimestre passé, histoire d'éviter autant que possible le risque d'avoir à faire machine arrière en cas de fausse-couche précoce. 
  • Dans d'autres cas on préfèrera annoncer cela plus tôt, notamment si le comportement de l'enfant montre qu'il "sent" quelque chose ce qui est assez fréquent. Dans ce cas, autant le rassurer en mettant aussi vite que possible des mots sur son ressenti.
  • Avec deux enfants plus âgés comme l'étaient F. et E., nous avons surtout tenu à ce qu'ils l'apprennent de notre bouche, et ne se sentent pas trahis / doublés. 
Mon ventre ayant pris très vite du volume, nous avons donc simplement attendu la première échographie (8 semaines) avant de lâcher le morceau : trop de gens commençaient à me féliciter, me pensant bien plus avancée, je voulais à tout prix éviter une "gaffe"' devant eux !
Nous avons estimé qu'ils seraient en mesure de comprendre une éventuelle fausse-couche précoce si celle-ci devait intervenir après l'annonce, et, sans en faire des caisses non plus (pas la peine de créer de l'anxiété), nous avons d'ailleurs précisé qu'à ce stade le petit bébé dans le ventre de Maman était encore très fragile.

Comment ?

Dans le cas d'un aîné "petit", en tous cas, soigner l'annonce n'implique en rien une réaction particulière de sa part, autant s'y préparer, afin de ne pas projeter trop d'attentes sur ce moment. En ce qui concerne F. à l'époque, du haut de ses 18 mois ça avait été très abstrait pour lui… 1 ou 2 phrases et hop, il était déjà passé à autre chose. Je crois que nous avions du d'ailleurs en reparler moult fois avant qu'il n'imprime.
Pour nos grands, nous étions au contraire conscients que cette annonce les marquerait davantage, nous avons donc tenu à rendre ce moment particulier. J'ai hésité : petite sortie au resto ? Puis j'ai choisi l'option "maison", à la fois pour la souplesse, mais aussi tout simplement par ce que ça rejoignait certaines de mes réflexions du moment sur la simplicité / frugalité.
Pour que ce souvenir soit une preuve de plus que le bonheur se vit sans nécessairement coûter grand chose, nous avons donc opté pour une soirée crêpes sur la table basse du salon, devant la cheminée, en ayant annoncé une surprise, que ce serait "la fête". Ce fut un très très beau moment, et je crois que ça peut aider à commencer l'aventure sur une note positive (et on a le droit de marquer ça d'une sortie au resto, hein).


2. Soigner le discours autour du bébé


Comment et à quelle fréquence parler du bébé qui arrive ?


En ce qui me concerne, la lecture des pages consacrées à la fratrie chez Haïm Ginott, ainsi que du célèbre Frères et Sœurs sans rivalité écrit par ses disciples Faber et Mazlish, m'a beaucoup aidée.
Haim Ginott souligne ainsi impitoyablement qu'un aîné va obligatoirement ressentir des sentiments négatifs envers le nouveau venu. Ca fait mal aux fesses, car on aimerait bien s'auto-persuader que ces sentiments peuvent juste ne pas exister, mais au moins, couic les illusions. Ca ne veut pas dire qu'il n'y aura que des sentiments négatifs, hein, mais des sentiments mélangés, et être conscient de ça aide à se positionner.
Et surtout, à être réceptif à toutes les manières dont ils vont pouvoir s'exprimer. Ainsi, dès la fameuse soirée crêpes, E. a-t-elle pu poser la question "Mais euh… vous allez encore vous occuper de nous ?".

Alors justement : quel avenir peindre aux enfants ?


A l'usage, je trouve qu'une peinture mesurée est utile

  • ne pas peindre tout en positif : 
" ce sera génial, vous jouerez avec lui, etc" ne laisserait pas de place aux sentiments négatifs ("pourquoi est ce que je ressens ça alors que visiblement je devrais trouver ça génial?") et/ou risquerait de créer de la déception (déjà que depuis l'arrivée d'H. à la maison, F., bien que nous l'ayons prévenu, répète tous les jours qu'il a trop hâte que celui-ci puisse jouer...). 
Prévenir que maman sera fatiguée, que le bébé pleurera, tout en disant qu'on fera de son mieux pour jouer avec eux aussi. Quelque chose que F. a d'ailleurs très bien fait quand, suite à la question d'E., à laquelle nous avions répondu par l'affirmative, celle-ci a poursuivi "Vous vous occuperez, de moi, de F., et du bébé", et que F. a répliqué "Non, parce que le bébé sera tout petit. Donc ils s'occuperont du bébé, d'E., et de F."

  • ne pas parler que du négatif non plus. 
Et notamment, faire gaffe à ne pas mettre tout sur le dos du bébé
Typiquement, pendant la grossesse, les enfants m'ont laaaaargement assez entendue dire que j'étais fatiguée. Mais j'ai essayé de lier ça à la grossesse, plutôt qu'au bébé. 
De la même manière, depuis qu'H. est né, Monsieur Bout a pu vouloir inciter les enfants à se montrer moins bruyants "pour ne pas déranger le bébé". C'est tentant, les aînés étant (notamment au début et/ou si on n'en abuse pas) assez sensibles aux besoins du bébé. J'ai préféré moduler le discours et prendre la responsabilité : au fond, H. est encore assez peu sensible aux bruits ambiants, il serait donc doublement mauvais (en terme de sincérité, et en terme de bébé-marketing) de se servir de lui pour faire respecter notre limite à nous.

En revanche, expliquer les besoins du bébé se révèle très utile.
F. a très bien compris la notion de "H. avait des habitudes dans le ventre de maman et là tout a changé pour lui, ça le perturbe, ça peut lui faire peur" et du coup lors d'un orage récent, de lui-même il m'a dit "ah oui les orages il ne s'en apercevait pas vraiment dans ton ventre". Ces informations aident à accepter et interpréter le temps que H. passe dans mes bras ou ceux de Monsieur Bout : "avant, il était tout le temps contre moi, du coup ça lui fait bizarre et donc pour se rassurer il a besoin d'être encore souvent dans mes bras".
Hasard, coïncidence ? F., il y a quelques jours, m'a justement redemandé pourquoi un déménagement perturbait un enfant… Le parallèle est vite fait, et tout, sauf fortuit.

Prévoir aussi des choses "quand le bébé sera là", mais qui ne tournent pas autour du bébé = détailler des projets en mentionnant le bébé, mais des projets qui sont faits pour eux et dans lequel le bébé a juste un rôle de participant, pas le rôle principal.
Par exemple, l'an dernier au 14 juillet pour la première fois nous étions allés regarder le feu d'artifices avec les enfants, sur une couverture dans le grand parc royal à 2 pas de chez nous. Enooorme succès. Du coup, à un moment cet hiver quand le sujet est revenu sur le tapis, nous avons parlé de comment nous allions refaire ça cette année avec le bébé et il était clair dans la tête des enfants que eux en profiteraient un max mais que le bébé, lui, dormirait plus ou moins tout du long - si si on y croit. Bon là avec le COVID ça risque de cramer mais bon...

Enfin, aussi, parler d'autres choses. 
C'est long, 9 mois, et même si nous beaucoup de nos pensées tournent autour du bébé, prêter attention aux mini évènements de la vie de nos aînés demeure important, même si effectivement, moins intuitif… J'ai moi même du régulièrement me recentrer là dessus.
Un point valable également, d'ailleurs, vis-à-vis de notre entourage. Celui-ci a vite fait de ne parler que du bébé, à nous devant nos enfants, ou à nos enfants directement "et alors tu es content d'avoir un petit frère ?". 
L'enfant peut être content mais à la 107ème personne qui le lui demande son sentiment de contentement risque de disparaître, et il peut avoir envie qu'on s'intéresse à LUI en tant que personne et non simplement en tant que futur grand frère / grande sœur. A l'usage j'ai donc pris l'habitude de "recentrer" le débat autant que possible "et F. a fait tel truc ou E. voudrait te parler de telle chose etc".



3. Revenir aux temps où ils étaient bébés


C'est un vrai besoin chez les aînés : pouvoir voyager un peu dans le temps, se rassurer sur le fait que lui aussi a été dans cette situation de quasi fusion avec le parent. Cela contribue encore à la compréhension que le surcroit de contact dont il est témoin (être dans le ventre de maman, puis si souvent dans ses bras), et la différence avec sa situation à lui, ne sont pas dues à une différence d'amour, mais à une différence de temps / de besoins.
Du coup on peut
  • ressortir les albums photos d'eux bébé (si on les a faits. Hum hum…)

  • raconter des anecdotes "de quand ils étaient bébé"; mais pas à tout bout de champ non plus, car il ne s'agirait pas qu'ils aient le sentiment qu'ils étaient plus intéressants bébé. Personnellement, c'est pour cela qu'autant que possible je prends également le soin de souligner aussi toutes les acquisitions qu'ils ont faites depuis, ou la joie qu'ils ont eue à devenir capables de faire tel ou tel truc, etc.

  • JOUER au bébé.
Ce point, je l'avais lu chez Aletha Solter, qui souligne que ça fait du bien à tout aîné de pouvoir jouer au bébé, lors de l'arrivée d'un nouveau bébé. Et j'ai été impressionnée de voir F. proposer de lui-même ce jeu avant même que je n'aie fait le moindre pas dans ce sens, dès tôt dans la grossesse.
Une Gwen avertie en valant 2, j'étais prête pour répondre / saisir la balle au bond, et donc tout au long de la grossesse nous avons beaucoup joué au bébé : 
    • F. a fait des km à 4 pattes dans le salon, 
    • il a fait "gaaa", 
    • j'ai mimé des changes de couches, des tétées, 
    • j'ai fait semblant d'enfiler et d'admirer ses bodys et ses babygros, et de chatouiller ses petits pieds (bouhou ! il  chausse du 33-34 maintenant…)
    • je l'ai "porté' (sur le canapé, hein), 
    • il a fait à dada sur mes genoux, 
    • nous avons fait des jeux de coucou-caché, 
    • il a fait semblant de "faire des bêtises" / toucher et renverser plein de trucs, mais en bébé coopératif, il a toujours stoppé les dégâts (pas comme un bébé, donc) dès qu'on lui expliquait, comme à un bébé, les choses de base (en donnant des renseignements très F&M, eh) "Bébé, ça c'est un vase, les vases ça peut casser" ou "Bébé, les boîtes à œufs retournent près de la cheminée".
Moralité… il a pu, dans le même temps, continuer à grandir tranquillement sans la moindre régression. Ayant son espace clairement délimité pour "faire le bébé", le faisage de bébé n'avait pas besoin d'infiltrer d'autres domaines.
Autant que possible, j'ai tâché d'intégrer E. à ces jeux. Visiblement, pour elle, selon les moments cela permettait de faire le bébé, et à d'autres d'explorer l'autre grand changement : F. étant le bébé, elle devenait grande sœur … celle de F.


4. Lire des bouquins avec eux.


2 grands sujets
  • les bouquins autour de la grossesse
Ca permet d'aider les enfants à visualiser ce qui se passe, le développement de bébé, l'attente (c'est LONG 9 mois). Et globalement, une grossesse est aussi un moment tout trouvé pour avancer dans l'éducation sexuelle des enfants, puisque de manière tout à fait naturelle leurs questionnements sur le sujet se multiplient.
Du coup nous avons fait le plein de bouquins informatifs à la médiathèque
combinés avec des livres plus poétiques : 

  • les bouquins autour de la relation frère-sœur, de l'amour du parent

(il existe une foule d'excellentes références sur le sujet, venez donc partager vos préférées en commentaires histoire d'inspirer les foules de mon lectorat. Suggestions à compléter d'un petit passage exploratoire sur l'excellent groupe Facebook  "Ma Bibliothèque Bienveillante")



5. Investir dans du temps de qualité exclusif


Alors là c'est ZE truc absolu.
Pendant comme après la grossesse comme tout le temps gnagnagna mais quand même paaaarticulièrement pendant la grossesse et après l'arrivée de bébé, investir dans du temps de qualité, seul à seul, avec chacun des membres de la fratrie est essentiel… et peut pourtant siiii facilement passer à la trappe !
Dur dur dur ! Quelques minutes quotidiennes sont pourtant ZE meilleur moyen pour sécuriser notre enfant sur la grande question que soulève chez lui l'arrivée de cet être minuscule : est-il aimé, est-il ou sera-t-il toujours autant aimé, est-il menacé / sera-t-il supplanté, dans le cœur de ses parents, par ce petit frère ou cette petite sœur dont tout le monde fait si grand cas ?

Ceci dit, hein, ce n'est pas facile à caser, alors on pourra s'aider des béquilles suivantes


  • le conjoint 
le conjoint peut

1. prendre en charge d'autres activités pour nous libérer du temps et de l'énergie à consacrer à nos enfants
Par exemple, pendant cette grossesse, j'avais 2 priorités : bosser autant que possible (réussir un mi temps) pour rapporter le plus de noisettes à la maison en prévision de temps de disette, et être dispo affectivement pour les enfants. J'ai fait la cuisine, aussi, mais je n'ai pas touché à la machine à laver ni étendu une lessive, Monsieur Bout a géré la majorité des trajets d'école (= le matin je DORMAIS), les courses, les promenades, bref, la logistique des enfants, pour que je puisse réserver mes forces à l'affectif.

2. prendre le temps, lui aussi, de passer ces moments avec nos enfants.
Car lui aussi est source de réassurance affective

3. prendre en charge le bébé, une fois né, pour nous permettre de récupérer des forces à utiliser pour les aînés, et de passer du temps avec lesdits aînés

En ce qui nous concerne, nous avons profité du fait que suite à la rupture de son contrat de travail Monsieur Bout est à la maison, mais même sans de telles circonstances, très favorables il est vrai, il est très important de s'asseoir en couple pour réfléchir à une stratégie compatible avec les besoins et contraintes spécifiques de chacun des membres de la famille / du couple.

  • des aides extérieures
yep, ce qui peut nous sembler un luxe en temps normal (une femme de ménage, par exemple) peut provisoirement remonter en tête dans la liste des priorités budgétaires.
Nombreuses sont les familles dans lesquelles on (s')offre des heures de ménage pendant et après la grossesse. C'est même un cadeau de naissance qu'on peut suggérer aux personnes assez proches, et qui, notamment quand c'est un numéro 3, 4, etc, pourra être bien plus précieux que de petits vêtements.
Idem, une jeune fille pour venir gérer le créneau 17-19h, les bains et le dîner par exemple. On sous-traite la logistique fatigante de la fin de journée, et on en profite pour prendre seule à seul chaque enfant.

  • Le portage
Cf mon billet récent sur le sujet, un moyen de portage bien employé peut devenir quelque chose de très proche d'une potion d'ubiquïté: être présente pour plusieurs enfants à la fois.

  • L'innovation dans l'organisation familiale. 
Mais ça, je vous en parle dans le point 6….

  • Le laisser-aller : 
Yep, on a des millions de choses à faire. En fin de grossesse ou après l'accouchement, y en a du rangement à faire, par exemple. Sortir les affaires de bébé, aménager son coin, etc. Moi je me suis lancée dans une opération en mode Flylady, et je partais de loin
Les souvenirs de notre dernier déménagement m'ont cependant servi. Si il y a bien une leçon que j'ai tirée de ce déménagement, c'est que tout le monde (moi y compris) aurait beaucoup bénéficié que j'investisse moins d'énergie à amener rapidement notre logement à un état globalement ordonné
Si au lieu d'essayer de pulvériser le plus vite possible les 170 et quelques cartons qui avaient colonisé le moindre recoin de notre nouvelle maison, j'avais permis à ceux ci-de squatter plus longuement, pendant que je passais du temps avec nos enfants... Si du coup la fatigue accumulée dans le déballage de cartons n'avait pas retenti autant sur la qualité de mes interactions avec les enfants...
C'est bien le problème de gros changements comme un déménagement ou une naissance : ils ont un impact "physique" en plus de leur impact psychologique, et l'impact physique est
    • 1. visible 
    • 2. plus concrètement maîtrisable ; une fois le carton défait on a la satisfaction tangible de l'avoir défait. Y a peu de chances qu'il se reremplisse tout seul dans la nuit ; alors que chez un enfant, on remplit, on remplit, et on n'a jamais fini. On peut dire "ah, j'ai fini de laver et ranger les affaires taille naissance" et cocher. Jamais "ah, j'ai fini de rassurer l'aîné sur notre amour".
    • 3. immédiatement payant : la place libérée par nos 10 minutes de rangement est visible, alors qu'on peut avoir passé du temps avec notre enfant sans que cela l'empêche de faire une crise dans les 3 minutes qui suivent (quand ce n'est pas PENDANT le temps qu'on lui consacre. Alors que rares sont les cartons qui vont se mettre à hurler pendant qu'on s'occupe d'eux - ou alors vous habitez dans le monde de Harry Potter)
Et pourtant, à moyen terme on paiera beeeaucoup plus cher le temps passé à ne pas donner à nos enfants le surcroit de sécurité affective dont ils ont un grand besoin dans ce moment de transition, que le bordel ambiant.
Donc, laisser couler les aspects physiques, autant que faire ce peut ( et faire ce peut toujours ! Mais ça demande parfois un gros effort de recul), et réallouer le temps ainsi libéré au traitement des aspects émotionnels.
J'ai notamment eu cette réflexion en fin de confinement : c'est le moment où, 1. les problèmes digestifs du Bébounet ont commencé à s'amplifier, réduisant de beaucoup ma disponibilité et 2. la perspective du déconfinement - retour à l'école m'a fait réaliser que très bientôt, je n'allais plus avoir F. et E. à dispo H24 pour grapiller mes minutes de disponibles au fil de la journée. J'ai donc laissé en plan mes travaux de nettoyage des écuries d'Augias (ce qui m'a coûté: j'avançais bien, et c'était un soulagement) pour investir le peu de temps que j'avais avec les enfants.


6. Gérer ses limites physiques comme on peut


Ah là là ce que c'est compliqué. Biieeeeen avant que Bébé soit là physiquement, comme entité reconnaissable, il impacte déjà la vie quotidienne et nos interactions avec les aînés, en impactant nos capacités physiques.
Dur dur, car il s'agit de respecter un subtil équilibre entre
  • les besoins de nos enfants : si les aînés sont encore petits, notamment, c'est vraiment difficile de ne pas (trop) les porter; si ils sont plus grands, c'est quand meme bien embêtant une maman durablement incapable de s'asseoir sur un tapis pour jouer aux petites voitures, ou de courir pour attraper, ou de faire de grandes promenades...
  • les nôtres ; pour nous préserver, d'abord, évidemment, et préserver le petit être qui grandit à l'intérieur de nous. Mais aussi pour préserver lesdits aînés! Là encore, c'est une question de gestion de découvert : nous sommes fragile, vite "usable", si nous piétinons nos besoins particuliers, il est inévitable que cela ressorte par des mouvements et mots d'humeur !

Sur le plan des limites physiques, 4 choses peuvent aider
  • 1. la pédagogie
On soigne le discours en expliquant ce qui se passe dans le corps de Maman. Les livres évoqués en point 4 seront des alliés précieux.
Plus que jamais, nos enfants sont friands d'informations, qui les rassurent et viennent remplacer les hypothèses angoissantes qu'ils se construisent sinon. 
Les Bébous ont été très intéressés de savoir que mes organes se déplaçaient dans mon corps, que j'avais tant de kilos de plus à soulever (et de quoi ils étaient constitués : sang en plus, liquide amniotique, placenta, paroi utérine, rétention d'eau, bébé en lui même - QUI a dit "chocolat" ?) et qu'en fait mes muscles et mes articulations n'y étaient pas habitués, que mon estomac n'ayant pas la place habituelle les acides qui servent à la digestion venaient me brûler l'œsophage (ce qui pouvait expliquer mon humeur parfois changeante…), etc. 
Privilégier un discours scientifique et objectif m'a semblé beaucoup plus parlant et rassurant, pour les enfants, que le perpétuel et vague "Maman est fatiguée". Cela permet par ailleurs un recours beaucoup plus efficace aux points suivants

  • 2. Le choix
Les contraintes de Maman étant connues, il est plus facile de formuler ensuite des choix compatibles avec ces contraintes : "Préfères-tu lire avec moi sur le canapé ou que je reste assise sur le fauteuil et je fais les bruitages de ton circuit de train ?"

  • 3. Les alternatives
"Hum, m'asseoir sur cette petite chaise n'est pas possible pour moi, mais nous pouvons dessiner ensemble sur ton lit si nous trouvons un support rigide" ou même solliciter notre enfant pour trouver une solution "Je ne peux pas m'asseoir sur cette chaise car mes muscles n'arriveront pas à me remonter ensuite / je risque de la casser tellement je suis lourde, as tu une idée de ce que nous pourrions faire / utiliser à la place ?".
F. m'a souvent apporté des coussins pour m'aider à me caler, il a échangé sa chaise (en bois) avec celle qu'il me proposait (en plastique), etc. Raisonner à partir de ma contrainte pratique permet d'aménager le refus et de le transformer en réussite commune, car le message perçu est alors "j'ai envie de passer du temps avec toi, et nous cherchons ensemble un moyen d'y arriver".

  • 4. Les activités particulières,
ou comment transformer les contraintes en opportunités.
Maman passe son temps au lit ? C'est le moment de privilégier des instants coocooning lecture sous sa couette à elle, par exemple.
Maman a du mal à se baisser ? On peut en profiter pour cuisiner à 2, les missions des enfants s'élargissant : à eux d'aller récupérer le saladier au fond du placard du bas, les légumes tout en bas du frigo, etc.

En ce qui nous concerne, la plus belle transformation de contrainte de ce post partum s'est faite sans préméditation. Mais ce fut vraiment une belle réussite, alors je vous la partage des fois qu'elle puisse être pertinente chez vous.
Avant la naissance de H., Monsieur Bout et moi avons pris le temps d'affiner notre stratégie pour le post partum. En effet celle initialement envisagée s'est retrouvée laminée par le confinement, puisqu'il il était prévu que l'une de nos mamies-au-pair (G1) vienne passer les mois d'avril-mai avec nous et constituer une ressource bien précieuse en prenant sa part de la charge. Et pis bah non, frontières fermées, avions (G1 habite sur une île) cloués au sol, couic-couic le plan A.
Du coup, plan B avec 2 joueurs seulement : Monsieur et Madame. J'avais souligné auprès de Monsieur Bout l'importance que je pose le moins possible pied par terre les 8 premiers jours à la maison. En conséquence, nous avions prévu que je prenne mes repas au lit, d'autant plus que maison sur 3 niveaux, chambre conjugale tout en haut, cuisine tout en bas = prendre mes repas dans la cuisine aurait impliqué pas mal d'exercice.
Nous avons annoncé cela aux enfants à mon retour de l'hôpital : GROS moment de flottement. D'un coup j'ai réalisé que
- les enfants risquaient de mal vivre cela…
- Monsieur Bout risquait de le payer par des repas agités un peu galères.
Illumination ? J'ai subitement proposé que F. vienne dîner avec moi dans ma chambre, et que E. vienne déjeuner.
Délire d'enthousiasme.
Ca fait donc un repas en tête-à-tête de chaque enfant avec chaque parent (je petit-déj toute seule au lit, en décalé de tout le monde puisque ça dépend des horaires de tétée du Bébounet, et du rab de sommeil que j'arrive à grapiller en fin de nuit). Monsieur Bout monte donc un plateau avec 2 couverts, et l'enfant concerné s'installe sur un tabouret Ikea à côté de mon lit (oui, pas folle hein, j'ai des draps à préserver un minimum)
Quel succès ! Nous avons vite réalisé que nous avions ainsi transformé des temps "vides", voire "à valeur négative", en moments remplissage de réservoir d'amour. Quel que soit le déroulé de la journée, même si je suis accaparée par le Bébounet, E. est assurée d'avoir un moment avec Maman à midi, F. assuré de son moment le soir (bon, j'ai ptet un bébé au sein, mais ça a l'air d'aller), et inversement avec leur papa.  De chouettes instants où l'un comme l'autre se livre, raconte sa vie…
Devant ses effets positifs, nous avons décidé de prolonger cette organisation pendant encore un bout de temps (sauf exception : les températures estivales des derniers jours nous ont parfois fait privilégier l'option "repas tous ensemble dans le jardin") et j'avoue que j'aimerais bien ne pas totalement perdre cela à moyen terme : instituer un jour comme cela dans la semaine peut-être ?? Si vous avez des idées ou des expériences analogues pouvant nous inspirer, je suis preneuse !


Autre remarque concernant les limites physiques : que les mamans très handicapées pendant la grossesse se consolent, là aussi il peut y avoir un revers positif à cette médaille. J'ai réalisé qu'une des choses qui aplanit un peu l'atterrisage en ce moment est précisément le degré de loquitude extrême que j'avais atteint les dernières semaines de grossesse. Très vite après la naissance, je me suis retrouvée mille fois plus en forme que je ne l'avais été depuis longtemps. Capable de monter mes escaliers, de me baisser, de bouger, de courir même, bref, juste de me mouvoir normalement ! 
De ce fait, même si je suis trèèèès occupée avec Bébounet, à l'arrivée celui-ci en naissant n'a pas piqué leur maman à F. et E., il la leur a rendue, puisque dans les faits je fais plus de choses avec eux qu'avant la naissance, et je refais des choses dont ils étaient privés depuis longtemps (jouer à attraper, par exemple - vous auriez vu leurs yeux quand ma proposition leur a fait réaliser que c'était de nouveau possible !). 
Voilà, si ça peut consoler… Bien évidemment, à nous d'avoir cela en tête et de le rendre perceptible à nos aînés en utilisant effectivement, même à petites doses au départ, nos capacités physiques fraîchement retrouvées.


7. Une fois le bébé là, verbaliser les besoins et les peurs


On a préparé en amont, il s'agit aussi d'accompagner spécifiquement les sentiments qui vont fleurir dans les premiers temps.

Un 1er besoin sera d'aller explicitement souligner à quel point on aime chaque enfant, et qu'on n'a pas divisé l'amour en "plus de parts". Là-dessus 2 petites métaphores peuvent aider à passer le message
  • celle de la bougie : on allume une grosse bougie qui symbolise l'amour de papa et de maman. On y allume une première petite bougie qui symbolise l'amour de papa et maman pour l'aîné. Puis on y allume une seconde (ou une 3ème si déjà deux ainés, etc) petite bougie qui symbolise l'amour pour le petit frère et on fait remarquer que les autres flammes d'amour n'ont pas diminué avec l'allumage de la bougie supplémentaire.
  • celle de la feuille de papier : on montre une feuille de papier à l'enfant en disant "Ca c'est l'amour de papa et maman pour toi. Regarde ce qui s'est passé avec l'arrivée de XX" ; et hop on rajoute une feuille en disant "ça c'est l'amour de papa et maman pour XX. Tu vois ? On n'a pas eu à partager ta feuille."
F. et E. se montrent très sensible à cette notion de "cœur des parents qui grossit à chaque naissance".

2ème besoin, selon la maxime de Faber et Mazlish "pour laisser entrer les bons sentiments il faut d'abord laisser sortir les 'mauvais' " : Verbaliser les sentiments de frustration 
"Oh, ça t'embete que je sois très occupée avec le bébé, tu aimerais m'avoir plus pour toi ! Tu peux me le dire, c'est important pour moi de savoir comment tu te sens"
Verbaliser également l'ambivalence ! Il serait faux et gênant pour l'enfant d'entendre un "tu n'aimes pas ton petit frère" trop général; un "des fois tu aimes ton petit frère, et d'autres fois / en même temps parfois tu aimerais bien qu'il ne soit pas là" retranscrit bien mieux la complexité de ce qu'il ressent, et évite de figer sa perception de la situation.

En revanche, éviter autant que possible (et assommer direct les gens qui se les permettent) les remarques à la "Toi tu es grand tu n'as pas besoin de ça" ou "Mais ce sont les bébés qui font ça". 
  • Etre un bébé est quelque chose d'un peu chouette quand même, vu toute l'attention qu'on leur donne, et cela explique les régressions siiii souvent constatées chez les aînés autour des naissances des cadets. Souligner ces régressions serait donc contre-productif en plus d'être blessant pour l'enfant ;-)
  • Idem d'ailleurs sur les aspects positifs : on pense souvent faire bien en complimentant un enfant en disant qu'il "a fait tel truc comme un grand" mais comme toute étiquette, c'est glissant. 
    • Est-ce quand il rate, à la déception de cet échec ponctuel se rajoute alors une conséquence plus durable puisqu' il perd son statut/étiquette de grand ? 
    • Et si il n'a justement pas si envie que ça d'être grand puisque franchement être bébé ça a l'air cool, vaut-il mieux renoncer à cette conquête dont il pouvait être si fier par ailleurs ? 
La période délicate qu'est l'arrivée d'un nouveau bébé représente une fois encore un moment où les compliments descriptifs sont nos amis
  • "oh, tu as réussi à faire ce truc qui était super compliqué / qui t'a demandé beaucoup d'efforts / après avoir essayé plusieurs fois
  • "c'était compliqué et tu as insisté jusqu'à comprendre comment tu pouvais y arriver" 
  • "ouahou, ça t'a demandé beaucoup d'entrainement, tu peux être fier de ton réussissement"
Dans tous les cas, si comportements de régression il y a, il vaut mieux verbaliser en mode 
  • "oh, aujourd'hui tu as envie d'aide pour t'habiller même si tu sais faire toute seule en général", ou encore 
  • "ah, tu trouves ça intéressant de te rappeler comment c'était quand tu devais être porté partout ?" ou encore 
  • "hihihi, c'est drôle hein tous ces jouets de bébé" + moment de qualité dès que possible + jeux de régression.


Il est beau et long (très long) mon billet hein ? Y a de quoi s'occuper, hein ?
Ben ouais mais ça n'empêchera personne de galérer.
QUOI qu'on fasse : oui, il y aura des trucs compliqués avec les aînés
Si pas tout de suite, alors en différé (notamment quand le nouveau venu commence à prendre plus de place, savoir faire plus de choses… chez nous, par exemple, F. avait commencé à avoir vraiment du mal avec sa petite sœur quand celle-ci avait acquis la maitrise de la marche, à 12 mois)
L'acceptation d'un nouvel être, la digestion de cet énorme changement au sein du cocon familial EST et demeure quelque chose de difficile à digérer. Donc, même en faisant "tout bien comme il faut", on ne coupera pas à une période où le comportement des aînés manifestera la difficulté de cette transition.
C'est bien ballot, parce que bien évidemment ca tombe forcément à un moment où nos ressources à nous sont bien sollicitées, également, par le fait que pour nous aussi c'est une transition, les soins que ce bébé sollicite, les nuits qu'il hache menu, bref… Toi-même tu sais.

Moralité :
  • si la période est difficile, (ou plutôt : puisque la période est difficile) on peut repasser en revue cette check-list et vérifier qu'on n'oublie rien, intensifier un peu (si on peut) les moments de qualité, mais la difficulté ne veut pas nécessairement dire qu'on fait les choses mal. Juste qu'il faut que ça passe.
  • et si on trouve soi-même qu'on gère moyennement… alors qu'on sait bien que nos aînés auraient particulièrement besoin d'interactions douces (y compris dans la fermeté) avec nous leurs parents, mais on ne peut s'empêcher de démarrer au quart de tour quand, au hasard, une dispute entre les 2 grands déclenche des cris tellement stridents chez notre fille, que le bébé fraichement endormi se réveille en pleurs ...
C'est le moment de nous rappeler qu'encore une fois, faut pas chercher à être un parent parfait, les couacs font partie du jeu.