PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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mardi 10 janvier 2017

Lecture royale : Jane Nelsen et sa Discipline Positive (Billet 1/3)

L'intérêt que je porte à mes amis Kate et William (d'autant plus élevé que j'ai longtemps eu comme projet d'épouser le second. Mais, bonne pâte, je ne suis pas rancunière et ne m'empêche pas, par conséquent, d'apprécier ni de m'inspirer volontiers de la première. Et puis princesse, c'est un métier relou, au fond! Et les diadèmes ne me vont pas. Ni les très gros diamants. Mais c'est dommage quand même parce que Balmoral a l'air d'être un chouette lieu où passer ses vacances. Enfintantpisquoi) m'avait fait suivre avec curiosité ce qu'on rapportait de leur cheminement éducatif, et j'avais noté, avec une certaine suffisance, que celui-ci ne semblait pas à 1000 lieues du nôtre.

Comme souvent, écrire sur ce blog me pousse à faire des choses que je n'aurais pas forcément faites sinon, et voilà-t-y-pas que, le billet susmentionné à peine publié, je suis allée loucher du côté des bouquins vantés par ma royale copine. 

Tiens donc ! 
J'ai découvert que celui intitulé "Positive Discipline : the First Three Years", avait pour auteur une certaine Jane NELSEN.
Hum... Jane Nelsen ?
C'est un nom que j'avais déjà croisé plusieurs fois au cours de mes lectures, notamment parce qu'il revient fréquemment dans des articles du site apprendreàéduquer. Et lors de mes explorations sur ce site, je m'étais posé la question de lire ou pas cet auteur, et puis bon, étant déjà bien occupée à tournicoter autour de Faber & Mazlish, j'avais estimé pouvoir remettre cela aux calendes grecques.

Mais la recommandation royale a bousculé mes plans en titillant ma curiosité. J'ai donc regardé ce que je pouvais me procurer, à savoir le bouquin générique sur la discipline positive, disponible avec un peu d'attente, dans notre bibliothèque. Et poum, l'attente s'est terminée pile poil avant les vacances de Noël, que j'ai donc passées en compagnie de Jane Nelsen (donc par extension, en compagnie de Kate & William, doooonc presque à Balmoral en fait !)



Je ne regrette pas le voyage !
Pour vous donc (et pour moi !), un exposé (en 3 parties parce que je suis quand même un peu consciente de ce que mes tartines bloguesques peuvent avoir de légèrement indigeste) de ce que je rapporte, à titre personnel, du voyage.
  1. Un nouveau regard / des perspectives éclairantes sur un certain nombre de points
  2. Une série de nouveaux outils
  3. Une meilleure compréhension de certains mécanismes psychologiques
(J'annonce mon plan. Rha, parlez moi de formatage par les études)

Au menu d'aujourd'hui, donc : les perspectives éclairantes que je retire de cette lecture.


L'importance du sentiment d'appartenance et d'importance.

Un des fondements de la discipline positive est l'affirmation que l'être humain en général, et l'enfant en particulier, a comme besoin fondamental celui d'appartenir au groupe, et d'y jouer un rôle, de contribuer à son fonctionnement. Les comportements inappropriés des enfants sont pour la plupart liés au découragement ressenti quand ce besoin n'est pas rempli.
Cette explication m'a beaucoup sensibilisée à l'importance de permettre à l'enfant de faire un maximum de choses par lui-même
  • d'abord, certes, les choses qui le concernent, 
  • mais aussi des choses qui sont utiles au groupe. 
En effet, ce "faire" nourrit à la fois
  • son sens des responsabilités, par des actes concrets. En effet, à la réflexion, la présence et la valeur de l'autre, et de ses besoins, s'ancrent d'autant mieux dans notre esprit que nous "pratiquons" cette présence en faisant des choses pour cet autre, de manière positive, en plus de restreindre notre liberté en "ne faisant pas" des choses qui gêneraient cet autre
  • et son sentiment d'appartenance et d'utilité.

A ce titre, chez nous cette lecture est venue s'insérer vraiment de manière idéale dans le déroulé de nos ateliers Faber et Mazlish : nous partions en vacances après l'atelier n°4 portant justement sur le fait de développer l'autonomie de l'enfant, et l'approche de Jane Nelsen, à mes yeux un peu plus poussée, nous a permis de bien approfondir ce sujet ! 

De ce fait, puisque dans nos "devoirs" Faber & Mazlish nous étions invités à réfléchir et identifier des tâches que nous faisions jusque là à la place de F., et que nous pourrions lui laisser gérer, nous avons élargi un peu notre champ d'exploration en passant en revue
  • non seulement des actions qui lui sont personnelles telles que s'habiller seul, 
  • mais aussi d'autres qui contribuent au fonctionnement familial, telles que préparer la lessive ou mettre, en plus de son couvert, celui de toute la famille.
Comme elle le souligne, du reste, travailler sur ces aspects demande un investissement en temps spécifique, car on irait souvent plus vite à faire soi-même qu'à inclure et responsabiliser l'enfant, expliquer, montrer, réexpliquer, et raaaappeler... [soupir]
Mais le fait de bien avoir en tête la double utilité de ce travail (prévenir des comportements inappropriés en nourrissant le besoin d'utilité, et permettre le développement du sens des responsabilités) m'a permis de prendre mieux conscience de la rentabilité, à long terme, d'un tel investissement. Jane Nelsen utilise le terme d'enseigner, et chez nous ce petit rappel tombait à pic.


La priorité absolue à donner à la reconnexion.

Parmi les outils donnés (moui, je sais, les outils sont sensés être abordés dans le 2ème billet, mais zut, c'est ici que cet aspect-là est le mieux hébergé), figure celui d'une méthodologie intitulée les "4 étapes pour gagner la coopération des enfants"
Éditions Poche Marabout : page 66

Cet outil, qui "oblige" à commencer par l'accueil des sentiments, etc, s'inscrit bien évidemment en parfaite cohérence avec les conseils Faber & Mazlishiens, ce n'est d'ailleurs pas un hasard si "Parler pour que les enfants écoutent" commence par cette habileté-là. 

Chez moi, la lecture de Jane Nelsen a eu, sur ce point, le mérite de me remettre vraiment en tête l'importance de ce qu'elle appelle "la reconnexion" avant de pouvoir passer à ce qu'elle appelle l'enseignement, ou la redirection du comportement. Importance étant un mot faible, un terme du genre "inconditionnalité / impossibilité de faire sans" serait plus approprié.

Ceci ne veut pas dire que j'y parviens,  hein, mais cela m'aide, en situation de conflit, à voir, en plus de ce que F. ne fait pas pour améliorer la situation (qui m'apparaît fort clairement à ces moments-là...), ce que moi non plus je ne fais pas (encore), et donc la marge d'amélioration de la situation sur laquelle j'ai, moi, un levier

Encore une fois, le voir ne veut pas dire que j'agis en fonction de ce que je vois... mais cela m'a permis de diminuer un peu ma frustration à certains moments, puisque cet éclairage apporte une réponse à la question "mais pourquoi refuse-t-il obstinément de coopérer ?" un peu différente du "il le fait exprès le %&@%  !" qui est celle à laquelle un esprit surchauffé a vite tendance à aboutir. 
Une sous-section a d'ailleurs pour titre "un nouveau regard sur les comportements appropriés / s'ouvrir à une responsabilité partagée sans culpabilité", et c'est justement cela. Étant ce que je suis, (ré)agissant de la manière dont j'agis, je participe aux mauvais comportements de F.
Ceci ne signifie pas que je dois les laisser perdurer, en mode auto-flagellation "tu as bien raison de te comporter ainsi mon biquet, comment pourrais-je vouloir que tu changes alors qu'au fond c'est ma faute, ma très grande faute, quand je serai parfaite je pourrai t'inviter à modifier ta manière de faire, d'abord-paille-ensuite-poutre etc", mais que je peux tout de même moduler ma manière de (ré)agir.


Une place de choix pour l'erreur.

J'ai trouvé très précieuse son invitation à  réfléchir sur la manière dont notre comportement présente la notion d'erreur: 
  • est-elle gravissime ? 
  • Ou au contraire si peu importante qu'on ne va pas s’appesantir dessus ?  
Ni l'un, ni l'autre.  
Une erreur n'est pas grave, mais elle est importante, au sens qu'elle est précieuse : s'attacher à faire de chaque erreur quelque chose de positif, une occasion d'apprentissage, c'est encore une autre voie, et... à la réflexion, un boulot à plein temps ! Mais justement, ce point est indissociable du point sur l'importance d'enseigner et de développer l'autonomie : il s'agit d'utiliser chaque erreur, ne pas la laisser glisser, mais de profiter de son potentiel d'apprentissage...
Cette manière de penser encourage à laisser une grande place à la réparation de l'erreur, et là encore cette réflexion est venue à pic dans notre évolution.
Ces derniers temps, nous avions commencé à travailler davantage sur le mot "pardon" (symbole important, premier pas dans la prise de conscience de l'erreur, et la reconnaissance de l'impact qu'on a sur l'Autre). 
Nous allons à présent plus loin : je fais davantage attention en général à prendre le temps de montrer systématiquement les conséquences qu'a eues un comportement inapproprié, et à faire réfléchir et agir F. pour qu'il répare. Non pas en mode culpabilisant / punition, mais en mode pragmatique, autonomisant, responsabilisant. Ainsi : 
"cela m'a donné du travail, que pourrais-tu faire pour réparer cela ?" 
Et parce qu'à cet âge, il manque encore souvent d'idées (ou tout simplement aussi, très probablement, parce qu'il manque d'entraînement - pour lui aussi, c'est tout nouveau! ), ne pas m'arrêter à son silence, mais poursuivre ma mission d'enseignement : 
"Tu pourrais m'aider en faisant ceci ou cela pour moi".

C'est un point qui m'a vraiment énormément apporté, peut-être celui qui va me marquer le plus, d’autant que cela vient se connecter avec tout ce que nous voyons/revoyons, dans le cadre de nos ateliers F&M, sur le fonctionnement du cerveau, sa plasticité, la manière dont ses circuits passent son temps à se faire, défaire et refaire. 
Une fois qu'on réalise qu'il faut un temps fou pour que les choses s'ancrent dans le cerveau d'un enfant puisqu'à peine créé, un circuit se fait pulvériser par le circuit voisin, on peut percevoir qu'il est donc normal d'avoir à répéter, répéter et re-répéter les mêmes choses

En ce qui me concerne, cette prise de conscience d'à quel point c'est la nature du cerveau de l'enfant, son fonctionnement intrinsèque qui nécessite ces répétitions, m'aide vraiment.
Elle me permet en effet de changer de regard : il s'agit de ne plus voir, en chaque comportement inapproprié, 
  • le signe d'un problème d'éducation 
  • ou celui d'un souci chez mon enfant, 
  • mais quelque chose de parfaitement normal: le signe d'un besoin d'apprentissage, l'occasion de réaffirmer les valeurs que nous souhaitons transmettre, de faire un pas "dans le bon sens".
Quel apport en termes de sérénité!

Par ailleurs, ceci contribue à me pousser à sortir de la logique de réaction que j'évoquais ci-dessus, pour développer au contraire une logique d'action : au lieu de réagir à un problème, il s'agit d'agir pour transmettre une valeur, développer une stratégie réfléchie, dans la durée, et faire ensuite feu de tout bois (toute erreur / occasion d'apprentissage) pour renforcer la cohérence de mon enseignement.


La gestion des comportements inappropriés : un pas de plus loin de la punition, en privilégiant les solutions aux conséquences.

Jane Nelsen commence par les explications que tout lecteur de F&M ou Filliozat connaît déjà sur les raisons pour lesquelles la punition est inefficace et nuisible à long terme.
Mais ensuite, elle s'attaque également aux conséquences qui viennent souvent remplacer la punition. J'ai trouvé sa distinction entre conséquence naturelle et conséquence logique très éclairante: 
  • une conséquence naturelle interviendra sans intervention de l'adulte / autre personne (si l'enfant ne mange pas son assiette ou oublie son goûter, il a faim), 
  • une conséquence logique nécessite une intervention (c'est par exemple le cas de mon "les enfants qui font la java dorment séparément").
Elle souligne que les conséquences logiques peuvent vite devenir des punitions déguisées, et j'ai beaucoup aimé ses explications sur les critères nécessaires à ce qu'une conséquence logique soit efficace / éviter justement ce travers.
Et tout particulièrement, je retiens cette phrase
"la souffrance n'est jamais une condition requise pour que les conséquences logiques soient efficaces. Par exemple, il est possible que cela ne coûte rien à un enfant de nettoyer sa table, il peut même y trouver un certain plaisir. L'objectif des conséquences logiques est de faire changer le comportement, de trouver une solution et non pas de se venger en infligeant une souffrance."
Je crois que cette phrase et d'autres similaires, soulignant qu'il est vain de penser que pour vouloir faire mieux, un enfant (ou un adulte, du reste) doit d'abord se sentir moins bien, représente un des points qui m'a fait le plus réfléchir. 
Il s'inscrit d'ailleurs parfaitement dans la logique "transmission de valeurs à long terme" évoquée plus haut : nettoyer la table que j'ai salie ne va peut-être pas me déranger sur le coup, mais je saurai régler le problème que j'ai causé, et j'aurai expérimenté que cela donne du travail, donc potentiellement aussi du travail aux autres, progressant ainsi sur la voie de l'empathie et de la responsabilité.

C'est cette logique là qui est au centre de la discipline par la solution: la conséquence est encore tournée vers le passé, la solution se tourne vers le futur, il ne s'agit plus de faire payer, mais d'aider à ce que les choses puissent se passer autrement dorénavant. Par exemple, pour un enfant qui emprunte sans arrêt les crayons de son voisin de table sans lui demander ni nécessairement les lui rendre, une conséquence pourrait être "être changé de place"; une solution sera "instaurer une boîte de crayons à emprunter qui serve pour toute la classe".

Voilà pour aujourd'hui; c'est bien joli, tout ça, mais les outils associés ne le sont pas moins : à bientôt pour le billet n°2  !

6 commentaires:

  1. oh merci ma gwen pour ces reflexions qui tombent(encore) à pic. je t ecrirai par mail pour réagir plus profondement.

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    1. Je suis bien contente de pouvoir partager les fruits de mes lectures... et je te lirai avec joie ! :-)

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  2. Yes, je viens de le trouver ! merci pour cet article intéressant !

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    1. Ah trop chouette ! tu le cherchais ? Hâte d'en causer avec toi ! (lundiiii, puisque nous plaindrons de TOUT NOTRE CŒUR ton PAUVRE mari en déplacement dans une contrée hostile hihihi)

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  3. Merci Gwen pour cet article comme toujours super enrichissant !
    Chez nous, depuis qu'on a lu Jane Nelsen, chaque samedi on échange sur l'erreur de la semaine...

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    1. Ah c'est chouette ça !
      c'est le genre de suggestions pour lesquelles je n'ose encore me lancer parce je me dis que c'est mieux adapté à plus d'enfants, plus âgés, que les nôtres. mais ça me fait rêver !

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