mardi 15 août 2017

Activité extra-scolaire du Bébou : bilan 2016-2017 et perspectives 2017-2018

Parmi les points qui me tenaient à cœur dans cette première année d'IEF, figurait la possibilité pour le Bébou de participer à une activité dite "extra-scolaire". J'avais exposé l'intérêt que j'y voyais ici, et finalement, c'est sur un cours d'éveil musical que mon choix s'est porté.

On m'en avait dit du bien (mais le "on" étant une maman avec qui je n'avais jamais eu de discussion profonde sur des sujets d'éducation, je ne pouvais pas être sûre que ses critères du bien et les miens se rejoindraient à 100%) et que c'était tellement bien qu'il fallait être à l'ouverture le matin des inscriptions pour s'assurer d'avoir une place pour son gamin.
J'avoue que ledit samedi matin, c'est en grinçant doublement des dents que je m'acheminai vers le centre socio-culturel offrant ces cours.
  • Devoir me lever tôt et me dépêcher un samedi matin, hein. 
  • Et ensuite, avec cette histoire de cours hyper couru je craignais la course à la performance et je me demandais si je n'étais pas en train de mettre le doigt dans un engrenage à la parent japonais ou coréens (je ne sais plus, mais durant quelques minutes j'ai eu cette impression), qui inscrivent leurs enfants dans les meilleures écoles dès leur naissance afin de pouvoir leur permettre ensuite l'accès aux meilleures universités.

Heureusement, j'ai été vite rassurée par la conversation que j'ai pu avoir avec le monsieur animant ces cours d'éveil
  • 10 enfants maximum (je m'attendais à un effectif plus proche de celui d'une classe de maternelle)
  • un fonctionnement assez libre, mêlant écoute d'instruments et d'extraits de morceaux de musique, coloriage des instruments en question, apprentissage du rythme sur batterie et djembé,...
  • un animateur masculin (j'ai trouvé ça chouette!) et à la personnalité détendue, sachant se faire entendre sans rentrer dans le rapport de forces
  • et surtout : la possibilité d'une acclimatation en douceur

C'est surtout ce dernier point qui a illuminé mes yeux de maman IEF n'ayant à l'époque jamais mis son enfant en collectivité: je craignais de devoir le "larguer" dans son cours, comme ça, sans qu'il ait le temps d'y prendre ses marques. Cela a été d'ailleurs l'expérience simultanée d'une de mes copines IEF, qui a inscrit sa fille à un cours analogue dans un autre centre socio-culturel, sans être autorisée à rester, et dont la fille a, au bout de 3 séances, refusé d'y retourner.
Mais non. L'animateur laissait toute liberté (tout en soulignant que pour que l'enfant ait "son" moment à lui il valait tout de même mieux viser l'absence des parents en résultat final. Mais un petit garçon n'a jamais voulu que sa mère s'éloigne et celle-ci a passé l'année au fond de la salle) pour permettre à la séparation de se faire au rythme de l'enfant.
Ainsi ai-je passé 
  • les deux premiers cours dans la salle, 
  • le 3ème dehors, assise à côté de la porte ouverte, 
  • le 4ème et le 5ème dehors, assise à côté de la porte fermée. 
  • Ensuite c'était les vacances de la Toussaint, et un cours où ce fut Monsieur Bout, en congé ce jour-là, qui l'accompagna.
Et au retour des vacances de la Toussaint, je pus lâcher mon fils
"J'ai une course à faire à la pharmacie mais je serai de retour pour venir te chercher.
- j'aimerais que tu restes.
- je sais mon chéri, tu aimerais que je reste; j'ai quelque chose à aller chercher à la pharmacie et je serai de retour avant la fin"
Gros bisous, et aucun souci.

Un détachement tout en douceur que j'ai énormément apprécié, ayant longtemps pensé que les pleurs déchirants accompagnant l'entrée en maternelle n'avaient pas d'alternative.
Ce détachement a d'ailleurs représenté un palier idéal, qui a sans doute contribué à la manière dont F. s'est si bien acclimaté au jardin d'enfants franco-allemand en avril. 

Bref, si je reprends les attentes définies dans mon billet de préparation, nous avons
  • l'ouverture sur autre chose,: CHECK ! Monsieur Bout en a profité pour réécouter avec lui des morceaux entendus durant ces séances, ça faisait un point d'ancrage, c'était chouette
  • dans un environnement plus riche en stimulations : CHECK! La batterie l'a captivé, il a beaucoup utilisé mes casseroles de ce fait... et incontestablement : nous avons noté que son sens du rythme évoluait vraiment!
  • l'introduction d'un référent autre que moi-même / un membre de la famille : ça c'était chouette aussi !
  • et une confrontation à une forme de collectivité, un groupe, avec ses règles, ses repères, mais à dose homéopathique : gros gros CHECK ...
  • Éventuellement, l'opportunité d'élargir encore notre/son champ de connaissances en rencontrant d'autres enfants et leurs familles : ça pour le coup, pas du tout : chacun apportait son môme, et venait le chercher, sans gros bavardages (bon, euh, j'avoue, j'étais souvent limite en retard / la dernière à venir le chercher, ça n'aide pas... mère indigne, toujours)

En point négatif, l'horaire de ce cours était vraiment peu pratique : 15h-16h, ça me zigouillait la sieste de F. et me mettait une pression de fous pour faire déjeuner les enfants assez tôt pour que F. ait tout de même 1h  à passer allongé. Quand il tardait à se coucher, c'était la fête...
Hasard ? Les mercredis matin étaient des moments facilement tendus... susceptibles de dériver loin des rivages faber&mazlishiens...

Néanmoins, F. a adoré y aller, et pendant longtemps j'ai donc prévu de le réinscrire pour 2017-2018. Et puis il s'est tellement plu au jardin d'enfants franco-allemand que, après discussion avec Monsieur Bout, nous avons décidé qu'en 2017-2018 il irait plutôt passer tous ses mercredis après-midis au centre de loisir dudit jardin d'enfants: 
  • de la collectivité qu'il apprécie, dans un cadre de rêve
  • de l'allemand, 
  • et une logistique ô combien simplifiée puisque il allait y passer toute l’après-midi, donc pas de zigouillage de sieste, ni pour lui, ni pour moi...
Et que nous nous mettrions en quête d'une activité extra scolaire supplémentaire pour lui un autre jour de la semaine.
J'étais RAVIE de cette solution... Jusqu'à ce que la nouvelle de notre déménagement ne vienne réduire à néant le fruit de 3 mois de triturage de méninges (oui j'ai quand même beaucoup hésité entre l'éveil musical et le jardin d'enfants).
Maintenant, je pleeeeure la perte de ce jardin d'enfants sublime, et je regarde ce que nous pourrions trouver près de notre futur chez-nous... démarche compliquée par le fait que nous arriverons après le début de l'année scolaire!

Idéalement, j'aimerais qu'il ait deux activités (c'est l'avantage d'un emploi du temps d'IEF: nous en avons, du temps),  
  • sachant que j'ai obtenu une place dans l'éveil à l'allemand dispensé par l'école Montessori qui est proche de chez nous. 
  • Reste donc à choisir la seconde. Il grimpe partout et bien mais je n'ai trouvé aucun club d'escalade accueillant les moins de 6 ans, en revanche des cours de natation sont proposés, et des cours d'éveil aux sports permettant de toucher diverses disciplines. Mais à distance, difficile de laisser trainer mes oreilles pour glaner des retours!
  • Par ailleurs, pour compenser la dimension linguistique de la perte du jardin d'enfants, je suis aussi en train de voir pour récupérer une nounou ou une baby-sitter de langue germanique, et j'ai de bonnes pistes!

En conclusion : une première expérience très enrichissante, qui m'a en même temps confortée dans l'idée qu'un choix attentif de l'activité extrascolaire est primordial pour que cela se passe bien.
Nous sommes bien tombés, espérant que cela se poursuive ainsi...

samedi 12 août 2017

"Il existe une bonne manière de jouer à la guerre" - Petit Bout de Lawrence COHEN, Qui veut jouer avec moi? #3

Ce nouveau petit bout de "Qui veut jouer avec moi?" ne me concerne pas encore directement : en tous cas, je n'ai encore jamais vu F. jouer à la guerre... du fait de son exposition à la fois récente et rare à la collectivité peut-être?
Mais, ayant eu l'occasion de lire différents avis sur ce sujet qui fait débat, c'est avec beaucoup de curiosité que j'ai lu les pages que Lawrence Cohen y consacre.

La citation du jour est donc:
"Il existe une bonne manière de jouer à la guerre"

Issue du paragraphe suivant :

Lawrence COHEN, "Qui veut jouer avec moi ? - Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants", p175.

Ainsi, L. Cohen invite à ne pas bannir les jeux agressifs, en soulignant que les proscrire aurait l'effet inverse de celui-ci souhaité, puisque l'enfant se verrait privé d'une occasion privilégiée d'évacuer et d'explorer sa propre violence. Un argument très proche de celui développé dans mon premier bout de Lawrence Cohen.

Mais il ne s'agit pas non plus de leur laisser libre cours : jouer à la guerre n'est pas "positif" en soi, cela peut l'être, ou non, en fonction de différents facteurs. C'est pourquoi l'adulte est incité à s'y mêler, de manière à orienter les réjouissances dans un sens qui porte du fruit.
J'ai ainsi retenu les points suivants
  • Y jouer avec des jouets multi usage (idéalement, le fameux bâton de ma copine Hélène!). Se passer de pistolets en plastique et assimilés met de la distance avec la réalité, et évite l'enfermement dans le jeu en stimulant la créativité de l'enfant : à tout moment le bâton ou assimilé pourra se muer en poêle à frire pour jouer au cuisinier, en harpon pour chasser la baleine, ou en micro pour interviewer le petit frère.
  • S'impliquer en rajoutant de l'humour et de nobles sentiments / personnages: 
    • le médecin qui soigne au péril de sa vie, 
    • le pote qui te couvre théâtralement de son corps et prend la balle à ta place avec sentiments surjoués, 
    • la cantinière qui amène de la bouffe dégueu (ça c'est une idée de moi... à force, je m'imprègne et me prends...au jeu!), 
    • l'arme qui se dérègle et ne tire plus que des bisous (et hop on tient là un beau prétexte à une série de contacts physiques).

C'est une conception du jeu de la guerre qui me va bien, et qui me permet d'envisager sereinement le moment où F.  se mettra à y jouer. (sereinement, et même avec presque un peu d'impatience. En fait j'ai encore bien plus d'idées farfelues que mes histoires de cantinière...)

J'espère que ça vous aura fait le même effet (et si vous avez des bêtises à partager, faites, qu'on rigole un peu tout en puisant de l'inspiration).

Petits Bouts de Lawrence Cohen publiés: 
1- Mettre un terme à un jeu violent
2 - Difficiles retrouvailles avec un enfant
3 - Une bonne manière de jouer à la guerre (?) 
4 - Une alternative aux câlins
5 - Déclarations enflammées 
6 - Transformer une situation tendue en jeu 
7 - Les enfants qui tentent de s'humilier les uns les autres 
8 - De l'importance de l'éducation émotionnelle des  garçons 
9 - Entraînement à la maîtrise de ses impulsions
10 - Les aînés face aux plus faibles
11 - Ne pas s'opposer trop vite 

jeudi 10 août 2017

"Une douleur que les enfants préfèrent éviter" : Difficiles retrouvailles avec un enfant - Petit Bout de Lawrence COHEN, Qui veut jouer avec moi?

Aujourd'hui, je vous livre un deuxième petit bout de l'excellent "Qui veut jouer avec moi".
Là encore, cela m'a permis de considérer certaines expériences déjà vécues sous un nouvel angle.

La citation du jour est donc:
"Rétablir le contact peut donc s'avérer émotionnellement très douloureux, une douleur que les enfants préfèrent éviter."

Issue du paragraphe suivant :
Lawrence COHEN, "Qui veut jouer avec moi ? - Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants", p99.
Nous avons tous vécu ces moments d'absence loin de notre enfant où notre retour est salué tièdement, et nos propositions d'interaction snobées : un peu déroutant! 
On s'attendrait à avoir manqué à son enfant, mais, au lieu de nous sauter dessus avec des cris de joie et de profiter de notre présence, celui-ci s'occupe seul ou privilégie le parent qui s'est occupé de lui toute la journée. 
C'est 
  • parfois vexant : et mon comité d'accueil saluant le retour du guerrier, hein !?
  • parfois aussi confortable : quand on est crevé et pas forcément super motivé pour faire autre chose que s'affaler sur une chaise et laisser l'autre parent gérer le coucher "puisque l'enfant y tient".
En tous cas, j'ai de nombreux exemples en tête chez nous, et dans les deux sens. Ainsi, notamment durant la période de Papazofoyer de Monsieur Bout, mais aussi, auparavant, durant le début de grossesse de E. : épuisée, je m'occupais peu de F., et moins je m'occupais de lui, plus il privilégiait les soins de son père. Et je n'ai pas forcément souhaité me tracasser davantage avec cela.

Ce nouvel éclairage m'amène à reconsidérer ces épisodes : c'est une chose de se dire que l'enfant ne recherche pas notre contact car il n'en a au fond pas tellement manqué... C'en est une autre que de réaliser qu'en fait c'est pour éviter de regarder en face la douleur que le manque lui a causé !
C'est pourquoi Lawrence Cohen souligne qu'il est important de chercher à rétablir un lien profond avec l'enfant, en allant provoquer le contact, y compris avec insistance si l'enfant manifeste des réticences. Le jeu, les câlins, toutes choses permettant des contacts physiques, sont des vecteurs à privilégier. Il incite même à en rajouter au besoin, avec humour, en faisant de grandes déclarations d'amour, se jetant à ses pieds, etc.

Des pages autour de ce thème, je retiens trois points
  • l'autre parent, celui qui s'est occupé de l'enfant, est particulièrement bien placé pour aider à la recréation du lien, inciter l'enfant à se tourner vers le "revenant"
  • il ne faut pas non plus s'affoler quand ça se produit et qu'on n'a pas l'énergie de toujours aller recréer le lien immédiatement : si l'attachement est bon, le fait que le lien reste un peu superficiel pendant un petit bout de temps est vivable pour l'enfant. Mais il faudra quand même compter avec quelques manifestations d'émotions au moment de la reconnexion réelle.
  • selon la qualité du lien, le problème peut être un peu différent dans le cas des pères : 
    • on a moins tendance à s'insurger / s'inquiéter quand l'enfant réclame que ce soit sa mère qui le baigne, le fasse manger, le couche, que l'inverse: la mère aura davantage tendance à se plier à ces demandes, et le père à se résigner à cet état de fait (avec peut-être aussi un peu de soulagement, cf fatigue). 
    • Or cela peut contribuer à affaiblir durablement le lien entre le père et l'enfant. Vigilance, donc. (pour ma part je vais faire lire ce billet à Monsieur Bout pour que nous soyons tous les deux sensibilisés à cela).

Ça vous parle ?




Petits Bouts de Lawrence Cohen publiés: 
1- Mettre un terme à un jeu violent
2 - Difficiles retrouvailles avec un enfant
3 - Une bonne manière de jouer à la guerre (?) 
4 - Une alternative aux câlins
5 - Déclarations enflammées 
6 - Transformer une situation tendue en jeu 
7 - Les enfants qui tentent de s'humilier les uns les autres 
8 - De l'importance de l'éducation émotionnelle des  garçons 
9 - Entraînement à la maîtrise de ses impulsions
10 - Les aînés face aux plus faibles
11 - Ne pas s'opposer trop vite 

mardi 8 août 2017

Y a de gros ratés dans mon éducation positive, Dieu merci !

C'est un appel (téléphonique) au secours d'une bonne copine désespérée qui m'avait permis de théoriser un peu à l'oral ce que je vous livre par écrit ci-dessous. 
Vous vous reconnaîtrez sans peine dans son désespoir quand je vous aurai raconté que, BB2 fraîchement arrivé, numéro 1 entrant dans l'âge béééééniiiii des 3 ans, ledit numéro 1 persistant à asticoter BB2, le réveillant, lui faisant mal, hop, la maman a craqué et hurlé sur son fils avant de fondre en larmes devant le regard terrorisé dudit fils. 
Grand moment de parentalité comme nous en chérissons tous des versions dans notre cœur.
Je lui dédicace ce billet avec des tas de bisous en prime.


Un article tout récent découvert chez Shivamama m'a remis en tête ce billet que j'avais entamé il y a plusieurs semaines.
En effet: commencer à s'intéresser à la parentalité positive, pour un parent (=qui a déjà des enfants = qui interagit déjà avec eux au quotidien = dont la patience et les bonnes intentions se frottent régulièrement à la réalité de ce que sont lesdits enfants - USANTS), constitue une expérience un peu mi-figue mi-raisin
  • Le raisin: youpi plein d'outils pour faire différemment de ce qui ne me plaisait pas franchement dans les modèles d'éducation que j'avais vécus! Je vais pouvoir faire gaffe à lui éviter des blessures émotionnelles ! Plus besoin de crier menacer punir taper ! Voilà de quoi devenir le meilleur parent du monde.
  • La figue: aaargh mais c'est compliqué d'utilisation! Et le résultat n'est pas toujours là /ça n'a pas transformé mon quotidien de parent qui galère en croisière tranquille ! Et je me retrouve à crier menacer punir taper ! J'ai de quoi devenir le meilleur parent du monde en théorie mais je ne suis pas fichu de m'en servir je suis donc un parent mauvais qui cause 1000 dommages émotionnels à mes enfants. Et en connaissance de cause en plus.

Eh bien oui.


Y a de gros ratés et ça ne veut rien dire sur la qualité de l'éducation que je leur donne.
Eh oui, malgré tous les outils de parentalité positive, nos chérubins sont loin de toujours coopérer. On se prend des bides monumentaux. Est-ce que cette absence de fiabilité 100% (satisfait ou remboursé!) est le signe que la parentalité positive "ne marche pas"?
Non.
Car peu importe le style d'éducation, les enfants sont loin de faire tout ce qu'on leur demande. 
Ce ne sont pas des robots, il n'y a pas de "bonne formule" qui produise un résultat assuré: ils ont leur volonté propre, ils ont donc la capacité à vouloir ce qui est bien pour eux et/ou leur entourage, ou à vouloir le contraire. Nous cherchons à éduquer cette volonté, les outils de parentalité positive visent à renforcer cela, mais parfois ça marche, parfois ça marche pas. 
D'ailleurs, nous-même, adultes, faisons-nous toujours ce qui est bien pour nous et notre entourage ?
 (écrivait sentencieusement Gwen en cachant discrètement une demi-tablette de chocolat sous une feuille de papier). 
Notre volonté s'éduque sur toute une vie.
(c'est pourquoi, c'est promis, j'arrêterai le chocolat. 
A 105 ans - chez moi on vit vieux)
Alors déjà rassurons nous: tout le monde est dans le même bateau. Personne, même les blogueuses aux billets les plus merveilleux sur le sujet, ne vogue parfaitement calmement sur les eaux de la parentalité. 
Qu'on se le dise : le fleuve Parentalité n'est pas adapté aux croisières pépères. C'est plus un terrain à rafting.

En revanche je vous avouerais que moi ces derniers temps je vis tout cela de manière un peu plus cool. Mes enfants ne se sont pas mués en petits anges, certes. 
Cependant au bout d'une grosse année de travail, je constate que l'usage répété, acharné, obsessif (?) des outils de parentalité positive glanés ici et là, s'est tout de même traduit, objectivement, par une baisse du nombre des conflits, doublée d'une baisse de leur intensité moyenne (j'insiste sur l'adjectif moyen. Ça veut dire que même si globalement les conflits partent moins en vrille qu'avant, il s'en produit toujours, de temps en temps, des sacrément carabinés).

Par ailleurs, ce qui a changé, c'est mon attitude, mes attentes.
Envers mes enfants, d'abord. J'en parlais notamment ici.
Mais surtout: peu à peu j'ai révisé mes attentes envers moi.

J'ai décidé que certes. Il m'arrivait toujours de faire n'importe quoi, certes je commettais plein de grosses bonnes boulettes éducatives, certes il ne s'agissait pas de se complaire dedans en mode "j'm'en fous, j'suis comme ça", certes j'allais continuer à enrichir mon répertoire d'outils éducatifs et m'efforcer d'y avoir recours le plus souvent possible, à ce répertoire.
Mais que ma perfection parentale n'était ni nécessaire, ni même bonne pour mes enfants.
Ce qui nous amène à mon second point.

Y a de gros ratés et c'est pas grave. La perfection parentale n'est pas nécessaire!

L'angoisse pour la maman pas parfaite mais qui a regardé des vidéos youtube et lu des tas de billets de blog, c'est de causer par ses réactions des dommages émotionnels à son môme. 

J'ai crié menacé tapé = je l'ai traumatisé. 

C'est une équation vite faite aujourd'hui où les récentes avancées en neurosciences soulignent l'impact négatif de ce genre de mesures éducatives sur le développement du cerveau de l'enfant et notamment sur le développement des zones gérant les émotions. Les travaux de Catherine Guéguen sont fréquemment invoqués pour sensibiliser les personnes s'occupant d’enfants à l'importance d'éduquer avec douceur etc.
Yep.
Eh bien, en ce qui me concerne j'ai beaucoup aimé Catherine Gueguen. 
J'ai appris pleins de choses que j'ai vite oubliées, genre toutes les finesses de ses démonstrations scientifiques et toutes les précisions données, jargon scientifique inclus, sur le fonctionnement du cerveau, ses zones etc.
Mais j'ai retenu les lignes directrices dont j'avais besoin pour fonctionner au quotidien.
Et j'ai surtout retenu un truc essentiel pour ma survie émotionnelle à moi. Un truc fondamental pour atténuer un peu les montagnes russes dans lesquelles me projetteraient sinon mes moindres écarts de la ligne du parti, écarts involontaires mais hélas loin d'être rarissimes.

Le cerveau de l'enfant est plastique.

C'est pour cela que je déteste, que je hais, que j’exècre une des images qui circule sur Facebook dans les milieux de l'éducation positive : vous l'avez probablement déjà vue, celle comparant l'enfant a du bitume tout frais et posant la question des traces que nous voulons y laisser...?
C'est une image hyper parlante mais terrifiante: l'aspect indélébile des traces laissées... brrrrr.

Eh bien non. 
Comme je l'écrivais déjà l'an dernier, je préfère me rappeler que le cerveau de l'enfant se répare, que c'est la répétition, le systématisme de réactions parentales inadaptées qui causent du dommage.
Donc si avec les outils de parentalité positive je réussis à baisser mon recours aux punitions, menaces, etc, de 10, 20, 40, 80% : mon enfant en tire déjà énormément de bien. 
Or ça je peux le faire, c'est dans mes moyens. 
Et pas que moi... lors d'une discussion récente avec une bonne copine récemment initiée à Faber et Mazlish, celle ci me confiait 
"oh, il m'arrive toujours de les menacer, c'est même encore assez fréquent... mais en fait avant c'était un peu ma seule manière de faire, je ne faisais que ça. Aujourd'hui y a plein de fois où je n'ai pas besoin d'en arriver là, j'arrive à régler le problème autrement." 
C'est-y-pas méga chouette !?!?

Donc déjà, hein, détendons nous: la parentalité positive ce n'est pas tout ou rien, ce n'est pas blanc ou noir, ce n'est pas parce qu'on agit de manière suboptimale dans une situation donnée (ou mille)  qu'on doit se bannir du club des parents positifs. 
Il est vrai que le club des parents positifs parfaits (le fameux PPP) est un club vraiment vraiment très fermé, lui. Tellement fermé qu'il n'y a personne dedans. C'est fâcheux!


Y a de gros ratés et heureusement: mon enfant en a besoin!
Non seulement l'enfant n'a pas besoin de notre perfection mais notre perfection parentale lui serait nuisible.

1. Est-il parfait, notre enfant? 
Non!!! (Celles qui ont répondu oui... arrêtez les petites pilules roroses)
Et quand on n'est pas parfait, que ressent-on à fréquenter des gens parfaits?
Complexes, découragement, mauvaise estime de soi, culpabilité, haine...?
Hum. Joli tableau.
Ben notre enfant c'est pareil.
Notre enfant n'a SURTOUT pas besoin d'avoir l'impression que si lui échoue à être parfait, c'est vraiment qu'il est nul. 
En revanche notre enfant a ABSOLUMENT besoin de voir quelqu'un faire des erreurs, les reconnaître, et les réparer. Comme ça il n'aura pas peur d'en faire, et il saura les gérer.

2. Notre enfant sera-t-il un parent parfait ? 
Y a peu de chances. 
Eh bien il vaut donc mieux qu'il n'ait pas l'impression d'être un pire parent que les siens ne l'ont été pour lui. On a tous envie de faire mieux que nos parents, mais comment faire si c'est impossible ? 
J'ai été marquée par une discussion avec quelqu'un dont le père jouissait d'une réputation proche de la sainteté... compliqué pour son fiston de vivre avec cette ombre formidable et l'impression continuelle que, peu importaient ses efforts à lui, ses petites et grandes réussites : il ne ferait que moins bien.
Faire des erreurs avec nos enfants, et les reconnaître, c'est leur laisser le champ libre pour ne pas faire les mêmes, mais d'autres.

Alors hein, il ne s'agit pas de foncer allègrement en mode "youhou, allons y gaiement"
Mais voilà. Au quotidien, je fais de mon mieux. En fonction, du temps, du vent, de l'âge du capitaine.
Et quand je foire un truc, j'en fais une opportunité à la Jane Nelsen : 
  • une opportunité d'apprentissage pour moi 
    • comment en suis je arrivée là, 
    • qu'est ce que ça me révèle sur mes besoins non satisfaits, 
    • que pourrais-je mettre en place pour me sentir mieux, 
    • à quelles alternatives aurais-je pu avoir recours (au besoin j'appelle ma propre Hotline huhuhu)
  • et pour mes gosses, qui m'observent
    • comment exprime-t-on qu'on a fait une erreur
    • comment cherche-t-on a la réparer, 
    • comment travaille-t-on à éviter qu'elle se reproduise, 
    • ah zut elle se reproduit ah ben tiens on continue à travailler dessus. et re, et re, et re.
Et encore : même ça je ne le fais pas parfaitement. Mais au lieu de me retirer des points à chaque fois que je ne le fais pas, je me congratule pour chaque fois où je le fais.

Parce que c'est bien joli de dire que notre enfant se développe mieux si on cherche à renforcer chez lui les comportements positifs plutôt que de nous focaliser sur la répression du négatif.
Mais jusqu'à preuve du contraire notre cerveau est fait sur le même modèle que celui de notre enfant, donc autant s'appliquer ces principes à nous-mêmes.

Charité bien ordonnée...


lundi 7 août 2017

"Il n'y a qu'une façon de mettre un terme à un jeu violent..." - Petit Bout de Lawrence COHEN, Qui veut jouer avec moi?

Comme annoncé dans mon précédent billet, voici le premier d'une série qui a vocation à partager mes lectures "parentalité positive" de manière moins ambitieuse, mais plus compatible avec ma disponibilité, que les longs billets-résumés qui me sont coutumiers. L'un ne signant pas la mort de l'autre, d'ailleurs. Mais dans tous les cas, chaque bribe que je serai venue partager avec vous contribuera à alléger le travail d'écriture desdits longs billets ;-)

Je suis en plein "Qui veut jouer avec moi", de Lawrence COHEN, et j'ai un gros, gros problème: il me faudrait au bas mot 30 de ces billets pour venir vous partager tout ce que j'y trouve de super chouette (et super applicables, aussi, hein, parce que nous vivons dans la vraie vie). M'enfin qui sait, peut-être que je finirai par les écrire... Quoiqu'il en soit, oublions pour le moment ces 30 hypothétiques billets, et concentrons-nous sur le premier.

La citation du jour est donc 
"Il n'y a qu'une façon de mettre un terme à un jeu violent: s'y livrer, un temps, avec l'enfant, pour lui ouvrir un nouveau champ de possibles, lui permettre d'expérimenter d'autres moyens de gérer ses impulsions agressives."
Et voici le paragraphe dont elle est extraite: 

Lawrence COHEN, "Qui veut jouer avec moi ? - Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants", p55.


Ce paragraphe m'a vraiment parlé!

Je ne sais pas si certains ici se souviennent des soucis que nous avons eus avec F. qui jetait des jouets du haut du balcon (j'en parlais notamment ici). Après plusieurs tentatives pour régler le problème, nous avons fini par jouer la sécurité : changer les poignées des fenêtres pour qu'il ne puisse plus les ouvrir.

Et justement, il y a quelques semaines, un billet de Coralie m'avait interpelée, puisqu'elle aidait une maman à résoudre un problème similaire! 
La solution qui y est retenue se rapproche bien davantage de l'approche présentée par ce paragraphe, et je me dis qu'en effet, j'aurais pu m'amuser à aller chercher des feuilles mortes et à me livrer à quelques sessions de jets de feuilles mortes du haut de chez nous (il aurait peut-être juste fallu réfléchir un peu pour éviter que lesdites feuilles mortes n’atterrissent sur le balcon du dessous: pas la peine d'envenimer encore nos relations avec la voisine... -en voilà une ravie de notre départ prochain, du reste. Et qui ne s'en cache pas.)

De la même manière, en avril, période qui fut très compliquée pour nous, et dont je dois encore venir vous parler plus en détails  (Un jour! Quand mes journées feront 36h dont 24 à consacrer au blog. Snif), F. s'était mis à coller des autocollants de manière compulsive. 
Il les enchaînait, sans attention pour ce qu'ils représentaient, sans attention portée non plus au sens dans lequel il les collait ou encore l'emplacement. Monsieur Bout et moi-même avions remarqué cela et notre première réaction avait été de limiter le recours aux autocollants, ce qui avait causé d'énormes crises de comportement.
Puis nous avions réalisé qu'il y avait probablement des problèmes plus profonds derrière cette manière d'agir, et que ces autocollants étaient peut-être la manière que F. trouvait pour exprimer / gérer cela.
Nous avons donc fait open-bar autocollants pendant plusieurs semaines (merci Action!), et pris du temps pour accompagner certaines de ces sessions (je suis devenue SUPER forte en collage de petits autocollants. Prosternez-vous!).

Et en effet, cela a participé à l'amélioration de l'ambiance, ainsi qu'à la disparition d'autres comportements plus gênants, et au fil des semaines le recours aux autocollants a décru jusqu'à devenir insignifiant.


Suite à cette lecture et aux "relectures" d'expériences passées, je me pose la question d'autres domaines dans lesquels cette approche pourrait être pertinente chez nous... La fascination de F. pour les volets rentrerait-elle dans cette catégorie ? Je n'en suis pas si sûre. C'est à méditer.
Mais je suis bien heureuse d'avoir maintenant cette nouvelle corde à mon arc!

Je serais curieuse de savoir si chez vous, vous voyez un champ d'application potentiel, ou si vous avez fait des expériences similaires !



Petits Bouts de Lawrence Cohen publiés: 
1- Mettre un terme à un jeu violent
2 - Difficiles retrouvailles avec un enfant
3 - Une bonne manière de jouer à la guerre (?) 
4 - Une alternative aux câlins
5 - Déclarations enflammées 
6 - Transformer une situation tendue en jeu 
7 - Les enfants qui tentent de s'humilier les uns les autres 
8 - De l'importance de l'éducation émotionnelle des  garçons 
9 - Entraînement à la maîtrise de ses impulsions
10 - Les aînés face aux plus faibles
11 - Ne pas s'opposer trop vite 

samedi 5 août 2017

Lectures Parentalité Positive - mieux les partager

Ces temps-ci, et notamment en raison de ma rencontre avec Coralie, et de l'approvisionnement en bouquins qui en a résulté, je lis pas mal de bouquins intéressants et ce n'est que le début...

Or comme l'a montré le cas du coucher à la Jane Nelsen, ces bouquins sont riches en découvertes géniales, mais manque de temps + perfectionnisme constituent souvent deux obstacles très efficaces à leur partage .
D'ici que j'aie le temps de venir vous résumer ces bouquins (ce qui ne répond pas qu'à une visée altruiste car en résumant, je formalise mes lectures, les digère, les intègre), je serai vieille, nos enfants seront adultes, et toutes ces découvertes tardives nous feront une fort belle jambe.

Mais j'ai également découvert une nouvelle manière de m'approprier mes lectures, en ayant recours à ces espèces de petits marque-pages aux couleurs criardes pour marquer les passages qui... me marquent, justement. 
Alors que jusqu'à présent 
  1. je lisais le bouquin une première fois, 
  2. le relisais une ou deux fois ensuite pour prendre en notes tous lesdits passages, et 
  3. ensuite j'avais encore un gros travail de restructuration devant moi pour 
  4. rédiger des billets lisibles... et longs de 3 mètres (donc un peu illisibles en fait). 
Ces petits machins me plaisent bien, car ils constituent une alternative au fait de crayonner / stabiloter un livre, ce que je déteste faire (c'est sacré un livre) et qui n'est en outre pas possible dans le cas d'un livre emprunté à la bibliothèque.

C'est déjà un progrès : pour venir vous parler d'un bouquin, je n'aurai plus qu'à reprendre tous les passages ainsi marqués, sans devoir relire l'ensemble du livre. Quel dommage que cette idée brillante ne me soit venue qu'après avoir fini ma première lecture du nouveau F&M: "Parler pour que les PETITS enfants écoutent", dont vous pouvez admirer la tranche sur la photo... passons.

Ceci dit quand je vois combien de petits machins j'ai déjà utilisés pour les 130 premières pages de l'extraordinaire "Qui veut jouer avec moi" de Lawrence Cohen, le billet global les reprenant tous n'est pas non plus près d'être pondu.

Aussi mon cerveau génialissime m'a-t-il soufflé d'y aller mollo, sans tout vouloir faire, petit bout par petit bout, quoi (ça alors!).

Je prends donc plutôt l'option de venir partager régulièrement avec vous une citation / un paragraphe, 
  • un(e) seul(e)!!
  • fraîchement tiré(e) de mes lectures
  • d'application assez directe
  • et enrichi de mes petits commentaires perso plus ou moins brefs.
Ces billets seront à retrouver dans la catégorie "ma bibliothèque par petits bouts".

A lundi pour le premier petit bout de Lawrence Cohen !

Petits Bouts de Lawrence Cohen publiés: 
1- Mettre un terme à un jeu violent
2 - Difficiles retrouvailles avec un enfant
3 - Une bonne manière de jouer à la guerre (?) 
4 - Une alternative aux câlins
5 - Déclarations enflammées 
6 - Transformer une situation tendue en jeu 
7 - Les enfants qui tentent de s'humilier les uns les autres 
8 - De l'importance de l'éducation émotionnelle des  garçons 
9 - Entraînement à la maîtrise de ses impulsions
10 - Les aînés face aux plus faibles
11 - Ne pas s'opposer trop vite 

jeudi 3 août 2017

Les explications : un peu, beaucoup, à la folie ?

Je rebondis sur la question posée par ESLT dans la Hotline pour en faire un billet à part entière.
"On dit toujours que la communication est super importante, mais dans mes lectures, il revient assez souvent que, pour les plus petits en tout cas, il vaut mieux agir que de parler ou alors parler avec un seul mot (comme tu nous en a déjà parle aussi). Du coup je suis un peu perdue: quand expliquer et quand ne pas parler? Avez-vous des exemples?"

Je traiterai la question en 3 points.

1. Je commence déjà par jouer les flemmardes et inciter à aller (re)lire l'extraordinaire billet d'Hélène, notamment le premier paragraphe sur les choix, à partir de
La bienveillance ne nous oblige pas à tout négocier, tout marchander avec nos enfants.
On est pas forcé non plus de tout justifier auprès de nos enfants....
Mon résumé perso serait : Tout expliquer, ça peut nuire à la confiance, ça peut créer du conflit là où il n'y en a pas. Ben oui, si la personne se sent obligée de justifier, hum, est-elle si sûre de son coup, n'y aurait-il pas anguille sous roche, ne serait-on pas en train d'essayer de m'enfumer ?
Moi j'dis "méf"  ! (citation émue tiré d'un de mes cours de management en Master...)


2. Ensuite, je dirais qu'il faut expliquer quand c'est nécessaire et que l'enfant est capable de tirer bénéfice des explications

Dans de nombreux cas en effet, l'enfant est incapable de tirer bénéfice des explications, qui font appel à la sphère rationnelle

  • Quand l'appel au rationnel n'est pas possible
    • Typiquement, quand l'enfant est dans un état émotionnel agité, il n'est pas disponible pour du rationnel.
C'est pourquoi Jane Nelsen et tant d'autres auteurs de parentalité positive inciteront à d'abord se reconnecter avec l'enfant, calmer la tempête émotionnelle, puis ensuite seulement, entrer dans des démarches faisant davantage appel au rationnel (choix, résolution de problèmes, etc).

Au contraire, si on essaie de raisonner un enfant quand ce sont ses émotions qui parlent, le risque de doper la crise est fort! Ce n'est pas agréable d'être raisonné quand on souffre. C'est là toute la force de l'accueil des sentiments. 
A titre d'exemple, c'est pour cela qu'à une demande véhémente "je veux encore un chocolat", 
une explication en mode "tu en as déjà eu 4, le chocolat c'est difficile à digérer, tu vas avoir mal au ventre" risque de passer beaucoup moins bien qu'un simple accueil des sentiments "ah oui ces chocolats sont délicieux, c'est vraiment dommage de ne pas pouvoir engloutir toute la boîte quand on en aurait tellement envie". 
Je dis "risque", parce que pour l'exemple du chocolat, tout dépend de l'intensité du désir, et aussi des explications données (sur ce dernier point, cf plus bas pour approfondir)

    • Idem quand l'enfant est fatigué 
De la même manière qu'un enfant fatigué peut se retrouver dépassé par l'effort qu'on lui demande en lui proposant un choix, et peut avoir besoin qu'on décide pour lui, de la même manière l'effort intellectuel d'assimilation d'une explication peut être trop pour lui. 

  • Quand l'appel au rationnel n'est pas souhaitable
C'est le cas par exemple de l'histoire du coucher à la Jane Nelsen. 
Juste après mon billet, S comme C a publié un superbe billet sur la force du silence, et un des points qu'elle mentionne s'applique aussi très bien à cette histoire du coucher : au moment où l'enfant doit lâcher prise et détendre son cerveau pour sombrer dans le sommeil, stimuler ledit cerveau avec une avalanche de mots opère à l'inverse de ce qui est souhaité !

  • Quand l'appel au rationnel prend trop de temps
Évidemment, quand l'enfant va se faire écraser, on agit, sans attendre que les explications atteignent leur but.... quitte à compléter ensuite!

  • Quand l'appel au rationnel est inutile
Même si les enfants oublient et que répéter une explication n'est pas du tout inutile, il y a de nombreux cas où tout de même l'enfant "sait" ce qu'on va lui dire. 
Le problème n'est donc pas là : même si il peut se traduire par une remise en cause / contestation des explications, ce qui peut nous inciter à rester sur ce plan-là, nos efforts resteront vains et ne feront que nous plonger dans de longs débats stériles et épuisants, si le souci est ailleurs. 
    • Il sait tout bêtement pourquoi il doit le faire mais a oublié de le faire car d'autres choses plus passionnantes mobilisent son cerveau ? 
C'est là où l'habileté "le dire en un mot" prend tout son sens : le mot vient juste réveiller le cerveau, qui retrouve tout seul ce qu'il doit faire et pourquoi.
    • Il sait pertinemment ce qu'il doit faire mais n'en fait rien ? 
Il peut y avoir un souci de moyens, et un besoin d'apprentissage: je ne dois pas taper, je sais pourquoi, mais je ne sais pas entrer en contact autrement, il va falloir me montrer, montrer, et remontrer, comment dire bonjour, comment venir proposer un jeu ou un jouet, comment caresser...


3. Des explications efficaces - quand efficacité s'épèle B-R-I-E-V-E-T-E

  • un mot, ou juste quelques mots, valent souvent mieux qu'un long discours.
Haïm Ginott, Jane Nelsen et beaucoup d'autres expliquent bien que confronté à un long discours, un éloquent sermon, le cerveau de l'enfant se met, dans le meilleur des cas, en mode "off", voire en opposition
Il vaut donc mieux adopter l'habileté "donner des renseignements" ou "énoncer la règle": la deuxième est plus directive que la seconde, mais fournit pourtant une explication : elle explique comment le monde fonctionne, quelles règles le régissent. 
Dans les deux cas, on est incité à la brièveté : on privilégiera "on ôte ses bottes en rentrant, pour ne pas salir le parquet" à "on ôte les bottes,car il pleuvait donc le sol était humide et la boue salit le sol et je n'ai pas envie de nettoyer car je suis fatiguée"
  • Rester bref ... et centré sur un seul sujet
J'ai remarqué par exemple que quand il y a plusieurs raisons à notre décision (on quitte le parc parce que tu es agité et ne peux plus jouer correctement, en plus il fait froid, et c'est bientôt l'heure du bain), les mentionner toutes multiplie les chances de crise. 
Il vaut mieux en choisir une, la dire en quelques mots, et point. 
Un peu comme si le fait que ces raisons sont plusieurs affaiblissait chacune d'elle (= à elle toute seule elle ne justifie pas l'action entreprise, on est obligé d'aller lui chercher du renfort)

  • Priviléger autant que possible des formulations en positif
Plutôt que de répéter que "les chats n'aiment pas être tapés", préciser que "les chats aiment qu'on les caresse doucement" : le comportement à adopter, sous-tendu par l'explication, est plus facilement visualisé par l'enfant, quand la négation est absente.

  • On trouve l'explication incomplète ?
On aurait aimé profiter de cette occasion unique de transmettre nos valeurs, nos connaissances? Consolons-nous: elle n'est pas si unique que ça.
La base de la vie d'un enfant et de l'éducation étant la répétition, nous aurons beaucoup d'occasions de répéter notre explication / renseignement. Rien ne nous empêche de le faire sous un angle un peu différent à chaque fois, en gardant toujours le corps du message mais en l'enrichissant de temps en temps d'une information supplémentaire / en précisant peu à peu. 
Je fais un aparté mais c'est par exemple ce que je fais à propos des questions sur la sexualité : je réponds toujours des choses vraies, mais je précise par toooout petits bouts, de temps en temps, à mesure qu'il me semble que F. a intégré certains des renseignements déjà donnés et est prêt pour la bribe d'information supplémentaire que je vais rajouter.


Enfin, dernier point en guise de conclusion: cela m'a pas mal aidée de réaliser que mes explications n'ont pas pour but de convaincre mon enfant : c'est ce qui m'aide à rester brève. 
Oui, 
  • j'ai des bonnes raisons de vouloir telle ou telle chose
  • mais mon enfant a tout à fait le droit de les trouver pourries, et de manifester bruyamment son désaccord. 
Je n'ai donc pas à développer un argumentaire digne des meilleurs avocats, jusqu'à avoir gain de cause. Une fois mon explication brève donnée, je peux passer à l'étape accueil des sentiments (frustration, déception, colère, tristesse, en l’occurrence...).

Voilà pour les éléments de réponse qui me sont venus, ESLT.
Si j'ai oublié des aspects, que mon valeureux lectorat n'hésite pas à compléter et enrichir en commentaires ;-)