PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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jeudi 16 février 2017

5 points forts de nos ateliers Faber & Mazlish (1/2)

De novembre à janvier, Monsieur Bout et moi-même avons participé à une session d'ateliers Faber & Mazlish sur la base du livre "Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent".


Voici venu le moment du débriefing, en trois parties... : puisque nous étions deux à y participer, je vous livrerai non seulement
  • mon point de vue (dans le présent billet ainsi qu'un deuxième car, ce n'est plus à prouver, je suis bavarde. Mais j'apprends, et notamment à découper mes billets en portions plus faciles à digérer), 
  • mais aussi celui de Monsieur Bout (dans un billet suivant)!


Bon, allez, zou, j'avoue tout : j'ai détesté.
Chaque minute.
C'était horrible, inutile, et décourageant.
Depuis, nous avons reconsidéré notre politique.
Nous élevons nos enfants à la schlague et tout le monde s'en porte mieux.

Hum ?


Plus précisément, voici 5 dimensions de nos ateliers que j'ai particulièrement appréciées
- 1. un espace pour approfondir et revisiter les choses
- 2. une approche globale
- 3. le soutien du groupe
- 4. le stage intensif
- 5. l'envie et le souffle pour continuer


1. Un espace pour approfondir et revisiter les choses

J'avais beau avoir lu et relu chacun des 3 Faber & Mazlish, ces ateliers m'ont vraiment permis d'aller plus loin que ces multiples lectures dans la mise en pratique.

Le fait de se focaliser sur un thème à la fois, de poser toutes les questions qui passent par la tête, d'en discuter, d'écouter, d'entendre diverses suggestions, puis de tester pendant une semaine, cela permet vraiment de perfectionner son approche en profondeur. Ainsi des nuances insignifiantes, des détails passés inaperçus, hop, d'un seul coup prennent du sens et cela change beaucoup de choses !

Ainsi, j'ai pu constater, lors de l'atelier n°3 ayant pour thème "remplacer la punition", que je n'avais pas tout à fait compris comment "exprimer mes sentiments avec vigueur".
  • Jusque là je pensais "avoir tout bon" avec 
    "je n'aime pas quand tu fais du bruit avec ta cuiller / me parles de cette manière / ... etc". 
  • C'est lors de l'atelier que j'ai réalisé qu'il fallait que je modifie mes formulations en 
    "je n'aime pas entendre ce bruit, je n'aime pas quand on me parle ainsi,..." : 
    = dépersonnaliser en ôtant le "tu"...

De la même manière, j'ai pu approfondir ma manière d'utiliser les choix, en automatisant ma pratique, et en l'étendant à des cas qui jusque là ne me semblaient pas pertinents.

Cela permet de sortir de tellement d'impasses!
Tout récemment encore, un F. tout endormi peine à s'extirper de sa torpeur post-sieste; câlin interminable au cour duquel il n'est pas loin de se rendormir, mais offre une résistance certaine à mes tentatives de passer à autre chose: j'ai proposé des guilis, j'ai proposé qu'on aille réveiller sa sœur (deux choses qu'il apprécie beaucoup). Niet.
OK.
Choix :
"Veux tu d'abord qu'aille réveiller E., ou qu'on fasse des guilis d'abord ?
- ....... . Guiiiiiliiiis...."

Mais j'avais tendance à m'en dispenser notamment quand je savais ce que l'enfant choisirait.
Or au cours de ces ateliers, j'ai saisi que l'habileté "offrir des choix" allait bien au-delà : au delà du choix lui-même, cette habileté favorise la coopération parce qu'elle permet de donner à l'enfant un peu de maîtrise sur sa vie, et de souligner, mettre en valeur, cette maîtrise.
Du coup, même si chaque matin, à la proposition
"d'abord brosser les dents, ou faire son lit ?"
F. choisit invariablement "brosser les dents", je ne me dispense pas de la question (je l'ai fait une fois pendant les ateliers, en disant "allez, brossage de dents", et, croyez-moi, j'ai vu la différence et galéré pour rétropédaler).

Par ailleurs, pas si prévisibles que ça les mômes ! On peut avoir des surprises.
Ainsi, récemment, face à un F. réticent à sortir du bain, je dégaine le choix
"c'est l'heure du sortir du bain. Je sors d'abord toi, ou E. ?".
J'étais sûre qu'il désignerait sa sœur, et c'était OK, cela lui permettait de gagner les quelques minutes nécessaires à faire de deuil de son bain anciennement moussant.Eh ben non :
"moi d'abord"
Je ne me le suis fait pas dire deux fois !

Perfectionner des habiletés déjà employées, mais aussi en mettre enfin en pratique, quand on s'était jusque là borné à approuver vigoureusement la théorie : ainsi, ces ateliers m'ont poussée à enfin mettre en place de vraies routines, formalisées de manière visuelle (aidée en cela par le témoignage de Capucine).

A les mettre en place... et à les faire évoluer très vite : en effet, durant l'atelier les échanges sur le sujet nous ont amenés à réfléchir sur l'utilité d'intercaler des étapes un peu sympa au milieu d'étapes moins sympa : si la routine du matin n'est qu'une longue succession de trucs rébarbatifs, il est plus difficile pour un enfant d'y adhérer.
Application et effets négligeables (!) chez nous :
  •  conflit systématique autour du débarrassage: pulvérisé
    • nous voulions que F. mette ses affaires dans l'évier après chaque repas, et c'était la guerre, avec un F. qui filait se cacher, tempêtait, machin. Bien énervée, il m'était même arrivé d'avoir recours à des menaces, en mode "pas de biscuit la prochaine fois" (après le déjeuner et le dîner, il a droit à piocher un biscuit / chocolat / machin dans la boîte où  nous stockons les douceurs qui lui sont destinées). 
    • Nous nous sommes contentés de changer l'ordre des choses : dessert puis débarrassage puis biscuit. Sans "conditionner" le biscuit au débarrassage, mais tout simplement "le biscuit, c'est après le débarrassage". En l'espace de quelques jours, c'était plié; depuis c'est intégré, automatisé, nous n'avons généralement plus rien à dire, voire F. débarrasse aussi les affaires de sa sœur, les nôtres, quand il ne fait pas un bout de vaisselle. Au point qu'il est extrêmement rare que le débarrassage du petit déj, repas pourtant exempt de biscuit, pose un problème!
  • démarrage du matin : ô combien facilité. 
    • nous avons changé totalement le positionnement des étapes "habillage" et " faire le lit": deux trucs qui trainaient en longueur et retardaient énormément le démarrage de notre IEF.  
    • F. adorant petit-déjeuner avec son père les matins, j'ai demandé à Monsieur Bout de prendre en charge l'habillage de F., et, globalement, que ce soit en semaine ou le week-end, la règle est devenue : on petit-déjeune habillé. Crise (monstrueuse) le premier matin, non-sujet depuis. 
    • Devant le succès de ce point-ci, j'ai appliqué le principe au point "faire le lit" : avant de finir son petit déjeuner avec moi, nous allions faire son lit (sachant qu'à l'époque, n'ayant pas jeté l'éponge sur la propreté de nuit, il s'agissait principalement de défaire un lit mouillé pour lancer la lessive de draps correspondante...). Je parle au passé, car sur ce point-ci, une fois que ce petit changement a permis de faire rentrer dans les habitudes de F. l'étape en question, nous avons pu revenir dessus, le choix évoqué plus haut "brossage de dents, avant ou après faire le lit?" faisant parfaitement l'affaire.

Les ateliers sont aussi venus confirmer une progression sur certains points, et l'encourager.
Ainsi, les échanges avec le groupe m'ont fourni l'occasion de mesurer à quel point j'ai cheminé ces derniers temps, notamment sur la question du rapport du force (je vous en parlais ici) : ne plus voir la négociation comme une preuve de faiblesse personnelle, mais comme une force dans la relation, quel pouvoir libérateur !
Or au cours de ces semaines j'ai l'impression que d'une adhésion intellectuelle, je suis passée à une adhésion plus profonde, qui me permet vraiment de me tenir à distance de cette logique. Je ne cherche plus à gagner, mais à ce que nous gagnions, à ce que notre relation sorte grandie de cette affaire, c'est-à-dire aussi à même d'offrir la base nécessaire pour faire grandir F..


2. La force d'une approche globale

Eh  bien oui, cela peut sembler un peu en contradiction, mais une des forces de la session d'ateliers Faber & Mazlish à laquelle nous avons participé, c'était justement de ne pas se contenter de pur Faber & Mazlish, mais d'aller au-delà.

En effet, et notamment lors de la première séance, à la pratique / habiletés F&M pur sucre étaient mêlées des notions plus théoriques issues notamment des avancées en neurosciences, mais aussi d'autres sources.
Parmi les points qui m'ont marquée / servi...

J'ai pu découvrir encore des choses sur le fonctionnement et l'évolution du cerveau jusqu'à 25-30 ans, que ce soit des trucs jamais lus auparavant, ou lus mais pas retenus.
  • L'image très parlante de la main ouverte ou fermée, symbolisant le cortex cérébral, en lien ou pas (si émotion forte) avec le cerveau archaïque, m'a ainsi bien aidée: je la visualise dans les moments de crise, et cela contribue et a contribué à ma capacité à donner la priorité à la reconnexion avant toute autre action éducative (dans une cohérence parfaite avec Jane Nelsen, comme c'est malheureux !)
  • ainsi les ateliers sont-ils venus m'accompagner et m'encourager dans mon cheminement sur la contention physique des colères de F. (élément avec lequel j'étais tout sauf à l'aise lorsque j'ai commencé à vous parler colère)
  • Le fonctionnement spécifique des petits garçons
    • non seulement chez tout enfant le lien entre hémisphères cérébraux droit et gauche est long à se faire de manière correcte, ce qui explique la difficulté à transformer ce qui est compris et verbalisé (un ordre, un interdit) en action (et se fait vers 6-7 ans oooooh tiens donc la voici l'explication scientifique derrière ce fameux "âge de raison" !), 
    • mais le développement de la partie langagière du cerveau étant plus longue à se faire chez un petit garçon (voire n'atteignant jamais le même degré), le recours au non-verbal est bien souvent plus efficace : depuis ce moment-là, il m'est plus facile de penser à
      • aller prendre sa main tout doucement pour l'emmener là où je le souhaite (= débarrasser, quitter le parc, dans la SDB), plutôt que de m'égosiller à appeler à distance, rappeler, et m'énerver...: la manière dont F. serre alors ma main et me suit tout docilement me permet d'ailleurs vraiment de percevoir l'absence de mauvaise volonté...
      • poser ma main sur son épaule, son bras, son cou, quand je lui demande quelque chose
      • assortir mes mots d'amour et mes paroles valorisantes de toucher, pour en assurer une meilleure réception

J'ai énormément apprécié une structuration intéressante des choses, fil rouge auquel nous avons régulièrement rattaché certaines des notions que nous voyions: la distinction entre le rôle de maman/papa d'un côté, et de mère/père de l'autre : nous sommes 50% l'un, 50% l'autre
  • la maman / le papa : veille sur les besoins de l'enfant, c'est l'aspect affectif, pour que l'enfant se sente aimé et aimable : lui enseigne le respect de soi-même
  • la mère / le père : gère les désirs de l'enfant, c'est l'aspect sociabilisation, pour que l'enfant devienne un être sociable : lui enseigne le respect des autres.
 Une clarification que j'ai beaucoup aimée, et qui s'inscrit à fond dans ce qui me plaît chez F&M, davantage que dans d'autres courants "bienveillants": cet équilibre entre besoins de l'enfant, et besoins des autres, y compris des parents !


Autre apport complémentaire intéressant : un bref passage sur les langages d'amour des enfants: je connais déjà bien le bouquin générique de Gary Chapman sur le sujet des langages d'amour, et c'est une perspective très enrichissante dans un atelier de ce genre. Du coup, cela m'a donné envie de creuser la version "enfants" un de ces quatre.


Je me suis également sentie bien soutenue et encouragée par des conseils fort judicieux de lectures complémentaires, pour enfants comme pour adultes, avec possibilité de les feuilleter voire de les emprunter
  • quand nous parlions de l'accueil des émotions, notre animatrice avait ainsi apporté des livres pour enfants sur le sujet; à un autre moment, elle avait avec elle le livre de méditation / pleine conscience "Calme et attentif comme une grenouille" et j'ai pu ainsi le lui emprunter afin de tester si F. s'y montrait réceptif ; 
  • et elle avait avec elles des bouquins de Gueguen, Rosenberg, celui d'Haïm Ginott, quelques magazines Kaizen, etc, que nous pouvions lui emprunter d'une séance à l'autre. 
J'ai énormément apprécié ce petit plus, cela permettait d'élargir et compléter.

Du fait de ces nombreux enrichissements notamment, comme on allait bien au-delà des bouquins, il n'y avait aucune impression de redite, même après avoir lus et relus ceux-ci plusieurs fois ! Et toute ces données venaient renforcer et conforter les habiletés Faber & Mazlish en permettant de mieux les comprendre, ou en donnant des moyens pour les appliquer.

C'est pourquoi, sur la base de cette expérience j'aurais tendance à dire que l'apport de tels ateliers peut être plus ou moins grand, selon le type d'animation et notre propre niveau de départ : si on a déjà potassé les bouquins à fond et que l'animatrice se contente de les dérouler sans aller au-delà, cela peut apporter moins de choses.... mais pas rien non plus, car les ateliers ont encore plus d'un tour dans leur sac que juste l'information. 
Suite au prochain numéro ....

6 commentaires:

  1. Merci encore pour cet article. Je ne me suis pas inscrite aux ateliers près de chez moi (pretextant trop chers et pas le temps). je regrette... Je regrette d'autant plus qu'en ce moment l'heure n'est pas à la bienveillance...C'est les vacances et je reve de passer de chouettes moments avec les enfants, au lieu de quoi je gère les conflits, leurs énervenements, leur fatigue, la mienne et je ne gère rien au final et je m'énerve...
    J'ai fini par me dire (inquiètée par tous ses burn out parentaux, et par la prise de conscience que je flirtais avec) que toute cette bienveillance sucrée n'était qu'un moyen de plus de nous faire culpabiliser nous les mères, nous les femmes. On nous dit il faut dire ça comme ça, dans telle situation (avec sincérité sinon ça ne marche pas), on nous dit que sinon ça fait grimper l'hormone du stress et que les enfants sont traumatisés. Je ne m'attends pas pour autant à des recettes miracles qui rendraient mes enfants attentifs à mes paroles et coopératifs, j'essaie de garder à l'esprit que c'est aussi pour plus tard. je vois quelques récompenses dans mes effors quand j'entends le grand parler à sa petite soeur avec tous les outils de la CNV (récompenses vite éclipsées par une tape administrée par le même grand à la même soeur...). Et puis une parole du père (celui là même à qui il est si difficile de parler de mes lectures sur la bienveillance) : "il faut comprendre une chose -me dit-il- tant qu'on s'énervera il(le grand) s'enervera". Bah oui... Et puis un article de la gwen, et un deuxième et je me dis que ça vaut quand même le coup d'essayer...Même si je ne suis pas particulièrement patiente de nature, même si je suis comme le lait sur le gaz, prête à déborder si jamais ça chauffe trop. pas patiente non, mais pugnace. Alors allez, je vais continuer d'essayer et d'avancer même si je ne cesse de trébucher.

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    1. Nous avions quasiment les mêmes prétextes ;-) pis bon l'annonce de mon chômage a mis du plomb dans l'aile du pas l'temps...
      Sont-ils très rares par chez toi ?

      Et je suis parfaitement d'accord avec toi : la bienveillance, ça peut conduire à du burn out, si on ne commence pas par être bienveillant envers soi-même (au hasard, se féliciter le soir des fois où on a réussi à appliquer F&M, hum ?)
      Et dis, hein, rassure moi, ça se voit dans mes billets que je me foire aussi, hein ? Et souvent ! (et encore, t'as pas encore lu le 2ème volet de celui sur les ateliers!)
      Et j'ai décidé que je ne traumatisais pas mes enfants à ces moments-là.
      - Catherine Gueguen elle-même dit que le cerveau est plastique et que bcp de choses se rattrapent
      - et Jane Nelsen dit que c'est de l'erreur qu'on apprend, et qu'on peut se foirer un max de fois, c'est comme les shadoks : plus on fait d'erreurs, plus on a de chances de réussir.
      - et Gwen complète en se disant qu'au moins, quand mes enfants deviendront parents, ils n'auront pas l'impression écrasante de ne pouvoir faire mieux que leurs propres parents.

      Alors trébuchons de concert; même une course de culs-de-jatte, ça avance.

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  2. Ici aussi c'est la crise du débarassage.... La meilleure excuse sortie par A ?
    "Ah non, je ne vais pas le faire tous les jours quand même !!
    - ah bon, pourquoi ?
    - ben, parce que sinon, quand je voudrais vous faire une surprise, je ne pourrais pas"
    Hum hum... ;-)

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    1. Elle est mignonne celle-là...
      "hum, c'est un point intéressant ça, avoir des idées pour faire des surprises et faire plaisir à l'autre. Réfléchissons, je suis sûre que nous pouvons trouver 10 idées autout du débarrassage / de la cuisine, pour faire une surprise"
      et même, tu pourrais faire un défi : elle note 10 idées de surprise autour du débarrassage, et elle te donne un thème autour duquel tu notes 10 idées de surprise à lui faire.
      Pis chaque jour, vous pouvez surprendre l'autre avec une idée de votre liste secrète.

      Ouais, c'est fou comme on a plein d'idées et de scénarios de ouf pour les enfants... des autres. ;-)

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  3. Et suspendre le temps19 février 2017 à 15:34

    Super article merci!!
    Ca me donne trooooop envie d'en faire maintenant. D'office quand ma fille aura 1 an de plus ou un peu plus.
    C'etait combien de seances en fait?

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    1. merci et hihihi, c'est fait exprès ;-)
      Oui voilà, je pense qu'à partir de 2 ans 1/2 ça commence à devenir rentable.
      La version standard (car certaines asso ou animatrices peuvent aussi choisir de faire à leur sauce, notamment si soucis d'agenda chez eux ou en face), c'est 7 séances d'environ 3h (enfin... dans notre groupe on dérivait facilement sur 4h, dur dur le lever le lendemain)

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