PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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mercredi 14 septembre 2016

Travailler pour...? - La satisfaction du résultat

Être parent, au foyer ou non, représente un boulot monstre; et le quotidien de parent au foyer se rapproche assez peu du cliché "tranquille à la maison, toute la journée devant la télé" (enfin, si y en a certaines pour qui ce cliché est une réalité, dénoncez-vous levez le doigt en commentaire, profitez de l'anonymat, celui-ci vous permettra de faire votre coming-out sans que nous ne puissions créer de poupées vaudous à votre effigie !).

Travailler à l'extérieur aussi est fatigant, demande des efforts. 

Mais au moins...
 y a du résultat.

Avant de me faire caillasser, je m'explique :

En règle générale, travailler à l'extérieur débouche sur un résultat visible.

Variable selon les fonctions qu'on occupe, visible assez rapidement généralement, plus ou moins selon la "chose" en question, et selon sa propre fonction.
On a des indicateurs,
    on passe des dossiers d’une pile à l’autre,
           on passe d'une personne à une autre,
                  d'un problème à l'autre,
                            on fabrique ou vend quelque chose...

Le travail d’une mère au foyer, c’est
  • éduquer des êtres humains ; quoi de plus imperceptible que la croissance d’un individu ? oh oui, il y a des manifestations visibles, mais
    • quelle est au juste notre contribution ?
    • rien n’est acquis, chaque pas peut être suivi de régressions, on a l’impression d’un pas en avant, un en arrière 
    • on ne peut se fixer des objectifs, ce serait s’exposer à des frustrations et des incompréhensions : chaque enfant grandit à son rythme… et c'est d'ailleurs là où on sombre vite dans la guerre des mères et la compétition en mode "mon gamin a marché avant le tien, il parle mieux, et si tu savais ses prouesses sur le pot !"
  • gérer une maison : quoi de plus répétitif que les tâches ménagères ? On n’a guère l’impression d’avancer, et peu l’occasion de se réjouir durablement d’un résultat : frustration du « la maison est en bazar », quand on l’a rangée, ou du sol redevenu crade à peine sec, sans parler du linge dont la corbeille semble se remplir plus vite qu’on ne la vide...


La gratification apportée par la visibilité du résultat constitue ainsi un point sur lequel le fait de travailler à l'extérieur peut apporter un plus : un quelquechose qui manque facilement à l'appel dans le quotidien d'une mère au foyer.
On peut dire « aujourd’hui j’ai eu une réunion efficace où nous avons décidé ça », on coche, youhou. Mais on ne peut dire « aujourd’hui, j’ai expliqué à BébéDeux comment faire pipi dans les toilettes, et à BébéUn pourquoi la lune grossit et maigrit » en cochant une bonne fois pour toutes: on est bons pour recommencer !

Cette question du résultat est souvent sous-estimée, aussi bien dans le cas d’une vie au foyer, que d’une vie professionnelle.
En effet, elle se mélange facilement avec celle du sens.
Oui, bien sûr, éduquer les individus de demain, n’est-ce pas plein de sens ? Et souvent, on va dénoncer la culture du résultat, en disant que l’essentiel, c’est le sens, et que cette culture du résultat, de la performance, c’est issu d’un monde économique fou, evil, blablabla, recentrez-vous sur le sens, la fin du monde est proche…

Mais nous sommes des êtres incarnés, et il est important de se méfier d’un sens qui resterait trop désincarné, et c’est l’objet de ce billet : élever un enfant, oh que oui ça a du sens, mais au quotidien on a aussi besoin de petites marques concrètes nous montrant le fruit de nos efforts. Avoir la foi du charbonnier, et attendre 20 ans le résultat n’est pas à la portée de tout le monde.
Nos circuits motivationnels fonctionnent à la récompense, ils ont besoin de petites réussites pour se renforcer, c'est d'ailleurs, comme développé ici, l'aspect qui constitue la base des Babysteps de Flylady.

L'observation de nombreux parcours de carrière que mon boulot de RH m'a permise m’y a du reste énormément sensibilisée : sur le plan professionnel aussi, le sentiment d’être efficace, de servir à quelque chose, a besoin d’être alimenté, et les sources d’alimentation vont varier selon les personnalités.


C'est pourquoi il est essentiel, pour son épanouissement professionnel, de se poser la question "à quel résultat sommes-nous sensibles ?"
(question que je creusais longuement en entretien de recrutement, du reste!)
et notamment, identifier si c'est plutôt
  • à un merci ou tout autre témoignage de satisfaction ? (ce que j’appelle, en entretien de recrutement, l’orientation client : je suis content si mon action plaît, sert à mes clients)
  • ou
  • à l’atteinte d’un objectif tangible ? (même si il ne plaît pas à tout le monde)

Puis, concernant ce dernier, à quelle fréquence en aurons-nous besoin ?
  • J’ai vu des ingénieurs ravis de contribuer à une mini-partie d’un projet devant déboucher quarante ans plus tard. Le fait d’avancer au quotidien, sur les solutions techniques, d’écarter méthodiquement telle hypothèse, de valider tel matériau, de sortir une simulation 3D d’un composant, était le résultat qui leur convenait et leur donnait la satisfaction nécessaire à la poursuite de leurs efforts, 
  • tandis que certains membres des mêmes équipes étaient frustrés à l'idée de ne jamais voir le fruit ultime de leurs efforts. D’autres ont en effet besoin d’obtenir des résultats "définitifs" plus visibles, au bout d’un jour, d’une semaine, d’un mois...

Une réflexion à mener si on travaille à l’extérieur, pour s’assurer un poste qui nous fournisse le type de résultats auquel on est sensible.
En ce qui me concerne, par exemple, les différents postes que j'ai occupés le montrent clairement:  je suis avant tout orientée client. J'ai fait de manière répétée le constat qu'il m'est incomparablement plus difficile de me motiver (et donc, je bosse moins bien) si mon client est loin, si je ne le connais pas bien (= n'ai pas l'espace pour le connaître; bien entendu, chaque nouveau poste me confronte à un client inconnu au départ), si je n'ai pas d'interlocuteurs identifiés, dont je connais les problématiques.
  • Ainsi, du temps où j'étais recruteuse, j'ai recruté
    • sur des postes similaires, pour de nombreux clients différents avec lesquels j'avais peu de possibilité de contact : dur dur pour moi !
    • sur des postes diversifiés, pour une même organisation que je connaissais sur le bout des doigts : c'était bien mieux
  • Puis j'ai eu des postes plus généralistes
    • où je gérais un client interne en entier, j'étais son seul point de contact : le must pour moi, je n'ai jamais été aussi efficace que quand j'avais comme ça le monopole de mon client, et la possibilité de lui venir en aide et de voir l'effet de mon action sur lui au quotidien.
    • mon boulot actuel est encore de ce style, mais j'ai moins ce monopole, et tout de suite l'effet sur la motivation se fait remarquer...

Une réflexion à mener si on est mère au foyer, ou si on réfléchit à le devenir...
Et avec différentes pistes pour nous aider à alimenter notre motivation :
 
 
  • 1. Fonctionner en mode Babysteps / Flylady : il s’agit d’un changement de paradigme (oui, j’aime caser de jolis mots. Y en qui s’écoutent parler, moi je me lis écrire, voilà) : le résultat à atteindre n’est plus un résultat-photo en tant que tel, mais un résultat-moyens (qu’ai-je fait aujourd’hui pour aller dans le bon sens ?).
    • Ainsi remplace-t-on « une maison rangée », par « une maison rangée pendant 15 minutes tous les jours », un résultat pour lequel on a bien plus de chance de pouvoir goûter la satisfaction de l’atteindre. (cette phrase est mal construite. Si vous trouvez une meilleure manière de la formuler... gardez-la)
    • Une logique de moyens que l’on peut appliquer sur le plan éducatif aussi :
      • mon résultat ne va plus être
        • « que mon enfant sache s’habiller tout seul » ou
        • « qu’il aime lire »,
      • mais
        • « 10 minutes prises pour l’habillage du matin », pour créer un environnement favorable (du temps, pas de "dépêche-toi") au fait de faire seul ce qu’il peut faire seul, et s’entraîner sur le reste, et
        • « prendre le temps d’une histoire matin, midi et soir ».



  • 2. Proposer des choses plus formalisées : dans l’accompagnement de son enfant,  bâtir des activités, ou même, notamment en IEF, avoir un programme auquel on se réfère,  c’est du visible, et cela peut nous motiver !
    • Le risque peut alors être la déception si l’activité proposée ne suscite guère d’intérêt, et/ou la pression mise sur les deux (mère et enfant) pour que ça plaise, au détriment peut-être de l’attention aux centres d’intérêts et donc aux sources de motivation naturelles de l’enfant.
    • A voir comment on fonctionne, et si cela ne peut pas être combiné avec le point précédent : avoir proposé telle activité (ou l’avoir à disposition, prête à être dégainée) devenant le résultat-moyen, sans qu’on y adjoigne l’objectif  "et qu'il s’en soit emparé et ait développé telle compétence grâce à ça".
    • Et toujours, garder en tête que le but premier de cette formalisation a été notre gratification / motivation à nous, pas le résultat sur notre enfant...



  • 3. Noter ce qu’on a fait :
    • avoir coché mes routines flylady, ou ma to-do list du jour dans mon bullet journal, me permet d’avoir à l’œil tout ce que j’ai accompli ce jour. C’est tout petit, mais mis bout à bout... !
    • Et fondamentalement, c’est aussi envisageable sur le plan éducatif, si ça nous aide ! (ne pas négliger la satisfaction puissante issue du simple geste de cocher, par exemple les objectifs de moyens définis en point 1. En user et abuser, au contraire…)



  • 4. Noter les progrès : non pas pour les considérer comme le résultat de ses efforts, mais comme quelque chose qu’on a facilité, pour s’en réjouir, en restant centrée sur l’être et les réalisations qu’on lui permet d’accomplir.
    • Je réalise en outre, en ce moment, ce que m’apporte le fait de noter (= fixer par écrit, hein, pas donner une note)  mes propres progrès de mère (= mes progrès pour m’approprier peu à peu le mode d’éducation vers lequel nous tendons) : je ne peux pas m’évaluer sur une échelle de 0 à 10, mauvaise mère à gauche, super maman à droite, et me dire, hum, je passe de 6 à 6,5 ce mois-ci.
    • En revanche je peux constater que ce mois-ci, j’ai mieux réussi à refléter les souhaits formulés par mon enfant, ou à les exaucer par l’imagination, ou encore qu’il m’est assez souvent arrivé de réussir à formuler ma colère de manière claire mais non blessante.


  • 5. Noter les bonheurs :
    • si être maman au foyer vise non pas à "produire" un enfant parfait / surcompétent, mais à offrir à l'enfant du temps, des moments calmes, des petites joies du quotidien, de la disponibilité,
    • si être maman au foyer, c'est vouloir soi-même goûter à ces mini-bonheurs,
    • si il s'agit de sortir du culte du résultat et de la course, pour vivre et prendre le temps de vivre
    • alors la technique du journal de gratitude (noter le soir 3 jolies choses de la journée par exemple) peut être un moyen intéressant d'ancrer dans notre esprit le sens ... et le résultat de notre présence au foyer. 


  • 6. Exposer / ne pas surprotéger notre enfant : le laisser faire seul, voire l’envoyer se confronter à l’extérieur, dans un contexte différent,  chez des amis, de la famille, permet de voir subitement se dégager des traits et capacités insoupçonnés, un visage inconnu de son enfant.




Voici les pistes auxquelles j’ai pensé, alors que mon activité professionnelle va en diminuant… Comme par hasard, bloguer contribue de manière notable à plusieurs de ces points ;-)
Je suis en plein cheminement et serais d’autant plus curieuse de connaître vos manières à vous de fournir à votre motivation les résultats dont elle a besoin !

  

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