PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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mardi 15 mars 2016

Travailler pour...? - La stimulation intellectuelle

Le besoin de stimulation intellectuelle est commun à tout le monde, même si la légitimité de ce besoin peut être remise en question pour certaines catégories de population.

Une bonne copine s'était ainsi vue refuser le droit de s'intéresser en profondeur à l'Histoire Médiévale "quoi, tu lis une biographie de [je sais plus trop quel numéro de] Louis? Mais à quoi ça te sert puisque tu es mère au foyer....". Sans commentaires.


Toujours présent, ce besoin est plus ou moins fort, et sera nourri de manière différente selon les personnalités, les types d'intelligence et les centres d'intérêt.


Travailler à l'extérieur peut se révéler nécessaire pour combler ce besoin de stimulation intellectuelle, de confrontation à la nouveauté, d'apprentissage.
En effet nos journées de travail
  • nous confrontent à d'autres problématiques que celles rencontrées chez nous, 
  • nous font rencontrer d'autres personnes, 
  • nous obligent à mobiliser des compétences différentes de celles mobilisées chez soi, et peuvent ainsi représenter la possibilité de développer de nouvelles connaissances. 
En résumé, les situations que nous rencontrons au travail nous obligent à faire fonctionner nos méninges / d'autres méninges que celles sollicitées at home.


Personnellement, mon ancien travail m'a beaucoup nourrie, j'avais le sentiment de me développer énormément, de savoir plus, savoir mieux, faire le lendemain que la veille.
Mon poste représentait un mélange idéal pour moi entre aspects stratégiques et aspects opérationnels, je pouvais manier des concepts un peu compliqués, réfléchir à la manière de les appliquer intelligemment et efficacement ensuite dans le quotidien.
Je suis curieuse et cette curiosité était nourrie par la diversité des sujets à gérer, et mon intellect par la complexité desdits sujets. Ce sentiment d'apprendre en continu renforçait ma confiance en moi, me détendait, me collait un sourire béat sur le visage.
Bref, travailler m'épanouissait intellectuellement.

Dans mon poste actuel, c'est beaucoup moins vrai. Il y a la stimulation de travailler dans un environnement très international et d'utiliser au quotidien plusieurs langues étrangères, il y a quelques problématiques intéressantes, mais je ressens quand même fortement à quel point je suis moins nourrie intellectuellement. Notamment l'absence d'une hiérarchie véritable me poussant à grandir et étant là pour me conseiller, se traduit par une sensation assez nette de faire du quasi sur-place.
Alors qu'au contraire, en ce moment c'est l'éducation de mes enfants, à travers mes lectures "éducation positive" ainsi que mes recherches concernant l'IEF et aussi l'écriture de ce blog, qui me procure ce boost intellectuel dont j'ai tant besoin.


Ainsi l'équation travail à l'extérieur = stimulation intellectuelle se vérifie-t-elle plus ou moins selon les postes (comme le montre mon exemple actuel) mais aussi en fonction de la branche dans laquelle on travaille.

La dimension d'apprentissage peut en effet être relativement absente, que ce soit dans l'absolu (boulot alimentaire) ou parce qu'on a atteint un palier / plafond à ce niveau: le travail qui nous stimulait tant se révèle sans saveur, avec cette impression d'avoir "fait le tour de la question".

A noter toutefois, concernant la notion de boulot alimentaire, que celle-ci est bien plus large que ce à quoi on a tendance à penser spontanément : caissière de supermarché, chargeur de camion...
  • Dans ma vie pro, j'ai vu des gens charger des camions et pour qui ce boulot n'était pas alimentaire, mais source d'une stimulation intellectuelle: j'ai appris qu'il existe une manière intelligente (et d'autres stupides) de charger un camion: réfléchir au poids des colis, à leur fragilité, à la complexité / pénibilité des gestes et manipulations qui seront nécessaires à ceux qui le déchargeront.... Un Tétris mais avec bien davantage de paramètres ! 
  • A l'inverse, j'ai aussi vu des ingénieurs bardés de diplômes faire un boulot alimentaire. Certes, la grande majorité de leur entourage se serait récriée à cette idée, mais ce n'est pas parce que le salaire annuel comporte 6 chiffres qu'on ne s'ennuie pas profondément dans ce qu'on fait. En revanche ledit salaire à 6 chiffres constitue souvent un frein à oser chercher la voie, moins rémunératrice hélas, qui épanouira vraiment.
C'est pourquoi travailler peut même devenir un obstacle à la stimulation intellectuelle : notre vie pro prend beaucoup d'énergie, si le contenu de cette vie pro n'est pas très stimulant, ou moins que ce qu'on serait en mesure de faire chez soi dans le même temps, alors l'énergie consacrée au boulot se retrouve, dans les faits, "volée" à notre développement intellectuel. Tout est relatif ...
Je discutais récemment avec une amie travaillant dans l’enseignement aux jeunes enfants; cette activité l'avait toujours passionnée et stimulée avant d'être elle-même maman.
Ayant récemment repris le boulot, elle constate que celui-ci ne lui apporte plus du tout les mêmes choses maintenant qu'elle a son propre prototype de jeune enfant à la maison, A présent, elle a simplement l'impression de devoir répéter le soir ce qu'elle a fait toute la journée, et d'avoir utilisé pour d'autres enfants l'énergie et la patience qui lui font ensuite défaut avec le sien. Bref, ce n'est plus nouveau, et ce qu'elle apprend elle pourrait tout aussi bien l'apprendre chez elle.



Un point important à prendre en compte dans l'évaluation de cet aspect de nos choix pro, et des stratégies à mettre en place pour assouvir ce besoin, est notre capacité à nous auto-stimuler.

Si on passe facilement en mode autodidacte, il est plus facile de se passer d'une activité pro: pour forcer le trait, un simple passage à la bibliothèque nous permettra de rapporter chez nous un bouquin sur une théorie philosophique inédite, ou un manuel de crochet pour s'y mettre alors qu'on n'a jamais approché une aiguille. Au contraire, si on a davantage besoin d'un stimulant extérieur, on peut être davantage dépendant des challenges fixés par le boulot.

Mais des alternatives peuvent également être envisagées.
Je n’ai peut-être pas le ressort nécessaire pour apprendre seule à coudre, et manque peut-être des bases ou de la motivation nécessaires pour découvrir en solo les bases de l’ornithologie. Mais cela ne veut pas dire que je doive faire une croix sur ces intérêts, ou même, comme c’est souvent le cas, ne même pas me poser de questions sur ce qui pourrait m’intéresser.
La stimulation, le soutien dans l’apprentissage peut aussi passer par d’autres biais
  • rejoindre une association locale : j'ai besoin d'une incitation supplémentaire à prendre le temps de lire, y a-t-il un chouette club de lecture dans les environs ? (un qui lise des livres qui m'intéressent, qui les lise vraiment, et qui les commente avec un peu de hauteur de vue)...
  • ou la créer !
  • parler un peu de son envie autour de soi peut très bien déboucher sur des rencontres (« moi je suis passionné d’oiseaux, je t’apprends ! ») ou des regroupements d’intérêts : deux copines à moi ne réussissant pas toujours à se motiver pour coudre chacune seule chez elle, se retrouvaient tous les 15 jours pour coudre ensemble.
  • être maman IEF (même si la raison principale du choix de l'IEF sera rarement "sa" propre stimulation intellectuelle ;-)) peut aussi avoir l'effet bénéfique de stimuler intellectuellement : je le réalise actuellement : entre la découverte et l'approfondissement de différentes pédagogies, et la préparation des sorties / cours / présentations / dossiers (selon le type d'IEF choisi), l'apprentissage se fait aussi chez les parents !
  • la création d'un blog constitue aussi une possibilité de stimulation intellectuelle : c'est en tous cas ce qui se passe chez moi, puisque cela me pousse à structurer ma pensée, l’approfondir, la documenter davantage… Je projette par exemple, quand j’aurai terminé mon 80%, de regarder ce que je peux trouver comme études sur le sujet du temps de travail / temps partiel : ce qui se fait dans certains pays, et les effets de ces pratiques sur la performance, pour alimenter quelques articles sur le sujet.

C’est l’intérêt d’avoir identifié ce besoin précisément : il permet de réaliser son importance, de s'asseoir un peu pour y réfléchir plus concrètement, et de décider de mettre des moyens en face.

   Oui il est légitime d’avoir envie de s’alimenter intellectuellement,
        Oui prendre le temps pour cela est souvent compliqué quand on a des enfants; et au fond, c'est l'un des principaux avantages du travail à cet égard : « baliser » automatiquement une plage horaire.
               Mais puisque ce besoin est légitime, cela justifie de s’organiser pour confier les enfants le temps des réunions de l’association choisie, du RDV avec la copine-couturière ou le voisin-ornithologue, ou même pour une après-midi de lecture ininterrompue au calme chez soi, dans un café, ou sur un banc au parc.

2 commentaires:

  1. Très juste ton billet (à tout point de vue). De mon côté et bien avant l'instruction en famille je freinais mon besoin d'émulation intellectuelle, ce ne fut plus le cas ensuite. ;)
    Je n'oublie d'ailleurs pas le billet que je t'ai promis. ;)

    Bon dimanche !

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    1. Merci ! Qu'est-ce qui t'a fait regarder ton besoin en face ? L'IEF ?
      et oui, je t'attends de pied ferme, toi... et ton billet ! ;-)

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