PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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mardi 27 octobre 2015

Emerveillement

La pédagogie Montessori me rend plus heureuse en tant que mère. Jolie phrase, non ?

Mais c'est très vrai.

Van Dongen, la dame au chapeau noir
Vous avez peut-être fait l'expérience de comment un minimum de culture musicale permet de mieux apprécier une symphonie, parce qu'elle nous en fournit des/les clés (sur ce point, j'ai malheureusement des "lacunes dans l'ignorance"...). 

Comment des notions d'histoire de l'art viennent subitement changer le regard que nous portons sur un tableau, en nous rendant sensible à ce qui jusque là restait caché à nos yeux (en ce qui me concerne, quelques années de mariage avec un féru de peinture, et donc quelques dizaines - centaines ? - d'heures à être traînée par Monsieur Bout passées dans des musées plus tard, je perçois la différence. La preuve, je finis même par y prendre goût).


Ou encore de comment une solide formation littéraire transforme totalement votre manière de lire, comment le plaisir que vous prenez à bouquiner se trouve décuplé par la perception soudain beaucoup plus fine que vous avez des leviers qui en font un chef d’œuvre (et accessoirement, comment du coup les bouquins foncièrement mal écrits vous tombent soudainement des mains. Ma capacité à m'amuser des livres de Barbara Cartland et autres romans de gare n'a ainsi pas survécu à une année d'hypokhâgne).
Monsieur Bout complèterait sans doute cette énumération d'un "comment des connaissances en œnologie permettent de mieux apprécier un vin", etc, mais là dessus je passe, et puis vous aurez compris l'image.

...

Un enfant, c'est comme une symphonie, un tableau (d'art abstrait....), un roman à clés : c'est hermétique, ça envoie des messages, suscite des émotions. On peut, au mieux, passer complètement à côté et rester aveugle. Mais aussi mésinterpréter et bonjour les conséquences. Puisqu'à l'inverse du bouquin, point trop perturbé par le fait que nous passions à côté de son sens profond, notre enfant a besoin que nous comprenions ce qu'il exprime (un besoin), et d'être accompagné dans sa satisfaction.

Merci donc à Montessori de m'avoir avertie du fait que quand mon fils veut transporter les bidons de lessive d'un bout à l'autre de la cuisine, les vases d'un bout à l'autre du salon, ses peluches d'un bout à l'autre de l'appart, ce n'est pas par ennui, encore moins pour m'embêter, mais pour se construire.
Merci de m'avoir appris que quand il redemande 10 fois le même livre, et cherche à monter et descendre 15 fois l'escalier qui permet de sortir du parking souterrain de notre immeuble, ce n'est ni une "obsession", ni un caprice, mais un apprentissage, un exercice.
Merci de m'avoir expliqué que quand il tient absolument à replacer ses chaussures sur le 2ème étage (pas le 1er !!!) du banc à chaussures, c'est qu'il est sensible à l'ordre et que lui dire "c'est pas grave" pour accélérer les choses perturbe ce sens de l'ordre: si, c'est  grave.


J'aurais pu réagir avec agacement, brusquerie, ou au mieux une patience empreinte de lassitude et de condescendance ("je suis bien bonne") à tous ces comportements franchement incompréhensibles et pour lesquels les générations précédentes nous ont légué deux mots à la définition commodément extensible : "bêtise" / "caprice". (un caprice désignant d'ailleurs : soit l'obstination à vouloir faire une bêtise, soit l'expression de la colère suscitée par le fait qu'un individu de type adulte veuille empêcher ladite bêtise).
Eh bien, ça m'agace souvent, je fais parfois encore preuve de brusquerie, et ma patience n'est pas toujours sans contenir une dose de lassitude, mais quand même : je te dois, au quotidien, les 1000 petits bonheurs que je ressens quand je vois F. mettre deux minutes complètes à ôter une chaussette, fermer et ouvrir 50 fois le portillon de l'aire de jeux, et que je sais "pour quoi". Je le regarde et je souris.
Je te dois ce sourire que je me fais à moi-même (ou que j'adresse à Monsieur Bout si il est présent) quand je surprends mon enfant en plein effort, en plein apprentissage de la concentration.
Concentration intense... après avoir transporté les objets les plus lourds/encombrants de sa chambre vers le balcon
Je te dois la minute supplémentaire durant laquelle je sais patienter au lieu d'interrompre des activités apparemment "sans but" (et en effet !) à mes yeux, et la douceur avec laquelle j'essaie de le faire quand je n'ai pas le choix (fichu timing).
Je te dois, de ce fait, nos réflexions actuelles sur la scolarisation ou non des Bouts (et tout particulièrement du Bébou, en septembre prochain), parce qu'aujourd'hui le principal inconvénient que je vois cette scolarisation, donc au fait d'adopter un rythme scolaire, c'est : nous retrouver avec un timing serré, trop serré pour eux.(je me retrouve tellement bien dans cet cet article de Laurence !)

Et surtout je te dois tous ces moments où ton observation de nos chères têtes blondes m'incite à arrêter d'agir et à, moi aussi, observer mon enfant et m'extasier des forces qui le poussent sur le chemin de son développement.

Ainsi, depuis trois jours, les pronoms personnels ont fait leur apparition dans la bouche de F. . D'abord le "il" et le "elle", puis le "toi", utilisé pour tout le monde y compris lui-même avant de l'être à bon escient, et à présent des ébauches de "moi", "tu, "je". 
Et j'adore. J'adore parce que, comme quasiment tout parent aujourd'hui, j'ai lu/entendu que l’utilisation du "je" est une borne importante sur le chemin de la construction de la personnalité d'un enfant.

Mais j'adore aussi parce que ces pronoms sont venus après les noms, les verbes, les adjectifs, les prépositions et conjonctions. 
C'est-à-dire exactement dans l'ordre annoncé par "l'esprit absorbant de l'enfant" et son schéma sur le développement du langage, dont la lecture m'a ainsi permis d'être sensible (= me réjouir au fond de mon cœur) au franchissement de chacune de ces étapes.

Je n'avais pas conscience d'à quel point ce trésor était précieux, mais une discussion récente avec ma propre maman m'a permis de réaliser qu'elle-même, malgré plusieurs enfants, n'avait jamais perçu que ces groupes de mots venaient toujours dans le même ordre. Elle l'apprenait par ma bouche, et en était rétrospectivement toute émue.


Merci donc à Montessori de ces clés de lecture, et de cet émerveillement sans cesse renouvelé, à chaque fois que tu me permets de comprendre mon enfant.

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