Ma première lecture de "Parents Épanouis, Enfants Épanouis" m'avait laissée assez dubitative quant à l'intérêt réel que la méthode dite de "résolution de problème" pouvait présenter dans le cas d'un enfant aussi jeune que F.
Pour mémoire, la résolution de problèmes sauce Faber & Mazlish suit une méthodologie très simple.
- "Nous avons un problème" ; parler de la manière dont chacune des parties en présence vit ce problème : "tu es frustré parce que tu voudrais, et moi ça me chagrine car"
- Lister les solutions possibles, le mot d'ordre étant "toutes les idées" sur un papier, sans les juger (le but est qu'un maximum de choses viennent de l'enfant)
- Passer en revue toutes les solutions et rayer celles avec lesquelles au moins une des parties n'est pas d'accord (en expliquant comment on se sent par rapport à cette solution)
- Relire les propositions restantes et formaliser le plan d'action qui en découle.
Et puis ma vision initiale s'est progressivement enrichie de la relecture dudit bouquin ainsi que de lectures complémentaires, et des nombreux exemples que lesdites lectures contenaient.
Ce mâchage et remâchage m'ayant permis de voir comment mettre en pratique d'autres conseils F&Miens, qui au départ m'avaient eux aussi semblé certes intéressants mais peu adaptés à un très jeune enfant, peu à peu j'ai commencé loucher aussi sur cette fameuse résolution de problèmes.
Ainsi eurent lieu, au fil des semaines, et sur différents sujets qui me semblaient pouvoir bénéficier du machin, plusieurs essais.
Vite avortés!
On ne passait pas l'étape du "nous avons un problème, discutons-en" : F. n'avait aucune envie d'aller chercher un papier, ni de s'asseoir, et encore moins de parler ou d'écouter ce que je disais.
Vraaiment pas adapté à un enfant de 3 ans, franchement !
Et puis F. s'est mis à se lever la nuit, ou à profiter des moments où nous changions sa sœur pour filer engloutir des tablettes de chocolat (pourtant bien placées tout en haut du garde-manger, vous pensez bien. Mais à quoi pensez-vous qu'une chaise haute judicieusement déplacée, accolée à une chaise normale en guise de marchepied, peut bien servir, hum ?)
Au bout de quelques épisodes de ce goût-là (2 ou 3 nuits d'affilée...), j'ai décidé que tant qu'à faire, autant tout tenter.
Mais cette fois-ci, j'ai simplement dit à F., "viens, on va faire un truc", j'ai pris sa main, suis allée chercher une feuille de papier directement, sans préciser dans quel objectif, et zou, je nous ai installés au calme sur la table de la salle de classe.
Intrigué, il a commencé à s'agiter quand j'ai nommé le problème, mais j'ai abrégé cette partie le plus possible, pour directement commencer à écrire une suggestion sur ma feuille de papier.
Et là, tadaaam, magie de l'écrit : hypnotisé par les mots que j'avais tracés sur ce bout de papier, F. a enchaîné.
Au point que je me suis mordu les doigts d'avoir pris une feuille A4: hors de question pour F. d'arrêter la discussion tant que le papier n'était pas rempli, il pointait du doigt l'espace encore vide en dessous des lignes déjà écrites. Il m'a donc fallu me creuser la tête pour trouver encore des choses à dire.
Nous avons ensuite relu les suggestions, marqué d'une encoche celles retenues, d'une grosse croix celles écartées, et j'ai ensuite patafixé le résultat à la porte de la cuisine, à sa hauteur (mais point trop bas pour éviter que la Bébounette ne s'y attaque).
Suite à quoi il nous l'a fait relire de nombreuses fois.
Demande qui s'est répétée dans les heures qui ont suivi.
De temps à autre, il a posé la question:
"chocolat ?".
Discussion vite close,
- soit "tu te rappelles, nous en avons discuté ensemble et nous avons dit que"
- soit, encore mieux (mais pas toujours le temps / le réflexe) "ah, tu voudrais du chocolat. Allons relire ce qu'il y a écrit"
Une inquiétude au bout de 10 jours: je le retrouve dans la cuisine avec un sachet qui de loin pourrait être un truc à cacahuètes (oui parce qu'en fait, le jour où j'ai craqué et pris le taureau par les cornes, il avait bouffé du chocolat entreposé au frigo mais aussi les cacahuètes de son père conservées au même endroit).
Gros soulagement quand je me suis aperçue qu'il s'agissait en fait d'un sachet de bicarbonate de soude quasi vide, fermé par un bouchon visseur par lequel il s'amusait à souffler (gonfler des machins est devenu une grande passion depuis la découverte des brassards cet été).
Une rechute au bout de 2 semaines : caramba !
Mais là encore: grâce à notre feuille magique, verbalisation du problème facile, plus proposition : "veux-tu que nous relisions la feuille ?" Relecture. Et le midi qui suivit, quand vint le moment de son chocolat habituel :
" Non.- Pourquoi ?- Dis moi pourquoi.- J'en ai mangé cette nuit.- Oui, tu as déjà eu assez de chocolat"
Épisode clos.
Et puis.... c'est au bout de 3 semaines que le problème revint, F. s'attaqua une nuit au sucre en morceaux et aux crêpes que nous avions confectionnées la veille.
Et aucun intérêt pour relire la feuille, aucune envie de s'y référer: "ôter la feuille maman".
Belote, et rebelote, et rerebelote...
Nous avons failli nous énerver.... (le fameux vendredi finalement sauvé par une fuite au Vaisseau, par exemple, je crois que ce sujet était un des points qui m'avaient mis de belle humeur dès le lever).
En désespoir de cause, nous avons transféré les sources de tentation dans notre chambre, bien cachées.
Moralité : yes, la résolution de problème peut marcher avec un enfant de 3 ans.
Mais là encore, il s'agit d'une technique pour réorienter le comportement, tout en prenant en compte les sentiments dans une certaine mesure.
Mesure, dont, au vu de l'obstination de F. sur le sujet (et le fait qu'il a tendance à faire cela aussi quand on s'occupe de sa sœur), nous avons fini par soupçonner qu'elle n'était pas suffisante dans ce cas précis. Que
- soit il était capable de travailler à la résolution du problème, mais point encore de tenir les résolutions prises. D'où le transfert du matos chez nous : nous nous sommes remémoré nos grands axes d'éducation, et notamment le 3ème, attentes réalistes, adaptation de l'environnement, patati patata. Peut-être n'est-il pas encore réaliste d'attendre de F. qu'il sache se maîtriser à proximité d'une sucrerie, peut-être est-ce alors à nous de lui éviter un environnement tentateur?
- soit le chocolat/sucre/whatever n'était pas le problème, mais un symptôme. Que certes il nous fallait cadrer le comportement, mais que si nos différentes manières de faire échouaient ainsi, c'est sur les sentiments qu'il allait falloir opérer. Et en attendant d'avoir trouvé, réduire le conflit au minimum.
Ainsi, cet épisode m'a à la fois montré
- que je pouvais utiliser cette technique avec F. . Que la partie recherche de solutions est déjà un point sur lequel il est capable d'apporter des contributions intéressantes; et qu'en plus, ça vaut le coup de muscler cette capacité !
- Mais qu'elle ne détient pas la clé à tout; ce qui en soi, est évident... mais quand même bien cuisant car sur le coup j'ai cru avoir trouvé le Graal !!
Ma petite déception tempère donc mon envie d'y avoir recours à nouveau tout de suite...mais je compte bien qu'une fois qu'un peu d'eau aura coulé sous les ponts, j'oserai réembarquer. D'autant que je suppose que sur le point "capacité à s'en tenir à ses résolutions", quelques mois doivent faire une différence énorme à cet âge où tout va si vite !

