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lundi 25 mai 2020

7 réflexions autour de la préparation des aînés à l'arrivée d'un nouveau bébé

2019 -2020 aura été une année particulière chez nous, à plus d'un titre.
Et notamment,avec la couvaison puis ponte d'un nouveau Petit Bout de printemps, arrivant avec un certain écart derrière ses 2 ainés.

L'arrivée d'un nouveau bébé est toujours source d'un certain nombre de questions, de préparatifs.
Parmi les points qui préoccupent tout parent, à partir du moment où ce n'est pas l'attente d'un premier, figure en bonne place le souci que ce Bébé soit bien accueilli par son ou ses frères et sœurs, et de faire en sorte que cette arrivée soit bien vécue par le(s) "grand(s)".

Vaste sujet, que je ne prétendrai pas traiter exhaustivement ici. Je me bornerai à lister quelques petites choses qui peuvent aider, quelques réflexions pouvant être utiles, issues de notre expérience.






1. Soigner l'annonce de la grossesse


Quand ?

La question de quand l'annoncer aux aînés n'est pas évidente à trancher.
  • Du temps de la grossesse d'E., nous l'avions dit à F. une fois le premier trimestre passé, histoire d'éviter autant que possible le risque d'avoir à faire machine arrière en cas de fausse-couche précoce. 
  • Dans d'autres cas on préfèrera annoncer cela plus tôt, notamment si le comportement de l'enfant montre qu'il "sent" quelque chose ce qui est assez fréquent. Dans ce cas, autant le rassurer en mettant aussi vite que possible des mots sur son ressenti.
  • Avec deux enfants plus âgés comme l'étaient F. et E., nous avons surtout tenu à ce qu'ils l'apprennent de notre bouche, et ne se sentent pas trahis / doublés. 
Mon ventre ayant pris très vite du volume, nous avons donc simplement attendu la première échographie (8 semaines) avant de lâcher le morceau : trop de gens commençaient à me féliciter, me pensant bien plus avancée, je voulais à tout prix éviter une "gaffe"' devant eux !
Nous avons estimé qu'ils seraient en mesure de comprendre une éventuelle fausse-couche précoce si celle-ci devait intervenir après l'annonce, et, sans en faire des caisses non plus (pas la peine de créer de l'anxiété), nous avons d'ailleurs précisé qu'à ce stade le petit bébé dans le ventre de Maman était encore très fragile.

Comment ?

Dans le cas d'un aîné "petit", en tous cas, soigner l'annonce n'implique en rien une réaction particulière de sa part, autant s'y préparer, afin de ne pas projeter trop d'attentes sur ce moment. En ce qui concerne F. à l'époque, du haut de ses 18 mois ça avait été très abstrait pour lui… 1 ou 2 phrases et hop, il était déjà passé à autre chose. Je crois que nous avions du d'ailleurs en reparler moult fois avant qu'il n'imprime.
Pour nos grands, nous étions au contraire conscients que cette annonce les marquerait davantage, nous avons donc tenu à rendre ce moment particulier. J'ai hésité : petite sortie au resto ? Puis j'ai choisi l'option "maison", à la fois pour la souplesse, mais aussi tout simplement par ce que ça rejoignait certaines de mes réflexions du moment sur la simplicité / frugalité.
Pour que ce souvenir soit une preuve de plus que le bonheur se vit sans nécessairement coûter grand chose, nous avons donc opté pour une soirée crêpes sur la table basse du salon, devant la cheminée, en ayant annoncé une surprise, que ce serait "la fête". Ce fut un très très beau moment, et je crois que ça peut aider à commencer l'aventure sur une note positive (et on a le droit de marquer ça d'une sortie au resto, hein).


2. Soigner le discours autour du bébé


Comment et à quelle fréquence parler du bébé qui arrive ?


En ce qui me concerne, la lecture des pages consacrées à la fratrie chez Haïm Ginott, ainsi que du célèbre Frères et Sœurs sans rivalité écrit par ses disciples Faber et Mazlish, m'a beaucoup aidée.
Haim Ginott souligne ainsi impitoyablement qu'un aîné va obligatoirement ressentir des sentiments négatifs envers le nouveau venu. Ca fait mal aux fesses, car on aimerait bien s'auto-persuader que ces sentiments peuvent juste ne pas exister, mais au moins, couic les illusions. Ca ne veut pas dire qu'il n'y aura que des sentiments négatifs, hein, mais des sentiments mélangés, et être conscient de ça aide à se positionner.
Et surtout, à être réceptif à toutes les manières dont ils vont pouvoir s'exprimer. Ainsi, dès la fameuse soirée crêpes, E. a-t-elle pu poser la question "Mais euh… vous allez encore vous occuper de nous ?".

Alors justement : quel avenir peindre aux enfants ?


A l'usage, je trouve qu'une peinture mesurée est utile

  • ne pas peindre tout en positif : 
" ce sera génial, vous jouerez avec lui, etc" ne laisserait pas de place aux sentiments négatifs ("pourquoi est ce que je ressens ça alors que visiblement je devrais trouver ça génial?") et/ou risquerait de créer de la déception (déjà que depuis l'arrivée d'H. à la maison, F., bien que nous l'ayons prévenu, répète tous les jours qu'il a trop hâte que celui-ci puisse jouer...). 
Prévenir que maman sera fatiguée, que le bébé pleurera, tout en disant qu'on fera de son mieux pour jouer avec eux aussi. Quelque chose que F. a d'ailleurs très bien fait quand, suite à la question d'E., à laquelle nous avions répondu par l'affirmative, celle-ci a poursuivi "Vous vous occuperez, de moi, de F., et du bébé", et que F. a répliqué "Non, parce que le bébé sera tout petit. Donc ils s'occuperont du bébé, d'E., et de F."

  • ne pas parler que du négatif non plus. 
Et notamment, faire gaffe à ne pas mettre tout sur le dos du bébé
Typiquement, pendant la grossesse, les enfants m'ont laaaaargement assez entendue dire que j'étais fatiguée. Mais j'ai essayé de lier ça à la grossesse, plutôt qu'au bébé. 
De la même manière, depuis qu'H. est né, Monsieur Bout a pu vouloir inciter les enfants à se montrer moins bruyants "pour ne pas déranger le bébé". C'est tentant, les aînés étant (notamment au début et/ou si on n'en abuse pas) assez sensibles aux besoins du bébé. J'ai préféré moduler le discours et prendre la responsabilité : au fond, H. est encore assez peu sensible aux bruits ambiants, il serait donc doublement mauvais (en terme de sincérité, et en terme de bébé-marketing) de se servir de lui pour faire respecter notre limite à nous.

En revanche, expliquer les besoins du bébé se révèle très utile.
F. a très bien compris la notion de "H. avait des habitudes dans le ventre de maman et là tout a changé pour lui, ça le perturbe, ça peut lui faire peur" et du coup lors d'un orage récent, de lui-même il m'a dit "ah oui les orages il ne s'en apercevait pas vraiment dans ton ventre". Ces informations aident à accepter et interpréter le temps que H. passe dans mes bras ou ceux de Monsieur Bout : "avant, il était tout le temps contre moi, du coup ça lui fait bizarre et donc pour se rassurer il a besoin d'être encore souvent dans mes bras".
Hasard, coïncidence ? F., il y a quelques jours, m'a justement redemandé pourquoi un déménagement perturbait un enfant… Le parallèle est vite fait, et tout, sauf fortuit.

Prévoir aussi des choses "quand le bébé sera là", mais qui ne tournent pas autour du bébé = détailler des projets en mentionnant le bébé, mais des projets qui sont faits pour eux et dans lequel le bébé a juste un rôle de participant, pas le rôle principal.
Par exemple, l'an dernier au 14 juillet pour la première fois nous étions allés regarder le feu d'artifices avec les enfants, sur une couverture dans le grand parc royal à 2 pas de chez nous. Enooorme succès. Du coup, à un moment cet hiver quand le sujet est revenu sur le tapis, nous avons parlé de comment nous allions refaire ça cette année avec le bébé et il était clair dans la tête des enfants que eux en profiteraient un max mais que le bébé, lui, dormirait plus ou moins tout du long - si si on y croit. Bon là avec le COVID ça risque de cramer mais bon...

Enfin, aussi, parler d'autres choses. 
C'est long, 9 mois, et même si nous beaucoup de nos pensées tournent autour du bébé, prêter attention aux mini évènements de la vie de nos aînés demeure important, même si effectivement, moins intuitif… J'ai moi même du régulièrement me recentrer là dessus.
Un point valable également, d'ailleurs, vis-à-vis de notre entourage. Celui-ci a vite fait de ne parler que du bébé, à nous devant nos enfants, ou à nos enfants directement "et alors tu es content d'avoir un petit frère ?". 
L'enfant peut être content mais à la 107ème personne qui le lui demande son sentiment de contentement risque de disparaître, et il peut avoir envie qu'on s'intéresse à LUI en tant que personne et non simplement en tant que futur grand frère / grande sœur. A l'usage j'ai donc pris l'habitude de "recentrer" le débat autant que possible "et F. a fait tel truc ou E. voudrait te parler de telle chose etc".



3. Revenir aux temps où ils étaient bébés


C'est un vrai besoin chez les aînés : pouvoir voyager un peu dans le temps, se rassurer sur le fait que lui aussi a été dans cette situation de quasi fusion avec le parent. Cela contribue encore à la compréhension que le surcroit de contact dont il est témoin (être dans le ventre de maman, puis si souvent dans ses bras), et la différence avec sa situation à lui, ne sont pas dues à une différence d'amour, mais à une différence de temps / de besoins.
Du coup on peut
  • ressortir les albums photos d'eux bébé (si on les a faits. Hum hum…)

  • raconter des anecdotes "de quand ils étaient bébé"; mais pas à tout bout de champ non plus, car il ne s'agirait pas qu'ils aient le sentiment qu'ils étaient plus intéressants bébé. Personnellement, c'est pour cela qu'autant que possible je prends également le soin de souligner aussi toutes les acquisitions qu'ils ont faites depuis, ou la joie qu'ils ont eue à devenir capables de faire tel ou tel truc, etc.

  • JOUER au bébé.
Ce point, je l'avais lu chez Aletha Solter, qui souligne que ça fait du bien à tout aîné de pouvoir jouer au bébé, lors de l'arrivée d'un nouveau bébé. Et j'ai été impressionnée de voir F. proposer de lui-même ce jeu avant même que je n'aie fait le moindre pas dans ce sens, dès tôt dans la grossesse.
Une Gwen avertie en valant 2, j'étais prête pour répondre / saisir la balle au bond, et donc tout au long de la grossesse nous avons beaucoup joué au bébé : 
    • F. a fait des km à 4 pattes dans le salon, 
    • il a fait "gaaa", 
    • j'ai mimé des changes de couches, des tétées, 
    • j'ai fait semblant d'enfiler et d'admirer ses bodys et ses babygros, et de chatouiller ses petits pieds (bouhou ! il  chausse du 33-34 maintenant…)
    • je l'ai "porté' (sur le canapé, hein), 
    • il a fait à dada sur mes genoux, 
    • nous avons fait des jeux de coucou-caché, 
    • il a fait semblant de "faire des bêtises" / toucher et renverser plein de trucs, mais en bébé coopératif, il a toujours stoppé les dégâts (pas comme un bébé, donc) dès qu'on lui expliquait, comme à un bébé, les choses de base (en donnant des renseignements très F&M, eh) "Bébé, ça c'est un vase, les vases ça peut casser" ou "Bébé, les boîtes à œufs retournent près de la cheminée".
Moralité… il a pu, dans le même temps, continuer à grandir tranquillement sans la moindre régression. Ayant son espace clairement délimité pour "faire le bébé", le faisage de bébé n'avait pas besoin d'infiltrer d'autres domaines.
Autant que possible, j'ai tâché d'intégrer E. à ces jeux. Visiblement, pour elle, selon les moments cela permettait de faire le bébé, et à d'autres d'explorer l'autre grand changement : F. étant le bébé, elle devenait grande sœur … celle de F.


4. Lire des bouquins avec eux.


2 grands sujets
  • les bouquins autour de la grossesse
Ca permet d'aider les enfants à visualiser ce qui se passe, le développement de bébé, l'attente (c'est LONG 9 mois). Et globalement, une grossesse est aussi un moment tout trouvé pour avancer dans l'éducation sexuelle des enfants, puisque de manière tout à fait naturelle leurs questionnements sur le sujet se multiplient.
Du coup nous avons fait le plein de bouquins informatifs à la médiathèque
combinés avec des livres plus poétiques : 

  • les bouquins autour de la relation frère-sœur, de l'amour du parent

(il existe une foule d'excellentes références sur le sujet, venez donc partager vos préférées en commentaires histoire d'inspirer les foules de mon lectorat. Suggestions à compléter d'un petit passage exploratoire sur l'excellent groupe Facebook  "Ma Bibliothèque Bienveillante")



5. Investir dans du temps de qualité exclusif


Alors là c'est ZE truc absolu.
Pendant comme après la grossesse comme tout le temps gnagnagna mais quand même paaaarticulièrement pendant la grossesse et après l'arrivée de bébé, investir dans du temps de qualité, seul à seul, avec chacun des membres de la fratrie est essentiel… et peut pourtant siiii facilement passer à la trappe !
Dur dur dur ! Quelques minutes quotidiennes sont pourtant ZE meilleur moyen pour sécuriser notre enfant sur la grande question que soulève chez lui l'arrivée de cet être minuscule : est-il aimé, est-il ou sera-t-il toujours autant aimé, est-il menacé / sera-t-il supplanté, dans le cœur de ses parents, par ce petit frère ou cette petite sœur dont tout le monde fait si grand cas ?

Ceci dit, hein, ce n'est pas facile à caser, alors on pourra s'aider des béquilles suivantes


  • le conjoint 
le conjoint peut

1. prendre en charge d'autres activités pour nous libérer du temps et de l'énergie à consacrer à nos enfants
Par exemple, pendant cette grossesse, j'avais 2 priorités : bosser autant que possible (réussir un mi temps) pour rapporter le plus de noisettes à la maison en prévision de temps de disette, et être dispo affectivement pour les enfants. J'ai fait la cuisine, aussi, mais je n'ai pas touché à la machine à laver ni étendu une lessive, Monsieur Bout a géré la majorité des trajets d'école (= le matin je DORMAIS), les courses, les promenades, bref, la logistique des enfants, pour que je puisse réserver mes forces à l'affectif.

2. prendre le temps, lui aussi, de passer ces moments avec nos enfants.
Car lui aussi est source de réassurance affective

3. prendre en charge le bébé, une fois né, pour nous permettre de récupérer des forces à utiliser pour les aînés, et de passer du temps avec lesdits aînés

En ce qui nous concerne, nous avons profité du fait que suite à la rupture de son contrat de travail Monsieur Bout est à la maison, mais même sans de telles circonstances, très favorables il est vrai, il est très important de s'asseoir en couple pour réfléchir à une stratégie compatible avec les besoins et contraintes spécifiques de chacun des membres de la famille / du couple.

  • des aides extérieures
yep, ce qui peut nous sembler un luxe en temps normal (une femme de ménage, par exemple) peut provisoirement remonter en tête dans la liste des priorités budgétaires.
Nombreuses sont les familles dans lesquelles on (s')offre des heures de ménage pendant et après la grossesse. C'est même un cadeau de naissance qu'on peut suggérer aux personnes assez proches, et qui, notamment quand c'est un numéro 3, 4, etc, pourra être bien plus précieux que de petits vêtements.
Idem, une jeune fille pour venir gérer le créneau 17-19h, les bains et le dîner par exemple. On sous-traite la logistique fatigante de la fin de journée, et on en profite pour prendre seule à seul chaque enfant.

  • Le portage
Cf mon billet récent sur le sujet, un moyen de portage bien employé peut devenir quelque chose de très proche d'une potion d'ubiquïté: être présente pour plusieurs enfants à la fois.

  • L'innovation dans l'organisation familiale. 
Mais ça, je vous en parle dans le point 6….

  • Le laisser-aller : 
Yep, on a des millions de choses à faire. En fin de grossesse ou après l'accouchement, y en a du rangement à faire, par exemple. Sortir les affaires de bébé, aménager son coin, etc. Moi je me suis lancée dans une opération en mode Flylady, et je partais de loin
Les souvenirs de notre dernier déménagement m'ont cependant servi. Si il y a bien une leçon que j'ai tirée de ce déménagement, c'est que tout le monde (moi y compris) aurait beaucoup bénéficié que j'investisse moins d'énergie à amener rapidement notre logement à un état globalement ordonné
Si au lieu d'essayer de pulvériser le plus vite possible les 170 et quelques cartons qui avaient colonisé le moindre recoin de notre nouvelle maison, j'avais permis à ceux ci-de squatter plus longuement, pendant que je passais du temps avec nos enfants... Si du coup la fatigue accumulée dans le déballage de cartons n'avait pas retenti autant sur la qualité de mes interactions avec les enfants...
C'est bien le problème de gros changements comme un déménagement ou une naissance : ils ont un impact "physique" en plus de leur impact psychologique, et l'impact physique est
    • 1. visible 
    • 2. plus concrètement maîtrisable ; une fois le carton défait on a la satisfaction tangible de l'avoir défait. Y a peu de chances qu'il se reremplisse tout seul dans la nuit ; alors que chez un enfant, on remplit, on remplit, et on n'a jamais fini. On peut dire "ah, j'ai fini de laver et ranger les affaires taille naissance" et cocher. Jamais "ah, j'ai fini de rassurer l'aîné sur notre amour".
    • 3. immédiatement payant : la place libérée par nos 10 minutes de rangement est visible, alors qu'on peut avoir passé du temps avec notre enfant sans que cela l'empêche de faire une crise dans les 3 minutes qui suivent (quand ce n'est pas PENDANT le temps qu'on lui consacre. Alors que rares sont les cartons qui vont se mettre à hurler pendant qu'on s'occupe d'eux - ou alors vous habitez dans le monde de Harry Potter)
Et pourtant, à moyen terme on paiera beeeaucoup plus cher le temps passé à ne pas donner à nos enfants le surcroit de sécurité affective dont ils ont un grand besoin dans ce moment de transition, que le bordel ambiant.
Donc, laisser couler les aspects physiques, autant que faire ce peut ( et faire ce peut toujours ! Mais ça demande parfois un gros effort de recul), et réallouer le temps ainsi libéré au traitement des aspects émotionnels.
J'ai notamment eu cette réflexion en fin de confinement : c'est le moment où, 1. les problèmes digestifs du Bébounet ont commencé à s'amplifier, réduisant de beaucoup ma disponibilité et 2. la perspective du déconfinement - retour à l'école m'a fait réaliser que très bientôt, je n'allais plus avoir F. et E. à dispo H24 pour grapiller mes minutes de disponibles au fil de la journée. J'ai donc laissé en plan mes travaux de nettoyage des écuries d'Augias (ce qui m'a coûté: j'avançais bien, et c'était un soulagement) pour investir le peu de temps que j'avais avec les enfants.


6. Gérer ses limites physiques comme on peut


Ah là là ce que c'est compliqué. Biieeeeen avant que Bébé soit là physiquement, comme entité reconnaissable, il impacte déjà la vie quotidienne et nos interactions avec les aînés, en impactant nos capacités physiques.
Dur dur, car il s'agit de respecter un subtil équilibre entre
  • les besoins de nos enfants : si les aînés sont encore petits, notamment, c'est vraiment difficile de ne pas (trop) les porter; si ils sont plus grands, c'est quand meme bien embêtant une maman durablement incapable de s'asseoir sur un tapis pour jouer aux petites voitures, ou de courir pour attraper, ou de faire de grandes promenades...
  • les nôtres ; pour nous préserver, d'abord, évidemment, et préserver le petit être qui grandit à l'intérieur de nous. Mais aussi pour préserver lesdits aînés! Là encore, c'est une question de gestion de découvert : nous sommes fragile, vite "usable", si nous piétinons nos besoins particuliers, il est inévitable que cela ressorte par des mouvements et mots d'humeur !

Sur le plan des limites physiques, 4 choses peuvent aider
  • 1. la pédagogie
On soigne le discours en expliquant ce qui se passe dans le corps de Maman. Les livres évoqués en point 4 seront des alliés précieux.
Plus que jamais, nos enfants sont friands d'informations, qui les rassurent et viennent remplacer les hypothèses angoissantes qu'ils se construisent sinon. 
Les Bébous ont été très intéressés de savoir que mes organes se déplaçaient dans mon corps, que j'avais tant de kilos de plus à soulever (et de quoi ils étaient constitués : sang en plus, liquide amniotique, placenta, paroi utérine, rétention d'eau, bébé en lui même - QUI a dit "chocolat" ?) et qu'en fait mes muscles et mes articulations n'y étaient pas habitués, que mon estomac n'ayant pas la place habituelle les acides qui servent à la digestion venaient me brûler l'œsophage (ce qui pouvait expliquer mon humeur parfois changeante…), etc. 
Privilégier un discours scientifique et objectif m'a semblé beaucoup plus parlant et rassurant, pour les enfants, que le perpétuel et vague "Maman est fatiguée". Cela permet par ailleurs un recours beaucoup plus efficace aux points suivants

  • 2. Le choix
Les contraintes de Maman étant connues, il est plus facile de formuler ensuite des choix compatibles avec ces contraintes : "Préfères-tu lire avec moi sur le canapé ou que je reste assise sur le fauteuil et je fais les bruitages de ton circuit de train ?"

  • 3. Les alternatives
"Hum, m'asseoir sur cette petite chaise n'est pas possible pour moi, mais nous pouvons dessiner ensemble sur ton lit si nous trouvons un support rigide" ou même solliciter notre enfant pour trouver une solution "Je ne peux pas m'asseoir sur cette chaise car mes muscles n'arriveront pas à me remonter ensuite / je risque de la casser tellement je suis lourde, as tu une idée de ce que nous pourrions faire / utiliser à la place ?".
F. m'a souvent apporté des coussins pour m'aider à me caler, il a échangé sa chaise (en bois) avec celle qu'il me proposait (en plastique), etc. Raisonner à partir de ma contrainte pratique permet d'aménager le refus et de le transformer en réussite commune, car le message perçu est alors "j'ai envie de passer du temps avec toi, et nous cherchons ensemble un moyen d'y arriver".

  • 4. Les activités particulières,
ou comment transformer les contraintes en opportunités.
Maman passe son temps au lit ? C'est le moment de privilégier des instants coocooning lecture sous sa couette à elle, par exemple.
Maman a du mal à se baisser ? On peut en profiter pour cuisiner à 2, les missions des enfants s'élargissant : à eux d'aller récupérer le saladier au fond du placard du bas, les légumes tout en bas du frigo, etc.

En ce qui nous concerne, la plus belle transformation de contrainte de ce post partum s'est faite sans préméditation. Mais ce fut vraiment une belle réussite, alors je vous la partage des fois qu'elle puisse être pertinente chez vous.
Avant la naissance de H., Monsieur Bout et moi avons pris le temps d'affiner notre stratégie pour le post partum. En effet celle initialement envisagée s'est retrouvée laminée par le confinement, puisqu'il il était prévu que l'une de nos mamies-au-pair (G1) vienne passer les mois d'avril-mai avec nous et constituer une ressource bien précieuse en prenant sa part de la charge. Et pis bah non, frontières fermées, avions (G1 habite sur une île) cloués au sol, couic-couic le plan A.
Du coup, plan B avec 2 joueurs seulement : Monsieur et Madame. J'avais souligné auprès de Monsieur Bout l'importance que je pose le moins possible pied par terre les 8 premiers jours à la maison. En conséquence, nous avions prévu que je prenne mes repas au lit, d'autant plus que maison sur 3 niveaux, chambre conjugale tout en haut, cuisine tout en bas = prendre mes repas dans la cuisine aurait impliqué pas mal d'exercice.
Nous avons annoncé cela aux enfants à mon retour de l'hôpital : GROS moment de flottement. D'un coup j'ai réalisé que
- les enfants risquaient de mal vivre cela…
- Monsieur Bout risquait de le payer par des repas agités un peu galères.
Illumination ? J'ai subitement proposé que F. vienne dîner avec moi dans ma chambre, et que E. vienne déjeuner.
Délire d'enthousiasme.
Ca fait donc un repas en tête-à-tête de chaque enfant avec chaque parent (je petit-déj toute seule au lit, en décalé de tout le monde puisque ça dépend des horaires de tétée du Bébounet, et du rab de sommeil que j'arrive à grapiller en fin de nuit). Monsieur Bout monte donc un plateau avec 2 couverts, et l'enfant concerné s'installe sur un tabouret Ikea à côté de mon lit (oui, pas folle hein, j'ai des draps à préserver un minimum)
Quel succès ! Nous avons vite réalisé que nous avions ainsi transformé des temps "vides", voire "à valeur négative", en moments remplissage de réservoir d'amour. Quel que soit le déroulé de la journée, même si je suis accaparée par le Bébounet, E. est assurée d'avoir un moment avec Maman à midi, F. assuré de son moment le soir (bon, j'ai ptet un bébé au sein, mais ça a l'air d'aller), et inversement avec leur papa.  De chouettes instants où l'un comme l'autre se livre, raconte sa vie…
Devant ses effets positifs, nous avons décidé de prolonger cette organisation pendant encore un bout de temps (sauf exception : les températures estivales des derniers jours nous ont parfois fait privilégier l'option "repas tous ensemble dans le jardin") et j'avoue que j'aimerais bien ne pas totalement perdre cela à moyen terme : instituer un jour comme cela dans la semaine peut-être ?? Si vous avez des idées ou des expériences analogues pouvant nous inspirer, je suis preneuse !


Autre remarque concernant les limites physiques : que les mamans très handicapées pendant la grossesse se consolent, là aussi il peut y avoir un revers positif à cette médaille. J'ai réalisé qu'une des choses qui aplanit un peu l'atterrisage en ce moment est précisément le degré de loquitude extrême que j'avais atteint les dernières semaines de grossesse. Très vite après la naissance, je me suis retrouvée mille fois plus en forme que je ne l'avais été depuis longtemps. Capable de monter mes escaliers, de me baisser, de bouger, de courir même, bref, juste de me mouvoir normalement ! 
De ce fait, même si je suis trèèèès occupée avec Bébounet, à l'arrivée celui-ci en naissant n'a pas piqué leur maman à F. et E., il la leur a rendue, puisque dans les faits je fais plus de choses avec eux qu'avant la naissance, et je refais des choses dont ils étaient privés depuis longtemps (jouer à attraper, par exemple - vous auriez vu leurs yeux quand ma proposition leur a fait réaliser que c'était de nouveau possible !). 
Voilà, si ça peut consoler… Bien évidemment, à nous d'avoir cela en tête et de le rendre perceptible à nos aînés en utilisant effectivement, même à petites doses au départ, nos capacités physiques fraîchement retrouvées.


7. Une fois le bébé là, verbaliser les besoins et les peurs


On a préparé en amont, il s'agit aussi d'accompagner spécifiquement les sentiments qui vont fleurir dans les premiers temps.

Un 1er besoin sera d'aller explicitement souligner à quel point on aime chaque enfant, et qu'on n'a pas divisé l'amour en "plus de parts". Là-dessus 2 petites métaphores peuvent aider à passer le message
  • celle de la bougie : on allume une grosse bougie qui symbolise l'amour de papa et de maman. On y allume une première petite bougie qui symbolise l'amour de papa et maman pour l'aîné. Puis on y allume une seconde (ou une 3ème si déjà deux ainés, etc) petite bougie qui symbolise l'amour pour le petit frère et on fait remarquer que les autres flammes d'amour n'ont pas diminué avec l'allumage de la bougie supplémentaire.
  • celle de la feuille de papier : on montre une feuille de papier à l'enfant en disant "Ca c'est l'amour de papa et maman pour toi. Regarde ce qui s'est passé avec l'arrivée de XX" ; et hop on rajoute une feuille en disant "ça c'est l'amour de papa et maman pour XX. Tu vois ? On n'a pas eu à partager ta feuille."
F. et E. se montrent très sensible à cette notion de "cœur des parents qui grossit à chaque naissance".

2ème besoin, selon la maxime de Faber et Mazlish "pour laisser entrer les bons sentiments il faut d'abord laisser sortir les 'mauvais' " : Verbaliser les sentiments de frustration 
"Oh, ça t'embete que je sois très occupée avec le bébé, tu aimerais m'avoir plus pour toi ! Tu peux me le dire, c'est important pour moi de savoir comment tu te sens"
Verbaliser également l'ambivalence ! Il serait faux et gênant pour l'enfant d'entendre un "tu n'aimes pas ton petit frère" trop général; un "des fois tu aimes ton petit frère, et d'autres fois / en même temps parfois tu aimerais bien qu'il ne soit pas là" retranscrit bien mieux la complexité de ce qu'il ressent, et évite de figer sa perception de la situation.

En revanche, éviter autant que possible (et assommer direct les gens qui se les permettent) les remarques à la "Toi tu es grand tu n'as pas besoin de ça" ou "Mais ce sont les bébés qui font ça". 
  • Etre un bébé est quelque chose d'un peu chouette quand même, vu toute l'attention qu'on leur donne, et cela explique les régressions siiii souvent constatées chez les aînés autour des naissances des cadets. Souligner ces régressions serait donc contre-productif en plus d'être blessant pour l'enfant ;-)
  • Idem d'ailleurs sur les aspects positifs : on pense souvent faire bien en complimentant un enfant en disant qu'il "a fait tel truc comme un grand" mais comme toute étiquette, c'est glissant. 
    • Est-ce quand il rate, à la déception de cet échec ponctuel se rajoute alors une conséquence plus durable puisqu' il perd son statut/étiquette de grand ? 
    • Et si il n'a justement pas si envie que ça d'être grand puisque franchement être bébé ça a l'air cool, vaut-il mieux renoncer à cette conquête dont il pouvait être si fier par ailleurs ? 
La période délicate qu'est l'arrivée d'un nouveau bébé représente une fois encore un moment où les compliments descriptifs sont nos amis
  • "oh, tu as réussi à faire ce truc qui était super compliqué / qui t'a demandé beaucoup d'efforts / après avoir essayé plusieurs fois
  • "c'était compliqué et tu as insisté jusqu'à comprendre comment tu pouvais y arriver" 
  • "ouahou, ça t'a demandé beaucoup d'entrainement, tu peux être fier de ton réussissement"
Dans tous les cas, si comportements de régression il y a, il vaut mieux verbaliser en mode 
  • "oh, aujourd'hui tu as envie d'aide pour t'habiller même si tu sais faire toute seule en général", ou encore 
  • "ah, tu trouves ça intéressant de te rappeler comment c'était quand tu devais être porté partout ?" ou encore 
  • "hihihi, c'est drôle hein tous ces jouets de bébé" + moment de qualité dès que possible + jeux de régression.


Il est beau et long (très long) mon billet hein ? Y a de quoi s'occuper, hein ?
Ben ouais mais ça n'empêchera personne de galérer.
QUOI qu'on fasse : oui, il y aura des trucs compliqués avec les aînés
Si pas tout de suite, alors en différé (notamment quand le nouveau venu commence à prendre plus de place, savoir faire plus de choses… chez nous, par exemple, F. avait commencé à avoir vraiment du mal avec sa petite sœur quand celle-ci avait acquis la maitrise de la marche, à 12 mois)
L'acceptation d'un nouvel être, la digestion de cet énorme changement au sein du cocon familial EST et demeure quelque chose de difficile à digérer. Donc, même en faisant "tout bien comme il faut", on ne coupera pas à une période où le comportement des aînés manifestera la difficulté de cette transition.
C'est bien ballot, parce que bien évidemment ca tombe forcément à un moment où nos ressources à nous sont bien sollicitées, également, par le fait que pour nous aussi c'est une transition, les soins que ce bébé sollicite, les nuits qu'il hache menu, bref… Toi-même tu sais.

Moralité :
  • si la période est difficile, (ou plutôt : puisque la période est difficile) on peut repasser en revue cette check-list et vérifier qu'on n'oublie rien, intensifier un peu (si on peut) les moments de qualité, mais la difficulté ne veut pas nécessairement dire qu'on fait les choses mal. Juste qu'il faut que ça passe.
  • et si on trouve soi-même qu'on gère moyennement… alors qu'on sait bien que nos aînés auraient particulièrement besoin d'interactions douces (y compris dans la fermeté) avec nous leurs parents, mais on ne peut s'empêcher de démarrer au quart de tour quand, au hasard, une dispute entre les 2 grands déclenche des cris tellement stridents chez notre fille, que le bébé fraichement endormi se réveille en pleurs ...
C'est le moment de nous rappeler qu'encore une fois, faut pas chercher à être un parent parfait, les couacs font partie du jeu.

lundi 11 mai 2020

Portage : Mei-Tai je t'aime

En théorie je devais sortir le billet promis sur "aider les aînés à digérer l'arrivée d'un nouveau membre au club". C'était ma grande ambition de la semaine (en plus de 1. aider les aînés dans la vraie vie, pas juste dans le billet, 1 ex aequo. gérer le nouveau membre en question 3. avancer encore un peu le chantier Flylady dont je dois, d'ailleurs, aussi revenir vous parler). 
Hélas le constat est clair : ce billet est bien avancé, mais pas prêt à sortir.
Du coup, à la place, je redirige mes efforts sur un rapide billet et, ce n'est que justice, ce billet traite du truc avec lequel je passe ma vie, en lieu et place de la passer à l'ordinateur à vous écrire le billet sur la fratrie 
(je sais pas si vous suivez. Si non, c'est normal, relisez ça 3 fois en inspirant entre chaque).

Bon, déjà, le "truc" ne désigne pas mon fils.
Il désigne ce dans quoi je mets mon fils.
Bicoz si j'ai si peu de temps pour bloguer, en ce moment, c'est notamment que, Petit Bout III, suit les traces de Petit Bout I et II, avec une super production : RGO - le retour (tadaaaaaa).
Option forte intolérance aux PLV / lactose / whatever qui passe dans le lait de maman, en plus.
Depuis son retour de la maternité la maman en question a mangé
  • une chantilly maison, 
  • des lasagnes industrielles avec 3 tonnes de béchamel, 
  • et du boudin blanc (oui sachez-le, le boudin blanc c'est plus de 40% de lait; vous l'ignoriez ? Moi aussi, jusqu'à très récemment. Je ne risque plus de l'oublier maintenant, merci)
Chacun de ces crimes a valu au Bébounet 48h de souffrances, et le 3ème épisode semble même plus long (je suppose que l'œsophage n'en peut plus et met plus de temps à se remettre).

Le seul moyen de calmer les souffrances du Bébounet étant de l'avoir dans nos bras, c'est l'occasion de vivre une relation torride et fusionnelle avec notre solution de portage, solution de portage hélas seulement partiellement compatible avec le tapage sur ordinateur. (mais partiellement quand même, et je le prouve)

Donc, autant venir vous la présenter.

Contexte : pour F., nous avions fonctionné avec une écharpe de portage tissée de chez Amazonas. Nous en étions très contents et elle a beaucoup servi, à moi, mais également à Monsieur Bout.
3 inconvénients m'ont cependant amenée à chercher autre chose durant la grossesse d'E.
  • nous avions changé de région et donc de climat : autant en Basse Normandie, oui, il fait toujours beau et on ne prétend le contraire que pour faire fuir les touristes, mais quand même avoir 5m de tissu enroulés autour de soi et du bébé ne posait pas de souci, autant à Strasbourg, option canicule de 2015 activée, euh, ben, non merci.
  • je n'avais jamais réussi à maîtriser le portage dos : bien sûr j'aurais du solliciter une monitrice de portage, mais m'étant contentée de tuto YouTube, le résultat n'était pas brillant. Des fois ça marchait, mais c'était sur un malentendu, jamais je n'arrivais à reproduire cet exploit la fois suivante. Ce qui du coup a fait que le début de la grossesse d'E. s'est soldé par un abandon du portage par moi. Monsieur Bout a continué un peu (sur les petits sentiers côtiers normands, y a vraiment que ça de vrai), puis une fois sur les trottoirs de Strasbourg, la poussette a pris le relais. D'où souhait d'une solution plus simple pour E, pour faire mieux.
  • Et justement, souhait d'une solution plus facile à utiliser, parce que quand même, 5 m d'écharpe c'est un peu long à nouer, un peu encombrant, si bien que pour F. je l'avais surtout utilisée pour les vraies balades, mais pas pour "1/4h de câlins pendant que j'étends ma lessive" : trop compliqué. Idem à emporter "au cas où" c'était pas pratique, puisque même roulée elle était encombrante et lourde.

Je me suis donc mise en quête du Graal : un machin
  • léger, 
  • rapide à nouer, 
  • adaptable à toutes les morphologies (sans devoir changer des réglages - un aspect très apprécié avec notre écharpe, qui a notamment servi lors d'un voyage en Finlande chez ma sœur, où F., 14 mois à l'époque, avait pu être porté successivement par son père, sa mère, sa tante et son oncle), 
  • fait-pour-les-nuls-du-nouage-dos
  • et ne coûtant pas un bras (entretemps j'avais découvert les merveilles telles celles produites par Oscha mais, nan, j'aurais eu trop mauvaise conscience de mettre autant... ou plutôt, je me permettais déjà d'autres folies - du côté des couches lavables brodées, au hasard)

J'ai louché sur des slings, j'en ai même acheté un, que j'ai revendu plus tard parce que, croyez-le ou pas, mais je suis trop stupide pour en utiliser un correctement. Toujours mal positionné, avec un bébé prêt à sa casser la gueule et/ou un anneau en train de me cisailler l'une ou l'autre partie du corps.

J'ai donc investi dans un Mei Tai, qui m'a semblé le juste milieu : facile à nouer, peu de tissu, pas d'armatures, ni de boucles ni rien, donc plus souple et adaptable qu'une solution à la Manduca.
Mon premier achat fut un Mei Tai de la marque Amazonas, mais je ne l'ai pas utilisé longtemps, bicoz pas optimal (notamment, des bretelles rembourrées non déployables assez inconfortables une fois que le bébé prend du poids; et une assise pas réglable donc trop large pour un nourrisson, et un peu juste pour un bébé ayant bien grandi)
Finalement, j'ai trouvé mon grand amour. (oui, à ce stade, vous êtes en droit de penser que j'aurais mieux fait d'investir toute cette thune dans un cours de portage…)



Réglable, aux bretelles déployables, tissu léger mais ultra résistant, facile à rouler en boule et à emporter dans un sac "au cas où" puisque pas encombrant.
  • Il est officiellement sensé n'accueillir les bébés qu'à partir de 6 Kg mais je vous avouerai sans honte que je l'utilise allègrement pour H. et ses 3 kg et quelques (maintenant que je l'ai bien engraissé) ; OK, la position des cuisses n'est peut-être pas encore optimum, mais la sécurité est là, et si il y a bien un mantra que j'ai retenu, c'est "mieux vaut un portage pas parfait que pas de portage du tout". Ayant ainsi victorieusement défoncé le nain du perfectionnisme-en-portage, je suis libre de vaquer à mes occupations, mon fiston bien confortablement lové contre ma poitrine. Fiston dont le calme olympien au bout de 2 minutes dans cet ustensile-pas-parfait montre bien qu'il n'en a que faire, de la perfection.
  • J'ai porté E. avec pour de longues balades jusque 3 ans passés, en profitant justement de cette fameuse position dos que j'ai pu pratiquer avec succès, na !
  • Et même au delà, il m'avait également servi pour F. jusque l'âge de 4-5 ans (bon, mes gosses ne sont jamais bien gros hein) : en portage dos, pour 15 minutes de câlin-mise au calme-remplissage de réservoir affectif express à une heure où je suis sensée m'affairer en cuisine : 2 en 1, youpi ! (héhé, comme quoi vous avez quand même un truc "gestion de fratrie" dans ce billet. Car autant on pense souvent à mettre le petit dans l'écharpe pour s'occuper du grand, autant la combinaison inverse peut nous être moins naturelle... mais offre aussi de sacrées possibilités). Grand enfant ravi, maman opérationnelle et sans mal de dos. C'est vous dire la résistance du machin.
  • Monsieur Bout l'utilise aussi très volontiers. Même si je précise que pour le moment c'est moi qui le lui noue. Cependant, vu la simplicité de la bête je n'ai aucun doute sur sa capacité à apprendre à gérer en autonomie quand ce sera nécessaire. Il gagne ainsi, dans ses sorties avec les 3 enfants, un maximum de points de popularité avec les vieilles dames croisées en route, bien entendu. (et en même temps, eh, avantage de l'époque covid : même lesdites vieilles dames, habituellement championnes du postillonnage-sur-nourrisson et autres caressage-intempestif, conservent une distance respectueuse pour admirer notre petite merveille !)


Bref ; ce Mei Tai, je l'aime, il a abondamment servi, et en ce moment, nous aide ééééénormément.
Donc si vous êtes à la recherche d'une solution, à vous de voir si ça peut coller (de toute manière, je n'ai pas de pourcentages. Snif.)



(NB : mon cerveau me rappelle que mon projet de faire un billet à la gloire du Mei Tai remonte aux temps...
 de son utilisation intensive avec la Bébounette; 
comme quoi tout arrive, il ne faut jamais désespérer)


samedi 16 novembre 2019

CONCOURS TERMINÉ ! "200 moments de parentalité positive (ou pas)" à gagner !!

Pour fêter les 1 mois de la sortie de mon livre "200 moments de parentalité positive... (ou pas) ", les Editions l'Instant Présent et moi-même nous vous en proposons deux exemplaires à gagner !

200 moments de parentalité positive, c'est une chronique de 200 moments réellement vécus avec F. et E., durant lesquels Monsieur Bout et moi-même avons tenté d'appliquer ce que nous avions compris de la parentalité positive à travers lectures, ateliers, discussions,....
  • C'est donc du concret, avec des réussites et des échecs, visant non pas à montrer une vitrine désespérante par son côté lisse, mais à inspirer et encourager à avancer malgré les difficultés, puisque celles-ci sont normales et que la vie n'a que faire d'une logique de "tout ou rien" : dans la vraie vie, on fait de son mieux, et dans ce livre, c'est pareil.
  • C'est du concret avec quelques lignes d'analyse, pour aider à comprendre les mécanismes en jeu dans nos interactions du quotidien.
  • Et ce sont plus de 160 brèves références en notes de pied de page, contenant une citation ou redirigeant vers un paragraphe ou une page précis d'un ouvrage de référence sur le sujet : d'abord parce que je n'ai rien inventé, et ensuite et surtout pour compléter l'analyse ou pour permettre d'approfondir. Le but étant de pouvoir aller creuser le point concerné par l'exemple sans devoir se palucher un bouquin entier.
  • Et à la fin, c'est toute une boîte à outils pour retrouver tout ce qui est vu au fil du livre, mais d'une manière structurée facilitant la prise en mains.
  • Sans oublier bien sûr, une solide dose d'humour bien soutenue par les très jolies illustrations de Claire.

Ce livre s'adresse à la fois aux familles "débutantes" en parentalité positive, afin de découvrir cela par petites touches concrètes, et aux familles plus "expérimentées", afin de consolider les réflexes en puisant de l'inspiration supplémentaire dans l'observation d'une autre famille en conditions réelles.

Pour des enfants de quel âge, m'a-t-on demandé ? La boîte à outils est valable à tout âge, mais les exemples mettent en scène des enfants âgés de 18 mois à 5 ans, c'est donc pour une tranche d'âge approchant que les situations décrites seront les plus parlantes.





Les premiers retours sont franchement bons, et je m'en réjouis !
Je me réjouis tout particulièrement du fait que ce livre semble remplir ce qui était mon objectif premier : semer des graines, en permettant notamment aux personnes parfois peu motivées pour se lancer dans la lecture d'un livre complet, voire peu convaincues par le sujet (donc d'autant moins motivées…) d'ouvrir une page pour picorer un exemple… et d'en retirer déjà quelque chose... voire de finir par le lire en entier, ce livre ^^. (foooourbe)

Voilà, ça vous a donné très envie ? Ce sera un cadeau de Noël idéal pour vous, votre conjoint, votre nounou, votre meilleure copine, sa mère ?

Eh bien, y a plus qu'à participer !

Pour cela, 2 choses à faire

Participation par le biais du blog :
  1. vous inscrire à la liste de diffusion qui permet la réception de mes petits billets direct dans votre boite mail (bien entendu vous serez tout à fait libres de vous désinscrire après la clôture du concours)
  2. et écrire un petit mot gentil en commentaire du billet de blog, disant ce que vous attendez du livre, ou vantant ma taille svelte par exemple (huhuhu)


Participation par le biais des réseaux sociaux : Facebook, Instagram
  1. liker la page du blog et celle des Editions l'Instant Présent
  2. écrire un mot gentil en commentaire de la publication du concours, en taguant deux personnes dessus

Cela fait donc 3 canaux de participation possibles et, chance inouïe, vous avez la possibilité d'en utiliser jusqu'à 2 pour avoir alors 2 chances de gagner et non une. C'est fou, hein !

Le concours sera clos samedi 23 novembre à minuit.
Tirage au sort effectué par une main innocente !

Bonne chance à toutes et à tous !!!

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Je suis rentrée de Strasbourg et dans 'e TGV j'ai listé les participations en leur attribuant un numéro
J'ai réquisitionné des petites mains une fois arrivée, des petites mains... Et des jetons de loto

Et les gagnantes sont... 
- sandralagnaoui
- Dame Aquilane
Félicitations à vous 2 et merci à toutes et à tous pour tous ces mots encourageants qui ont accompagné vos participations!!!
Les gagnantes, j'attends vos adresses postales (par mail ou mp) pour les transmettre à l'Instant Présent qui fera partir les ouvrages.
Bon début de semaine !


jeudi 8 août 2019

"l'entente future entre les frères et soeurs dépend ..." - Petit Bout de Daniel SIEGEL, Le Cerveau de votre Enfant

Je vous ai rapidement dit tout le bien que je pensais des 3 derniers arrivés dans ma bibliothèque "parentalité positive", voici maintenant un petit billet sur l'un des nombreux points que je retiens de ces lectures. 
Histoire de les digérer par petits bouts, comme je l'avais fait avec l'excellent mais très très (trop ?) riche Qui veut jouer avec moi ?


Les conflits frères-sœurs sont un des points qui peuvent le plus facilement désespérer des parents.
Il y a 
  • leur récurrence
  • le volume sonore qui fait souffrir nos oreilles à longueur de journée
  • la violence que nos enfants sont capables de démontrer au cours de ces moments
  • l'inquiétude que nous avons quant à ce que ça pourrait préfigurer de leurs capacités relationnelles futures, en général.
  • et la déception et l'inquiétude que nous avons quant à la qualité de leurs relations fraternelles : nous avons tous en tête cette image d'une fratrie soudée
    • nous fondons littéralement devant les gestes d'entraide et les marques d'affection que nos enfants se dispensent (Rhaaa F. qui garde un bonbon d'un anniversaire pour E. !!!), 
    • mais devenons fous quand nous les voyons se jalouser, se disputer, se faire du mal. (Rhaaa F. qui….)

Du coup, j'ai beaucoup, beaucoup aimé lire cette citation dans "le Cerveau de votre enfant" de Daniel Siegel & Tina Payne

"l'entente future entre les frères et sœurs dépend de leur degré d'amusement pendant l'enfance. Peu importe que les conflits soient fréquents, du moment qu'ils soient compensés par le jeu et le rire."


issue du paragraphe suivant :
Le cerveau de votre enfant, D. Siegel, p. 246


Effectivement, déjà, dans mes observations précédentes des relations entre le Bébou et la Bébounette, j'avais retiré un enseignement semblable. Il y avait eu des périodes avec beaucoup de conflits… mais certaines contenaient, en même temps, beaucoup de complicité, d'autres non, et je percevais bien la différence. 
Quel soulagement de lire cette confirmation !
En effet, 
  • réduire les conflits n'est pas toujours dans nos possibilités : c'est leur relation à eux, entre deux êtres libres avec leurs sentiments bien à eux
  • aider à leur résolution la plus pacifique possible est possible mais prend 
    • du temps, aussi bien sur le moment: il faut être disponible et avoir l'énergie de le faire ; que dans la durée : les fruits se voient à la looooongue 
    • et des compétences : le bouquin propose d'ailleurs pas mal de choses sur ce point mais justement...
offrir des moments de plaisir et de rires partagés est nettement plus dans nos cordes, immédiatement à notre portée !


D'où mon choix de ce premier petit bout, particulièrement adapté, je trouve, à une période de vacances.
Il ne s'agit pas de claquer une somme monstrueuse dans une super activité sensée souder la fratrie à tout jamais (au risque d'être bien déçus si l'activité tourne un peu à l'aigre ne serait-ce qu'en raison de la fatigue ou de la surexcitation - je pense par exemple aux fameuses sorties en parc d'attractions) mais plutôt de parsemer le quotidien des vacances de moments de joie commune
  • bataille de pistolets à eau contre nous, bataille d'eau dans la piscine, cache-cache, batailles de guilis, 
  • bricolage, cueillette, cuisine en commun
  • observation d'animaux divers (chhhhhhuuuuuuuutttt) en commun également
  • jeux de construction, creusage de trous et châteaux de sable, jeux de rôles (marchande et compagnie : il est à combien vôt' pâté d'sable ?)
Autant de moments qu'on peut favoriser, notamment en étant présent en filigrane, voire en s'y mêlant exprès. En effet, et notamment dans la première catégorie, vous remarquerez que l'adulte prend le rôle du méchant / incite les enfants à faire front commun contre lui : c'est lui qu'on arrose, qu'on coule, qu'on chatouille / à qui on veut échapper. On retrouve ici une dimension vue dans un petit bout de Lawrence Cohen : en s'incrustant dans ce genre de jeux et en prenant résolument le rôle de la victime, du nul, du méchant, l'adulte permet aux enfants de se retrouver tranquillement ensemble de l'autre côté…

C'est l'une des raisons qui font que je serai ravie de me retrouver en période de l'Avent. 
Les chouettes moments qui font notre calendrier de l'Avent immatériel marquent visiblement mes enfants (ils attendent déjà impatiemment son arrivée, et m'en parlent régulièrement), et je vois comment ces instants partagés contribuent à la construction de souvenirs positifs communs. Un grand hit est d'ailleurs la nuit "tous ensemble sur le tapis du salon devant la cheminée allumée", et je réfléchis à introduire des traditions similaires à d'autres moments de l'année.
Nuit sous la tente dans le jardin pour fêter l'arrivée de l'été / le début des vacances d'été par exemple ?

Bref, c'est à notre portée, mais il s'agit parfois juste d'y réfléchir un peu et de, sciemment, privilégier ce qui "marche" sur ce plan-là, au détriment de ce qui ne marche pas (si toute partie de Monopoly dégénère instantanément en pugilat, on pourra considérer qu'une partie de Monopoly ne rentre pas dans la catégorie "je favorise la complicité" mais dans la catégorie "moment à risque, pouvant servir d'apprentissage mais uniquement si je suis en forme et motivé pour cela"... et ça fera l'objet d'un autre petit bout ;-) )

Et vous, quels sont vos moyens, vos habitudes, vos rituels favorisant de beaux moments de complicité entre vos enfants, au quotidien ou de manière plus exceptionnelle ?
Je prends tooooutes les suggestions ! (et à mon avis je ne serai pas la seule …)






lundi 28 janvier 2019

Investir TRES utile : 10 minutes de "moment particulier" dans la journée d'un enfant

Comment développer chez notre enfant la confiance en notre amour ET à la fois diminuer les sources de conflit ? 
L’approche proposée en parentalité positive, et notamment par Faber et Mazlish, offre de nombreuses voies pour cela. Mais voici longtemps déjà que je voulais revenir vous parler plus longuement d’un outil découvert avec ma première lecture de La Discipline positive de Jane Nelsen, et également retrouvé dans le Qui veut jouer avec moi de L. Cohen (billets à retrouver ici) ainsi que chez Aletha Solter.


Il s’agit du « moment particulier » / « temps dédié » : passer chaque jour quelques minutes entièrement consacrées à son enfant.

Impossible ? 
ou au contraire 
Ca n’a pas inventé l’eau tiède ?


Hum… Creusons un peu ce qui fait la beauté et l’efficacité de ce principe.



1. Un temps court mais quotidien 

C’est du plus pur Flylady : pas de perfectionnisme, mais un petit pas fait chaque jour, un petit investissement réaliste dans la relation et la connexion à son enfant. 
Cette brièveté est gage de durabilité (cf. l’expérience de Coralie et de ses 6 minutes) et de régularité ; c’est en effet 
  • beaucoup mieux adapté à la réalité de notre vie d’adulte et de parent surchargée, 
  • beaucoup mieux adapté à la psychologie / notion du temps chez un jeune enfant. Celui-ci vivant beaucoup dans l’instant, de petits moments à intervalles rapprochés remplissent bien mieux son réservoir d’amour qu’un long moment de temps en temps. Un peu comme on nourrit fréquemment un bébé, plutôt que de le laisser attendre d’énormes repas que son estomac ne saurait encore absorber… (bon, ok, sauf quand il décide de se mettre à 3 tétées ^^)
Parfois, évidemment, ça dure plus. Mais ne pas m'obliger à plus, rester concentrée sur ce simple objectif de 10 minutes, me permet de l'insérer au quotidien, et de le tenir dans la durée.

2. Planifié, connu à l’avance, ritualisé 

Ca aussi c’est du Flylady (eh oui, encore une fois, les parallèles entre Flylady et parentalité positive sont nombreux !) : une fois un créneau choisi, on rentre dans une routine et il est beaucoup plus facile de s’y tenir. 
Et l’enfant a son repère, il est sécurisé dans le fait que cela va avoir lieu.

Cette sécurité a plusieurs effets collatéraux trèèès intéressants : le premier est que cela rend plus facile le fait de s’arrêter. 
Il est en effet difficile pour un enfant d’accepter d’interrompre un moment agréable, et la frustration ressentie à ce moment peut être à la source de crises. C’est d’ailleurs la crainte de beaucoup de parents quand, en ateliers Faber et Mazlish par exemple, j’évoque la mise en place de batailles d’oreillers / câlins / chatouilles, quotidiennes le soir : jamais ils ne voudront s’arrêter ! 
A l’usage, le constat est cependant qu’au bout de quelques jours, il devient nettement plus facile de terminer ces moments : l’enfant a intégré que ce moment avait une fin… mais qu’il reprendrait aussi très prochainement ! Il n’a donc plus de besoin de prolonger pour faire du stock en vue d’une période de disette, puisqu’il sait qu’il pourra se rebrancher à la même source dès le lendemain.


3. Marketé

Point très important et 2ème effet de la ritualisation. 
Il ne s’agit pas seulement de respecter un tel moment « discrètement » mais d’en parler. Vive le marketing, sous toutes ses formes ! Ainsi il peut être très utile de dire à son enfant qu’on veut le mettre en place ; et dans tous les cas, d’y faire référence : « lors de notre moment à 2, nous… » ; à utiliser lorsque l’enfant 
  • demande notre attention de manière intempestive : interrompre son geste et le regarder dans les yeux avec un clin d'œil : 
« j’ai hâte que ce soit l’heure de notre moment à deux, toi aussi ? »
  • nous sollicite pour une activité dont nous n’avons pas très envie (à ce moment) ; 
  • ou a du mal, justement, à accepter la fin d’un moment à 2. 
« Oui c’est dur. Vivement demain notre prochain moment rien qu’à nous ! / Heureusement que nous aurons un nouveau moment à 2 dès demain ! ». 
Bref, ce moment prend 10 minutes de nos 24h, mais par ce moyen il peut être présent en filigrane tout au long de la journée. Il s’agit d’un produit à diffusion différée !


4. Dédié au remplissage du réservoir affectif 

C’est un moment dédié à l’enfant, à faire ce qu’il aime, c’est lui qui dicte les règles, et le plus souvent possible c’est lui qui gagne. 
Peu importent les conflits, on les met à la porte, on se reconnecte. Il s’agit d’une bulle, au cours de laquelle on peut volontiers autoriser des choses un peu différentes et/ou aller piocher dans les jeux proposés par L. Cohen (les batailles, les jeux-qui-nous-gênent, les entraînements à gérer les problèmes, les jeux-aux-règles-iniques-imposées-à-l’adulte…) ou ceux présentés par A. Solter.

Du coup, on maximise. En ce qui me concerne, je m'efforce sciemment de multiplier les contacts physiques avec F. pendant ce temps : une petite caresse sur la joue, une main dans les cheveux, me coller à lui pour lire une histoire, le prendre sur mes genoux pour construire ensemble un machin, m'interrompre deux secondes pour le regarder dans les yeux, tout est bon, tout y passe !
Dans une vie où on est toujours trop pressé, je profite de ces 10 minutes pour ralentir, et me rendre présente à mon enfant par tous les canaux possibles.

Ne surtout pas hésiter à souligner ce caractère réservé en mettant très ostensiblement son téléphone en mode silencieux et en le disant "J'éteins car c'est notre moment, personne ne doit nous déranger", ou si nous ne l'avons pas fait, à décrocher en disant "Oui ? Quand puis-je te rappeler car là c'est mon moment avec mon enfant donc je ne suis pas disponible".
Que de fois les enfants sont confrontés à notre manque de disponibilité ! Il est très bon pour eux de constater de manière indubitable qu'ils sont assez précieux pour que nous nous rendions indisponible pour les autres, pour eux.


5. Inconditionnel 

Oui, on met les conflits à la porte, ce qui signifie que ce moment a lieu quel qu’ait été le comportement de l’enfant. Surtout pas de « Tu n’as pas été sage donc pas de moment particulier ». (même si on en a très envie...)
La seule chose qu’il m’arrive de faire est de souligner, si F a été paaarticulièrement long à se mettre en pyjama, que nous avons moins de temps à nous.
Et encore, je ne le faisais pas au début et encore maintenant c’est vraiment rare que j’invoque cela / uniquement si je suis vraiment épuisée. N’oublions pas qu’ « un enfant qui se comporte mal est un enfant qui se sent mal » : ces moments sont d’autant plus précieux que le comportement de l’enfant est suboptimal, puisqu’ils vont remplir le réservoir d’amour qui permettra à l’enfant de mieux se comporter ! 
Les supprimer parce que l’enfant se comporte mal serait donc totalement contre-productif. (on retrouve ici la notion d’amour-carburant, et non amour-récompense, développée également par Isabelle Filliozat).

En revanche, si vraiment on sort d'un gros conflit, il m'est arrivé de dire :
"Ouh, c'est l'heure de notre moment à nous, je suis encore toute énervée de tout à l'heure et en même temps j'ai très envie de pouvoir te retrouver. Je prends 3 minutes de pause pour aller mieux et je te retrouve, tu prépares déjà de quoi jouer ?"

Histoire de respecter mon besoin d'une transition et de nous offrir une capacité à être dans de bonnes conditions pour cela.



Une fois cette présentation générique faite, voici quelques éléments complémentaires tirés de mon expérience et de celle de mon entourage (amis, participants aux ateliers) afin d’optimiser tout cela.


A. Que faire pendant ce moment ?

Comme dit, il s’agit de remplir au maximum le réservoir d’amour de l’enfant. Donc en priorité, on va d’abord aller vers des activités qui plaisent à l’enfant, et on va lui laisser le choix.
Ceci dit, j’ai bien constaté l’intérêt de faire un peu attention à nous : certaines activités peuvent être compliquées à mettre en place / prendre trop de temps. Je m’autorise alors à les différer : 
« Ah tu aimerais beaucoup faire ceci, et ce serait intéressant. Le problème c’est qu’aujourd’hui nous avons peu de temps à notre disposition. Que dirais-tu de prévoir cela pour notre temps à nous de ce weekend ? ». 
Si en plus je note cela dans la partie agenda de mon Bullet Journal, sous les yeux de F., j’encaisse un max de points !

D’autres activités peuvent nous plaire plus ou moins : d’expérience, il peut être bon alors de respecter un certain équilibre, trouver un juste milieu entre faire les choses que l’enfant aime, et aimer faire ce qu’on fait avec lui. Dans les premiers temps, il vaut mieux privilégier absolument les activités appréciées par notre enfant. 
Puis ensuite, faire des suggestions, orienter, pour que dans le tas, il y ait aussi des activités que nous apprécions vraiment, nous. C’est, chez moi, le cas des jeux de construction

  • Partager une activité que les deux aiment vraiment rend la connexion particulièrement forte. 
  • Faire l’effort de rejoindre l’enfant sur son terrain aussi, mais c’est plus fatigant. 
Mixer les deux permet par ailleurs, peu à peu, de prendre plus de plaisir, aussi, à des activités qui au départ nous plaisaient moins. (par exemple, je commence à être un peu moins nulle en jeux « d’imitation » style Playmobils. Et à prendre pas mal de plaisir aux moments que F. et moi passons à dessiner, selon ses règles à lui : il choisit ce que nous dessinons, et je copie ce qu’il fait : une maison, hop, une maison sur ma feuille. Une fenêtre dans la maison à tel endroit, hop, je fais pareil. Un volet à droite ? OK, chez moi aussi.)


Après moult maisons : château-fort !



B. Où positionner ce moment ?

Comme dit, il est bon de le ritualiser autant que possible ; mais cela n’empêche pas certaines évolutions / adaptations / explorations. Ainsi, j’ai pu tester différents créneaux, qui, tous, ont leurs avantages 

  • le matin en première instance, avant de réveiller E. : du temps où j'avais les deux à la maison pour cause d'IEF, cela permettait d’être tout à F., et de commencer la journée sur une note positive. Trèèès utile quand l’ambiance est au conflit et que la journée risque d’être dure : au moins, on a commencé en mode positif, quand on avait encore l’énergie pour le faire.
  • le soir à 18h, très utile de passer ainsi à « l’offensive affective » à une heure où nos enfants sont souvent difficiles à canaliser ; 
  • en début d’après-midi avant d’entamer le temps calme : aide au calme de ce temps en effet. Il est en effet plus facile pour l’enfant de laisser l’espace au parent pour se reposer une fois que son réservoir est rempli ; 
  • juste avant de se coucher : même observation que précédemment. Le conseil de Jane Nelsen est, du reste, d’avoir un tel temps avant le coucher mais de mettre en place un moment spécifique à un autre moment de la journée… mais le mieux peut être l’ennemi du bien. En ce moment je me contente de ce moment placé dans le rituel du coucher et je n’ai pas à m’en plaindre, bien au contraire.

Dans tous les cas : il pourra être bon d'analyser régulièrement les besoins et opportunités du moment. Chez nous, le moment s'est baladé, et il se baladera encore !


C. Comment l’organiser quand on a plusieurs enfants ?

Dur dur, hein, de se consacrer à UN enfant quand les autres viennent nous solliciter, en profitent pour faire des crises et / ou démonter la moitié de la maison…

C’est là où il est particulièrement important d’en discuter avec ses enfants au préalable. Ils seront très sensibles à un discours en mode « J’aimerais passer chaque jour un peu de temps avec chacun d’entre vous » suivi d’une résolution de problèmes du style 
« Comment pouvons-nous nous organiser pour que chacun y ait droit ? Quelles idées avons-nous de ce que pourrait faire l’autre enfant pendant que je suis avec son frère / sa sœur ? ». 
Chez une des familles que j’ai eue en ateliers, ils ont ainsi, à la suite d’une telle discussion, mis en place une corbeille d’activités dédiées à ces moments-là. Les enfants ont alors généralement d’autant plus à cœur de respecter le moment de leur frère ou sœur qu’ils savent que le leur va venir. Ils sont conscients qu’il est nécessaire que chacun joue le jeu pour que ça fonctionne.

J’en discutais également avec une amie dont le dernier (3 ans) était trop jeune pour coopérer de cette façon : à mes yeux, c’est bien un des cas où je trouve que l’usage de la télé ou équivalent se justifie tout à fait
  • Si 10 minutes de télé par jour sont le seul moyen pour permettre à ces moments-là de bien se dérouler, en donnant à chaque membre de la fratrie l’espace nécessaire pour être avec son parent sans être dérangé : VOUI !
  • Et du temps où nous étions à Strasbourg, c’était typiquement un moment où j’avais recours au parc : pendant 10-15 minutes, mon E. parquée s’y intéressait aux jouets que je réservais à cette occasion, bien en sécurité, et moi, je pouvais me consacrer à F.

Le bénéfice tiré de tels moments vaut laaaargement quelques aménagements dans la routine / les principes 😉


D. Comment tenir dans la durée ?

C’est vraiment le nœud du problème, même si, hein, décomplexons-nous. Là encore, c’est comme pour Flylady : parfois on perd le fil. Ben c’est pas grave, il est toujours temps de remonter en selle !

Néanmoins, à l’usage, pour tenir dans la durée, ou s’y remettre, encore une fois il s’agit avant tout de rester modeste, et de ne pas faire trop compliqué. 
Ne pas faire trop compliqué, typiquement, c’est ce qui m’a fait défaut la première fois que j’ai mis en place ces moments, à l’époque strasbourgeoise : F. était à fond sur la cuisine, alors quasiment tous les jours, hop, c’était pâtisserie ensemble. Même si je choisissais des recettes rapides (cookies, notamment), eh bien c’est tout de même assez lourd à la longue (et je ne vous parle pas de l’effet sur les hanches…). J’ai tardé à oser mettre / respecter ma limite, et… paf, tombé.

Pour faciliter les choses, et éviter les dérives, l’usage d’un minuteur pourra être utile avec certains enfants (ou parents) : « Regarde, nous avons ce temps-là pour nous, ensuite ce sera le moment de…. ».



Cela fait maintenant de longues semaines que, sauf exception, je me tiens à ce moment avec F.

Et il est incontestable que les efforts faits pour (re)mettre en place ce rituel et m’y tenir ont puissamment contribué à l’amélioration évidente (remarquée de manière unanime y compris par les voisins) que nous constatons en ce moment chez F. 
  • Prévisibilité, 
  • sentiment de pouvoir dans la détermination de l’activité et des règles qui la régissent, 
  • attention totalement dédiée, 
autant d’éléments qui donnent à F. cette sécurité affective qui lui fait défaut. 

De la même manière que jouer à attraper, voir ainsi ses besoins comblés de manière systématique et régulière l’apaise et lui apprend peu à peu à exprimer ses besoins d’une manière acceptable (et non par une crise ou une transgression ou les deux bien entendu), voire à accepter d’en différer la satisfaction. 
Les effets bénéfiques se voient à de nombreux niveaux, que ce soit dans 
  • son niveau de coopération
  • sa propension à venir nous câliner, 
  • son entrain et sa propension à rigoler, 
  • son autonomie (pas besoin d’accaparer mon temps pour se faire habiller par maman, par exemple, puisqu’il sait avoir droit à mieux !), 
  • son usage des gros mots (fortement réduit, et on retrouve ce que j’écrivais dans le billet sur le sujet !) 
  • ses relations avec sa sœur (quand son propre réservoir est plein de manière régulière, l'enfant n'a pas la même rancœur vis-à-vis de ceux qui accaparent du temps qui devrait, à leurs yeux, être consacré au remplissage de leur réservoir à eux)
  • ou encore, bien appréciable, sa capacité à passer des moments seul en s’occupant paisiblement. Genre, le weekend, se lever et ranger ses Jeujura tranquillement pendant que nous DORMONS.

F. fait souvent référence à ce moment, celui-ci est ancré dans son quotidien et, cerise sur le gâteau, il contribue également au calme des couchers qui suivent. Tout serein (et épuisé par l’école – mais d’expérience je sais bien que l’épuisement seul ne suffit pas à garantir un coucher paisible, bien au contraire parfois – mais sur ce point, j’ai un billet sur le feu pour vous !^^), F. s’endort en l’espace de quelques minutes la plupart du temps. 
Ce qui, je l’avoue, m’aide bien à me motiver à ne pas zapper cette étape, puisque je sais qu’ensuite, dans 95% des cas, j’aurai le reste de la soirée pour moi. (enfin, en ce qui concerne F. ; E ; fonctionne encore différemment …)