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lundi 13 avril 2026

Les Bouts en charriotte électrique : Crash et Crash-Test

NB : ce billet a été écrit pour l'essentiel en décembre 2024; pas publié car je voulais le fignoler, perfectionnisme machin.

Au vu de la conjoncture actuelle, je me dis qu'il n'est pas stupide de le ressortir + je l'assortis, avec 16 mois de recul de plus, de quelques remarques supplémentaires en conclusion du billet.


J'avais sous-entendu que pas mal d'éléments ont contribué à rendre le début d'année 2024 particulièrement chargé chez nous. Pas des moindres : j'ai crashé notre véhicule familial mi-janvier, lors de l'épisode de froid / neige qui s'est abattu sur la région parisienne. Une rue en pente, une plaque de verglas au milieu du carrefour... j'avais beau rouler au pas, ca n'a pas suffi : notre charriotte est allée défoncer les grilles protégeant le trottoir d'en face, en arrachant une au passage.

Nous avons eu beaucoup de chance (= nous, car les 2 aînés étaient avec moi. Je m'étais chargée de les amener à l'école pour soulager un peu Monsieur Bout qui sortait de 8 jours de grippe monstrueuse aux relents de Covid, et avait du gérer la fin de cette vicieuse petite chose de concert avec mon absence pendant plus de 48h pour cause de séminaire au Luxembourg) : aucun dommage pour nous. Notre fidèle carrosse familial, en revanche...

Le pauvre ne payait pas de mine. Avec ses 12 ans et 227 000 km au compteur, sans compter ses nombreuses rayures très fashion bien que pas d'origine, le verdict "économiquement irréparable" était évident aux yeux de tous ceux de notre entourage s'y connaissant un minimum en bagnole. (Ah, ah, ah. Savez-vous qui nous avons récupéré, réparée, 8 mois après les faits ?)

Bref, avec notre fidèle titine dans les choux, et à ce qu'il semblait, pour toujours, nous avons du nous pencher raaaaapidement sur la question de son remplacement. Car nous sommes possesseurs d'un autre véhicule, mais 

  • faire rentrer l'intégralité des Bouts dans notre Twingo, ça ressemble un peu trop à la blague où il faut caser 4 éléphants dans une 2CV. 
  • Et les jours où Monsieur et Madame ont vraiment besoin de chacun une voiture (Monsieur, pour tous les trajets d'école puisque aucun des 3 n'est scolarisé près de chez nous, trop facile sinon ; Madame, les jours où elle a des RDV clients pas à Paris mais dans le reste de la région parisienne), c'est encore plus drôle.

Nous avions déjà réfléchi à passer à l'électrique pour notre véhicule secondaire, mais il était évident à nos yeux, malgré un lobbying acharné de la part d'un de mes frères, qu'avoir pour véhicule familial une voiture électrique serait ingérable. Les informations, floues, contradictoires, anxiogènes qui nous parvenaient nous semblaient promettre des trajets compliqués, coûteux, un quotidien complexe à gérer, pour un gain écologique controversé... Bref, nous étions looooin d'être convaincus, ou plutôt, si :  convaincus, mais dans l'autre sens.

Jusqu'à ce que Titine sur son lit de mort nous oblige à nous poser concrètement la question. Et là, à l'idée de racheter un véhicule neuf thermique, ben... ça a bloqué (oui, neuf. Seule option possible pour nous. Nous sommes tellement peu doués en voiture qu'acheter de l'occasion nous semble impossible : on se ferait refiler n'importe quoi). Comme pour le coup après nous gardons longtemps nos voitures (nous avions bien le projet de garder Titine jusqu'à sa mort, que nous pensions encore éloignée d'un certain nombre d'années), eh bien... soudain, remettre plein de sous dans du thermique pour nous accompagner pendant minimum 15 ans, ça nous a semblé brutalement anachronique.

Et donc, là où 

  • la veille de l'accident : nous aurions encore juré nos grands dieux que franchement, ce ne serait pas demain la veille que la Famille Bout roulerait à l'électrique dans notre gros véhicule, 
  • une semaine après : Monsieur Bout passait son temps sur des sites internet à comparer différents modèles, et nous exploitions le moindre creux de mon emploi du temps pro pour aller faire des essais.

(mince, encore un jamais d'explosé)


Nos critères à l'arrivée

  • nous avions besoin de 3 vrais sièges à l'arrière pour les sièges auto de certains, encore, et puis, ça grandit, ça prend de plus en plus de place ces petites bêtes Bouts.
  • un coffre de bonne taille (nous en avions un très grand avant, nous avons un peu perdu au change, mais ça reste très très OK surtout maintenant que nous ne nous baladons plus avec poussette, seaux à couches lavables sales, lit parapluie, bref tmtc). Et Monsieur Bout a encore progressé en Tetris.
  • un max d'autonomie, pour prendre en compte les loooongs trajets de nos vacances.
  • fabrication européenne 

La gagnante : Skoda Enyaq 85.

Et en plus, j'ai fait ma fille, je l'ai demandée (ça a été compliqué car il nous en fallait une sur stock vus les délais de fabrication incompatibles avec l'urgence) en version bleeeeeue. Un beau bleu roi. Pour la première fois, j'ai une voiture de couleur, jolie. Rho. (et accessoirement, plus facile à retrouver sur un parking quand on n'a plus qu'une très, très, trop vague idée de 'endroit où on l'a garée).

Suite à de fort cocasses péripéties, nous l'avons finalement reçue avec pas mal de retard sur le planning, et donc... 3 jours avant de partir avec pour nos vacances de Pâques. Autant dire qu'on a serré les fesses en se disant qu'on allait de suite être jetés dans le grand bain.

Nous étions motivés, mais persuadés que le passage à l'électrique allait a minima s'accompagner d'une période de transition un peu douloureuse.

Grande surprise : non. Nous espérions un bilan gloooobalement positif, et plutôt sur le moyen terme, nous ne nous attendions pas à un bilan aussi clairement positif, et si vite.


Je vous le partage, car ça peut nourrir vos réflexions, et nous avons été très, très contents de pouvoir bénéficier de retours d'expériences d'autres personnes de confiance (eh, c'était ça, le villageois auquel je faisais allusion dans ce billet) autrement plus fiables et concrètes que les informations relayées par pas mal de médias.


1. La première grande question : la charge 

Relou ? Pas relou ?

Pour le quotidien, avec une borne de 7 kwh installée à la maison, c'est très, très simple : on branche le soir en 2 minutes, on débranche le matin, et zou, on est tranquille pour pas mal de jours en fonction des trajets prévus. 

Je ne sais pas si j'ai déjà mentionné ici ma tendance à me retrouver au bord de la panne sèche (voire... pas qu'au bord hélas) ? Eh bien, oubliez cela bien vite, voyons, ce n'est pas du tout mon genre Problème réglé. 

  • Moi que la perspective de devoir passer à la station essence agace et angoisse (je ne parle pas encore au passé car il nous reste notre petite Twingo. Mais depuis l'arrivée de notre nouveau carrosse, nous l'utilisons le moins possible, donc nous en sommes au 3ème plein, ce qui a pu beaucoup plus facilement être pris en charge, en totalité, par mon valeureux mari) je chante la vie, je danse la vie, je ne suis qu'amour
  • Aller perdre 15 minutes à la station service me saoulait profondément et je procrastinais cela autant que possible voire au-delà (tenez, en écrivant cela je me dis que maintenant avec Habitica j'aurais probablement pu me mettre un max de points, hinhin), 
  • brancher en 2 minutes est complètement indolore (mais je me mets quand même un rappel sur Habitica pour y penser à 22h cf plus bas). En plus, au moment où la connexion se fait, un petit chuintement (style sable coulant dans un sablier) commence à se faire entendre, comme si on entendait l'électricité rentrer dans la voiture, c'est à l'arrivée aussi jouissif que les petits jingle d'Habitica : mon petit shoot de dopamine à moi. 
  • Je peux le faire quaaand je veux, quand j'y pense, en pyjama au besoin.
J'avoue que je ne m'attendais pas à cette simplification du quotidien, mais qu'eeeest-ce que c'est bon de ne plus serrer les dents pour arriver à la maison puis glisser à Monsieur Bout, la bouche en cœur "Ah oui, euh, peut-être qu'il faudrait faire le plein....". Moi qui pensais signer pour une augmentation de charge mentale... j'ai vu au contraire une source de charge mentale s'évanouir sans crier gare, et j'ai A-DO-RE; plusieurs mois après, ça m'éclate toujours autant.

Les quelques jours entre l'arrivée de la voiture et l'installation de la borne, nous avons du la charger sur secteur, c'est carrément plus long (alors qu'avec la borne, en 1 nuit on est bons, sur simple prise secteur pour le coup une charge complète dure une bonne trentaine d'heures), donc clairement, le secteur est une bonne solution d'appoint mais les quelques centaines d'euros d'installation de borne valent largement le coup dans la durée.


2. Deuxième grande question : la charge, oui mais... durant ces fameux grands trajets?


C'était notre plus gros frein au départ : nos parents respectifs habitent dans le Sud-Ouest et en Provence, nous partons chaque année en expédition à Berlin voir les grands-parents allemands de Monsieur Bout, bref, à quasiment chaque période de vacances, notre véhicule familial avale du kilomètre, et sur des longs trajets d'un coup !

Une fois le sujet devenu vraiment d'actualité, nous nous étions renseignés, et le fait d'avoir des témoignages et, par là, accès à des moyens de calcul assez fiables nous avaient déjà suffisamment rassurés pour que nous osions faire le pas. Mais tout de même, nous étions assez persuadés que ça allait être un gros changement. Changement dont nous avions décidé de faire une opportunité : en mode habituel, nos départs en vacances se font systématiquement avec un gros temps de retard, nous conduisons ensuite de manière serrée (et stressante pour le conducteur) pour essayer de grignoter ce retard, ... bref, nous nous sommes dit que le passage à l'électrique nous obligerait à nous discipliner en nous mettant sous contrainte, contrainte que nous pensions très grosse.

Et avions, clairement, complètement surévaluée.

Notre inauguration durant les vacances de Pâques nous a déjà vite rassurés : 72h après la récupération de la voiture, notre premier trajet direction l'Île d'Oléron nous a surpris par sa fluidité. Et encore, c'est en incluant 1 ou 2 petits couacs de débutants comme 

  • ne pas réussir à connecter la voiture du 1er coup à la première borne de recharge... 
    • pour apprendre, en appelant l'assistance de la borne (réponse au bout de 4 minutes), qu'en fait notre véhicule fait partie des modèles pour lesquels il est important de démarrer la charge toutes portes fermées. 
    • Dès que la charge est enclenchée (soit au bout de 2 minutes max tout compris), on peut allègrement ouvrir les portes et débarquer tout le monde. Nous avons été très fiers de transmettre ce savoir à d'autres propriétaires du même modèle, confrontés sous nos yeux aguerris au même souci quelques trajets plus tard.
  • avoir inclus un 2ème, court, arrêt supplémentaire par prudence en n'osant pas trop passer en dessous des 25% : comme l'a souligné mon frère, et comme nous l'avons vite constaté effectivement ensuite, au bout de quelques trajets on a une appréhension bien plus exacte de ce dont est capable la batterie, de ce que représentent les chiffres qu'elle affiche, ainsi que les prévisions du navigateur de bord (le nôtre est du genre prudent), et donc on sait optimiser le trajet / le nombre de recharges au lieu de s'arrêter pour rien "pour être bien sûrs".

Mais regardons d'un peu plus près les différentes questions que posent les grands trajets

2a. Accessibilité des bornes sur autoroute : 

Dans la série fausses idées véhiculées : celle qu'il faut sortir de l'autoroute pour charger. Deux choses à ce sujet :

  • si on veut prendre une borne Tesla, effectivement Tesla a fait le choix stratégique de les positionner hors autoroute, très souvent à proximité immédiate des entrées/sorties, donc cela rajoute 5 minutes. L'un de mes frères a une Tesla d'un modèle tel qu'il était vendu avec "la recharge Tesla gratuite à vie", donc pour lui, prendre ces 5 minutes supplémentaires est rentable. Mais... pas du tout besoin de bornes Tesla pour le commun des mortels. Il existe moult autres opérateurs, présents sur aires d'autoroute.
  • autant 
    • il y a quelques années il fallait calculer juste pour trouver une aire d'autoroute équipée (d'où la fausse idée mentionnée précédemment : Tesla ayant développé son réseau en avance de phase, cette idée a en fait correspondu à une certaine réalité... avant)
    • autant, la règlementation ayant changé, en France toutes les aires d'autoroute proposant de l'essence sont maintenant équipées également de bornes électriques à charge rapide
    • De ce que j'ai lu, bientôt des aires sans essence se verront également équipées (puisque l'installation de bornes électriques ne pose pas du tout les mêmes questions, de sécurité notamment, qu'une installation de bornes essence). En Allemagne aussi, aires tout à fait ok.


2b. Accessibilité réelle des bornes : 

Pareil, le spectre d'infrastructures surchargées, avec (longues, pendant qu'on y est) files d'attentes pour charger sur les autoroutes, était quelque chose qui semblait très réel si nous en croyions les informations relayées par les médias, et nous étions un peu inquiets de ce que ça donnerait, en plein été notamment.

Dans les faits, nos 6 semaines de vacances d'été et les trajets associés nous ont plutôt montré l'inverse

  • les travaux d'aménagement susmentionnés ont généralement été dimensionnés laaargement par rapport à la flotte circulant actuellement, et même les stations plus "vieilles" ont été agrandies, doublant, triplant, quadruplant leur capacité d'accueil. Nous avons souvent vu des stations avec une vingtaine de bornes installées, dont rarement plus de la moitié occupées simultanément.
  • J'ai été même bien rassurée lors d'une halte sur une aire énorme, absolument bondée, où nous avons, au départ, trouvé tous les éléments de l'aire surchargée
    • 7 à 8 voitures faisant la queue par pompe à essence, 
    • véhicules garés n'importe où, n'importe comment, à perpet, sur les bas côtés ou ailleurs, 
    • grands moments de courtoisie avec des gens se piquant les places de parking et s'insultant copieusement... 
    • et puis... vision céleste ! 24 places de recharge électrique splendidement situées à proximité immédiate de la boutique/WC/machin, et la plupart vides. Nous y avons laissé notre carrosse, et finalement, faire la queue aux WC évidemment eux aussi bondés aura duré quasiment plus longtemps que la recharge.

Sur tous nos trajets de cet été, nous avons quand même du attendre une fois pour charger : 

  • sur une aire alsacienne énorme mais à l'infrastructure électrique non encore agrandie / proportionnée (= 6 bornes de recharges rapides seulement, et une douzaine de places visiblement prévues pour en accueillir davantage... prochainement), 
  • en plein dans la bonne heure (13h et des poussières), dans le weekend de chassé-croisé de début aout. 
  • Cette attente n'a duré que 5 minutes pour nous, le temps qu'un des véhicules garés termine sa charge et libère une place, mais je crois que le véhicule arrivé juste après nous a, lui, du attendre une dizaine de minutes de plus puisque nous avons croisé son conducteur en regagnant notre voiture après la pause WC. 
  • Ceci dit, en repartant, nous avons vu que de longues files attendaient pour l'essence, donc l'attente aurait peut-être été comparable de toute manière, sauf à rouler au schnaps.

2c. Crachons un peu quand même : les bornes hors autoroute 

Alors, là, pour le coup, c'est le point le moins fiable : quand on est en vacances, la charge sur d'autres bornes sur le lieu de vacances n'est pas toujours simple. 

  • si on vise de grands opérateurs comme Tesla ou PowerDot (de plus en plus de grandes surfaces s'équipent de bornes de celui-ci), impeccable. 
  • en revanche, on a testé d'autres trucs et autant c'est parfois super simple (à la Toussaint, charge sur borne municipale à Cabourg sans une rature), autant parfois 

    • la borne est en dérangement (Saint Emilion cet été), 
    • ou, après un début prometteur, mouline et finit par refuser la connexion (Toussaint toujours, pas réussi à me connecter à la borne Mac Do de Cherbourg). 
Ces quelques couacs sont assez frustrants ! Heureusement, le maillage de bornes est tel que ça ne présente pas de risque de "panne" car la plus proche borne fonctionnelle va l'être (proche), mais le combiné "aller à la borne 1 - tenter de se brancher - rater - tenter de résoudre le problème - abandonner et repérer la borne suivante -  y aller" peut représenter une perte de temps assez agaçante. 

Heureusement que dans les faits, on est assez peu souvent exposés à ce risque, puisque l'essentiel de la charge d'un véhicule électrique se fera 

  • à domicile, de manière écrasante, 
  • puis sur autoroute avec des systèmes bien rodés, 
  • qu'ensuite on peut viser les gros opérateurs comme Tesla ou PowerDot susmentionnés, 
  • et ensuite, en dernier recours, quelques très rares fois par an (sur 8 mois d'utilisation on a du en avoir besoin 4 ou 5 fois) on aura besoin de "risquer" quelque chose de moins assurément fiable.

2d. Temps de recharge et impact temps de trajet

Premier point à prendre en compte d'abord : le véhicule avec lequel on part. 

  • Les bornes d'autoroute n'ont rien à voir avec les bornes maisons, ni avec celles installées sur autoroute il y a tout juste quelques années
    • Là où une borne maison standard délivre une puissance de 7kWh, une borne sur autoroute, dite à recharge rapide, en délivre 120 à 150. 
    • En revanche, il existe toujours, sur autoroute, au moins une borne à faible débit (pour les véhicules plus anciens, et les hybrides, pour qui se brancher sur du haut débit n'a aucun intérêt puisqu'ils n'arrivent pas absorber plus vite). Evidemment, hein, avec un véhicule 100% électrique moderne on va choisir les bornes rapides, pas la petite faiblarde. Ceci dit, se brancher sur la borne lente est une erreur qu'on peut faire, si on est vraiment très mal informé (et je crois avoir vu un reportage où c'était typiquement ce que faisait le gars.). Mais une fois qu'on nous l'a dit, c'est pas bien compliqué d'y prendre garde.
    • Les batteries actuelles n'ont plus rien à voir avec celles des véhicules vendus il y a plusieurs années : elles ont une durée d'autonomie bien supérieure, et une vitesse de recharge sans comparaison également. 
    • Par ailleurs, dans les véhicules actuels, il existe encore des différences significatives. Du coup, pour une famille qui comme la nôtre voyage souvent longtemps, c'est vraiment un critère à regarder et comparer de près. 
C'est un des points, par exemple, qui a fait triompher notre Skoda par rapport à la Tesla équivalente : notre Skoda arbore fièrement une autonomie de 576 km WLP. Ce terme très savant veut dire que c'est une autonomie mixte en laboratoire. 

  • Dans les faits, donc, ça fait sensiblement moins sur autoroute, et en revanche, si on ne l'utilise que pour des trajets du quotidien, on pourra rouler davantage entre 2 recharges. 
  • Par exemple, comme nous n'attendons pas qu'elle soit viiiiide pour la recharger (ce qui est déconseillé, pour préserver la batterie il vaut mieux viser de la garder la plupart du temps entre 20 et 80%), nous avons cependant pu voir qu'une fois où nous avons attendu, elle a fait plus de 650 km entre 2 recharges, en n'étant employée qu'à des trajets d'école, covoiturages scouts, courses, visite-clients de Gwen, etc.


Mais sur autoroute, disions-nous ? Concrètement, 576 km WLP, ça fait facilement 400 km d'autonomie sur autoroute, voire plus si on vide totalement la batterie. 

  • Dans les faits, comme les temps de charge rapide suivent une courbe sans pitié (= plus la batterie est pleine, plus elle met de temps à charger 1% supplémentaire = on met à peu près autant de temps à passer de 20 à 80% qu'à passer ensuite de 80 à 100%), la recommandation classique, que nous suivons, est : on part de chez nous à 100%, on recharge sur aire d'autoroute une fois descendus à peu près à 20%, pour monter à 80% et repartir direct, puis on redescend ensuite à 20%, etc. 
  • Cela nous donne un arrêt toutes les 2-3h, pour autour de 20-25 minutes. A l'arrivée, ces courtes pauses sont bienvenues et participent à l'effet détente. 
  • Par ailleurs, ça passe d'autant mieux que 
    • 1. pas besoin de rester avec le véhicule pendant qu'il charge. On le branche et on se barre direct.  
    • 2. pas besoin de redéplacer le véhicule (sauf si on va rester plus longtemps que le temps de charge ET que toutes les places sont prises donc que ce serait pas cool pour les suivants de bloquer une place pour rien => Nous n'avons jamais été dans une situation réunissant ces 2 conditions) 
    • 3. On peut suivre la progression de la charge en temps réel sur son smartphone donc c'est facile d'anticiper/optimiser : quand on voit sur son téléphone qu'on n'est plus qu'à quelques minutes d'atteindre le pourcentage de charge souhaité, hop, on sonne la fin de la récré, on attend que quasiment tout le monde soit rattaché pour débrancher, et zou, repartis.

Comme des petits dessins valent mieux qu'un long discours, voici les petites notes prises sur les 2 derniers trajets de nos vacances : le plus long : Berlin - Strasbourg, puis, après 36h strasbourgeoises, Strasbourg - Yvelines. Après un été passé à nous émerveiller que ce soit tellement plus simple qu'attendu, j'ai utilisé Habitica pour prendre des notes détaillées car je souhaitais objectiver un peu cette sensation avec des données précises.

Données précises ci-dessous, donc

Comme vous le voyez, ça nous a fait 3 pauses recharges sur le trajet Berlin - Strasbourg, dont 2 utilisées pour manger, donc au cours desquelles la voiture a terminé de manger avant nous (et du coup, on en a profité pour la charger à 100% ces 2 arrêts-là). L'arrêt intermédiaire, une fois la pause pipi passée, se sera traduit par 10-15 minutes supplémentaires à marcher (nous) et courir partout (les jeunes Bouts).


Strasbourg - Yvelines













Autres constats : 

  • nous pensions devoir rouler à un rythme de mémère pour ne pas vider la batterie trop vite, et en fait même pas. Même plus : F. voulait profiter des autoroutes allemandes et de leurs sections sans limitations de vitesse, et les fois où de toute manière on prévoyait de s'arrêter bientôt on se permettait des pointes de vitesse dans ce sens et... c'était parfait.
  • Je précise que la voiture était pleine à craquer et que nous avons utilisé la clim sans vergogne (là où pareil, certaines lectures nous avaient laissé croire que procéder ainsi transformerait notre véhicule en bête assoiffée de sang d'électricité)

Ca fait donc un impact temps total étonnamment minime, alors même que nous étions partis de Berlin avec une batterie partiellement chargée seulement (bicoz les bornes à côté de notre hôtel berlinois étaient très chères, beaucoup plus que ce que nous savions pouvoir trouver sur l'autoroute).


Alors justement, passons au point important suivant :


3. les sous !!

Article pseudo informatif
C'est quand j'ai lu ce genre de truc, justement bien installée dans notre voiture, que j'ai réalisé, de manière flagrante, pourquoi nous avions autant hésité avant de passer à l'électrique : les informations relayées par les médias grand public sont POURRIES, pourrissimes, même, mais... comment le savoir quand on n'a pas le nez dedans? 

Là, j'étais dans ma voiture, après notre dernière recharge avant l'arrivée à la maison et... je venais de faire le calcul du "carburant" de l'été. Pour vous donner une idée, 

  • alors que pour un été standard en sans-plomb je budgétais grosso modo 900 à 1000€ de carburant, 
  • cet été nos recharges électriques nous ont coûté environ 400€ au total; et je précise que c'est 
    • sans avoir eu recours à des recharges "à l'œil" chez des amis / membres de la famille, qui viendraient quelque peu fausser le calcul : même chez mes beaux-parents par exemple, nous avons préféré aller charger à la station du Super U du coin. 
    • en n'ayant pas pu toujours optimiser : ce montant de 400€ inclut un chargement au prix de l'or à Berlin, et quelques chargements sur zone commerciale pas donnée dans nos différents lieux de vacances de cet été.

Donc, je venais de faire mes petits calculs, et paf, je tombe sur cet article... je tique, je m'interroge, je n'arrive pas à réconcilier mon vécu avec ce que je lis. Jusqu'à ce que j'avance dans ma lecture et que j'en arrive à cette fameuse "consommation moyenne de 25 kWh / 100 km".  

  • 25 kWh aux cent km, ça ne m'aurait jamais fait ciller avant. J'y aurais cru. Qu'est-ce-que vous voulez que j'aille chercher des noises, moi, j'y connais rien, si ils le disent, c'est que c'est vrai, c'est pas bien compliqué à avoir comme donnée, non ? 
  • Mais justement... c'est plus dur d'y croire quand c'est tellement facile à avoir comme donnée que j'ai les données de ma propre bagnole sous les yeux, qui montrent que même après 6 semaines à faire essentiellement de l'autoroute, donc à rouler vite, et en plus avoir fait de looooongues périodes de pointe à 160 km/h voire plus sur autoroute allemande (=périodes très gourmandes en énergie), on avoisine tout juste les 17 kWh / 100 km de moyenne. 
  • Ah bah oui. EVIDEMMENT. Si on veut arriver à un résultat faux, en fait, c'est facile : il suffit de faire le calcul avec des chiffres erronés. La data de m***, y a que ça de vrai.

Entendons-nous bien : il est complètement possible de se débrouiller de manière à ce que les km roulés à l'électricité coûtent aussi cher que des km sans-plomb. En tous cas quand on prend l'autoroute (pour des trajets quotidiens et donc en chargeant à la maison, je crois que là ça demande un effort de volonté vraiment hors du commun, cf plus bas). 

  • Aucun souci ! C'est d'ailleurs la réflexion qu'on s'est faite avec Monsieur Bout quand on a vu le prix de la recharge dans la borne rapide à 1 min à pied de notre hôtel berlinois (89 centimes du kWh). Si nous avions payé ce genre de tarifs durant toutes nos vacances, effectivement, la note globale n'aurait pas du tout eu la même tête. Et d'ailleurs, je suppose que ce seuil est plus vite atteint en Allemagne qu'en France, puisque le prix de l'électricité est, de base, plus élevé là-bas. Donc oui, en s'y prenant mal, sans la moindre information, c'est tout à fait possible, il n'y même pas besoin de truquer les chiffres de la consommation . 
  • Mais avec un minimum d'intelligence et un minimum d'informations, non. Je dis un minimum parce que, là aussi, nous nous attendions à devoir ruser comme des chacals pour limiter les coûts = charge mentale. (oui, on occulte trop souvent la charge mentale des chacals - et non, on dit pas des chacaux). A l'arrivée, c'est pourtant assez vite vu. En regardant les différents opérateurs au réseau suffisamment développé pour proposer de nombreux points de recharge rapide sur autoroute, nous avons vu que l'opérateur Ionity se distinguait par
    • des tarifs déjà pas déconnants
    • un système d'abonnement permettant de bénéficier d'une réduction substantielle dudit tarif : on peut passer à 33 centimes du kwH (sacrée différence avec les 89 susmentionnés, n'est ce pas ! Notons cependant que la différence de tarif de l'électricité entre France et Allemagne est se répercute aussi sur les bornes Ionity : c'est en France qu'on peut descendre à 0,33, en Allemagne, l'abonnement ne permet de descendre qu'à 0,39.)
    • et un système fonctionnant au mois : on peut donc s'abonner pour les mois où on prévoit de gros trajets, et se désabonner le reste de l'année.

Pas bien compliqué...

Sur l'aspect charge mentale, d'ailleurs, 

  • oui ça demande de planifier ses pauses recharges avec un peu plus de soin (surtout si on a justement pris un abonnement avec un opérateur précis), 
  • mais là aussi, l'effet charge mentale est bien moindre que craint : 
    • le navigateur de bord est assez performant (même si celui de notre Skoda l'est tout de même un poil moins que celui d'une Tesla, ou que celui de la toute nouvelle Renault Scénic que Monsieur Bout a eu l'occasion de tester cet été), donc il permet de planifier au fil de l'eau, 
    • et par ailleurs il existe des applis très pointues sur le sujet, que nous utilisons en complément / avant de monter en voiture.

C'est, du reste, un peu la même chose avec les mythes courants sur les temps de recharge : puisque passer de 80 à 100% dure aussi longtemps que de passer de 20 à 80%, si on veut tuer les stats, c'est très simple

  • on néglige la recommandation de ne charger, sur autoroute, que de 20 à 80% si on n'a pas de raison de rester plus longtemps (évidemment qu'on va au delà si on prend le temps d'un repas assez long par exemple; ou si on a un bébé à allaiter + changer; dans ce cas, on rentabilise l'arrêt).
  • On fait l'inverse : on attend scrupuleusement que la bagnole soit à 100% pour repartir, et hop, Mesdames et Messieurs, voici comment on double son temps de recharge, sans trucage! 

Donc, ça, c'est l'aspect financier "grands trajets". 

Concernant l'aspect financier quotidien, c'est très impressionnant. 

Sur les conseils de mon frérot, Monsieur Bout est allé regarder de plus près le tarif Tempo d'EDF et nous y avons basculé. Ce tarif différencie entre jours rouges, blancs et bleus, et heures creuses / heures pleines. 

  • Le principe est de ne charger qu'en heures creuses autant que possible (ça tombe bien, en branchant une batterie à 20% au début des heures creuses à 22h, elle est chargée pour la fin des heures creuses à 6h; zut alors) et en tous cas pas en heures pleines rouges (le tarif heures creuses jour rouge n'est pas un problème)
  • A 0,1296€ du kWh, un chargement de la voiture en heures creuses jour bleu nous donne un coût, au 100 km, de X euros. Là où nous en avions pour ... . Autant vous dire que notre Twingo essence ne sort quasiment plus (nous avons fait 3 pleins avec elle depuis le printemps), car le calcul est vite fait, et les conclusions vite tirées. 
  • Ca demande un peu d'anticipation en hiver (période durant laquelle sont positionnés ces fameux jours rouges) ; sortis de l'hiver... la différence devient moins palpable donc les quelques fois où on est allés se coucher sans brancher alors que ça aurait été nécessaire, on l'a fait au lever. Un chargement en heures pleines Jour bleu, avec un prix du kWh à 0.1609€, donne alors un coût du 100 km dans les.
  • Evidemment, hein, si on cherchait absolument à se ruiner, on pourrait s'amuser à se précipiter pour brancher notre véhicule en heures pleines jours rouges. A 0.7562€ le kWh, ca nous ferait du X au 100 km. Hélas, comme il n'y a que 22 jours rouges dans l'année, on est quand même OBLIGES de faire des économies le reste du temps. Quoique, non, rassurons-nous : si on voulait se compliquer la vie ET se pourrir le budget, on pourrait encore s'amuser à ne se brancher qu'en dehors de chez soi.

Côté entretien, la voiture est neuve, donc nous manquons évidemment de recul, mais ce qui est sûr c'est que

  • l'électronique peut revenir cher, c'est une crainte commune... à tempérer avec le constat que maintenant, tous les véhicules thermiques sont eux aussi bardés d'électronique hélas
  • en revanche, adieu les changements et entretiens de moult éléments mécaniques !
  • petit truc sympa supplémentaire : nous changerons beeeaucoup moins souvent les plaquettes de frein, puisqu'en électrique on apprend vite à profiter du frein régénératif : dès qu'on arrête d'accélérer, la batterie récupère de l'énergie (ce qui freine le véhicule), c'est donc très incitatif à utiliser cela au mieux, en anticipant, ce qui favorise une conduite beaucoup plus souple (on y est d'autant plus incité que sur le tableau de bord, une petite barre grandit quand on est en mode "récupération d'énergie". On a vite fait de tout faire pour la faire apparaître le plus souvent possible). Du coup, on freine très peu. Le plus sympa là dessus a été cet été : en redescendant une petite montagne après une excursion Luge d'été, nous avons
    • utilisé les freins deux fois sur toute la descente, pour les 2 virages les plus serrés de toutes les épingles à cheveux que comportait le trajet. c'est très reposant de ne pas avoir s'arcbouter sur la pédale de frein durant toute une descente
    • fini en bas avec une batterie à 31% alors que nous étions partis à 25%. C'était la première fois que nous faisions de la montagne avec notre nouveau carrosse, et donc que nous pouvions vraiment VOIR, numériquement, l'effet de ce fameux frein régénératif. (accessoirement, c'était la folie dans le studio l'habitacle: F. était au taquet, mais pas que lui, et tout le monde guettait et saluait à grands cris chaque % de plus affiché par la batterie. On s'amuse de peu !)


4. Longévité de la bagnole / batterie


Ca aussi, c'est une crainte bien attisée par les médias : la batterie perdrait très vite en capacité, et au bout de quelques années à peine, demanderait des arrêts de plus en plus fréquent.

Là encore, nous manquons bien évidemment de recul, en tant que famille Bout tout récemment équipée. En revanche, de la data existe. Et comme dit, j'ai la chance d'avoir un de mes frérots qui a basculé à l'électrique bien avant moi. Pire : il y a quelques années, il a remplacé sa première Tesla, achetée neuve, par une Tesla achetée d'occasion. Il roule donc avec un modèle de 2016, et pour rouler, il roule ! Il vit en Suisse, son épouse est d'origine bretonne, et son job l'amène beaucoup sur les routes. Il estime la perte de batterie, après 8 ans de bons et loyaux services, et plus de 200 0000 km, à inférieure à 10%.



Voili voilou pour ce premier bilan. Il ne s'agit pas de pousser tout le monde à passer à l'électrique, simplement de donner quelques informations utiles pour faciliter la prise de décision, sur la base de faits, et non de reportages à charge. Les véhicules électriques n'ont pas un bilan carbone parfait, loin de là, et il s'agit notamment d'être sûrs de rouler beaucoup avec : on estime que que le bilan carbone devient plus favorable qu'un véhicule thermique après 100 000 km ! Pour nous, c'est clairement vite atteint, ce n'est pas le cas de toutes les familles.


Ajout avril 2026 :
  • l'aspect économique : les tarifs électriques ont un peu augmenté depuis, mais euh, hein, je vous avoue, en ce moment précis, avec le contexte géopolitico-économique que nous savons, nous apprécions particulièrement de passer devant des stations services sans avoir à jamais nous y arrêter.
  • les pleins sur autoroute
    • l'an dernier nous avons testé les grands départs en ski Là, pour la première fois, nous nous sommes tapé plein d'attente (1h30) : stations saturées ; 
    • cet été nous avons failli revivre la même en arrivant sur une station équipée de 4 bornes, avec SEIZE véhicules en attente. Si ce n'est que... nous ne sommes plus des novices [Gwen bombe le torse]: nous avons su dégainer l'appli Chargemap, repérer une station Mac Do nécessitant un détour de 10-15 minutes (laaaargement préférable à l'éternité d'attente), et hop, partis. En plus, j'ai pu y prendre un churros en attendant
    • Clairement, depuis, plus aucun souci : nous avons choisir les aires avec soin et/ou rebondir instantanément en cas de mauvaise surprise. Mais c'est probablement là où la courbe d'apprentissage peut se faire sentir désagréablement au départ.
  • Le confort de conduite, en revanche, reste inégalé. Monsieur Bout comme moi-même trouvons petits et grands trajets beaucoup moins fatigants. 
  • Un autre aspect à prendre en compte : la connectique. La question de passer à l'électrique s'est posée pour mes parents. Nous avons plutôt cherché à les y inciter... jusqu'à une conversation avec ma môman qui a justement souligné deux points : 
    • ni elle ni mon papa ne sont des pro de la technologie : c'est nous (consortium de leurs enfants) qui les avons équipés de leur premier téléphone portable puis quelques années plus tard, de leur unique smartphone. Mon père ne sait toujours pas s'en servir à part pour passer des appels. Or beaucoup des fonctionnalités d'un véhicule électrique se gèrent par smartphone : connecter et payer une recharge sur une borne publique, suivre à distance le degré de chargement du véhicule, repérer une borne à proximité (se fait aussi sur le véhicule mais le téléphone est bien pratique). Autant de choses qui rendent les voyages si faciles ? Hum... faciles, oui, pour 95% de le population. Source additionnelle de stress pour eux. 
    • Comme mon honorable maman est la moins nulle des 2 sur le sujet, ce serait entièrement retombé sur elle. Et paf, prends-toi une couche de charge mentale supplémentaire.
    • Moralité, ils sont repartis sur du thermique, et ça se comprend clairement
  • le recul de 2 ans complets d'utilisation : nous qui avions pris ce premier modèle en leasing, par précaution (test de l'électrique + test du modèle = nous voulions voir à l'usage si notre compréhension de notre besoin théorique se révèlerait juste en pratique), nous avons signé pour acheter sa jumelle (pas moyen d'acheter celle que nous avons, hélas), que nous récupèrerons donc à la fin de l'été. Conquis.

Si vous avez des questions, allez-y allègrement, c'est avec joie que nous jouerons les villageois !



mardi 17 octobre 2023

Prendre ou ne pas prendre l'avion, telle est la question (et autres questions quand même)

Après moi, le déluge.

OU la canicule.


Quoi qu'il en soit : j'ai réalisé récemment que pendant très longtemps, j'avais considéré les efforts faits pour la préservation de l'environnement sous l'angle de quelque chose de vertueux, de moral. C'est au fond, ce que véhicule le mantra tant entendu de "préserver la planète".

Ce n'est que récemment, peut-être comme pas mal d'entre vous (ou pas), que j'ai subitement (et tardivement) pris vraiment conscience d'à quel point cette expression est en fait complètement à côté de la plaque, et génératrice d'une fausse route monumentale. Sont-ce 

  • les soucis d'énergie ? 
  • Les pénuries de carburant dues à la guerre en Ukraine mais venant donner un avant-goût de ce que pourrait être un monde n'ayant pas appris à fonctionner avec beaucoup moins de pétrole ? 
  • Les 2 canicules d'affilée ? 
  • les périodes de sécheresse, conjuguées avec le fait qu'ayant dans mes anciennes coachées une spécialiste en économie de l'eau devenue de ce fait très demandée, mon fil LinkedIn s'est teinté de ses publications / réactions / interviews dans différents médias ?


Bref la Gwen a subitement "découvert" qu'en fait la planète s'en fichait, d'avoir plus chaud, mais que l'humain, non, et que donc, faire gaffe à l'environnement c'était pas moral, c'était pas bien, c'était pas mignon-les-petits-pandas, c'était juste une question de survie. Et même, pire que la survie (dramatisante et générant des réactions de peur et donc de déni), une question de CONFORT.

Or la Gwen, elle y tient à son confort. Et à celui de ses enfants.

C'est ainsi que la Gwen a réalisé que veiller à préserver l'environnement n'avait donc rien d'altruiste, mais était quelque chose de profondément égoïste. (certes, un égoïsme demandant un tout petit peu de vision long terme, en mode : si je mange mon gâteau maintenant, je mangerai de la poussière demain. Et c'est dégueu la poussière.)

Or, si il y a bien quelque chose de certain, c'est que le stock d'égoïsme de la Gwen est bien supérieur à son stock d'altruisme. Au vu de l'ampleur de la différence, tout de suite, les choses changent : j'ai beaucoup plus de ressources si je m'appuie sur ce stock quasi illimité d'égoïsme, que ce que je n'avais en pompant dans mon altruisme fort modéré.

Quelle excellente nouvelle.


Monsieur Bout et moi essayons donc de revoir certaines choses.

Comme ça coïncidait avec l'explosion des prix, de toute manière il fallait revoir complètement notre budget bouffe, et donc, tant qu'à faire, on l'a complètement dynamité. Mon business se portant bien, j'ai la chance de pouvoir dire "bon ben j'ai qu'à gagner plus de sous", liberté que nous n'avions pas du temps où nous étions salariés. Nous avons donc eu et utilisé ce luxe de pouvoir décider que plus de sous il y aurait, et que ce plus de sous financerait une alimentation plus saine pour nous et plus compatible avec la préservation des ressources naturelles.


  • Nous avons également voulu investir, pour remplacer notre chaudière gaz agonisante, dans une pompe à chaleur. 

Ce qui est un sport de riches si on veut s'assurer que la bête ne gênera pas les voisins. Sport de riches que nous n'avons finalement pas pu pratiquer, du fait des inquiétudes desdits voisins, exprimées par un vote très clair en AG de copro, et ce malgré un projet fort bien ficelé, dont nous étions très fiers (Monsieur Bout avait passé un temps fou à se renseigner sur ce qui se faisait de mieux) avec moult mesures de protections assorties à non moins moult mesures de décibels. (oui, nous en avons été très frustrés. Et nous nous sommes sentis très très cons à racheter une chaudière gaz, même "dernière génération", à condensation, économe et tout et tout).


Mais tout récemment ....

(j'avais plusieurs choses urgentes à faire, donc plutôt que de m'y atteler... TDA vous dites ?) je suis allée sur ce site là, construit par l'ADEME, pour mesurer notre empreinte CO2.

Ouch, je vous le conseille si votre égoïsme a besoin de munitions et d'éclairages intéressants sur l'impact réel de tel ou tel choix au quotidien. 


1er truc qui est ressorti : notre alimentation. 

La viande est vraiment quelque chose qui réjouit nos assiettes et nos papilles, et en même temps... zut, la part énorme qu'elle joue dans l'empreinte de notre famille est... ben... énorme justement. 

Alors qu'à Strasbourg, comme le montrait ce billet, nous avions amorcé un mouvement de baisse de consommation, force est de constater que ce mouvement est complètement parti dans les choux depuis un bout de temps. Nous avons donc décidé de refaire des efforts dans ce sens, sachant que je m'étais posé la question il y a un an, pour aboutir à la conclusion que mes efforts devaient d'abord être mis vers "manger plus sainement / équilibré". 

1 an plus tard, j'ai estimé avoir suffisamment progressé sur ce point pour pouvoir rajouter une contrainte additionnelle : "avec moins de viande". Nous avons retenu 3 pistes, que nous conjuguerons : 

  • revoir le ratio viande blanche / viande rouge
  • réintroduire des menus sans viande
  • diminuer la quantité de viande dans le repas lui-même : au moment de cette conversation avec Monsieur Bout, j'étais en train de faire mariner du poulet pour notre déjeuner. Alors, hop, j'ai prestement attrapé une grosse boîte de conserves de pois chiches (protéines végétales) que j'ai rajoutée à ma marinade. Et ainsi, le poulet prévu pour 1 repas m'en a finalement fait 2. On garde le goût, on divise l'impact par 2.

Babysteps, encore et toujours !

2ème truc qui est ressorti 

(ben oui, ce site est relou : une fois que tu as répondu à toutes ses questions vicieuses, il te sort une série d'actions possibles en les rangeant par ordre décroissant d'impact; histoire de pas passer plus d'énergie à économiser 40 kg de CO2 que tu n'en aurais besoin pour économiser 1 tonne. Mon côté flemmard / rentabilisateur de mes efforts apprécie)

Les transports, et pas n'importe lequel : l'avion.

Nous le prenons peu. L'avions (ah ah !) pas pris pendant plusieurs années. Mais l'an dernier

  • en février dernier nous sommes allés à Rome (Pour la toute première fois ! Et que tous les 2 ! Vous savez, une sombre histoire de Sims...). En avion. 
  • Un de mes clients m'a envoyée à Toulouse. 2 fois. En avion. 
Et là : j'emmène les enfants voir ma sœur fraîchement accouchée du 3ème. Sœur qui habite en Asie du Sud-Est depuis 3 ans et des brouettes. Du coup le train c'est compromis.

Sur ce coup-là, déjà, j'ai réalisé notre cheminement : là où il y a peu encore, je me disais qu'un jour, quand les enfants seraient ados, nous ferions un grand voyage en famille pour découvrir les USA, ce projet n'est plus à l'ordre du jour. Mes enfants n'ont pas besoin de découvrir les USA. Et là où quand ma sœur était partie en 2020 on avait déjà prévu ce voyage en mode "on viendra profiter que vous soyez là-bas pour découvrir, c'est l'occasion", la dimension découverte ne m'intéressait plus du tout au moment de prendre mes billets. 

En revanche, les liens familiaux, le soutien à une sœur vivant de manière très isolée, si. Donc j'ai fait un choix différent. Donc zut. Je sais pourquoi je le fais, mais, niak. Elle habiterait Limoges ce serait plus pratique d'aller la soutenir. Mais probablement pas nécessaire, aussi.


En parallèle, nous avons fait d'autres choix : Monsieur Bout ne part pas avec nous (oui, vous l'avez habilement déduit : je m'envole pour 12h seule aller, 12h seule retour, avec 3 enfants. Mais j'ai la foi!) car il n'en avait aucune envie. Nous avons estimé que claquer plein d'argent et plein de CO2 pour un billet d'avion de quelqu'un qui n'avait pas envie d'être dans ledit avion serait absurde. A la place, il va aller passer 2 semaines sans enfants, chez son frère à Berlin. Et en train svp. Il est tout seul, il va lire pendant 9h, ce sera très chouette.

Petit constat au passage, dans l'aventure "train plutôt qu'avion"

  • recherche de billet, round 1 : site de la SNCF : aller-retour pour plus de 550€ ! Nous refusions d'aller regarder les billets d'avion mais savions parfaitement que ceux-ci seraient bien moins chers. Quelle joie de constater par soi-même à quel point nos politiques de subvention des transports sont alignées avec les besoins long terme des populations concernées....
  • recherche de billet, round 2 : nous nous sommes rappelé l'existence de sites comme Trainline, fichtrement bien fichus (et autrement plus ergonomiques que le site de la sncf...) qui permettent de construire et réserver des trajets transfrontaliers de la manière la plus intelligente possible, en profitant des offres de chaque pays. Billets réservés pour 290€, et encore, Monsieur aura des places en première (donc surcoût minime) pour le trajet du retour.



Pensez-y si vous avez des besoins similaires...


Et puis, nous avons décidé de prévoir nos prochaines vacances en amoureux : 1 semaine, en février. Avec comme cadrage de départ : éviter l'avion. La destination envisagée serait la Sicile, et nous aurons lâché les enfants dans le Sud Est de la France. 

A ce stade, 

  • la seule solution proposée par Trainline est un Flixbus. Pour une somme défiant toute concurrence. C'est mieux que notre bagnole et bien mieux qu'un avion, mais, outre que ça prend 24h (si si !)... Monsieur Bout a vomi l'idée instantanément. Au sens propre du terme : Monsieur Bout est affligé d'un assez sérieux mal des transports. Le train ca va bien (dans le sens de la marche), la voiture ça dépend mais clairement c'est tout à fait ok si c'est lui qui conduit, le car, même pas la peine d'y penser. Ou alors, pour le torturer. (eh eh... si il m'embête trop d'ici là... je garde l'idée !)
  • nous avons 3 options
    • soit nous trouvons une combine transports (nous avons encore des pistes à explorer, selon aussi l'endroit exact où nous lâchons 1. nos différents enfants 2. la voiture familiale avec laquelle nous aurons descendu tout ce petit monde)
    • soit nous décidons que la voiture et ses longues heures de trajet sera notre solution de compromis
    • soit nous trouvons une destination différente, combinant dépaysement, culture, repos, météo clémente et moyen de transports pas absurde.

(si vous avez des suggestions rentrant dans l'une ou l'autre catégorie....)

lundi 21 septembre 2020

Echangisme (TGTG)

 Eh oui, ce blog fait dans la diversité : 

  • aujourd'hui, je vous cause échangisme, 
  • très prochainement, je vous parlerai de mes enfants à la messe. 
Y en a pour tous les goûts, piochez ce qui vous parle et laissez le reste ;-)


Donc, parlons peu, parlons bien, parlons échangisme.

Car l'été m'a permis de m'y adonner avec passion (évidemment).


L'été, en effet, est une chouette période : la chaleur, le temps devant soi, les personnes qui partent...

c'est une période idéale pour choper... choper facilement...


DES PANIERS ToGoodToGo super garnis !

Tout le monde est en vacances, donc 

  • peu de concurrence pour attraper les paniers sur l'appli : là où ils disparaissent parfois en 1 minute le reste de l'année, ils restent parfois une heure à attendre qu'une bonne âme s'estime disponible pour venir les sauver
  • une gestion des stocks plus compliquée pour les commerçants = davantage de "restes" = des paniers pleins à craquer

Du coup, paniers énormes, de ce style, à attraper à foison.

3 paniers Monoprix (12€) : la famine menace...

Mais l'été n'est pas favorable à la gestion des trop-plein : moi qui habituellement peux me décharger de ce que je ne vais pas manger sur mes innocents voisins, ça ne marche plus quand ces innocents voisins se mêlent de partir en vacances au lieu de rester sagement à portée de ma main / mes invendus TGTG superflus.

Du coup, j'ai pratiqué l'échangisme, j'ai été INFIDELE, en profitant de sites de rencontre ou de leur équivalent : des groupes FB de TGTGeurs locaux.

En mode "j'ai 5 litres de lait frais que je n'utiliserai pas, qui n'en veut ?"

Le truc coool avec l'échangisme; c'est que ce qui commence comme une relation sans lendemain peut parfois évoluer en quelque chose de plus durable, tout en restant sans engagement.

Ainsi, une TGTGteuse et moi avons noué de fréquents échanges fructueux. J'ai échangé des trop-plein de lait, de viande, contre des biscuits, des viennoiseries et biscuits pour enfants (vous imaginez comme ça s'est plaint à la maison ^^), et même : des courgettes et tomates de son jardin, et des bocaux de sauce tomate et confitures fait-maison (ses étagères débordaient, cette détresse m'a émue !).

Et maintenant, on se congratule mutuellement en MP à chaque fois que l'une récupère des machins.

Ca fait un peu association des TGTGeurs anonymes, mais j'assume.

L'échangisme, c'est le pied !

mardi 11 août 2020

Escalade - un été au sommet ;-)

-- Ceci n'est pas un billet promotionnel, je ne perçois hélas pas le moindre centime pour son écriture -- Mais si vous souhaitez mon RIB pour me rendre millionnaire, on peut s'arranger !

Cet été est un peu particulier :
  • pour la première fois, c'est toute la famille qui a 2 mois de vacances, puisque c'est le tout premier été depuis que Monsieur Bout a quitté son boulot de salarié.
  • C'est aussi un été avec un jeune bébé, si bien que nous avons limité les déplacements (même si pas du tout autant que ce que nous avions faits pour les aînés, et nous l'avons payé; parce que franchement, les longs trajets en voiture et le respect du rythme du nourrisson / de ses tentatives pour prendre un rythme, ça fait 2) ; une limite non prévue est liée au COVID : exceptionnellement cet été, pas d'escapade à Berlin, les médecins du grand-père allemand de Monsieur Bout lui ayant déconseillé de nous voir…
  • C'est également un été avec une Gwen officiellement en congé maternité mais qui doit quand même se bouger le train si elle veut avoir du boulot en septembre; eh oui, c'est mon tout premier congé mat de non-salariée et là, au lieu de penser à la pile de choses qui m'attendront sur mon bureau en rentrant, c'est… à moi de la provoquer, la pile de choses. Ce qui m'occupe.

Résultat : nous passons pas mal de temps de ces vacances chez nous, tranquilles, tous les 5. Comme en confinement, en fait, sauf que cette fois nous ne sommes pas confinés.
Du coup, hop, c'est l'occasion de profiter des ressources autour de chez nous. J'avais déjà fait un billet sur des sorties découvertes et appréciées en région parisienne, voici un billet rapide consacré à une infrastructure qui a ouvert il y a 2 ans je crois, et dont je suis ravie (et qui existe ailleurs qu'en IDF, en plus).

 
Parmi les activités que j'avais envisagées pour F. l'escalade me faisait de l'œil depuis un bout de temps.
Hélas, quand je m'étais renseignée sur les possibilités pour lui de pratiquer ça autrement que sur nos meubles, j'avais réalisé que lesdits meubles avaient encore de beaux jours devant eux, la plupart des salles d'escalade (en IDF en tous cas) étant prévues pour des enfants à partir de 7 ou 8 ans (et F., à notre arrivée en IDF, en avait … 4 - j'ai pourtant l'impression que c'était hier - les mauvaises langues diront que c'est parce que cet été a aussi vu Monsieur Bout ranger les derniers trucs qui n'avaient jamais été rangés depuis notre déménagement).


Et puis une salle Hapik a ouvert à 15 minutes de chez nous.
Hapik, c'est un chouette concept de
  • murs ludiques tout pleins,
  • différents niveaux de difficulté,
  • un système d'auto-assurage qui permet à l'enfant de grimper seul (pour peu qu'il ose se jeter dans le vide pour redescendre),
  • et ouvert dès l'âge de 4 ans.
Jusqu'à présent, F. tout seul, puis F. et E. depuis que la miss a atteint les 4 ans, y sont allés sporadiquement, les séances étant assez chères (1h= 14€ à l'unité, 11€ si on prend un carnet de 10). Peu à peu, ils ont progressé (F. comme E. ayant longtemps préféré grimper les murs à moitié plutôt que de se hasarder jusqu'en haut). Les voir prendre confiance graduellement a été très chouette !
Et puis cet été, pouf, j'en ai profité pour investir dans l'offre promo de l'été : le mois d'été en illimité à 65€ pour 2 personnes, avec un maximum de 2h par jour.
Une offre extrêmement vite rentabilisée, depuis déjà 3 grosses semaines que nous en profitons.
Gros avantage à y aller aussi souvent (2 ou 3 par semaine en moyenne) : les progrès se sont accélérés, la fréquence permettant aux enfants de capitaliser facilement sur la pratique de la fois d'avant.
  • F. s'est ainsi hasardé pour la première fois sur certains murs, en a terminé d'autres, et a enfin osé faire le parcours d'accrobranche proposé aux plus de 6 ans.
  • Quant à E., elle qui jusqu'à présent n'avait pas ressenti le besoin d'aller tout en haut d'un mur, elle a maintenant un certain nombre de sommets vertigineux à son actif.


Une chouette activité que j'apprécie d'autant plus que la salle est climatisée… ce qui permet donc de l'exercice physique sans risquer le coup de chaud. (L'inverse est également vrai en hiver!); et la faible fréquentation de l'été rend l'expérience encore plus appréciable.
Donc, si une des salles ouvertes en France est à proximité de chez vous, ça peut valoir le coup : j'ai testé pour vous, et de manière rigoureuse, eh.
J'ai appris hier qu'on pouvait souscrire à cette offre jusqu'au 15 aout alors pour tout vous dire, je me tâte à investir dans un 2eme mois afin de pouvoir en profiter jusqu'au 15 septembre.

(et si vous vous posez la question : voui, j'ai même testé moi-même, en profitant de fois où F. était motivé mais pas sa sœur. Franchement, même pour les gens-pas-super-sportifs la diversité des murs - et leur classement par niveau de difficulté - rend les choses assez ludiques ; et moi j'ai apprécié de pouvoir constater "en live" qu'effectivement mes kilos de grossesse sont bel et bien en train de se faire la malle, et mon tonus musculaire en cours de rétablissement, puisque je me fais nettement moins pitié à essayer de hisser ma carcasse tout en haut)

lundi 3 février 2020

1 moyen simple pour progresser en langue étrangère à raison de 10 min par jour

Rho punaise.
En écrivant un titre dans le genre j'ai l'impression de rédiger une pub de bas étage
Il faudrait que j'arrive à terminer le billet par une offre alléchante redirigeant vers un site internet douteux hébergé en Chine (donc infecté de corona-virus), avec une photo improbable de play-boy tête à claque aux dents refaites sensé avoir bénéficié de mon "tuyau" et ne plus voir la vie comme avant depuis. 
Comme je n'ai rien de tout ça à dispo (même Monsieur Bout refuse de poser pour faire play-boy tête à claques !! - on n'est jamais trahi que par les siens), j'en serai réduite à terminer le billet en vous souhaitant un bon début de semaine. 
Mouais. 
C'est moins drôle.


Bref, dans mon récent billet sur l'intérêt de transmettre ses pitoyables rudiments de langue étrangère à son môme (ou, plutôt, sur le fait que si on souhaite le faire, il ne faut surtout pas s'en priver au motif qu'ils seraient pitoyables), j'ai promis de venir vous parler d'un truc permettant de progresser facilement en langue étrangère, et me voici.

Ce truc me vient de mon honorable papa, trilingue passionné, à qui je dois mon amour des langues. Il me l'a transmis alors que je me lamentais
1. sur le fait que j'avais du mal à entretenir les langues étrangères que je maîtrise (allemand, anglais, italien), dans un environnement pas méga international (à l'époque desdites lamentations je bossais sur une usine normande)
2. sur les complexes de mon mari, et notamment sur son niveau d'anglais, qu'il estimait trop rudimentaire pour oser envisager de s'en servir dans un contexte professionnel.

Ce truc ?
Il s'agit de lire un livre de la langue en question, à raison de 10 minutes par jour.



Hum ? Ne partez pas tout de suite, tant qu'à être là, hein.
Précisions

1. Lire un livre: un livre. 

  • Pas un article de magazine, et suuuurtout pas un article de magazine "intelligent" / "utile" / "plein de vocabulaires pour le boulot", genre presse économique / politique whatever. 
Nous allons le voir, 2 ingrédients essentiels sont le plaisir et la continuité dans le temps. 

  • Un livre qu'on a envie de lire
Non (sauf si on a déjà un excellent niveau ET qu'on aime ce genre de livres), ce n'est pas le moment de se jeter sur les grands auteurs littéraires de la nation concernée. On se prend 
    • de la chick-lit si on aime ça : un bon petit "le Diable s'habille en Prada" ou une histoire d'amour neuneu (profitons-en, ça nous fait un prétexte ! "oh mon chéri c'est pour bosser mon anglais, j't'assuuuuure" permet de garder un max de crédibilité tout en gloussant comme une baleine aux mièvreries dont on se délecte), 
    • un policier de derrière les fagots, 
    • un roman historique pas compliqué si c'est ce qui nous détend. 
La clé est vraiment d'avoir envie de le lire, d'apprécier l'histoire, il faut que quelque part on ait envie de découvrir la suite !
Samantha va-t-elle séduire John ? L'inspecteur Machin va-t-il démasquer Madame Rose ou le Colonel Moutarde ? Le roi Trucmuche va-t-il enfin avoir un hériter mâle ? (ouais bon ok wikipedia peut nous renseigner sur ce point…).



  • Un livre plutôt facile à lire
On privilégie un niveau de vocabulaire assez simple.
Si dans notre roman policier tout le monde parle en argot, si notre roman historique a lieu de dans le Sud des Etats Unis à la fin du 19ème et que la moitié des personnages parlent "petit nègre" (donc petit nègre anglais !) on oublie ! Ce sera pour plus tard. 
On prend un roman normal dans lequel auteur et personnages s'expriment dans une langue assez normale. 
Et surtout, hein, un roman qu'on a ENVIE de lire. C'est ZE critère principal. Parce que rappelons nous que le cerveau n'apprend jamais aussi bien que dans le plaisir.

2. On le lit 10 minutes par jour (on a le droit à plus, bien évidemment, mais ce qui compte, c'est de s'y tenir tous les jours), sans interruption. 

  • 10 minutes, ça permet à notre cerveau de bien rentrer dedans
D'échauffer la mécanique, quoi. 
  • Tous les jours, ça permet à notre cerveau de se muscler de manière régulière, de capitaliser chaque jour sur ce qu'il a vu la veille. Le cerveau s'abstient de zigouiller les connexions neuronales tout juste créées puisqu'elles sont immédiatement réutilisées le lendemain. 

  • On lit pour soi, hein. 
Oui, moi aussi, quand mon père m'avait dit faire ça pour se muscler le cerveau les derniers 15 jours avant une mission d'interprétariat j'avais dit "euh, à voix haute ?" (ce qui est MEGA ch***, nous sommes bien d'accord). Eh non, "dans sa tête".

  • Mais surtout : on lit SANS recours au dictionnaire (ou à son appli "Linguee" sur son smartphone, hein. Je vous ai vus, à essayer de finasser sur les mots)
Oui oui oui. 
Pourquoi ? 
Parce que 
    • 1. chercher dans un dictionnaire c'est chiant, ça interrompt la lecture et ça pulvérise l'aspect plaisir dont nous parlions à l'instant et que 
    • 2. ça interrompt la lecture et donc interrompt tout le travail que notre cerveau est discrètement en train de faire en lisant : intégrer la structure des phrases, le rythme de la langue, vocabulaire. 
Eh oui, concrètement, on se retrouve à lire un peu en mode "Schtroumpfs"; et c'est une gymnastique dans laquelle notre cerveau progresse très vite. 
Tout au plus peut-on s'autoriser un maximum d'UN mot par double page. UN SEUL ! qu'on sélectionne à la fin de la double page, en mode "celui-là il m'emm*** vraiment, qu'est ce qu'il veut dire bon sang !?". Et qu'on n'hésite pas à écrire dans la marge du bouquin si on est quelqu'un qui écrit dans un bouquin. (je sais que pour certains c'est de l'hérésie, mais ne me brûlez pas tout de suite je peux ptet encore servir - et puis ça pollue). Mais franchement, si on peut s'en passer, on s'en passe, c'est préférable. Et il est strictement interdit de se faire une liste avec ces mots à apprendre. On a dit plaisir, bon sang.

C'est précisément pour surfer sur l'effet "flow", continuité, qu'un livre est mille fois préférable à un article. En lisant un livre on intègre peu à peu tout un contexte implicite, le cerveau prend ses repères, il repère le narrateur. La lecture de 10 pages d'un même livre le désoriente beaucoup moins que lire 4 ou 5 articles différents. Ne fatiguons pas inutilement notre cerveau !

Donc concrètement, ce qui se passe, c'est que les premiers jours on lit trèèèès lentement, on avance à pas de fourmis, et on comprend un pourcentage qui nous semble assez faible de ce qu'on lit. 
Et puis au bout de 8 jours, ben, on constate qu'on lit un peu plus vite et qu'on comprend de mieux en mieux. Et ça ne fait que s'améliorer. 
Parce que justement notre cerveau est en train de débroussailler un max, il commence à se repérer dans la langue, à savoir où aller chercher le sens, à trier les mots, à déduire d'ailleurs tout seul le sens de mots-qu-on-n'a-pas-eu-le-droit-d'aller-chercher-dans-le-dico-à-cause-du-diktat-infâme-de-la-Gwen.

Bizarre ?
Ce qui m'a aidée à "croire" mon père quand il m'a donné son conseil, c'est que j'ai réalisé qu'au fond j'avais déjà fait l'expérience de ce phénomène. En seconde, je crois, le tome 4 de Harry Potter était sorti en anglais plusieurs mois avant la sortie française (mode vieux de la veille on) et donc l'été de sa sortie je me l'étais paluché en anglais, sur un lieu de vacances évidemment dépourvu de dictionnaire, et bien entendu, hein, je vous parle d'un temps que linguee ne pouvait pas connaîtreuh. 
Et pourtant, hein, en fin de seconde, je peux vous assurer que mon niveau d'anglais était… euh… peut-on parler de niveau ?
Et effectivement les premiers jours j'avais le sentiment de ne pas piger grand chose; et j'avais du mettre une semaine à terminer le premier chapitre; mais nettement moins longtemps à terminer le 2ème. Et j'avais compris toute seule que Muggle ça voulait dire Moldu (bon c'est sûr même un dico ne m'aurait pas beaucoup aidée sur ce coup-là), et que… et que… et que ah ben tiens c'est bizarre la foule de mots dont mon cerveau finit par comprendre tout seul la signification !



Quelle belle machine que notre cerveau ! Parce que nous activons, quotidiennement, à petite dose, la zone de la langue, que nous l'activons dans un contexte de moindre contrainte, cette zone là se muscle, elle crée un max de synapses, elle se gorge, passivement, de syntaxe, de grammaire, de conjugaisons, d'orthographe, de vocabulaire, de tournures de phrases, d'expressions idiomatiques, de tout ce qu'on s'embête à apprendre de manière bien sèche et automatique en temps normal. Elle se muscle passivement, mais ça rejaillit, en fait, sur nos capacités actives. Et oui, non seulement on comprend mieux, mais on s'exprime mieux, y compris à l'oral ! Les neurones sont prêts, musclés, tout frais, dispo.
Alors, effectivement, certains des mots qu'on va apprendre ainsi nous serons peu utiles (j'ai assez peu souvent recasé "Moldu" au boulot, je dois en convenir), mais la majorité le sera d'une manière ou d'une autre ! Et la zone de cerveau ayant été musclée, il sera bieeeen plus facile d'y insérer la vingtaine de termes "utiles" (à des fins pro ou autres) dont on a besoin, le jour venu.


  • Monsieur Bout lui même a testé ça il y a quelques années, quand il a appliqué ce conseil durant ses dernières semaines de chômage strasbourgeois, juste avant de prendre un poste qui allait, pour la première fois de sa carrière, exiger de lui d'utiliser l'anglais 40% du temps. Il était pétri de complexes et de doutes. Et il a été bluffé de se voir soudainement bien plus sûr de lui sur tous les plans. A l'oral comme à l'écrit, les mots sortaient bien plus facilement, et… dans le bon ordre, s'il-vous-plaît. 
  • Une de mes voisines, quadra dynamique, s'est vue féliciter par son client, grand groupe international, sur les progrès faits en animation de réunion (en anglais, of course) quelques semaines après m'avoir piqué un premier roman policier, cet automne. Elle en est à son 3ème.

Bref, ça vaut le coup.

Et niveau approvisionnement ? 
Eh oui, ce sera, dans la majorité des cas, une solution ultra low cost
  • D'abord la plupart des bibliothèques ont un rayon en langues étrangères, de nos jours. Même peu fourni, il aura généralement quelques volumes type romans de gare, quelques romans policiers, quelques romans historiques. Le tout est d'y identifier UN ouvrage qui nous attire. Bien entendu, ce sera plus facile si on recherche de l'anglais que du thaï. 
  • Mais si c'est le thaî qu'on recherche, il y a probablement une raison (liens familiaux? expatriation passée ?) qui permet d'identifier un canal de récupération de bouquins adaptés. On peut se faire envoyer ou transmettre un colis, ou encore profiter d'un voyage pour… ou alors, rechercher sur les plateformes de revente d'occaz.
  • Et puis de plus en plus, il y a les boîtes à livres ! Dans celles qui se sont multipliées autour de chez nous, Monsieur Bout me déniche régulièrement des trucs bien sympa en anglais (que je refourgue à ma voisine ensuite avant de les replacer dans une autre boîte à livres), mais aussi en allemand. Mais nous y voyons aussi de l'espagnol, du russe, de l'italien, et d'autres langues que je ne sais pas toujours identifier avec certitude.
Du coup, moi, pour entretenir allemand et anglais, j'alterne : quand j'ai terminé un roman en anglais, j'en entame un en allemand, et ainsi de suite. (j'ai délibérément choisi de ne pas inclure l'italien dans cette alternance; j'ai estimé qu'entretenir efficacement TROIS langues ainsi risquait de me conduire à disperser mes efforts).

Voili voilou. Comme vous l'aurez remarqué, c'est une solution qu'on peut mettre en œuvre chez soi, même si on est cloué au lit (surtout si on est cloué au lit). On peut également emporter son roman étranger dans les transports en commun. C'est une solution valable pour la maman qui angoisse à l'idée de reprendre une activité pro et est persuadée n'avoir aucune compétence pour rien, pour la maman IEF persuadée d'avoir un niveau trop pourri pour aider ses enfants, pour la personne, maman ou pas, qui, juste, veut élargir à peu de frais la zone qu'une langue occupe dans son cerveau.

Si vous avez des questions complémentaires, n'hésitez pas. 
Si vous avez besoin de suggestions concrètes d'auteurs vers lesquels vous orienter selon vos goûts, idem, les commentaires sont là pour ça. Si je n'ai pas d'idée (Figurez vous que je veux bien faire semblant, mais en fait les écrivains espagnols c'est pas mon fort), je ne doute pas que d'autres lecteurs du blog sauront intervenir bien plus efficacement !

Je sais. On est loin du playboy. Soupir.