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mardi 16 juillet 2019

7 supports solides et efficaces pour apprendre à lire

Dans la vie des enfants et de leurs parents, il y a certains seuils qui nous marquent particulièrement.
Ce sont des seuils pour les enfants, mais aussi et surtout pour les parents : dans le sens que, comme me l'avait dit une bonne copine lorsque F. franchissait le deuxième :

"Quand ils passent cette étape, whouhou, c'est la fête, t'as vraiment l'impression d'un bond en avant, qu'un truc est FAIT, ouf."

Parmi ces acquisitions qui se font à un âge variable et avec plus ou moins de facilités et d'angoisses, je vois
  • le sommeil : le bébé qui fait ses nuiiiiiiits. Bon, là, ça allait, j'ai plutôt été vernie
  • la propreté
et
  • la lecture.

Il y a un avant,
il y a un après,
et au milieu, il y a un chemin.

Qu'on ait scolarisé son enfant ou qu'on l'instruise soi-même, on suit toujours un peu de près l'apprentissage de la lecture. Il porte tellement à conséquences ! Savoir lire, savoir bien lire, aimer lire… cela conditionne tant de choses.

Ici, je me retrouve avec 2 enfants en plein milieu, en simultané, puisque ça a été le gros sujet pour F. (6 ans depuis peu) ainsi que pour E. (4 ans depuis peu aussi), depuis un bout de temps, certes, mais aussi de manière très intense depuis ce printemps.
  • depuis un bout de temps, puisque c'est un apprentissage qui se prépare bien avant de fourrer une lettre sous le nez de son bambin : langage, repérage dans l'espace, phonologie,...
  • puis on arrive à l'étape où on va introduire les lettres
  • et ensuite à l'étape de la combinatoire : quand l'enfant comprend que "mmmm" + "a" ça fait "ma"... GRAAAAND MOMENT !!! Et la lecture / composition des premiers mots phonétiques constitue le premier pas vers la lecture proprement dite.
Comme ce sujet suscite toujours beaucoup d'interrogations sur les meilleures manières d'accompagner cet apprentissage afin qu'il soit solide et donne à l'enfant les bases dont il aura besoin pour la suite de sa vie de lecteur, je prends aujourd'hui le temps d'un retour structuré sur les supports que j'ai pu tester avec mes deux enfants, et dont j'ai pu apprécier leur capacité, justement, à supporter efficacement cet apprentissage.

Deux précisions
  • je me limite volontairement aux activités vraiment spécifiques à la lecture. Pour toutes les activités dites "préparatoires", il en existe d'innombrables, et vous trouverez de l'inspiration ici
  • De la même manière, même si tout ce qui touche à la lecture a forcément des incidences, de près ou de loin, sur l'écriture, là je centre mon billet sur la lecture, et non l'écriture. Mais j'avais recensé, ici, les activités utilisées pour favoriser une bonne tenue du crayon.
Donc, à quoi peut on avoir recours une fois que l'enfant manifeste un intérêt pour ces espères de hiéroglyphes qu'on trouve partout et qu'on nomme des lettres ?
(dans l'ordre chronologique où cela a été utilisé chez nous)







1. Les lettres rugueuses


Ce support Montessori est extrêmement efficace pour permettre à l'enfant de relier le son à la lettre. J'avais détaillé les avantages du coffret choisi : le coffret Montessori des lettres rugueuses de Balthazar, dans un billet spécifique et, vraiment, après plus de 2 ans d'utilisation avec 2 enfants aux profils différents, je suis toujours ravie de mon choix et je n'imaginerais pas introduire autrement les lettres.
Les lettres rugueuses permettent de cumuler ouïe, toucher, tracé, visuel dans l'apprentissage, et les petites cartes associées offrent mille possibilités de répéter et répéter l'apprentissage par une multitude d'activités, sans lassitude. (et le tout se combine aussi très bien avec les objets du quotidien, des duplos, des playmobils, etc)


Elle se sont trouvées très adaptées aussi bien aux besoins de mon fils à 3-4 ans, qu'à ceux de ma fille à même pas 3 ans. (et des activités de ce genre ont été testées par ma belle-sœur en soutien scolaire d'une demoiselle allophone de 8 ans).
Je renforcerais encore l'importance de les choisir suffisamment épaisses et suffisamment grandes, ce que ne respectent pas tous les coffrets vendus dans le commerce. Donc : vigilance !


2. L'alphabet mobile

Ce jeu de lettres, chaque lettre étant individuelle, de grande taille, a constitué la 2ème étape dans l'apprentissage en pavant le chemin vers la combinatoire. L'enfant peut apprendre à composer des mots sans être bloqué par sa capacité (ou non) à former les lettres.
Nous avions acheté le nôtre, en bois, sur Au Bois Des Lettres, et c'est un très bel objet que mes enfants ont eu plaisir à manipuler. Il n'est pas gratuit… Même si je n'ai pas regretté une seconde cet investissement, je tiens à souligner qu'il n'est pas indispensable de tuer son banquier :  l'alphabet mobile gagne en sexytude sur un support bois, mais remplit son office aussi sur un support plastique / papier plastifié. 



3. La série rose Montessori

A utiliser en lien avec l'alphabet mobile : ces séries de petites images et de petits mots phonétiques à la difficulté croissante permettent à l'enfant de progresser peu à peu en combinatoire. Il va composer "sac" "lac" "vis"... puis plus tard "parasol" "lavabo" etc. On trouve images et petits mots sur internet.
Je précise qu'après cette série rose il existe des séries bleues et vertes, plus complexes, mais … je n'y ai jamais touché, nous avons fait autrement.


4. La méthode Boscher


En soutien de l'acquisition de la combinatoire, j'ai utilisé le très vieux manuel de la méthode Boscher, un pilier de la méthode syllabique. 
Son côté ultra systématique a en effet été très utile pour aider F. à ancrer les apprentissages. Pendant un temps, nous en faisions un peu chaque soir et cela a vraiment été très utile, permettant de varier avec ce qu'il faisait en salle de classe (que ce soit en école à la maison l'an dernier, ou à l'école Montessori cette année).

J'ai apprécié
  • la double lecture en cursif et script, permettant à un enfant de l'âge de F. de répéter les choses (et donc, d'ancrer), 
  • la  douceur des dessins.
  •  Le fait qu'il y avait des maths en bas de chaque page convenait également bien pour lui qui a toujours adoré ça, il adorait arriver à ce bas de page.
En bémol :
  • les mots présentés sont parfois vraiment périmés : "capeline"... On peut souhaiter des mots qui "parlent" plus aux enfants. 
  • Idem concernant les phrases : il y a du vieux jeu, avec papa qui tape toto ...

Ce manuel, si il a plutôt bien convenu à F. pendant un bon bout de temps, a très peu servi à E., beaucoup plus rapide, et qui a très vite dépassé ce stade. Elle était déjà tellement axée sur le sens de ce qu'elle lisait que la lecture de deux lignes de syllabes avant d'en arriver à de vrais mots l'a intéressée pendant une semaine à peine avant de la frustrer plus qu'autre chose… et très vite, la lecture de simples mots sans lien entre eux à eu le même effet : j'ai jeté l'éponge quand j'ai réalisé qu'elle cherchait à lier chacun de ces mots entre eux pour que "ça veuille dire quelque chose". Elle ne vivait que pour la toute petite phrase entière qui terminait la leçon !



Ce qui m'a amenée à basculer, pour les deux, sur le support numéro 6.

Mais avant d'en arriver là, nous avions commenté à utiliser, en parallèle, un support moins académique


5. Les BD des Schtroumpfs !


Je suis une grande fan des Schtroumpfs et ceux-ci ont fait l'objet d'un certain nombre de cadeaux de fête des mères de la part de Monsieur Bout si bien que nous en possédons la majorité des albums. Or les enfants les ont découverts ce printemps et depuis nous les lisons en boucle.
Ignoble et sournoise comme à mon habitude, j'ai exploité ce grand intérêt pour, d'abord, développer la lecture des mots phonétiques : très vite, les enfants ont été investis de la mission de lire eux mêmes toutes les onomatopées
  • D'abord celles vraiment phonétiques le "PAF" de toutes les fois où le Schtroumpf à Lunettes s'en prend une, notamment, ou les TOC TOC à la porte du Grand Schtroumpf, ...etc. 
  • Plus tard le PLOUF est venu, en temps utile, aider à ancrer que O + U = OU, de la même manière que, plus tard encore, j'ai délégué la lecture des "NON".
A noter qu'aujourd'hui, après le passage par le support numéro 6, les Schtroumpfs continuent à  intervenir, par le biais d'une lecture à deux voix (ou plutôt, 3) :  je fais lire certaines bulles courtes, et je lis les autres. Plus ça va, plus la part lue par eux grossit. Huhuhu.


6. Les livres de la collection Mes premières lectures Montessori


Cette collection toute récente, que l'ont doit notamment à des mamans IEF, est fichtrement bien faite. Très progressive, elle se décompose en petits livres de différents niveaux :
  • le premier niveau contient des mots uniquement phonétiques, puis des e muets (les lettres muettes étant grisées), 
  • le deuxième niveau centre chaque livret sur une difficulté particulière, que ce soit l'introduction d'une syllabe plus complexe (par exemple "ett"), ou de premiers mots outils  (les, des, et, c'est, etc); syllabes complexes mises en valeur en rouge, et premiers mots outils surlignés en jaune. 
  • Chaque livre du troisième niveau est consacré à un graphème, et un seul : on aura un livre avec des tas de "on", un livre avec plein de mots en "an", etc (graphème mis en valeur en vert). 
  • Les livres du 4ème niveau combinent les difficultés du niveau 2 et celles du niveau 3.

Ces livres ont l'avantage de reprendre la progression Montessori type, d'une manière très alléchante pour l'enfant et très bien structurée. Les histoires sont plutôt de bonne qualité, le vocabulaire de bon niveau, et les dessins clairs viennent soutenir l'apprentissage.
Ils font partie des rares de ce type à être en écriture cursive, ce que j'apprécie vraiment. En effet vous aurez remarqué que, en ce qui me concerne, je suis restée fidèle aux conseils soulignant l'intérêt de commencer par introduire le cursif avant le script.
J'en ai vu, du reste, un des nombreux avantages avec E. ces derniers mois : là où son cerveau de même pas 4 ans voyait encore en symétrique et donc confondait encore b d p et q scripts il y a quelques mois, elle ne rencontrait pas ses difficultés (ou plutôt, en minoré, avec le q et le d parfois) en cursive et donc a pu avancer sans être bloquée par cela. Je remarque depuis quelques jours qu'elle a à présent suffisamment progressé pour se mettre tout naturellement à lire en script sans plus buter sur cette difficulté qui était pourtant systématique il y a 2 mois à peine.

Remarque : J'ai eu l'occasion de tester une autre collection similaire, mon beau-frère ayant offert à E. ce coffret. J'ai trouvé celui-ci chouette aussi. 
Je n'ai pas testé tous leurs niveaux donc j'ai du mal à faire une comparaison étayée mais avec ce niveau 3+ je remarque déjà une chose : j'ai moins de texte, par double page, qu'avec l'autre collection. Et ce à un niveau où l'enfant est déjà capable de lire davantage.
Or c'est une des subtilités très intelligentes des "premières lectures Montessori" : là où chaque page de niveau 1 contient entre 2 et 4 lignes de texte, la quantité de texte augmente avec le niveauet la fluidité de lecture du jeune lecteur. J'en remarque la pertinence avec E. qui, au stade où elle en est, ne se contente plus, depuis longtemps, de la page que je lisais avec elle chaque soir. Elle est passée à 2, puis 3, et maintenant c'est minimum un demi bouquin par soir que nous engloutissons. Alors du coup je trouve "les premières lectures Montessori" plus rentables … ;-)
Par ailleurs cette collection étant plus récente elle est pour le moment moins complète que l'autre qui contient déjà une vingtaine d'ouvrages… et doit elle même encore être complétée (il en sort plusieurs nouveaux livres par an).
Mais bon ça me va bien d'avoir les deux car certains des sons contenus dans ce 3+ (le ph, le oi, le eau) n'ont pas encore été couverts par ma collection de base.

Deuxième remarque : ma "méthode" pour gagner en fluidité de lecture pour l'un comme pour l'autre enfant a été d'introduire la lecture d'une page de ces petits livres dans le rituel du coucher. Moment facile à tenir
  • pour un enfant scolarisé (F.) Car j'ai fini par constater qu'il n'avait pas à l'école la stimulation dont il avait besoin sur ce plan-là, et donc j'ai admis qu'il fallait que je reprenne les choses en mains… mais je vous en reparlerai dans un futur billet intitulé "le mythe de l'école parfaite"
  • pour un enfant officiellement en IEF mais géré par une mère complètement débordée (E.)
cette page quotidienne a vraiment porté ses fruits !

En bonus : j'ai commencé à filmer les enfants avec mon smartphone, au départ pour envoyer cela à Monsieur Bout, à notre G1, à ma mère, voire en prévision de cet article… et je me suis aperçue qu'ils adoraient être filmés en train de lire, et pouvoir regarder la vidéo ensuite. J'ai systématisé le truc sans vergogne puisque
  • chouette effet incitatif
  • effet pédagogique intéressant : en regardant la vidéo, centrée sur les mots qu'ils lisent, ils répètent en fait ce qu'ils viennent de voir. Hin hin hin.
Ah, ce que la technologie ne permet pas…

Alors justement la technologie refuse de me permettre de rajouter quelques vidéos de démonstration dans le corps du billet donc je les ajouterai en commentaire sur le partage FB. Na. 


En tous cas ces livres se sont révélés ultra précieux pour vraiment ancrer et fluidifier. Je suis raaaavie de les avoir à disposition, et un certain nombre d'entre eux vont nous accompagner en vacances. (c'est l'avantage, hein, ils ne sont pas bien encombrants…)




C'est le pendant des lettres rugueuses, il permet d'introduire les sons complexes (A + N qui dont AN, etc) et je l'ai utilisé en complément des premières lectures Montessori de niveau 3. Même si, je l'avoue, de manière moins systématique / académique que les lettres rugueuses.
En effet
  • E. a vite montré qu'elle souhaitait avancer plus vite : du coup, hop, leçon en 3 temps puis "encore"... bon ben n'en voyons pas que 3 d'un coup alors, voyons en 5.
  • F. avançant moins vite que sa sœur j'ai d'abord voulu faire attendre E. puis j'ai fini par lâcher l'affaire et permettre à E. d'avancer à son rythme : du coup elle a appris chaque graphème avec le livre des premières lectures Montessori de niveau 3 correspondant, et F. intègre peu à peu certains graphèmes avec les schtroumpfs…

J'ai néanmoins trouvé ce coffret encore très bien fait, avec juste un ou deux regrets mineurs du style : une des images illustrant le "ou" est un "hibou". Et E. l'a tout d'abord nommé "chouette": le "ou" étant moins perceptible ainsi, elle est allée le caser… avec le "ch".



Moralité, et pour vous donner une idée de la manière dont cette progression s'est déroulée chez nous : l'avantage c'est qu'ayant deux enfants aux rythmes bien différents, j'espère que cela pourra permettre à d'autres parents de voir que c'est vraiment très personnel ;-)
  • F. n'a montré aucun intérêt pour les lettres jusqu'à peu avant ses 4 ans (2 mois avant) puis a appris la majorité des lettres rugueuses à ce moment-là; E. a été très vite intéressée par le sujet : 2 ans et quelques déjà. Elle les a apprises sur mes genoux quand son frère les révisait, et les connaissait toutes autour de son 3ème anniversaire
  • le déclic "combinatoire", F. l'a eu un an après son initiation aux lettres rugueuses, quelques semaines avant ses 5 ans, donc. Puis il y a eu une période de stagnation, et j'ai repris les choses en mains une petite année après, ce printemps. E. a eu le déclic combinatoire… euh… cet automne, je crois, vers 3 ans et 1/2. Mais j'ai été disponible de manière plus ou moins variable pour nourrir son intérêt pourtant dévorant. Elle a donc bénéficié de la reprise en mains du sujet pour son frère, au printemps.

Depuis, énormes progrès pour les deux.

Depuis quelques jours en particulier, E. lit tout ce qu'elle trouve
  • une phrase du bouquin que je lis, 
  • quelques mots que je tape sur mon ordinateur dans le cadre de mon boulot, 
  • les étiquettes de bouteille, 
  • et bien entendu, les livres qu'elle a en main : quelques bulles de Schtroumpf, quelques mots de Babar, une phrase d'un Petit Ours Brun… ou d'un prospectus. 
  • Elle empoigne volontiers ses "premières lectures Montessori" et on l'entend les lire dans sa chambre, une fois couchée. 
Ce weekend, elle a même tenté… de lire les noms des colonnes du fichier Excel de comptes que je remplissais : "A-Q, A-R, A-S, A-T, A-U... O ! Maman y a "O", là !". Gros fou rire.



F. déchiffre volontiers quelques mots par ci par là, et se laisse prendre au jeu en fonction des moments / incitations (les Schtroumpfs étant ce qu'il y a de plus sexy).

Et moi, je m'éclate à observer et accompagner.


Ah, Ah, Ah oui vraiment, 
L'apprentissage de la lecture c'est bien marrant 
(à chanter sur l'air du refrain de Cadet Rousselle - OK je sors)



mardi 19 janvier 2016

Périodes sensibles de l'enfant - périodes sensibles de ses parents!

Parce que décidément il ne faut "jamais dire jamais", un petit billet sur un constat que je trouve à la fois comique et touchant, concernant les fameuses périodes sensibles de l'enfant.

Je ne vais pas revenir sur le concept en lui-même, mais pour mémoire, il s'agit de ces périodes, identifiées par Maria Montessori, pendant lesquelles un enfant se passionne pour quelque chose, se montre capable de grande concentration et intègre avec beaucoup de facilité tout ce qui s'y rapporte si son environnement met à disposition le nécessaire. 


Effet collatéral intéressant desdites périodes sensibles
les périodes sensibles du Bébou déclenchent leur équivalent.... 
chez moi.

La preuve par deux exemples particulièrement frappants.


Période sensible de l'ordre (De la naissance à 6 ans en temps normal - 28 ans à ? chez la Gwen)

La notion de période sensible est, rétrospectivement, celle qui m’aura permis d’« entrer » dans la pédagogie Montessori. La manière dont le tag « Montessori » était utilisé et dévoyé au quotidien aurait en effet plutôt eu tendance à me détourner de cette pédagogie, si l’observation du Bébou n’était pas venue confirmer les premières bribes de véritable information que j’avais sur le sujet (notamment le billet de Clotilde).

Car vers les 18 mois de F. sa période sensible de l’ordre s’est manifestée, démontrant par A+B à mes yeux jusque là sceptiques l’existence de cette fameuse période sensible. En effet, une chose était sûre, ce n’était pas de moi, sa bordélique de mère, qu’il pouvait tenir ce soudain souci de l’ordre! Ooooh non, aucun risque, j'étais allergique au rangement. Aucun risque non plus de faire de moi quelqu'un d'ordonné.

Aucun risque ? 
  • Observer ainsi un F. tout soucieux de repérer quelle était la place de ses chaussures dans l'entrée m'incita à lui permettre ce repérage en prenant garde, moi aussi, de toujours replacer lesdites chaussures à la même place. (énorme effort de discipline pour moi !) 
  • Il en fut de même pour le manteau (exploit!).
  • Puis, une fois arrivée dans notre nouvel appartement, réaliser qu'il était intéressé par le fait de ranger ses jouets m'incita à lui faciliter la tâche et à transformer le gros bazar dans lequel étaient ses jouets en un ensemble restreint et appréhendable, par le biais d'un premier système de rotation des jouets (du jamais vu !). 
  • Et quelques semaines plus tard, je me mettais enfin à la méthode Flylady, alors que je la connaissais depuis 10 ans sans l'avoir appliquée (d'autres facteurs se conjuguèrent à la période sensible de l'ordre de F. pour me faire enfin sauter le pas, j'y reviendrai bientôt dans un billet spécifique [edit: ici! puis !], mais tout de même, ce fut bien elle qui constitua le premier coup de pouce dans ce sens).

Ainsi la période sensible de l'ordre de F. déclencha-t-elle une étape dont on pouvait même douter qu'elle eût jamais eu lieu dans ma propre enfance : la période sensible de l'ordre... de la Gwen. (presque une année complète après les faits, ma propre mère n'en revient toujours pas).


Période sensible du langage (2 mois - 6 ans en temps normal -  chez la Gwen : 29 ans à.... pas de limite, je crois que je ne suis pas prête d'en sortir)

Depuis des mois maintenant, F. est en pleine période sensible du langage. 
  • s'intéressant aux mots nouveaux, 
  • soucieux de nommer précisément les choses, 
  • s'attachant à produire des phrases correctement construites.
Et... nous aussi.
Il y a 
  • les efforts louables pour éviter les exclamations inélégantes (ouh que c'est compliqué!)
  • l'attention portée à privilégier, autant que possible, l'emploi du nous face à ce "on" si généralisé, 
  • et l'intérêt subit pour la dénomination exacte d'une foule de petites choses. 
Ainsi la conscience, acquise, grâce à la lecture de l'Enfant, de la capacité et de l'intérêt du petit l'enfant à apprendre le mot juste me pousse à enrichir, moi, mon vocabulaire et ma connaissance du monde, pour ne pas le cantonner, lui, à des termes approximatifs.


Ainsi repousse-je, pour le moment, la sortie du puzzle sur les arbres, acheté il y a quelques mois chez Absorbent Minds : avant de le lui présenter, il me faut d'abord apprendre le nom des arbres  représentés...




Ou comment je me retrouve dans la phrase si juste de Clotilde :

on ne peut pas élever ses enfants sans s'élever soi-même !



jeudi 3 décembre 2015

Hélène euh, Montessori et les/mon garçon(s)

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A l'origine du billet d'aujourd'hui, des réflexions provoquées par le très intéressant billet de Laura des petits homeschoolers, et par l'observation de la fille d'un couple d'amis venus en visite quelques jours plus tard, fille 6 mois plus jeune que notre F.

En effet, au cours du weekend la fille desdits amis s'est littéralement jetée sur notre coin Montessori et a fait et refait la plupart de ses activités, et cela a rendu assez évidente la différence d'approche entre F. et elle, me permettant alors de dresser le bilan suivant
  • Les plateaux à disposition, qui ont captivé la miss de nos amis, éveillent peu l'intérêt de F., ou alors de manière très passagère, et ce y compris les versés qui avaient pourtant connu un début de succès : ceux-ci dégénèrent à présent très rapidement en "je vide tout par terre et je pars en courant"
  • Exemple du plateau de pompons à trier par couleurs: celui-ci ayant longuement occupé la demoiselle; le Bébou s'y est du coup ré-intéressé un peu plus tard... pour lancer les pompons à travers la pièce
  • Vous avez peut-être encore en mémoire le franc succès rencontré par ma première présentation de la première boîte de couleurs; depuis j'ai persévéré et F. s'y est intéressé, il la sort parfois spontanément mais jamais pour plus longtemps qu"une unique manipulation
  • Généralement d'ailleurs, il ne répète que rarement une manipulation 

Ces observations, assorties des éléments de réflexions très intéressants apportés par Laura sur les différences de développement et de besoins qui peuvent exister entre garçons et filles, ont ainsi été sources de nombreuses interrogations :
  • quels sont les besoins de mon enfant ? 
  • est-ce que ces activités assises, calmes tiennent compte :
    • d'un besoin de mouvement peut-être plus grand chez lui ? 
    • d'une évolution plus tardive côté motricité / motricité fine ? 
Il adore pousser les poussettes, et durant le fameux weekend celle de notre petite visiteuse a ainsi rencontré un succès fou; il a par ailleurs profité d'avoir la trottinette apportée par la demoiselle à disposition tout ce weekend pour enfin apprendre à s'en servir correctement (jusqu'à présent, il s'asseyait sur celles qu'il empruntait au parc....)
Or mon principal "modèle" en termes de pédagogie Montessori étant elle-même maman de filles, mes attentes n'en seraient-elle pas biaisées ? Ne suis-je pas plus ou moins en train de "plaquer" sur mon fiston un modèle de développement qui ne lui convient pas ?


Ceci dit, la poursuite plus avant de mes réflexions, conjuguée à l'observation du Bébou, m'a permis de compléter ces premières interrogations des remarques suivantes:

il se concentre.... mais peut-être tout simplement pas là où je l'attends ?
  • il se montre très intéressé par les puzzles
    • je signale ici le grand succès des puzzles de zoologie récemment arrivés chez nous (les 3 plus faciles, les autres sont plus compliqués et honnêtement même moi j'ai du mal) : il les prend spontanément et les refait l'un après l'autre en prenant le soin de les ranger.... à l'exception du dernier, généralement, dont les pièces finissent éparpillées sur le tapis
    • et ceux là récemment reçus (une chouette marque allemande, Bino Mertens) ont été accueillis avec beaucoup d'intérêt et répétés de nombreuses fois








  • une activité qui suscite quasi toujours beaucoup d'enthousiasme, et source de concentration, sont les gommettes : tri par forme, par couleur, placées sur une ligne... tout est bon !
  • cela fait plusieurs semaines qu'un circuit de train en bois nous a été donné, celui-ci captive l'attention de F. pendant de longs moments au quotidien 
Par ailleurs :
  • il "progresse" en peinture : c'est une activité que j'ai tardé à introduire car l'aspect logistique m'intimidait; elle fait à présent régulièrement partie de mes propositions et F. y passe de plus en plus de temps; (ou plutôt, de moins en moins peu de temps); ses manipulations se font plus élaborées, plus autonomes
  • il traverse depuis peu une période dont j'avais entendu parler sur plusieurs blogs mais que je pensais avoir ratée en lui ayant enseigné le geste assez tard : le lavage de mains compulsif, ou plutôt, la répétition "pour le plaisir" de ce geste. 
  • cette semaine, il a découvert les jetons du jeu de nain jaune oublié chez nous par nos amis et a improvisé une activité de tri par couleurs, et ce pour une durée prolongée puisque la quasi totalité de la boite de 100 jetons y est passée
  • enfin, nous avons reçu ce jeu de mise en paire détail / tout et le Bébou m'a bluffée car après m'avoir observée en train d'assembler les 3 ou 4 premières paires, il à continué de lui-même en positionnant ses paires bien en dessous des miennes








Enfin, en ce moment, son énergie ne serait-elle pas également sollicitée / investie ailleurs?
  • le développement de la parole se fait à une vitesse phénoménale, son vocabulaire s'enrichit de jour en jour, les phrases gagnent quotidiennement en complexité et l'expression en précision; les articles sont de plus en plus souvent utilisés, les adverbes débarquent en force....
  • des progrès très nets se font également voir dans sa gestion des émotions : il verbalise de mieux en mieux et nous le voyons par exemple régulièrement faire le geste de taper sa peluche ou un meuble en disant "tape pas personne" (puisque quand il cherche à taper une personne, notre réaction, inspirée d'Isabelle Filliozat, est de rediriger son geste vers un objet en disant "tu es en colère, tu as le droit d'avoir envie de taper, mais tu ne tapes pas les personnes, tu peux taper les objets, ton mouton par exemple") - gestion des émotions soumise par ailleurs à rude épreuve ces dernières semaines avec mon retour au boulot à surmonter.... Mais justement, ces derniers jours nous ont montré un Bébou plus calme, plus serein, les colères se sont espacées....

Ces observations m'incitent à approfondir encore mes réflexions, et dans plusieurs directions
  • aller creuser un peu côté théorie Montessori : que dit-elle (si elle dit quelque chose) sur des besoins spécifiques garçon / fille ? Non pour enfermer F;, ou plus tard sa soeur, dans un schéma de pensée et de fonctionnement, mais pour ajouter une clé de lecture possible à la compréhension de mon enfant. Si vous connaissez une ressource particulière sur le sujet, un chapitre, etc, go go go !
  • creuser aussi davantage côté Charlotte Mason et en particulier son apport sur le besoin d'exercice physique L'article publié par Laurence aujourd'hui tombe de ce fait à pic, et du coup je pense que le facteur ne va pas tarder à m'apporter le bouquin écrit par Laura....
  • et puis tout bonnement, me recentrer sur l'observation de mon enfant et la compréhension de ses besoins / son stade de développement, en allant chercher dans l'une ou l'autre pédagogie, mais aussi dans notre quotidien, sans se focaliser sur du formel, les éléments qu'il recherche à ce moment, et non les éléments dont j'aimerais qu'il les cherchât (oui j'ai casé un imparfait du subjonctif. C'est jeudi soir, ma semaine de boulot est terminée, toutépermi - c'est LA FETE)


mardi 27 octobre 2015

Emerveillement

La pédagogie Montessori me rend plus heureuse en tant que mère. Jolie phrase, non ?

Mais c'est très vrai.

Van Dongen, la dame au chapeau noir
Vous avez peut-être fait l'expérience de comment un minimum de culture musicale permet de mieux apprécier une symphonie, parce qu'elle nous en fournit des/les clés (sur ce point, j'ai malheureusement des "lacunes dans l'ignorance"...). 

Comment des notions d'histoire de l'art viennent subitement changer le regard que nous portons sur un tableau, en nous rendant sensible à ce qui jusque là restait caché à nos yeux (en ce qui me concerne, quelques années de mariage avec un féru de peinture, et donc quelques dizaines - centaines ? - d'heures à être traînée par Monsieur Bout passées dans des musées plus tard, je perçois la différence. La preuve, je finis même par y prendre goût).


Ou encore de comment une solide formation littéraire transforme totalement votre manière de lire, comment le plaisir que vous prenez à bouquiner se trouve décuplé par la perception soudain beaucoup plus fine que vous avez des leviers qui en font un chef d’œuvre (et accessoirement, comment du coup les bouquins foncièrement mal écrits vous tombent soudainement des mains. Ma capacité à m'amuser des livres de Barbara Cartland et autres romans de gare n'a ainsi pas survécu à une année d'hypokhâgne).
Monsieur Bout complèterait sans doute cette énumération d'un "comment des connaissances en œnologie permettent de mieux apprécier un vin", etc, mais là dessus je passe, et puis vous aurez compris l'image.

...

Un enfant, c'est comme une symphonie, un tableau (d'art abstrait....), un roman à clés : c'est hermétique, ça envoie des messages, suscite des émotions. On peut, au mieux, passer complètement à côté et rester aveugle. Mais aussi mésinterpréter et bonjour les conséquences. Puisqu'à l'inverse du bouquin, point trop perturbé par le fait que nous passions à côté de son sens profond, notre enfant a besoin que nous comprenions ce qu'il exprime (un besoin), et d'être accompagné dans sa satisfaction.

Merci donc à Montessori de m'avoir avertie du fait que quand mon fils veut transporter les bidons de lessive d'un bout à l'autre de la cuisine, les vases d'un bout à l'autre du salon, ses peluches d'un bout à l'autre de l'appart, ce n'est pas par ennui, encore moins pour m'embêter, mais pour se construire.
Merci de m'avoir appris que quand il redemande 10 fois le même livre, et cherche à monter et descendre 15 fois l'escalier qui permet de sortir du parking souterrain de notre immeuble, ce n'est ni une "obsession", ni un caprice, mais un apprentissage, un exercice.
Merci de m'avoir expliqué que quand il tient absolument à replacer ses chaussures sur le 2ème étage (pas le 1er !!!) du banc à chaussures, c'est qu'il est sensible à l'ordre et que lui dire "c'est pas grave" pour accélérer les choses perturbe ce sens de l'ordre: si, c'est  grave.


J'aurais pu réagir avec agacement, brusquerie, ou au mieux une patience empreinte de lassitude et de condescendance ("je suis bien bonne") à tous ces comportements franchement incompréhensibles et pour lesquels les générations précédentes nous ont légué deux mots à la définition commodément extensible : "bêtise" / "caprice". (un caprice désignant d'ailleurs : soit l'obstination à vouloir faire une bêtise, soit l'expression de la colère suscitée par le fait qu'un individu de type adulte veuille empêcher ladite bêtise).
Eh bien, ça m'agace souvent, je fais parfois encore preuve de brusquerie, et ma patience n'est pas toujours sans contenir une dose de lassitude, mais quand même : je te dois, au quotidien, les 1000 petits bonheurs que je ressens quand je vois F. mettre deux minutes complètes à ôter une chaussette, fermer et ouvrir 50 fois le portillon de l'aire de jeux, et que je sais "pour quoi". Je le regarde et je souris.
Je te dois ce sourire que je me fais à moi-même (ou que j'adresse à Monsieur Bout si il est présent) quand je surprends mon enfant en plein effort, en plein apprentissage de la concentration.
Concentration intense... après avoir transporté les objets les plus lourds/encombrants de sa chambre vers le balcon
Je te dois la minute supplémentaire durant laquelle je sais patienter au lieu d'interrompre des activités apparemment "sans but" (et en effet !) à mes yeux, et la douceur avec laquelle j'essaie de le faire quand je n'ai pas le choix (fichu timing).
Je te dois, de ce fait, nos réflexions actuelles sur la scolarisation ou non des Bouts (et tout particulièrement du Bébou, en septembre prochain), parce qu'aujourd'hui le principal inconvénient que je vois cette scolarisation, donc au fait d'adopter un rythme scolaire, c'est : nous retrouver avec un timing serré, trop serré pour eux.(je me retrouve tellement bien dans cet cet article de Laurence !)

Et surtout je te dois tous ces moments où ton observation de nos chères têtes blondes m'incite à arrêter d'agir et à, moi aussi, observer mon enfant et m'extasier des forces qui le poussent sur le chemin de son développement.

Ainsi, depuis trois jours, les pronoms personnels ont fait leur apparition dans la bouche de F. . D'abord le "il" et le "elle", puis le "toi", utilisé pour tout le monde y compris lui-même avant de l'être à bon escient, et à présent des ébauches de "moi", "tu, "je". 
Et j'adore. J'adore parce que, comme quasiment tout parent aujourd'hui, j'ai lu/entendu que l’utilisation du "je" est une borne importante sur le chemin de la construction de la personnalité d'un enfant.

Mais j'adore aussi parce que ces pronoms sont venus après les noms, les verbes, les adjectifs, les prépositions et conjonctions. 
C'est-à-dire exactement dans l'ordre annoncé par "l'esprit absorbant de l'enfant" et son schéma sur le développement du langage, dont la lecture m'a ainsi permis d'être sensible (= me réjouir au fond de mon cœur) au franchissement de chacune de ces étapes.

Je n'avais pas conscience d'à quel point ce trésor était précieux, mais une discussion récente avec ma propre maman m'a permis de réaliser qu'elle-même, malgré plusieurs enfants, n'avait jamais perçu que ces groupes de mots venaient toujours dans le même ordre. Elle l'apprenait par ma bouche, et en était rétrospectivement toute émue.


Merci donc à Montessori de ces clés de lecture, et de cet émerveillement sans cesse renouvelé, à chaque fois que tu me permets de comprendre mon enfant.