PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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jeudi 5 décembre 2019

Mon enfant pleure / fait des crises : ai-je raté quelque chose dans son éducation ?

Quel régal pour les parents que les pleurs et crises de leurs jeunes enfants (je parlerai ici des enfants à partir de 1 an environ, et jusque… ben… ça dépend de pas mal de choses notamment de leur maturation émotionnelle).
Ces épisodes qui peuvent être très fréquents autour de 2-3 ans, embellissent les journées en eux-mêmes.

Ils ont aussi souvent le don supplémentaire d'insécuriser les jeunes parents, et de les inquiéter plus ou moins fortement. Est-ce "de leur faute" si leur enfant se met dans des états pas possibles ?


Notons que l'inquiétude peut aller dans deux sens


  • 1. "Mon enfant fait des crises : est-ce que je le gâte trop ? Suis-je en train d'en faire quelqu'un de colérique / despotique plus tard ? Devrais-je être plus sévère afin qu'il voie qu'il faut qu'il arrête son cinéma ?". 
Tous ces doutes sont très souvent enracinés dans, ou au moins amplifiés par les remarques de l'entourage qui fréquemment vont dans ce sens :
"Eh bien, si il se met dans ces états là à 3 ans, ça promet pour l'adolescence"
"Moi, les miens ont toujours su où étaient les limites et aucun d'eux n'aurait osé causer de crises pareilles"
"MES enfants ne font jamais ça"
ou autres "il est souvent comme ça ??!" lourds de sous-entendus
"Si tu le tenais, il se tiendrait à carreau"
"Tu vois, à force de l'écouter, il ne supporte plus la frustration. Tu lui montrerais plus clairement les limites, tu n'en serais pas là."


Ca vous dit quelque chose ?
Combien de ces cases cochez-vous régulièrement dans votre petit bingo personnel ?
Réjouissez-vous, les fêtes approchent : si le temps passé dans des centres commerciaux ne suffit pas à vous constituer un stock suffisant d'occasions de jouer au bingo, vous pourrez compter sur les réunions de famille pour compléter : bref, vous allez bientôt pouvoir ressortir votre grille !



Donc, d'un côté, on peut avoir l'impression que les pleurs / crises de l'enfant seraient le signe d'un problème d'éducation : on est trop laxiste.

  • 2. Et de l'autre, de nombreux parents débutant en parentalité positive culpabilisent beaucoup face aux crises de leur enfant : est-ce bienveillant de le frustrer au point qu'il part en crise ? 
Est-ce qu'ils ne feraient pas mieux d'accéder à sa demande ? 
Est-ce qu'ils ont raté quelque chose : ne devraient-ils pas être en mesure d'éviter à leur enfant de se mettre dans un état pareil ?



Bref, la question du jour c'est :
la crise d'un enfant est-elle forcément le signe d'un problème éducatif ? 
Trop laxiste ou au contraire trop strict / pas respectueux des besoins de l'enfant :
 on aurait juste l'embarras du choix ?


Creusons un peu.

1. L'enfant qui crise nous montre-t-il que nous le "gâtons" trop ?


Y a de très, très grosses chances que non.
En tous cas, rien ne permet d'affirmer comme ça qu'une crise de jeune enfant, c'est provoqué par une éducation trop laxiste.

Une crise d'enfant, ça a notamment à voir avec l'apprentissage de la frustration, c'est douloureux, ça fait passer notre enfant par des tourbillons émotionnels qu'il ne sait pas gérer et sa manière d'extérioriser, c'est la crise.
Est-ce qu'une personne un minimum informée irait prétendre qu'un bébé de 2 mois qui pleure quand il est en situation d'inconfort (faim froid chaud sommeil manque de calins) va être une personne pleureuse plus tard ? Non, on sait bien que les pleurs sont le seul moyen d'expression du bébé à ce stade, et que ça va évoluer.

Eh bien c'est pareil pour les crises un peu plus tard : à un âge où la maîtrise du langage est encore très approximative, et où le niveau de maturation du cerveau et donc de capacité du rationnel à endiguer les tempêtes émotionnelles est encore très limité (je vous invite à aller regarder chez Daniel Siegel pour des explications à la fois précises et simples sur le développement du cerveau et le lien avec les fameuses crises), souvent le jeune enfant n'est pas encore capable de sortir ce qui se passe en lui autrement que par une crise
Et comme pour le bébé, c'est provisoire, à ce stade, et ça va évoluer.

Alors c'est normal ? OUI.


Mais les gens qui disent que c'est pas normal ?
Plusieurs explications possibles, en voici 3-4 auxquelles je pense assez rapidement

  • 1. la fréquence et l'intensité des crises varient selon les enfants

Je lisais récemment que 80% des jeunes enfants en font régulièrement, tout de même, alors certes je n'ai pas retenu la source mais en tous cas ce que je retiens c'est qu'en ateliers Faber et Mazlish, entendre d'autres participants raconter les crises de leurs petits est toujours un grand moment de soulagement et suscite de nombreux "ah ben si vous saviez comme ça me rassure de vous entendre, y a pas que chez moi en fait !". 
Et sur mon échantillon très représentatif de 2 Bébous je constate également cette variation : là où la crise est un mode fréquent d'expression du Bébou (avec toutefois de très très nettes évolutions vers plus de calme ces derniers mois), c'est incomparablement plus rare (et moins intense) chez la Bébounette… et pas pour les mêmes raisons, en plus : chez elle les limites ne déclenchent que fort rarement ce genre de réactions… mais malheur à nous si nous osons utiliser un mot pour un autre ! (appeler "T-shirt" son haut de pyjama = ERREUR FATALE merci la zébritude)

  • 2. Ils n'ont pas d'enfants eux-mêmes

Votre petite cousine de 17 ou de 24 ans, par exemple. Ben j'étais pareille à son âge : "MOI jamais mes enfants ne feront de crise pareille. JA-MAIS.
Hélas, je n'ai plus 17, ni 24 ans. (en revanche, j'ai 29 ans. Pour encore beaucoup d'années.)

  • 3. "oui mais nos parents ? nous pouvons être à peu près certains qu'ils en ont eu, hein, des enfants…" Oui, ils ont eu des enfants, ils ont eu des enfants petits, des enfants qui ont très probablement fait des crises, et … et ils ont OUBLIE. 

Si si, je vous assure. A des parents plongés jusqu'au cou dans les crises de leurs enfants, il semble inimaginable de pouvoir oublier cela un jour. Eh bien rassurez-vous, il y a de fortes chances qu'il en soit de même pour vous un jour. C'est fou hein ? 
J'en ai fait l'expérience avec ma propre maman, qui m'affirmait avec la plus parfaite bonne foi du monde que jamais aucun de ses nombreux enfants n'avait fait de colères comme celles de F. 
Gros avantage : ayant 12 ans de différence avec mon dernier petit frère, je me souvenais encore trèèèès bien des colères monstrueuses que celui_ci pouvait piquer à 2-3 ans, puisque âgée de 15 ans à ce moment je m'en occupais beaucoup. Et j'avais encore dans les oreilles ses hurlements vrillant le cerveau, moi. Mais elle pas. Quel soulagement de réaliser cela !

  • 4. Effectivement si on réprime systématiquement les crises, chez beaucoup d'enfants cela finira par les faire diminuer. 

Le souci c'est qu'ils ont auront ainsi appris à réprimer les émotions, à garder à l'intérieur d'eux-mêmes ce qui les agite, intégrant ainsi des mécanismes de répression émotionnelle qui causent de lourds dégâts plus tard. La manière dont la majorité des adultes d'aujourd'hui, éduqués en mode répression des crises, gère ses émotions, sa colère, sa frustration est-elle vraiment exemplaire ? Hum ? 
Entre ceux qui continuent à nier leurs besoins et leurs émotions et font de jolis burnout ou de charmantes dépressions, et ceux qui extériorisent de manière désordonnée (accès de colère, agressivité, addictions…)


Voyons le cas numéro 2



2. Je cherche à agir avec bienveillance envers mon enfant, et malgré tout, mon enfant hurle : suis-je un mauvais parent bienveillant ?


Décliné en
"Mon enfant de 18 mois s'intéresse beaucoup au contenu du réfrigérateur. Quand je l'empêche de l'ouvrir et d'en sortir le contenu, il se jette par terre et hurle. Devrais-je laisser faire ?"
ou la variante
"Mon enfant est à l'âge où il ouvre tous les placards et en sort tout le contenu, je passe mes journées à ranger derrière lui, cela m'épuise. Mais quand je l'en empêche, il tambourine sur le placard en hurlant."
"Mon enfant de 2 ans a la gastro, il a piqué une crise quand j'ai refusé de lui donner du lait au petit déjeuner. Aurais-je du céder ?"
"Mon enfant de 3 ans demande en permanence à être porté. Son père et moi finissons par en avoir des problèmes de dos. Mais quand nous refusons, c'est la crise, alors nous continuons."

Alors : frustrer son enfant au point qu'il part en crise, est-ce ne pas être bienveillant ?

Après tout, en parentalité positive, on adopte un autre point de vue grâce à d'autres connaissances
  • on ne voit plus le vidage de placards ou de frigo 
    • comme un caprice / un défi / un truc à punir, 
    • mais comme l'expression de la curiosité de l'enfant. 
  • On ne voit plus la crise pour avoir du lait malgré la gastro 
    • comme le signe que vraiment on a un enfant-pas-raisonnable-du-tout, voire un tyran en puissance, 
    • mais on comprend que voir ses habitudes de petit-déjeuner ainsi perturbées, et un aliment normalement "ok" passer dans le club du "non ok" même provisoirement, soit un drame pour un petit. 
  • On ne voit plus l'envie d'être porté 
    • comme une tentative de manipulation / d'accaparement - volonté de soumission du parent à la toute puissance de l'enfant / un signe évident de grosse flemmardise à combattre instantanément sous peine de devoir porter l'enfant jusqu'à ce que, à 18 ans, il ait enfin, enfin, enfiiiin son permis et puisse se faire porter par la bagnole que nous lui aurons offerte avec un soulagement sans bornes, 
    • mais comme un besoin de contact, de réassurance.
On apprend à repérer les besoins de son enfant, et on se montre soucieux de les combler.

Mais alors du coup, là, quand l'enfant crise, on doute, en se disant que la crise est le signe qu'on est passé à côté d'un besoin.
Ou pas.

Parce que n'oublions pas que nos enfants ont plusieurs besoins, d'abord, et que ceux-ci peuvent être en contradiction entre eux, notamment parce que l'un de ces besoins, c'est effectivement d'apprendre à se repérer dans le monde dans lequel ils vivent. Or ce monde
  • est rempli de rapports de cause à effet vraiment relous. Genre : quand je bois du lait-qui-est-très-agréable-à-boire je prolonge ma gastro-qui-n'est pas agréable-du-tout-à-avoir. Ce qui impose des restrictions très désagréables sur des choses pourtant très agréables au départ.
  • est aussi peuplé de gens qui ont des limites personnelles, avec lesquelles il faut composer, parce que parfois les besoins des parents et les besoins des enfants peuvent s'opposer. Le besoin d'ordre du parent avec le besoin de découverte de l'enfant. Non les gens ne sont pas prêts à reranger 68 000 fois leurs placards dans une journée.
  • est rempli de trucs qui excitent le désir, sans que le combler ne soit un besoin. Parce que besoin n'est pas égal à désir. 
    • Je peux désirer me faire porter; et mon parent avoir besoin d'épargner son dos. Dans ce cas là, porter nuit à mon parent. 
    • Aller au delà de la demande exprimée par l'enfant, peut même permettre à la fois de combler son vrai besoin, en prenant en compte celui du parent : si besoin de contact physique, gros câlin dans le canapé. Si besoin d'attention, un jeu ou une histoire ensemble. Si besoin de réassurance, une histoire sur le sujet qui en fait turlupine l'enfant.

Donc, la parentalité positive nous incite à un changement de point de vue, mais vouloir agir en parent positif ne signifie pas automatiquement se sacrifier à tout moment sur l'autel de la parentalité, en piétinant allègrement tous nos besoins.
Non, la parentalité positive nous invite à un gros travail de discernement sur nos besoins, nos limites, les besoins de nos enfants (allez donc relire ce billet dédié à ce sujet essentiel), et
  • nous donne toute une série d'outils pour aménager un peu le sentiment de frustration, le diminuer pour qu'il soit plus facile à digérer : utiliser l'humour, donner des choix, offrir des alternatives. Par exemple, à l'enfant qui veut toucher au frigo et aux milles placards, on va laisser l'accès à deux placards (celui des tuperwares et celui des torchons - ah non zut c'est trop chiant à replier - bon celui des casseroles alors) et on va utiliser un autre outil de parentalité positive : agir sur l'environnement, en mettant hors de portée (y compris par des bloque-portes) ce qui excite la convoitise de notre enfant. On lui en permettra la découverte à des moments précis où on est d'attaque (par exemple par le biais de paniers aux trésors)
  • nous invite à accompagner nos enfants dans la crise causée par la déception : il ne s'agit ni de calmer à tout prix la crise, ni de la réprimer, mais bien de l'accompagner, de l'aider à la traverser, en verbalisant l'émotion, en indiquant des manières acceptables d'exprimer sa frustration.

La crise de l'enfant peut exprimer un besoin d'un truc… ou pas
Mais ce qui est sûr c'est qu'elle exprime deux autres besoins :
  • le besoin de soutien dans un moment difficile (soutien n'étant pas égal à "céder et donner ce que l'enfant veut", mais égal à "comprendre l'émotion et aider à la traverser, non l'éviter à tout prix")
  • le besoin d'apprentissage : apprendre à gérer ses émotions. Parce qu'un enfant qui se met en colère ne sait pas encore faire autrement, certes, mais on peut profiter de chaque colère pour l'aider, peu à peu, à acquérir une plus grande maturité émotionnelle. Nous noterons le "peu à peu" : il s'agit vraiment d'un très long travail, donc si notre enfant fait encore des crises après 3 mois à l'accompagner avec des câlins rassurants, des outils, une météo des émotions, une roue de la colère… est-ce le signe que nous l'accompagnons mal ? Eh ben encore non. C'est juste que cet apprentissage prend plusieurs années, parce que le cerveau met plusieurs années à atteindre un premier niveau de maturité.

Dernier point; d'énooormes colères prolongées ultra fréquentes, peuvent, parfois, être à relier avec une blessure plus profonde chez l'enfant : angoisse de séparation par exemple, traumatisme passé inaperçu, situation difficile… dans ce cas, un besoin vient s'ajouter aux autres : un besoin d'accompagnement supplémentaire, par le biais d'un psy (bienveillant) notamment.
A noter que cet accompagnement peut parfois être aussi un accompagnement médical au sens propre : que de familles ont découvert que les frustrations incompréhensibles manifestées par leurs rejetons venaient en faite d'une déficience visuelle ou auditive non décelée !


Allez, je vous (nous^^) souhaite des colères zen !
(Ps : curieuse... par quelle phrase complétez-vous le bingo?  😁) 

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jeudi 28 novembre 2019

Développer l'empathie... ou l'égoïsme ? Petit Bout de "Aimer nos enfants inconditionnellement", d'Alfie Kohn

(bon, mon billet sur le lien supposé entre crise des enfants et la qualité de l'éducation que nous leur donnons n'est pas tout à fait finalisé… Mais j'ai un truc tout frais à vous raconter donc hop, petit billet de blog de circonstance, en mode "petit bout de livre" mêlé à un "moment de parentalité positive").

Cela fait quelques semaines que j'avance dans la lecture d' "Aimer vos enfants inconditionnellement", d'Alfie Kohn, offert par mon gentil éditeur (parce que je papillotte si joliment des cils). Je viendrai vous en dire plus dans un billet global, mais tout à l'heure, il s'est passé quelque chose qui m'a fortement fait penser au passage suivant.

Aimer nos enfants inconditionnellement, Alfie Kohn, pp. 93 et 94




Lire ces paragraphes, et toute la réflexion développée autour de l'empathie, m'avait bien fait réfléchir.
Ca fait belle lurette qu'en adepte de Faber et Mazlish, l'absurdité du recours aux punitions m'était évidente : la punition divertit l'enfant de ce qui s'est passé en le focalisant sur ses sentiments d'indignité, de rancœur, etc.
En parallèle, j'ai trouvé utile que F. et E. perçoivent les conséquences réelles de leurs actes : 
  • quand on renverse, on a besoin de nettoyer, 
  • quand on met du temps à se préparer, on peut avoir moins de temps pour la sortie projetée, par exemple. 
Et quand ils m'asticotent, je peux avoir moins envie de faire plaisir.

Mais justement, sur ce dernier point, ces paragraphes m'ont permis de prendre du recul et de me dire "Attention, quand j'exprime les choses comme ça, je peux les conduire à focaliser leur attention sur l'inconvénient qu'il y a pour eux-mêmes dans le fait de m'embêter, et à négliger le souci de ce que je ressens, moi."
Cette lecture m'a donc permis de repérer un truc : sans vouloir complètement renoncer à l'expression de mes envies ou pas de faire tel ou tel truc pour eux, j'ai réalisé à quel point je dois être prudente : en fait je risque, de moi-même, de leur présenter l'impact "maman n'a pas envie de jouer avec moi" comme étant bien plus important que l'impact "maman est embêtée". Je risque donc bel et bien, en cherchant à renforcer l'effet de mes paroles, de renforcer … des tendances égoïstes, au détriment du développement de leur empathie. Arf. Bien embêtant, hein ?



Et voici que cet après-midi...

F. asticote E. alors que je me suis posée hippopotamesquement sur le canapé après une sortie.
J'arrive dans la cuisine et exprime mon mécontentement : 
"Le goûter c'est pour tout le monde ! Quand j'entends qu'on fait exprès d'embêter sa sœur en l'empêchant de prendre une tartine, ça m'agace vraiment ! "
F. continue à tourner autour de la table de la cuisine en tenant bien haut la tartine visée par sa sœur, mais ralentit pour se renseigner
"Et du coup ça fait quoi ?"

Tentation. 
J'ai bien envie de lui donner à sentir que mon agacement n'est pas une bonne chose, je pourrais dire que "ça ne me donne pas envie de ..."; mais je repense à ce passage ; je repense au fait qu'en plus je ne le pense pas, ce truc, là, à ce moment; qu'il n'y a pas de question d'envie ou de pas envie réelle ou supposée. 
Alors je me recentre et je prononce la phrase suivante.
Notons qu'à l'instant où je prononce ces mots, je le fais tout en me sentant à demi-bête / un peu "à poil": je suis clairement en train d'abandonner tout moyen de pression.
"Eh bien ça m'énerve vraiment de voir cela."
"Ah ok. Alors je vais m'arrêter."
Réponse de F.,  formulée sur un ton posé, en déposant les armes la tartine sur la table. Et F. s'arrête, se détourne de sa sœur. Et entame une conversation tranquille sur un autre sujet 2 minutes plus tard.


Nota:  j'ai failli diminuer la portée de ce que je disais par un "c'est tout" : j'aurais ainsi déprécié toute seule la valeur de mes propres sentiments / l'intérêt que F. était susceptible de leur porter. Mais je ne l'ai pas fait ! J'ai laissé F. parfaitement libre du degré d'importance qu'il voulait y attacher, sans le minorer, ni au contraire l'intensifier en mode "et c'est grave ça". APPLAUSE.

mardi 26 novembre 2019

Concours : la fin, le début, l'éternel recommencement

Petit billet rapide en complément des annonces faites sur Facebook / Instagram : les gagnantes des 2 exemplaires de "200 moments de parentalité positive (ou pas)" ont été désignées par des mains innocentes (innocentes, mais pas forcément très propres, ça jouait dehors juste avant) ! Les résultats ont été communiqués dans le billet initial.

J'en profite pour annoncer, en consolation pour toutes les personnes que le sort a honteusement omis de favoriser, qu'elles vont bientôt pouvoir rejouer pour un autre concours : figurez-vous qu'avec les péripéties des dernières semaines je n'ai pas eu le temps d'organiser le traditionnel concours d'anniversaire du blog ! Il a discrètement eu 4 ans ce petit. Ciel mes aieux.
Vous aurez donc l'occasion de faire regrimper votre niveau d'adrénaline, je vous le promets pour début décembre, Noël-avant-l'heure-tout-ça.
Bon, je détruis déjà vos espoirs les plus fous : dedans y aura pas de 200 moments à gagner. Mais avant que vous ne courriez vous pendre avec des tagliatelles, je vous promets que parmi les lots proposés figurera un autre livre des Editions l'Instant Présent. Reste à savoir lequel : mon cœur balance...

Et d'ici là je ne vous abandonne pas : je mets notamment la dernière main à un billet sur un sujet pas du tout intéressant, surtout à l'approche des Fêtes, période favorable à la prise de poids, à la crise de foie, mais aussi à la crise de foi : les crises de mon enfant sont-elles le signe que je l'éduque mal ?

A très très vite (demain peut-être ?) donc !



(eh mais, incidemment, mes stats me disent que ce billet est le 500ème publié sur le blog. C'est fou hein ! comme quoi faut vraiment faire la fête)

mercredi 20 novembre 2019

Tapis imbibé de jus de moules pourries (Epopée)

(rho si avec ça je ne décroche pas l'award du titre d'article de blog le plus accrocheur ! 
Nan sans blague si y en a qu'ont cliqué sur l'article juste à cause du titre : faites-le moi savoir d'un mot. Ça me fera plaisir)


Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, je vous emmène pour un petit voyage dans le temps.
Yep.
Je vais vous raconter une belle, belle histoire… Accrochez-vous, c'est du lourd.

Remontons aux premières années de mariage de la Gwen. Une époque 
  • sans blog (naaaan !), 
  • sans Bébous, 
  • mais aussi sans Flylady 
  • ni la moindre préoccupation ZD. 
J'étais contre les lâchers de sacs plastique dans la nature mais ça résumait assez bien l'étendue de mon engagement écologique.
Et voici qu'un beau soir...

Il faut savoir que jeunes mariés nous étions vraiment des quiches en gestion de notre foyer : ménage, rangement, papiers... C'était folklo. La gestion des courses / des restes ne se portait guère mieux, et nous avions aussi une certaine tendance à procrastiner la descente des poubelles.

Funeste combinaison.

Il advint donc qu'un beau jour, je me rendis guillerettement au Champion du coin faire mes courses (oui à l'époque il y avait des Champion  - old times mode ; et non à l'époque je ne faisais pas du tout mes courses en bio. J'ai commencé à les faire en bio au moment de la diversification du Bébou, pour ses purées), notamment en prévision d'un repas planifié avec une de mes soeurettes d'amour et son chéri.
  • piège n°1 : il y avait des barquettes de moules en promo
  • piège n°2 : j'ai fait ces courses après les avoir procrastinées toute la matinée, donc… à l'heure du déjeuner. Donc avec l'estomac dans les talons, ce qui est, c'est bien connu, la meilleure manière de faire enfler son caddie.
Résultat : c'est avec DEUX grosses barquettes de moules que je suis rentrée à la maison.
Moules qui en plus se sont révélées assez relou à éplucher.
Donc je n'en ai préparée qu'une pour notre repas (ce qui a tout à fait suffi).
Et l'autre est restée au frigo.
Longtemps.
Au bout d'une bonne huitaine de jours (je vous ai dit que notre gestion des restes, stocks, etc...) Monsieur Bout finit par constater que le film plastique gonflait et que, peut-être, une migration directe vers la poubelle serait adaptée.
Migration vers la poubelle, elle-même bien rebondie, et décision de sortir ladite poubelle.

Mais comme nous étions de bons gros feignants, descendre 4 étages (oui, même en ascenseur) par un temps frisquet (on a des excuses Monsieur le Juge, c'était l'hiver ! Enfin je crois. Suis pas sûre. Mais ça vaut quand même ?) un soir comme ça, brrrr : Monsieur Bout eut recours à notre stratagème habituel. 
Sac sorti de la poubelle, noué, et déposé sur le palier (bicoz petit immeuble = 2 apparts par palier; ma sœur et ses colocs habitant l'appart voisin = tolérance envers notre laisser-aller), pour le descendre le lendemain matin en partant en boulot.

Si ce n'est qu'étant à la bourre il oublia le sac sur le palier ce matin-là.
Pas grave...

Et moi le soir je rentrai benoîtement à la maison, quand, dès l'entrée dans l'immeuble… 2 choses me sautèrent au visage
  • une odeur abominable de cadavre en décomposition
  • la concierge (bien vivante, elle), furieuse

Vous sentez venir le truc ? (remarquez vu l'odeur pas moyen de passer à côté)
Sous l'effet des gaz la barquette de moules avait explosé, libérant le jus de moules bien vieilli, lequel avait eu raison de l'étanchéité du sac poubelle et avait imbibé le tapis d'escalier.
Tapis d'escalier (vous savez, les trucs à l'ancienne, bien épais, maintenus par des rivets en métal sur le dallage des marches), qui, incidemment, avait été envoyé au pressing pendant 6 semaines tout récemment. A grands frais pour la copropriété.

La concierge avait attaqué la bête avec moults produits, mais il n'y avait qu'à mettre le nez (nooooon surtout paaaas) dans l'immeuble pour constater que la bête résistait très bien.


Bien embêtée, je tâchais d'apaiser notre concierge, adorable en temps normal, mais évidemment un tout petit peu catastrophée par la situation, et lui promis de m'occuper d'y remédier
Bien embêtée, je visualisais déjà mille scénarios plus enchanteurs les uns que les autres; 
  • repayer le pressing pour un tapis long de 6 étages, 
  • passer de longues semaines à brosser un tapis en vain, 
  • investir dans une shampouineuse (en la rapportant dans les transports en communs … à l'époque nous n'avions pas de bagnole. Notre seul bon point écolo !)
Bien embêtée, je rentrai chez moi en apnée et, perdue pour perdue, commençai par solliciter Internet, des fois qu'il ait des idées alternatives miracles à me suggérer.
Je tapai "odeur tapis" dans le moteur de recherche.
Les 20 premiers résultats étaient tous identiques : bicarbonate de soude.

Euh ? Je n'avais jamais utilisé de bicarbonate de soude de ma vie. Que cachait ce nom barbare ? Pour sembler si efficace, ce produit devait sûrement coûter bonbon !
Petite vérification rapide : ah oui, 1 ou 2 € les quelques centaines de grammes selon le conditionnement choisi. J'allais clairement devoir craquer mon PEL.
J'étais sceptique, mais le plus beau dans tout ça : le mode opératoire à suivre était
  • humidifier (sans excès) le tapis avec de l'eau, de préférence gazeuse
  • saupoudrer généreusement de bicarbonate
  • NE RIEN FAIRE et attendre que le bicarbonate absorbe l'humidité et sèche : 24h
  • passer l'aspirateur sur le tapis
  • recommencer autant de fois que nécessaire

PAS BESOIN DE FROTTER !!!
J'étais sceptique donc, car c'était trop beau pour être vrai. Mais au moins, c'était une solution facile et peu coûteuse à tenter avant de se lancer dans l'achat et l'acheminement d'une shampouineuse à travers tout Paris.

Sous le regard également sceptique de Monsieur Bout, je suivis donc les instructions.
A la seconde où une couche épaisse de bicarbonate recouvrit la laaarge tâche laissée par le jus de moules, le changement se produisit : l'odeur atroce de cadavre en décomposition disparut instantanément.
Elle fut remplacée par… une forte odeur de bouffe pour chat. Pas top, mais un mieux incontestable.
Au fil des jours qui suivirent, quelques cycles bicarbonate - séchage - aspirateur s'enchainèrent.
5 jours après, je m'allongeai de tout mon long sur le tapis pour y coller mon nez. On ne sentait PLUS RIEN.

Autant vous dire que depuis, il y a toujours, TOUJOURS du bicarbonate dans mon placard.
Et que cet épisode glorieux m'a suffisamment marquée pour me donner, en quelque sorte, un capital confiance qui m'a été bien utile pour d'autres pas zéro déchet plus tard :
  • coller les bébous en couches lavables, en utilisant notamment du bicarbonate pour 
    • 1. diminuer la quantité de lessive utilisée tout en combattant les odeurs 
    • 2. en saupoudrer dans le seau à couches sales pour les neutraliser
  • remplacer mes produits cracra par du bicarbonate et du vinaigre blanc : ah ben oui, de simples produits naturels pas chers peuvent être au moins aussi efficaces voire bien davantage que ceux mis en tête de gondole dans les supermarchés

BICARBONATE I LOVE YOU.

Voilà, c'était un épisode de la merveilleuse vie de la Gwen. 





samedi 16 novembre 2019

CONCOURS TERMINÉ ! "200 moments de parentalité positive (ou pas)" à gagner !!

Pour fêter les 1 mois de la sortie de mon livre "200 moments de parentalité positive... (ou pas) ", les Editions l'Instant Présent et moi-même nous vous en proposons deux exemplaires à gagner !

200 moments de parentalité positive, c'est une chronique de 200 moments réellement vécus avec F. et E., durant lesquels Monsieur Bout et moi-même avons tenté d'appliquer ce que nous avions compris de la parentalité positive à travers lectures, ateliers, discussions,....
  • C'est donc du concret, avec des réussites et des échecs, visant non pas à montrer une vitrine désespérante par son côté lisse, mais à inspirer et encourager à avancer malgré les difficultés, puisque celles-ci sont normales et que la vie n'a que faire d'une logique de "tout ou rien" : dans la vraie vie, on fait de son mieux, et dans ce livre, c'est pareil.
  • C'est du concret avec quelques lignes d'analyse, pour aider à comprendre les mécanismes en jeu dans nos interactions du quotidien.
  • Et ce sont plus de 160 brèves références en notes de pied de page, contenant une citation ou redirigeant vers un paragraphe ou une page précis d'un ouvrage de référence sur le sujet : d'abord parce que je n'ai rien inventé, et ensuite et surtout pour compléter l'analyse ou pour permettre d'approfondir. Le but étant de pouvoir aller creuser le point concerné par l'exemple sans devoir se palucher un bouquin entier.
  • Et à la fin, c'est toute une boîte à outils pour retrouver tout ce qui est vu au fil du livre, mais d'une manière structurée facilitant la prise en mains.
  • Sans oublier bien sûr, une solide dose d'humour bien soutenue par les très jolies illustrations de Claire.

Ce livre s'adresse à la fois aux familles "débutantes" en parentalité positive, afin de découvrir cela par petites touches concrètes, et aux familles plus "expérimentées", afin de consolider les réflexes en puisant de l'inspiration supplémentaire dans l'observation d'une autre famille en conditions réelles.

Pour des enfants de quel âge, m'a-t-on demandé ? La boîte à outils est valable à tout âge, mais les exemples mettent en scène des enfants âgés de 18 mois à 5 ans, c'est donc pour une tranche d'âge approchant que les situations décrites seront les plus parlantes.





Les premiers retours sont franchement bons, et je m'en réjouis !
Je me réjouis tout particulièrement du fait que ce livre semble remplir ce qui était mon objectif premier : semer des graines, en permettant notamment aux personnes parfois peu motivées pour se lancer dans la lecture d'un livre complet, voire peu convaincues par le sujet (donc d'autant moins motivées…) d'ouvrir une page pour picorer un exemple… et d'en retirer déjà quelque chose... voire de finir par le lire en entier, ce livre ^^. (foooourbe)

Voilà, ça vous a donné très envie ? Ce sera un cadeau de Noël idéal pour vous, votre conjoint, votre nounou, votre meilleure copine, sa mère ?

Eh bien, y a plus qu'à participer !

Pour cela, 2 choses à faire

Participation par le biais du blog :
  1. vous inscrire à la liste de diffusion qui permet la réception de mes petits billets direct dans votre boite mail (bien entendu vous serez tout à fait libres de vous désinscrire après la clôture du concours)
  2. et écrire un petit mot gentil en commentaire du billet de blog, disant ce que vous attendez du livre, ou vantant ma taille svelte par exemple (huhuhu)


Participation par le biais des réseaux sociaux : Facebook, Instagram
  1. liker la page du blog et celle des Editions l'Instant Présent
  2. écrire un mot gentil en commentaire de la publication du concours, en taguant deux personnes dessus

Cela fait donc 3 canaux de participation possibles et, chance inouïe, vous avez la possibilité d'en utiliser jusqu'à 2 pour avoir alors 2 chances de gagner et non une. C'est fou, hein !

Le concours sera clos samedi 23 novembre à minuit.
Tirage au sort effectué par une main innocente !

Bonne chance à toutes et à tous !!!

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Je suis rentrée de Strasbourg et dans 'e TGV j'ai listé les participations en leur attribuant un numéro
J'ai réquisitionné des petites mains une fois arrivée, des petites mains... Et des jetons de loto

Et les gagnantes sont... 
- sandralagnaoui
- Dame Aquilane
Félicitations à vous 2 et merci à toutes et à tous pour tous ces mots encourageants qui ont accompagné vos participations!!!
Les gagnantes, j'attends vos adresses postales (par mail ou mp) pour les transmettre à l'Instant Présent qui fera partir les ouvrages.
Bon début de semaine !


jeudi 14 novembre 2019

2 chouettes petits jeux de société à découvrir (et jouables en langue étrangère) !

Je profite de l'approche de Noël pour venir enfin vous pondre un petit article et faire coup double : vous inspirer pour Noël, et aborder un sujet cher à mon cœur : l'imprégnation linguistique de nos enfants, ou les stratégies les plus fourbes pour distiller savamment une langue étrangère dans leur quotidien.
Je précise que, si chez nous c'est de l'allemand qu'il s'agit, l'intégralité de l'article d'aujourd'hui s'applique pareillement à toute autre langue :
  • la logique d'imprégnation
  • les petits jeux en eux-mêmes peuvent être joués en n'importe quelle langue de notre choix puisqu'ils n'impliquent pas d'écrit. A l'adulte d'amorcer les choses en commençant à jouer dans la langue qu'il veut.

1. La logique, d'abord.

Comme depuis toujours chez nous, il s'agit de favoriser l'assimilation de la langue par le fait d'en caser des bribes le plus souvent possible. Tout est bon pour cela :
  • moments répétitifs de la vie quotidienne : les phrases simples de l'habillage, du petit-déjeuner..., sont très vite comprises, si elles sont utilisées très régulièrement, 
  • lecture d'albums simples (= d'un niveau de complexité inférieur à celui correspondant normalement à l'âge des enfants) : je vous ai notamment parlé de celui-là, et de ceux-ci
  • lecture d'imagiers : retournez donc voir cette pépite Usborne !
  • écoute de CDs
  • chez nous la Lunii est entrée également dans cette optique : nous l'avons achetée exprès, en version allemand, et il n'y a qu'un jeu d'histoires en allemand dedans, point. Ecouter ces histoires en boucle contribue également à la dynamique.
  • visionnage de courtes vidéos en allemand (le seul usage des écrans qui soit fait chez nous); la longueur et complexité (linguistique et/ou narrative) de ces petits films pouvant progresser avec l'âge et le niveau linguistique des enfants : des mini séquences de 3-4 minutes de nos débuts nous allons maintenant jusqu'à des épisodes de 25 minutes.

Un point commun à tous ces moyens : la répétitivité de phrases simples. On relit / entend / visionne souvent les mêmes histoires, on répète souvent les mêmes phrases.
C'est cela qui permet aux mots et, plus important, aux structures des phrases de s'ancrer peu à peu dans le cerveau : car si le vocabulaire est important, la possibilité d'articuler les mots entre eux est la condition pour se mettre véritablement à parler et comprendre une langue, et l'utilisation systématique de phrases très simples constitue un excellent moyen d'intégrer la manière dont une langue gère cette articulation. 
Une approche que j'avais découverte avec la pédagogie Charlotte Mason et la méthode d'apprentissage des langues associée : la méthode Gouin, et dont je ne cesse de constater le bien-fondé et l'efficacité (excellent article à lire sur le sujet sur ce blog-là)
Il s'agit en fait, par le biais de phrases du type sujet + verbe + complément, de répéter celles-ci avec de menues variations : le même verbe sera vu accompagné d'un complément puis d'un autre puis encore d'un autre. Ou alors c'est le verbe qui variera mais rien d'autre. Ou encore uniquement le sujet. On pourra enrichir le complément d'un adjectif, qui variera aussi.


Or c'est cette même logique qu'on peut poursuivre en jouant à certains jeux de société avec son enfant. Il s'agit bien, comme vous l'aurez compris, non pas de jeux conçus pour apprendre une langue, mais de jeux "normaux" qu'on jouera "en allemand", tout simplement.
Les moments de jeux peuvent en effet être également l'occasion, en mode "bénéfice collatéral" (le but premier reste bien de prendre plaisir, hein !), de répéter encore cette langue, d'autant qu'ils incitent également les enfants à manier la langue, et non seulement à l'entendre et la comprendre.

Nous avions donc très tôt pris l'habitude de jouer ainsi au très célèbre Verger de Haba : occasion rêvée 
  • d'introduire des mots simples, en nommant les couleurs et les fruits associés,
  • d'utiliser quelques petites phrases telles que "du bist dran / ich bin dran / wer ist dran" (c'est ton tour : et hop, le verbe être conjugué à 3 formes différentes), "ooooh der Rabe kommt !" (oh le corbeau arrive ) ou "wo ist der Würfel ?" (où est le dé) et toutes variantes autour de ce fichu dé ("oh nein, der Würfel ist gefallen / verschwunden / …" : oh non le dé est tombé, a disparu, etc).

Le Verger s'y prête donc très bien, et je profite de l'occasion pour vous présenter 2 petits jeux très chouettes dans l'absolu (donc intéressants sans l'aspect linguistique aussi), mais qui, en plus, se prêtent merveilleusement à un détournement linguistique si on le souhaite. 


2. Deux chouettes petits jeux découverts chez Ravensburger.


 Tempo, kleine Fische (vite, petits poissons)


  • Une variante de la Course aux Escargots : un dé avec des couleurs permet de faire avancer l'animal de même couleur (NB : biiiien évidemment, ladite course aux escargots aussi peut se jouer en n'importe quelle langue ...)
  • mais avec plusieurs "twists" intéressants : 
    • le plateau de jeu qui évolue physiquement au fur et à mesure de la partie (puisque la distance entre le bateau des pêcheurs et les poissons tend à se resserrer), 
    • et le fait que justement, au lieu de simplement faire la course entre eux, hop, les poissons se retrouvent en plus avec le risque de se faire manger. Du coup le jeu s'enrichit d'une dimension coopérative : le but est que le maximum de poissons arrivent dans la mer sans s'être faits rattraper par les pêcheurs.
    • boîte peu encombrante, plateau petit, mignon, et à construire à chaque fois (gros succès !), petits personnages en bois...


pour l'aspect linguistique, 
  • on utilisera toutes les phrases autour du dé, des couleurs, 
  • on comptera le nombre de poissons qu'il reste, ainsi que le nombre de segments de fleuve qui les séparent encore de la haute mer ou des pêcheurs, 
  • on s'exclamera volontiers qu'on a peur des pêcheurs "ich habe Angst !", et on dira "beeilt euch, kleine Fische!" (dépêchez vous, petits poissons)



Kuh and co (Vache et compagnie)

  • des images avec de 3 à 5 animaux dessus, qui peuvent être de type différents ou identiques
  • 5 dés avec sur chaque face à un des 6 types d'animaux possibles
  • on tire les dés et on a trois coups pour réussir à avoir les dés correspondants à notre image; sinon c'est au voisin de tenter sa chance.
  • Très vite accessible à un enfant, et très marrant pour l'adulte en fait (d'autant que les images sont mignonnes mais aussi souvent pleines d'humour), j'avoue que j'y joue très volontiers
  • peu encombrant également, facile à emporter partout !

sur le plan linguistique, on a 
  • le vocabulaire des 6 animaux, au singulier comme au pluriel, 
  • les chiffres jusqu'à 5, 
  • et un ensemble de phrases autour : "gibst du mir eine Karte bitte ?" "ich sehe 2 Kühe und ein Huhn", "ich brauche noch 2 Schafe" "Oh nein, mir fehlt noch ein Schwein" "ich möchte eine Katze !"(donne-moi une carte s'il te plaît … je vois … j'ai besoin de … oh non il me manque encore…. je voudrais ...); 
  • on peut également décrire "en passant" ce qu'on voit plus largement sur la carte : le chat court après le mouton, la vache saute, le cochon est assis à côté de…, sous… sur… Ces petites cartes titillent le sens de l'observation de tout le monde et permettent donc de complexifier peu à peu les échanges à leur sujet !

Cerise sur le gâteau pour terminer (parce que si on met la cerise au début, ça fait tout foirer) 

Cette manière de jouer et d'interagir avec son enfant n'exige pas de l'adulte un niveau interstellaire dans la langue qu'il veut transmettre. Un niveau de base suffit tout à fait, augmenté d'un peu de préparation si besoin (si on ne sait plus trop comment dire "vache" on va regarder rapidos sur un dictionnaire en ligne avant), et permet de faire cela très facilement… voire de s'améliorer aussi au passage, en même temps que nos enfants, par la répétition. 
Voici donc un exercice 
  • valable pour la majorité des familles désireuses d'insuffler siouxement une langue supplémentaire dans le quotidien de leurs enfants
  • et que je conseillerais vivement aux familles sur le point de s'expatrier, et dont notamment un conjoint ne maîtriserait pas trop la langue du pays de destination ! Il s'agit alors d'une excellente manière de se préparer en famille.

Je suis aussi open à des suggestions de cet ordre ! Pour nous aussi, Noël arrive… (ça c'est du scoop ^^)

mardi 5 novembre 2019

Hotline Faber et Mazlish ; "dire les choses en un mot" - et quand c'est notre enfant qui le fait avec nous ?

Aujourd'hui, petite réponse au courrier des lecteurs ;-)
La question m'ayant déjà été posée plusieurs fois en ateliers Faber et Mazlish, j'ai pensé que tant qu'à prendre le temps de formuler la réponse par écrit, celle-ci intéresserait un assez large public.

"J'aime beaucoup l'outil "En un mot", qui est d'ailleurs plutôt efficace avec mon grand de 3 ans et demi. Je ne crois pas l'utiliser tous les jours, mais il revient souvent "Chaussures", "Manteau". Parfois, d'un ton aimable ou rigolard, et parfois j'avoue, d'un ton franchement autoritaire (surtout quand c'est la 3ème fois que je demande à ce qu'il enlève ses chaussures boueuses dans le salon).  
Bref tout va bien. Sauf que voilà que notre fils commence à utiliser cette technique sur nous : "nez" ("Maman, s'il te plait mouche moi le nez"), "Lavette" ("Papa, voudrais-tu bien m'aider à m'essuyer les mains après mon goûter plein de chocolat ?"), etc. Comme moi, parfois avec un ton rigolard (en chantant "nez nez nez nez neeeeez"), parfois d'un ton autoritaire. Je ne peux pas vraiment le blâmer, c'est normal je crois, qu'il communique avec nous de la même manière qu'on communique avec lui.  
Mais du coup, je fais quoi ? C'est vraiment désagréable d'entendre juste "Nez", au point que je me demande bien pourquoi il m'écoute quand je lui dis "en un mot" Suis-je condamnée à arrêter d'utiliser cet outil ? Devrais-je l'utiliser autrement ?"


N'est-ce pas qu'elle est bonne cette question, dites, hein ?


Décortiquons un peu.

1er constat : l'enfant communique avec nous de la même manière qu'on communique avec lui. Eh oui. 
C'est d'ailleurs quelque chose de magique dans l'usage de ces modes de communication respectueux. En faisant 3 tonnes d'efforts pour les apprendre et les utiliser, nous les transmettons à nos enfants, et eux parleront ce langage plus naturellement que nous. C'est super chouette !

Ou pas, visiblement, dans le cas qui nous occupe.

Car 2ème constat : autant entendre notre enfant décrire un problème plutôt qu'accuser un coupable nous remplit d'aise et de cuicui-tirelirelire, autant l'entendre nous formuler ses demandes en un mot nous est vraiment désagréable.
Flûte de zut.
Pourtant, on n'est pas sensé apprendre des outils de communication désagréables, non ? en Faber et Mazlish, on est censé pouvoir compter sur le fait qu'on apprend des moyens de communiquer qui sont respectueux. D'ailleurs, l'enfant écoute, on se demande bien pourquoi...

Est-ce qu'il y aurait donc des cas dans lequel s'entendre dire des choses en un mot est respectueux, pas désagréable, ou en tous cas nettement moins désagréable que les alternatives ?
Eh oui.

Et c'est bien là qu'est la nuance : dire les choses "en un mot", ce n'est pas pour faire une demande, demander de l'aide, solliciter un service, etc.
Si par hasard nous l'utilisons ainsi, arrêtons-nous vite ! 
Mais dans les faits, je crois que très peu de parents le font. Car inconsciemment, implicitement, un adulte saisit que ce n'est pas adapté, et met davantage de formes pour faire une demande.
Un adulte. Détenant tous les codes sociaux.
Pas un jeune enfant, justement en train de se frayer un chemin dans le labyrinthe de ces mêmes codes sociaux.

A quoi, donc, sert le fait de dire "en un mot" ?
Ca sert pour les rappels.
Ca sert pour les informations qui servent le destinataire du message (le "F., tes chaussures" vient rappeler que "eh, tu sais, y avait un truc là, avec tes chaussures" - ah oui, elles se rangent), pas pour celles qui servent l'émetteur du message (celui qui aurait besoin qu'on lui mouche le nez).
C'est, comme je l'écris si bien dans mon livre (auto-jetage de fleurs bonjoâââr), une manière de titiller tout doucement un neurone endormi, endormi mais qui a déjà l'information.

Et c'est bien dans ce cas que ce n'est pas désagréable : utiliser un seul mot pour un rappel est une bonne et sainte chose, qui contribue à la paix et au respect réciproque dans les familles, puisque ça
  • évite le désagrément du sermon
  • aide le parent à formuler le rappel avec patience en économisant celle-ci (le "ton aimable ou rigolard"), 
  • ou, en cas d'épuisement du stock de patience, limite l'impact du "ton autoritaire" 
    • utilisé très brièvement sur un seul mot, son désagrément est plus court
    • par ailleurs, on observe que pluuuus on parle longuement à un enfant -ou à qui que ce soit d'ailleurs-  en étant énervé, 
      • plus notre ton de voix a tendance à monter / notre énervement aussi, 
      • et plus on a de risque de finir par sortir une bêtise / un mot blessant, un "toujours", "jamais", un "tu qui tue", etc


Maintenant qu'on a dit ça, eh bien, yapuka… transmettre cet enseignement à notre enfant.

Il s'agit bien
  • d'un coté, d'accepter d'éventuels rappels de notre enfant formulés sous cette forme
Peut-être un petit moment de réflexion à avoir sur ce sujet-là, pour être bien au clair ?
Si une gêne persiste, trois options :
  1.  Renoncer effectivement à cet outil, pour éviter la dissymétrie. Mais pas tout de suite, eh, fouillons d'abord les autres options.
  2. Réfléchir à ce que cet outil évoque chez nous de notre enfance : y a ptet un petit truc à déconstruire, si on a manié cet outil avec nous d'une manière très péremptoire par exemple, en mode "on me parle comme à un chien". En ce qui me concerne, je me suis ainsi aperçue que j'étais mal à l'aise avec l'usage du s'il-te-plaît parce que dans mon enfance, il avait justement beaucoup été détourné de son sens véritable : pour habiller ce qui était en fait des ordres et non pour formuler des demandes (avec possibilité de les refuser). En prendre conscience m'a permis de décider sciemment de faire autrement, et de dissiper le malaise. 
  3. Creuser encore un peu plus le sujet, cf. plus bas : cette gêne recouvre peut-être autre chose.

  • de l'autre côté, lui transmettre cette nuance de code sociaux
Comment ?
L'expression des sentiments et la formulation de nos attentes / suggestion d'alternatives constituent des moyens souvent très adaptés à cette transmission 
"Quand on me demande un service, c'est désagréable pour moi d'entendre cela avec juste un seul mot. Je préfère entendre une phrase entière. As-tu une idée de comment tu pourrais me demander cela de manière plus agréable ? / Tu peux me dire 's'il te plait maman, je voudrais de l'aide avec la lavette' ."
Très souvent l'enfant est heureux qu'on lui souffle son texte et reprend nos mots. Cette fois-ci, … et d'autres : nous lui avons fourni une information utile et réutilisable (ou pas… il est probable que nous aurons besoin de répéter cela aussi… plusieurs fois… et en utilisant plus d'un mot, du coup, évidemment ^^).

On pourra expliciter l'usage du mot tout seul ainsi
"Le mot tout seul, c'est utile / c'est quand on a besoin de rappeler à l'autre personne quelque chose qu'elle doit faire, qu'elle le sait mais qu'elle a oublié, pour l'aider vite à s'en souvenir sans trop l'embêter"
(ouais ma formulation est très "orale", vous pouvez remplacer par "quelque chose dont je sais que je dois le faire, mais que j'ai oublié, etc..." ;-) )


Pour terminer : revenons un peu sur l'option 3: une autre chose qui peut se cacher derrière notre agacement à nous entendre rappeler des choses en un mot.
Il peut être tout simplement agaçant pour nous de devoir les faire, ces choses : l'impression qu'on abuse un peu de nous, que déjà, là, on en fait largement notre part, et que oui on a oublié mais zut, l'autre n'a pas à l'exiger de nous...
L'agacement contre le "en un mot" est en fait la partie émergée de l'iceberg. Nous dirigeons notre ressentiment contre le mode de communication, quand c'est ce qui est communiqué qui nous énerve.
En prendre conscience peut nous aider à réajuster notre attitude : en ayant tout simplement une communication plus vraie.
  • soit en identifiant qu'en fait, on a une limite, là, qu'on ne respecte pas, et qu'au fond c'est cela qui nous titille. 
Peut-être est-il bon de réfléchir à moins en faire ? Si nous entendre rappeler après le retour d'école qu'on devrait vider le sac de dejeuner de notre 6 ans nous énerve (un exemple pris totalement au hasaaaaaard), peut-être est-ce tout simplement le moment de lui confier cette tâche ? 
Soit tout de suite si on est capable de le formuler de manière constructive… soit c'est un point à aborder très vite, mais un peu plus tard, sous peine de partir du mauvais pied "Ah mais en fait j'en ai marre, pourquoi ce serait moi, t'as qu'à le faire toi-même je fais tout dans cette maison / je suis pas la bonniche". 
Message qui a beaucoup moins de chance d'être bien reçu qu'un 
"Hum, en fait je réalise que ça me fait beaucoup de choses à gérer. J'aimerais que tu prennes ton sac en charge le soir dorénavant. Veux-tu que nous le fassions ensemble ce soir / demain soir pour que tu sois sûr d'où vont les différentes choses ?"
 ou même en mode résolution de problème plus large : 
"Je vois que j'oublie beaucoup de choses le soir, c'est embêtant pour toi, et pour moi. J'aurais besoin de pouvoir penser à moins de choses. Comment pourrions nous réorganiser le soir pour que ça se passe mieux, et que j'aie moins de travail ?"
  • Soit en repérant qu'on est prêt à faire ce travail mais qu'on a un besoin de reconnaissance non comblé. 
Il s'agit alors d'exprimer ses sentiments (oh non encore), et ses attentes (oh flûte de nouveau… ça ne s'arrête jamais. Et oui !) en sollicitant directement cette reconnaissance là où c'est adapté
Ca peut être vis-à-vis de notre enfant 
"Oui, je sais que j'ai oublié et que tu me le rappelles, mais là, ce soir, quand je fais plein de choses pour toi en même temps, je crois que ça m'encouragerait davantage d'entendre un "merci maman d'avoir fait ci, pourras tu penser aussi à ça ?"

ou ça peut être vis-à-vis de notre conjoint, par exemple. 
Soit parce que la fonction de notre enfant n'est pas de combler notre besoin de reconnaissance (en tous cas pas au degré auquel nous aurions besoin qu'il soit comblé), soit parce que, hein, fréquemment, l'agacement du au manque de reconnaissance que nous ressentons face à un petit manque de respect de notre enfant est en fait l'expression détournée du manque de reconnaissance que nous ressentons de la part de notre conjoint. (ou d'autres personnes : chef, voisins,... bref, des adultes n'étant pas nos enfants).

Encore du boulot de clarification de la comm et des attentes en perspective...


En espérant que cette petite analyse du "en un mot" ait été utile ;-)