PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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lundi 24 février 2020

Johnny / La Gwen en concert / en conférence ! Demandez le programme !

Bon je me suis fait remonter les bretelles par mon éditrice adorée, donc effectivement, je viens au rapport.
Parce que c'est vrai que, quand même, ce serait ballot de rater des occasions de "vollblabbern" (disent les Allemands ; un mot qui suppose la notion de remplir les oreilles de quelqu'un à force de le blablater. Quand je vous dis que cette langue est pleine de mots irremplaçables !!!) mon aimable lectorat.

Donc : la célébrité menaçant la Gwen, mais le Stade de France étant trop plein de courants d'air (et puis, moi, dans un stade ?! Nan mais oh plus depuis mon dernier cours de sport de Terminale, pas folle !), la Gwen a la joie de vous annoncer qu'elle se produira en conférence prochainement... et ptet même avant, dans les lieux suivants :

  • lors du Salon Primevère, gros évènement dans la sphère de l'alter-écologie, qui se tiendra à Eurexpo à Lyon
Je serai sur le salon vendredi 6 mars en 2ème partie d'après midi, et samedi 7 toute la journée, visible (difficile de me cacher, sauf derrière un 38 tonnes) sur le stand des Editions l'Instant Présent, et tiendrai une conférence intitulée "Petits exercices de parentalité positive" le samedi 7 mars de 13h45 à 15h15 (la participation aux conférences est comprise dans le prix du billet d'entrée au salon). 
Pour vous allécher, voici le descriptif officiel de la conférence.
La parentalité positive propose de faire la part belle à l’autonomie et à l’empathie, plutôt qu’à l’obéissance, dans la relation à l’enfant. Il ne s’agit pas de donner l’illusion d’un monde sans contrainte. Mais on peut, au quotidien, développer chez l’enfant le sens de la responsabilité, le souci de l’autre et l’envie d’agir en fonction de valeurs venant de l’intérieur plutôt que de se conformer à des injonctions reçues sans esprit critique. Le défi de toute vie : apprendre à agir d’une manière qui respecte à la fois l’autre et soi-même.
Événement Facebook https://facebook.com/events/s/petits-exercices-de-parentalit/482682782359549/?ti=as

  • lors du Salon Vivre Autrement, au parc floral à Vincennes
Je ne sais pas encore quels jours je serai présente sur le stand des Editions durant le weekend (ça dépendra un peu de mon état de fatigue) mais ce qui est certain, c'est que j'y assurerai une conférence le lundi 23 mars à 11h30


  • et peut-être encore une fois avant d'aller pondre un petit numéro 3, dans les Yvelines
mais ce n'est pas encore sûr alors je vous en parlerai bientôt si ça se confirme. 

D'autres dates sont en cours de fixation pour l'automne, ensuite, mais bon, l'automne c'est loin: pensez-donc, d'ici là, non seulement j'aurai récupéré une ligne de ouf et Bébé 3 fera ses nuits mais en plus il m'apportera mon petit déj au lit les matins ! (si si)

Bref, je me réjouis de toutes ces occasions de semer des graines, faire de nouvelles rencontres, et siiiiii par hasard ça me permettait aussi de rencontrer des personnes issues des rangs serrés de mon lectorat, ah là là, ce serait vraiment chouette. 
Donc n'hésitez pas à venir me jeter des fleurs (c'est pas la saison des tomates de toute manière, ouf), pousser des cris hystériques à mon approche, ou même et surtout : me faire un coucou, et tailler une petite bavette. 
Bien évidemment, si vous arrivez avec votre exemplaire des 200 moments sous le bras, je me ferai une joie de le dédicacer. Et si vous n'avez honteusement pas encore succombé à ce chef d'œuvre interstellaire, ce sera l'occasion immanquable de repartir avec. Bien évidemment !
MAIS j'accepterai aussi de parler aux gens n'achetant pas les 200 moments; quelle magnanimité.


J'espère à bientôôôôôt.... !


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lundi 17 février 2020

Eclampsie mon amour

Warning : si vous êtes récemment passée par là et que vous ne l'avez pas du tout digéré (ce qui est légitime … je viendrai aussi écrire sur le temps et sur ce qu'il m'a fallu pour digérer), il n'est pas impossible que ce billet soit un peu beaucoup difficile à lire pour vous. 
En même temps, il pourrait vous être très utile. 
Donc, si ça coince, stop, et faites-le lire par votre conjoint, votre sœur ou votre meilleure copine, histoire d'avoir les infos sans devoir les payer un peu cher au niveau émotionnel.
En revanche, si vous avez une copine enceinte, ou surtout, une copine enceinte avec des antécédents d'éclampsie / prééclampsie, je serai ravie que vous lisiez ce billet attentivement. Parce qu'on ne sait jamais. C'est peut-être votre oreille attentive qui saura détecter ce qui, dans ce que raconte votre copine de sa grossesse, constitue une alerte à ne pas prendre à la légère.


Le sujet d'aujourd'hui n'est donc pas très fun. Mais alors que j'avance enfiiiiin dans le 3ème trimestre de cette grossesse, je ne me vois pas ne pas l'écrire.
Aujourd'hui, donc, nous allons causer éclampsie
Nous reviendrons sur des sujets plus légers, plus fun, plus glamour (ou pas) dans les billets suivants !

Ce billet ne prétend pas être une information médicale parfaite mais plutôt un partage d'expérience

Eclampsie : watizit ?

L'éclampsie est une complication qui peut survenir pendant une grossesse. 
Ca se traduit par une montée de la tension sanguine chez la mère, accompagnée d'un dérèglement de pas mal de paramètres montrant qu'un certain nombre d'organes vitaux sont en train de lâcher. Et la montée de tension finit par affecter le cerveau au point de déclencher des convulsions qui s'apparentent à une crise d'épilepsie, précipitent la maman dans le coma, et peuvent la tuer, elle, et le bébé à l'intérieur. 
En France, c'est devenu très rare, car on arrive la plupart du temps à détecter son approche : c'est la fameuse pré-éclampsie, qui, elle, touche beaucoup plus de monde. Dans la mesure où c'est l'état de grossesse en lui-même qui génère le risque, le corps médical sort donc le bébé avant qu'on n'en arrive à l'éclampsie. D'où le peu de cas d'éclampsies dans les pays développés dans lesquels les femmes vont généralement jouir d'un suivi assez étroit pendant leur grossesse (ce qui n'était pas le cas il y a un siècle encore, cf la mort de Sybille dans Downtown Abbey)
  • C'est plus problématique si l'état de prééclampsie commence tôt dans la grossesse (ça peut intervenir à partir de la 2ème moitié), à un stade où le bébé n'est pas encore viable.
  • Et c'est également problématique quand l'état de prééclampsie n'est pas détecté à temps, ce qui fut le cas pour la grossesse de F. 
Quand ça a été diagnostiqué, il était moins 1. 
Le temps a suffi, heureusement, pour sortir F. par césarienne express. Mais la machine était déjà tellement bien lancée que la sortie du bébé n'a pas suffi à calmer les choses, si bien que j'ai eu droit à l'éclampsie derrière, ce qui est à la source de pas mal de choses évoquées sur ce blog, par exemple le lien particulier entre Monsieur Bout et son fils.

L'éclampsie, ça vient d'où ?

Ben le truc drôle avec l'éclampsie, c'est que l'état de la recherche sur le sujet n'est pas encore suuuper avancé. Actuellement, on suppose que ce serait peut-être du à une réaction immunitaire. Effectivement l'état de grossesse est une anomalie immunitaire : le corps de la maman permet à un amas de cellules étrangères (eh, 50% du patrimoine génétique vient du papa ! alerte !) de s'installer, et se met même à le nourrir.
Bon, eh bien on part du principe qu'il semblerait que dans le cas de soucis d'éclampsie, ce côté "exception" ait moins joué, que le corps de la maman se soit un peu méfié quand même, et donc, au lieu de mettre le paquet pour mettre en place tout ce qu'il faut pour approvisionner l'intrus pendant 9 mois, il ait fait les choses un peu chichement, en mode "c'est suspect tout ça". 
  • C'est pour cela que la majorité des éclampsies concerne une 1ère grossesse, où cet effet joue à plein. On part du principe que si pas d'éclampsie au 1er bébé, c'est que le corps de la maman n'est pas du genre méfiant, a bien intégré cet état d'exception immunitaire, et donc qu'il accueillera tout aussi bien l'intrus suivant. 
  • Exception drôle, huhuhu : si changement de papa. On peut avoir eu un premier bébé sans éclampsie, mais si on a son 2ème bébé avec un autre papa, il n'est pas exclu que, confronté à un patrimoine génétique encore différent, le corps de la maman décide de se méfier. Comme c'est cocasse.
Du coup, donc, le corps se méfie, ce qui va notamment pouvoir se traduire par le fait qu'il est radin sur l'infrastructure : les artères alimentant le placenta, donc le bébé, risquent d'être moins belles. Au départ, ça ne pose pas trop de problèmes, le système mis en place, même un peu mochouille, suffit à alimenter le bébé. 
  • Mais au fur et à mesure de la grossesse, les besoins du bébé augmentent (notamment pour alimenter le cerveau / soutenir le développement de celui-ci) et donc le delta entre ce qui est fourni et ce qui est demandé commence à être problématique. 
  • Le débit risque de ne pas être suffisant pour alimenter le bébé, ce qui va se traduire par un retard de croissance plus ou moins flagrant (tant de raisons peuvent ralentir la croissance d'un bébé ! Chez moi, on a cru que c'était un rythme professionnel soutenu). 
  • Le bébé réclamant plus, il "pompe", il réclame plus de débit, et c'est ça qui, peu à peu, peut faire augmenter la tension dans le système sanguin maternel.
  • On retrouve donc d'autres facteurs de risque à ce niveau: une grossesse gémellaire, par exemple. Réclamations ++ et donc il y encore plus de chance que le corps craque et dise "j'y arrive plus".

Autre facteur marrant : il pourrait y avoir une composante génétique (en tous cas, les statistiques le laissent penser). Donc, si cas d'éclampsie dans la famille, les sœurs, les filles et petites filles de la personne concernée sont statistiquement plus à risque. Et ont donc droit à une surveillance accrue pour leur première grossesse. 
Ainsi il a suffi à ma sœur aînée de mentionner mes antécédents lors de son début de suivi pour sa première grossesse, pour basculer sur un suivi plus rapproché. Mais comme  celle-ci s'est ensuite déroulée sans aucun souci pour elle, elle a eu droit à un suivi normal pour sa seconde grossesse.


L'éclampsie, ça veut dire quoi pour la suite ?


C'est précisément une des raisons de ce billet : trop de personnes sont mal informées (genre par des pages aussi lues que celle de doctissimo sur le sujet ! Qui va jusqu'à affirmer le contraire avec nom d'un médecin apposé en signature en prime) du fait que, si antécédents de prééclampsie, alors toute grossesse suivante comporte un risque non négligeable de récidive. Et que donc toute grossesse suivante doit être considérée comme une grossesse pathologique et bénéficier d'un suivi particulier
Défaut d'information sur internet, défaut d'information parfois par les professionnels de santé eux-mêmes. Par exemple, certaines sages-femmes semblent ignorer qu'un antécédent de prééclampsie chez une patiente ne permet pas à celle-ci de faire suivre ses grossesses suivantes par une sage-femme, justement. C'est une indication pour un suivi impératif par un gynécologue.
Idem, pas question d'envisager un accouchement à domicile, en maison de naissance, ou dans une clinique de niveau 1. C'est hôpital de niveau 3 ou à minima 2+, car on risque d'avoir besoin d'un service de réanimation, réanimation néonatale, néonatologie tout ça.

Ayant 2 grossesses (bon, 1 et 2/3... mais on tient le bon bout !) post éclampsie à mon actif, dans 2 hôpitaux différents, j'ai pu donc expérimenter ce que doit être un bon suivi, et donc, pliz, si vous avez des antécédents semblables aux miens et qu'il semble qu'on ne vous propose pas d'office ce suivi, tournez-vous vers les bonnes personnes, et réclamez.
Vraiment vraiment vraiment.
Si vous ne connaissez personne (comme moi à chaque fois puisque j'ai la bonne idée de déménager entre chacune de mes grossesses), demandez conseil autour de vous : quel gynéco est recommandé pour du suivi de grossesse patho ? A chaque fois j'ai eu la chance d'être orientée, par le bouche-à-oreille, vers des professionnelles connaissant bien le sujet, de vraies tronches ne laissant rien passer. Ma gynéco actuelle ne fait d'ailleurs que ça : du suivi de grossesse patho. Si on a une grossesse normale, elle ne nous reçoit pas.

Un bon suivi ça consiste en quoi ?

Bon déjà, le truc chouette avec l'éclampsie, c'est qu'il n'existe pas de traitement "anti"
  • Il existe des manières de diminuer le risque, mais sans pouvoir l'écarter, 
  • et le suivi vise surtout à repérer l'approche de celle-ci de manière à agir à temps (= sortir le bébé) avant que ça ne tourne complètement au vinaigre.

Ingrédient 1 : normalement, après une grossesse éclamptique, et avant la suivante, un certain nombre de tests doivent être effectués, prescrits par le gynécologue, visant à écarter certains problèmes renforçant le risque (problèmes de vascularisation, ou de coagulation du sang, par exemple); si ces tests n'ont pas été effectués entre les 2 grossesses, certains au moins peuvent être faits en début de grossesse numéro 2.

Ingrédient 2: prise d'Aspégic nourrisson (1 dose par jour). 
C'est un anticoagulant, normalement déconseillé aux femmes enceintes. Et le seul "médicament" dont énormément d'études montrent l'impact favorable sur les patientes à risque d'éclampsie. Il opère de 2 manières : 
  • la prise dès tôt dans la grossesse favorise la construction de bonnes liaisons mère-enfant; 
  • la prise tout au long de la grossesse, en fluidifiant le sang, favorise un bon débit des échanges sans faire augmenter la tension. Ca coule mieux, quoi.
Ingrédient 2 bis : port de bas de contention tout au long de la grossesse. 
C'est là où franchement je suis contente d'avoir une date d'accouchement à fin avril, parce que déjà que les bas de contention, c'est fun, mais alors à porter en été, c'est un rêve. Bon, j'avoue que ne pas les porter ne me viendrait pas trop à l'esprit, je sens trop à quel point ma circulation est déjà suboptimale avec, pour oser m'aventurer sans.

Ingrédient 3: à partir du 4ème mois de grossesse, un suivi tous les 15 jours
Dans les 2 hôpitaux que j'ai testés, le protocole était globalement le même : écho tous les mois, intercalée avec une simple consultation (accompagnée de prise de tension, analyse d'urine, etc). Ce maillage fin permet de repérer toute évolution suspecte. Pour E., en toute toute fin de grossesse, le maillage s'est resserré : rdv toutes les semaines, puis tous les 2 ou 3 jours (pour être sûr de ne pas bêtement passer à coté d'un truc juste à quelques jours de la ligne d'arrivée)

Ingrédient 4: cette fameuse écho mensuelle n'est pas une écho standard. En plus de regarder le bébé sous toutes les coutures (et notamment de surveiller sa croissance, qui constitue un indicateur important), on réalise un doppler des artères intra utérines : on mesure le flux sanguin, les échanges au niveau des artères qui alimentent le placenta. Si ces échanges sont bons, on est du côté clair de la force, très peu de chances que ça parte en cacahuète. Si ces échanges sont moins bons, ça sent … pas très bon.
Pour E., la première écho doppler montrait déjà des artères très jolies, parfaitement normales. Ca n'a pas empêché un suivi aux petits oignons derrière, mais c'était déjà bien rassurant, et j'en avais bien besoin car j'avais un peu les jetons.
Pour ce Bébé3, je me suis donc pointée assez sereine à la première écho doppler, m'attendant au même résultat. Je n'ai pas aimé la tronche de ma gynéco, ni son "c'est pas joli". Elle s'est empressée de vouloir me rassurer en disant qu'à ce stade, les artères n'étaient pas nécessairement "terminées" et que la situation pouvait grandement s'améliorer d'ici la prochaine écho doppler, mais le niveau de stress a bien monté. Monsieur Bout comme moi même avons accusé le coup ("pas de 4ème, hein, c'est pas possible de repasser par là", a réagi Monsieur Bout à mon retour d'écho) et passé un mois assez angoissant.
écho doppler. Il parait que sur celle-ci on voit le problème, le fameux Notch. Moi, hein, je ne vois rien.
Heureusement, le doppler suivant a montré des améliorations énormes, qui ont permis à la gynéco d'être plus optimiste. L'artère droite est moche, mais la gauche va finalement très bien et semble parfaitement compenser pour le moment, ce qui a été confirmé depuis par les 2 échos doppler suivantes.
Le poids du bébé étant l'indicateur complémentaire (c'est la combinaison poids du bébé + artères moches qui constitue un facteur automatique d'alerte), j'ai été ravie, la semaine dernière, d'apprendre que ce bébé était même le plus gros, à ce stade, que j'aie porté : F. et E. n'ont jamais dépassé le 30eme percentile (F. en décrochant même assez vite passée la 2ème moitié de grossesse), courbe que suivait également Bébé 3. Mais là il a grimpé au 48e, youhou, c'est la fête.


Que se passe-t-il si ça commence à prendre une sale tournure ?

Si différents signaux alertent sur l'approche d'une éclampsie, on intensifie le contrôle, puis on décidera généralement une hospitalisation pour pouvoir justement surveiller et anticiper un passage du côté obscur de la Force. Le but est de prolonger la grossesse au maximum pour donner un maximum de chances au bébé sans faire prendre trop de risques à la maman
Concrètement, cela se traduit, à l'hôpital, par la bataille entre pédiatres et gynéco: 
  • les premiers veulent garder le bébé le plus longtemps à l'intérieur histoire de lui laisser plus de temps pour se développer, 
  • les seconds préféreraient le sortir le plus rapidement possible. 
Quand ça commence à vraiment avoir une sale tronche, les gynéco gagnent et on sort le bébé. 
Ca rend le milieu de grossesse pas super fun : chaque semaine est une semaine de gagnée, assure de meilleures chances de survie au bébé. J'avoue qu'avoir dépassé les 6 mois, et ressortir de la dernière écho avec un bébé estimé à 1,4kg,m'a fait un bien fou : à ce stade, les services de néonat savent déjà bien gérer !
A noter : l'alitement de la maman ne sert en rien dans de tels cas. Un arrêt de travail est très souvent donné car une maman fatiguée risque d'avoir encore plus de mal à alimenter correctement son bébé; mais l'alitement n'amène rien, il vaut mieux, même, continuer à se bouger un peu, doucement, pour favoriser cette crétine de circulation sanguine, qui est un peu l'enjeu central, vous l'aurez compris.

Que peut-on faire d'autre ?
Eh oui, comme toujours, il y a ce qui est officiellement appliqué, et d'autres choses encore. 
Ayant pas mal d'accroches en Allemagne, mon entourage allemand m'avait, dès la naissance de F., indiqué une association allemande spécialisée sur le sujet (Gestose Frauen) : elle récolte des fonds qu'elle consacre au sponsoring d'études autour de la prévention de la prééclampsie, ainsi qu'à la diffusion, auprès du corps médical et des patientes, des informations ainsi obtenues. Mais c'est laborieux, la documentation n'existe pour le moment qu'en allemand, donc déjà qu'ils sont loin d'avoir diffusé partout en Allemagne, ces infos n'ont pas atteint la France.

Les voici donc, pour compléter :
  • ne pas se focaliser sur la prise de poids mais ingérer un max de protéines. 
Eh oui, un des symptômes glamour liés à la prééclampsie, c'est la rétention d'eau
Celle-ci peut tout à fait intervenir sans aucun lien avec une prééclampsie (c'est ce qui rend les choses encore plus drôles, et gêne le diagnostic; en revanche, si ça s'emballe, là, c'est un symptôme clair : les 2 derniers jours avant le diagnostic de F., j'avais pris un kilo par jour. Je ne savais juste pas que ça pouvait être un indicateur d'un vrai problème - de la même manière que je ne savais pas que mes maux de tête terribles des derniers jours étaient un signe de tension, ni même, au fond, que c'était pas bon la tension), mais dans tous les cas, cela induit une prise de poids supérieure à la normale. 
Du coup, on embête la maman (ce qu'on a fait à partir du 5ème mois pour F.), qui du coup, se met au régime (je me suis mise à me nourrir de radis), ce qui dans le cas d'un problème de bébé sous alimenté, est bien entendu complètement contre-productif (la courbe de F. s'est effondrée à ce moment).
Donc, y aller mollo sur les inquiétudes au niveau du poids, MAIS ne pas manger n'importe quoi. Si on a faim, on mange, mais on évite le sucre (qui en plus accélère la rétention d'eau) et on essaie de manger un max de protéines
L'asso conseille 100g de protéines par jour, ce qui n'est pas évident au quotidien, puisqu'il s'agit d'une quantité de protéines pures : dans 200G de steak, on va avoir, selon la qualité de la viande, 40 à 60g de protéines… Donc on n'est pas rendue ! Concrètement, ils conseillent de manger un œuf par jour, par exemple (je commence mon petit déj par ça), de remplacer le pain du matin par du porridge (les flocons d'avoine contiennent 17% de protéines), et dès qu'on a faim, de grignoter une poignée d'amandes. Lors de la grossesse d'E., j'avais beaucoup de succès auprès de mes collègues quand je déballais un fromage entier en réunion à 10h. Bien évidemment, les légumineuses etc sont aussi nos amies.

Le but est de fournir au bébé tout ce dont il a besoin pour se construire, et la base d'un bébé, ce sont les protéines. Plus notre sang lui en apporte de manière concentrée, moins y a besoin de compenser en demandant une accélération du débit (qui, rappelons-le, entraine à terme une augmentation de la tension etc )

  • y aller gaiement sur les vitamines, notamment toutes les B machin
Il paraît qu'elles sont en lien avec les quelques gènes liés à la prééclampsie, et qu'une supplémentation avant et pendant la grossesse, aide encore davantage.

  • commencer l'Aspégic plutôt plus tôt que plus tard
souvent en France on fait commencer qu'à la 10ème semaine. Ne pas hésiter à réclamer l'ordonnance en avance et à commencer à 6 semaines.

  • et surtout : augmenter ses doses de sel. 
Celle-là, elle est particulièrement surprenante au premier abord, puisque le sel a longtemps été regardé comme favorisant la rétention d'eau, et que donc pendant des décennies, il a même été imposé des régimes sans sel aux femmes enceintes souffrant de rétention d'eau. Depuis, des études ont montré qu'au mieux, ça ne servait à rien (donc envoyez bouler votre gynéco si c'est ce qu'il préconise. Il est de bonne foi, mais vous conseille juste sur la foi d'informations complètement dépassées), mais même, que c'était carrément nuisible.
En effet, une grossesse implique une augmentation énorme de la quantité de sang en circulation. Donc pour maintenir un taux de sel normal, ben, automatiquement, il en faut plus (c'est le moment où j'ai compris mes méga fringales de trucs salés en début de grossesse, alors que fondamentalement je n'aime pas le sel. Mon corps savait ce qu'il me demandait, lui!). 
Or, que fait le sel dans le sang ? Il retient l'eau (qui, sinon, va se stocker dans les tissus et contribue au look "chevilles de tatie Germaine, visage bouffi et doigts boudinés"), et assure ainsi plus de fluidité au sang
J'ai été assez épatée de constater à quel point je prenais du poids si je négligeais ma prise de sel pendant quelques jours, et à quel point l'effet inverse était fort au bout de quelques jours à respecter scrupuleusement ces indications : je passais mon temps aux toilettes, même, car mon corps allait chercher l'eau stockée dans les tissus pour la repasser dans le sang puis l'évacuer. 
Durant cette grossesse, ma capacité à ôter mon alliance (pour aller draguer, bien évidemment) constitue un indicateur assez fidèle (mais toujours en décalé d'un ou deux jours le temps que ça fasse effet) de mon sérieux / manque de sérieux dans le respect de cette prescription.
Attention, hein : ingérer du sel en plus doit impérativement s'accompagner d'une bonne hydratation. Si le corps a le sentiment de manquer d'eau, il va la stocker, l'eau. 

Quelle quantité de sel ? 
Ben ça dépend de votre poids, puisque ça dépend de votre volume sanguin. Si vous êtes de poids raisonnable, 1 cuiller à café de plus par jour (= en plus de ce que vous ingérez naturellement dans votre alimentation). Si comme moi vous avez déjà migré du côté baleine avec une prise de poids déjà supérieure à 15 kg, 2 cuillers à café. Et le truc fun : non non non, ce n'est pas à prendre en une fois, c'est à répartir tout au long de la journée. Le but est d'assurer un taux assez constant de sel dans le sang, or le corps évacue le sel en permanence, surtout donné en surdose.



Comment le prendre ?
  • Possibilité 1 : en rajouter dans ce qu'on mange. Bon, au moins, ça vous donne une justification pour vous goinfrer de chips. Mais les chips mises à part, ben, franchement, j'ai tenté le fait de sursaler mes pâtes et c'est juste dégueu. en tous cas pour moi qui sale très peu ma cuisine en temps normal.
  • Possibilité 2, qui est celle que j'ai utilisée pour E., et au début de cette grossesse-ci : ingérer ça sous forme d'eau salée (je me mesure ma quantité de sel pour la journée dans une tasse à café, et régulièrement dans la journée, hop, je puise dans cette quantité, je rajoute 2 -3 gorgées d'eau, et j'avale ça.) C'est mauvais mais au moins c'est vite passé / ça ne me dégoûte pas de manger.
  • Mais même ça j'avais vraiment du mal pour cette grossesse-ci donc je suis allée regarder du côté des comprimés de sel à avaler. Ce qui était proposé en France était siglé "pour les sportifs": ça m'a fait rigoler, je ne me suis pas sentie super concernée et j'ai eu peur que ça contienne d'autres machins pas super adaptés à une femme enceinte. Donc je suis de nouveau allée regarder du côté allemand ce qui était préconisé, et j'ai acheté, par le biais d'amazon.de, des tablettes de sel vendues en pharmacie. 9 comprimés = 1 cuiller à café, j'essaie de prendre quasi 20 comprimes par jour répartis sur la journée (par lots de 3 sinon je n'y pense pas). Depuis, j'ai relativement enrayé ma prise de poids, la sensation de doigts endormis au réveil s'est estompée, et mes crampes aux jambes ont quasiment disparu… Bref, c'est rentable.
Bien évidemment, ces conseils sont aussi bons à prendre lors d'une première grossesse
  • avoir en tête qu'une prise de poids à base de sucre n'est pas une bonne idée, mais que se surstresser sur une prise de poids basée sur d'autres facteurs n'est pas une meilleure idée non plus.
  • faire gaffe à son taux de sel.

Voili voilou.
J'arrive au terme de ce long billet.
Je souhaite qu'il puisse aider d'autres familles, car la prééclampsie / éclampsie, c'est pas de la gnognotte, même quand on réussit à éviter une issue fatale ça a des répercussions plus ou moins graves sur la maman et le bébé, tant sur le plan physique que psychologique, alors, zut, à bas !
Il ne s'agit pas de stresser inutilement, mais, surtout, de ne pas se laisser envoyer paître par des professionnels pas assez prudents / informés nous disant qu'on stresse pour rien...
N'hésitez pas si questions !

lundi 3 février 2020

1 moyen simple pour progresser en langue étrangère à raison de 10 min par jour

Rho punaise.
En écrivant un titre dans le genre j'ai l'impression de rédiger une pub de bas étage
Il faudrait que j'arrive à terminer le billet par une offre alléchante redirigeant vers un site internet douteux hébergé en Chine (donc infecté de corona-virus), avec une photo improbable de play-boy tête à claque aux dents refaites sensé avoir bénéficié de mon "tuyau" et ne plus voir la vie comme avant depuis. 
Comme je n'ai rien de tout ça à dispo (même Monsieur Bout refuse de poser pour faire play-boy tête à claques !! - on n'est jamais trahi que par les siens), j'en serai réduite à terminer le billet en vous souhaitant un bon début de semaine. 
Mouais. 
C'est moins drôle.


Bref, dans mon récent billet sur l'intérêt de transmettre ses pitoyables rudiments de langue étrangère à son môme (ou, plutôt, sur le fait que si on souhaite le faire, il ne faut surtout pas s'en priver au motif qu'ils seraient pitoyables), j'ai promis de venir vous parler d'un truc permettant de progresser facilement en langue étrangère, et me voici.

Ce truc me vient de mon honorable papa, trilingue passionné, à qui je dois mon amour des langues. Il me l'a transmis alors que je me lamentais
1. sur le fait que j'avais du mal à entretenir les langues étrangères que je maîtrise (allemand, anglais, italien), dans un environnement pas méga international (à l'époque desdites lamentations je bossais sur une usine normande)
2. sur les complexes de mon mari, et notamment sur son niveau d'anglais, qu'il estimait trop rudimentaire pour oser envisager de s'en servir dans un contexte professionnel.

Ce truc ?
Il s'agit de lire un livre de la langue en question, à raison de 10 minutes par jour.



Hum ? Ne partez pas tout de suite, tant qu'à être là, hein.
Précisions

1. Lire un livre: un livre. 

  • Pas un article de magazine, et suuuurtout pas un article de magazine "intelligent" / "utile" / "plein de vocabulaires pour le boulot", genre presse économique / politique whatever. 
Nous allons le voir, 2 ingrédients essentiels sont le plaisir et la continuité dans le temps. 

  • Un livre qu'on a envie de lire
Non (sauf si on a déjà un excellent niveau ET qu'on aime ce genre de livres), ce n'est pas le moment de se jeter sur les grands auteurs littéraires de la nation concernée. On se prend 
    • de la chick-lit si on aime ça : un bon petit "le Diable s'habille en Prada" ou une histoire d'amour neuneu (profitons-en, ça nous fait un prétexte ! "oh mon chéri c'est pour bosser mon anglais, j't'assuuuuure" permet de garder un max de crédibilité tout en gloussant comme une baleine aux mièvreries dont on se délecte), 
    • un policier de derrière les fagots, 
    • un roman historique pas compliqué si c'est ce qui nous détend. 
La clé est vraiment d'avoir envie de le lire, d'apprécier l'histoire, il faut que quelque part on ait envie de découvrir la suite !
Samantha va-t-elle séduire John ? L'inspecteur Machin va-t-il démasquer Madame Rose ou le Colonel Moutarde ? Le roi Trucmuche va-t-il enfin avoir un hériter mâle ? (ouais bon ok wikipedia peut nous renseigner sur ce point…).



  • Un livre plutôt facile à lire
On privilégie un niveau de vocabulaire assez simple.
Si dans notre roman policier tout le monde parle en argot, si notre roman historique a lieu de dans le Sud des Etats Unis à la fin du 19ème et que la moitié des personnages parlent "petit nègre" (donc petit nègre anglais !) on oublie ! Ce sera pour plus tard. 
On prend un roman normal dans lequel auteur et personnages s'expriment dans une langue assez normale. 
Et surtout, hein, un roman qu'on a ENVIE de lire. C'est ZE critère principal. Parce que rappelons nous que le cerveau n'apprend jamais aussi bien que dans le plaisir.

2. On le lit 10 minutes par jour (on a le droit à plus, bien évidemment, mais ce qui compte, c'est de s'y tenir tous les jours), sans interruption. 

  • 10 minutes, ça permet à notre cerveau de bien rentrer dedans
D'échauffer la mécanique, quoi. 
  • Tous les jours, ça permet à notre cerveau de se muscler de manière régulière, de capitaliser chaque jour sur ce qu'il a vu la veille. Le cerveau s'abstient de zigouiller les connexions neuronales tout juste créées puisqu'elles sont immédiatement réutilisées le lendemain. 

  • On lit pour soi, hein. 
Oui, moi aussi, quand mon père m'avait dit faire ça pour se muscler le cerveau les derniers 15 jours avant une mission d'interprétariat j'avais dit "euh, à voix haute ?" (ce qui est MEGA ch***, nous sommes bien d'accord). Eh non, "dans sa tête".

  • Mais surtout : on lit SANS recours au dictionnaire (ou à son appli "Linguee" sur son smartphone, hein. Je vous ai vus, à essayer de finasser sur les mots)
Oui oui oui. 
Pourquoi ? 
Parce que 
    • 1. chercher dans un dictionnaire c'est chiant, ça interrompt la lecture et ça pulvérise l'aspect plaisir dont nous parlions à l'instant et que 
    • 2. ça interrompt la lecture et donc interrompt tout le travail que notre cerveau est discrètement en train de faire en lisant : intégrer la structure des phrases, le rythme de la langue, vocabulaire. 
Eh oui, concrètement, on se retrouve à lire un peu en mode "Schtroumpfs"; et c'est une gymnastique dans laquelle notre cerveau progresse très vite. 
Tout au plus peut-on s'autoriser un maximum d'UN mot par double page. UN SEUL ! qu'on sélectionne à la fin de la double page, en mode "celui-là il m'emm*** vraiment, qu'est ce qu'il veut dire bon sang !?". Et qu'on n'hésite pas à écrire dans la marge du bouquin si on est quelqu'un qui écrit dans un bouquin. (je sais que pour certains c'est de l'hérésie, mais ne me brûlez pas tout de suite je peux ptet encore servir - et puis ça pollue). Mais franchement, si on peut s'en passer, on s'en passe, c'est préférable. Et il est strictement interdit de se faire une liste avec ces mots à apprendre. On a dit plaisir, bon sang.

C'est précisément pour surfer sur l'effet "flow", continuité, qu'un livre est mille fois préférable à un article. En lisant un livre on intègre peu à peu tout un contexte implicite, le cerveau prend ses repères, il repère le narrateur. La lecture de 10 pages d'un même livre le désoriente beaucoup moins que lire 4 ou 5 articles différents. Ne fatiguons pas inutilement notre cerveau !

Donc concrètement, ce qui se passe, c'est que les premiers jours on lit trèèèès lentement, on avance à pas de fourmis, et on comprend un pourcentage qui nous semble assez faible de ce qu'on lit. 
Et puis au bout de 8 jours, ben, on constate qu'on lit un peu plus vite et qu'on comprend de mieux en mieux. Et ça ne fait que s'améliorer. 
Parce que justement notre cerveau est en train de débroussailler un max, il commence à se repérer dans la langue, à savoir où aller chercher le sens, à trier les mots, à déduire d'ailleurs tout seul le sens de mots-qu-on-n'a-pas-eu-le-droit-d'aller-chercher-dans-le-dico-à-cause-du-diktat-infâme-de-la-Gwen.

Bizarre ?
Ce qui m'a aidée à "croire" mon père quand il m'a donné son conseil, c'est que j'ai réalisé qu'au fond j'avais déjà fait l'expérience de ce phénomène. En seconde, je crois, le tome 4 de Harry Potter était sorti en anglais plusieurs mois avant la sortie française (mode vieux de la veille on) et donc l'été de sa sortie je me l'étais paluché en anglais, sur un lieu de vacances évidemment dépourvu de dictionnaire, et bien entendu, hein, je vous parle d'un temps que linguee ne pouvait pas connaîtreuh. 
Et pourtant, hein, en fin de seconde, je peux vous assurer que mon niveau d'anglais était… euh… peut-on parler de niveau ?
Et effectivement les premiers jours j'avais le sentiment de ne pas piger grand chose; et j'avais du mettre une semaine à terminer le premier chapitre; mais nettement moins longtemps à terminer le 2ème. Et j'avais compris toute seule que Muggle ça voulait dire Moldu (bon c'est sûr même un dico ne m'aurait pas beaucoup aidée sur ce coup-là), et que… et que… et que ah ben tiens c'est bizarre la foule de mots dont mon cerveau finit par comprendre tout seul la signification !



Quelle belle machine que notre cerveau ! Parce que nous activons, quotidiennement, à petite dose, la zone de la langue, que nous l'activons dans un contexte de moindre contrainte, cette zone là se muscle, elle crée un max de synapses, elle se gorge, passivement, de syntaxe, de grammaire, de conjugaisons, d'orthographe, de vocabulaire, de tournures de phrases, d'expressions idiomatiques, de tout ce qu'on s'embête à apprendre de manière bien sèche et automatique en temps normal. Elle se muscle passivement, mais ça rejaillit, en fait, sur nos capacités actives. Et oui, non seulement on comprend mieux, mais on s'exprime mieux, y compris à l'oral ! Les neurones sont prêts, musclés, tout frais, dispo.
Alors, effectivement, certains des mots qu'on va apprendre ainsi nous serons peu utiles (j'ai assez peu souvent recasé "Moldu" au boulot, je dois en convenir), mais la majorité le sera d'une manière ou d'une autre ! Et la zone de cerveau ayant été musclée, il sera bieeeen plus facile d'y insérer la vingtaine de termes "utiles" (à des fins pro ou autres) dont on a besoin, le jour venu.


  • Monsieur Bout lui même a testé ça il y a quelques années, quand il a appliqué ce conseil durant ses dernières semaines de chômage strasbourgeois, juste avant de prendre un poste qui allait, pour la première fois de sa carrière, exiger de lui d'utiliser l'anglais 40% du temps. Il était pétri de complexes et de doutes. Et il a été bluffé de se voir soudainement bien plus sûr de lui sur tous les plans. A l'oral comme à l'écrit, les mots sortaient bien plus facilement, et… dans le bon ordre, s'il-vous-plaît. 
  • Une de mes voisines, quadra dynamique, s'est vue féliciter par son client, grand groupe international, sur les progrès faits en animation de réunion (en anglais, of course) quelques semaines après m'avoir piqué un premier roman policier, cet automne. Elle en est à son 3ème.

Bref, ça vaut le coup.

Et niveau approvisionnement ? 
Eh oui, ce sera, dans la majorité des cas, une solution ultra low cost
  • D'abord la plupart des bibliothèques ont un rayon en langues étrangères, de nos jours. Même peu fourni, il aura généralement quelques volumes type romans de gare, quelques romans policiers, quelques romans historiques. Le tout est d'y identifier UN ouvrage qui nous attire. Bien entendu, ce sera plus facile si on recherche de l'anglais que du thaï. 
  • Mais si c'est le thaî qu'on recherche, il y a probablement une raison (liens familiaux? expatriation passée ?) qui permet d'identifier un canal de récupération de bouquins adaptés. On peut se faire envoyer ou transmettre un colis, ou encore profiter d'un voyage pour… ou alors, rechercher sur les plateformes de revente d'occaz.
  • Et puis de plus en plus, il y a les boîtes à livres ! Dans celles qui se sont multipliées autour de chez nous, Monsieur Bout me déniche régulièrement des trucs bien sympa en anglais (que je refourgue à ma voisine ensuite avant de les replacer dans une autre boîte à livres), mais aussi en allemand. Mais nous y voyons aussi de l'espagnol, du russe, de l'italien, et d'autres langues que je ne sais pas toujours identifier avec certitude.
Du coup, moi, pour entretenir allemand et anglais, j'alterne : quand j'ai terminé un roman en anglais, j'en entame un en allemand, et ainsi de suite. (j'ai délibérément choisi de ne pas inclure l'italien dans cette alternance; j'ai estimé qu'entretenir efficacement TROIS langues ainsi risquait de me conduire à disperser mes efforts).

Voili voilou. Comme vous l'aurez remarqué, c'est une solution qu'on peut mettre en œuvre chez soi, même si on est cloué au lit (surtout si on est cloué au lit). On peut également emporter son roman étranger dans les transports en commun. C'est une solution valable pour la maman qui angoisse à l'idée de reprendre une activité pro et est persuadée n'avoir aucune compétence pour rien, pour la maman IEF persuadée d'avoir un niveau trop pourri pour aider ses enfants, pour la personne, maman ou pas, qui, juste, veut élargir à peu de frais la zone qu'une langue occupe dans son cerveau.

Si vous avez des questions complémentaires, n'hésitez pas. 
Si vous avez besoin de suggestions concrètes d'auteurs vers lesquels vous orienter selon vos goûts, idem, les commentaires sont là pour ça. Si je n'ai pas d'idée (Figurez vous que je veux bien faire semblant, mais en fait les écrivains espagnols c'est pas mon fort), je ne doute pas que d'autres lecteurs du blog sauront intervenir bien plus efficacement !

Je sais. On est loin du playboy. Soupir. 


lundi 27 janvier 2020

De l'intérêt qu'il y a à ne PAS apprendre à nos enfants à dire "je suis triste"... - Petit Bout de Daniel SIEGEL, le Cerveau de votre enfant.

Ah là là ma bonne dame, l'éducation des enfants a bien changé !

Oh que oui. 
Et parmi les points qui distinguent les mantra éducatifs d'il y a 30 ans et ceux d'aujourd'hui… j'ai nommé … 
Tadaaaam : l'accent mis sur l'expression et la gestion des émotions !

Ou plutôt, les efforts à faire pour son apprentissage. D'où pléthore de publications sur le sujet, et j'y ai moi-même consacré à la fois un tas d'efforts, un tas de temps à lire des trucs, et de très jolies pages dans mes "200 moments de parentalité positive (ou pas)".
(d'ailleurs, dans les aspects "ou pas", la gestion des émotions figure en bonne place : ben oui, hein, comme tout parent, c'est notamment quand j'échoue à gérer mes propres émotions que je me retrouve à des kilomètres de ce que j'aimerais faire au niveau éducatif. D'où culpabilité - à ce propos, avez-vous lu le sublime article que Coralie vient de publier sur ce sujet si sensible de la culpabilité parentale ?)

Si cet aspect était totalement occulté auparavant, on en mesure aujourd'hui l'importance.
Et l'enjeu est d'autant plus important que, dans cette affaire, le parent se retrouve souvent à apprendre en même temps que son enfant, puisqu'il se rend compte, justement, des grosses lacunes qui le pénalisent sur ce plan.

Bref, pas évident.

Du coup, on tâtonne, on fait de son mieux, pour avancer soi-même et faire avancer son enfant.
Et c'est précisément un de ces tâtonnements que ce Petit Bout du sublime "le Cerveau de votre enfant" de Daniel Siegel (dont je vous chantais les louanges cet été) est venu pointer.

Jugez plutôt

"Le Cerveau de votre enfant", D. SIEGEL, p.188


Vous voyez le truc ? Là, l'auteur parle des enfants, mais ça s'applique bien entendu à tout un chacun… y compris, au hasard, au parent voulant bien faire qui s'échine à inclure, dans son vocabulaire, des phrases permettant à son enfant de mettre des mots sur ce qu'il ressent. 
Or, personnellement en tous cas, la subtiiiiiile différence entre "je suis triste" et "je me sens triste" me passait bien au-dessus, et j'utilisais allègrement les formulations en "je suis".
Et pourtant, quand on réalise la nuance de signification, quand on réalise que, eh oui, pour un enfant, le côté éphémère d'une émotion ne va pas du tout de soi, bien au contraire, ben on se dit "bon sang mais c'est bien sûr". 
Veiller à utiliser des formulations mettant en évidence qu'ils ne sont pas leur tristesse du moment, qu'ils ne sont pas leur désir si intense du moment, qu'ils survivront biiien au dela de ces sentiments très très désagréables mais fugaces, eh, c'est quand même quelque chose.
Bref, je me sens très heureuse d'avoir pu faire cette découverte, j'ai bien veillé à l'appliquer au quotidien, et, si j'ai pu me sentir dépitée de ne pas avoir mis le doigt dessus toute seule, je me sens bien soulagée que ce soit le cas maintenant, et que ça puisse l'être pour vous, ô mon vénérable lectorat, ou en tous cas la partie de mon vénérable lectorat à qui elle aussi cette nuance échappait, à dater d'aujourd'hui.

Je l'ai stockée juste à côté de la phrase tirée de l'excellent "Cessez d'être gentil, soyez vrai" : pour le moment. (pour le moment, je n'ai pas la possibilité de / je choisis de privilégier / je ne sais pas encore /…) : des petits mots qui maintiennent dans une dynamique au lieu de nous figer dans un constat.

mardi 21 janvier 2020

Ce fichu réservoir d'amour à la noix

Cet automne, je me suis réjouie de voir F. démontrer un apaisement considérable. Cette évolution s'était déjà dessinée avant, bien entendu, mais l'été l'avait accentuée, et les premières semaines de la rentrée bien davantage encore.
Un enfant visiblement mieux dans ses bottes, beaucoup plus à l'aise avec les règles, la frustration, les contraintes, riant, plein d'allant, demandant allègrement de l'affection (= la demandant explicitement), capable également de beaucoup mieux supporter les moments où nous n'étions pas immédiatement disponibles pour lui donner cette affection, et dont la vivacité de réactions ne l'entrainait plus vers les monstrueuses colères qui avaient ponctué notre quotidien pendant de si longues périodes. 
Des relations s'apaisant avec un peu tout le monde (même, bien que dans une moindre mesure, avec sa sœur.)

YOUPI TAGADA.
Je chantais la vie, je dansais la vie, et puis avec la grossesse de number 3 ça tombait particulièrement bien et ça contribuait à me permettre de vivre cette grossesse avec sérénité.

Et puis fin octobre, une première colère monstrueuse comme nous n'en avions plus eue depuis… longtemps justement. Qui fut suivie d'autres, quelques jours plus tard. Des réactions de plus en plus vives, des transgressions, un retour de l'agressivité…. quelle joie que ce mois de novembre !
(revirement qui s'accentua pile-poil au moment de la visite d'un set de grands-parents - timing parfait)

AAAAAAH

A un moment, devant l'évidence et l'ampleur du revirement, il a bien fallu se poser avec Monsieur Bout et analyser un peu.
Le mois d'octobre avait été costaud : 
  • tout à ses dernières semaines de travail, Monsieur Bout était fort peu dispo, et autant ses horaires de travail avaient été raisonnables en septembre, autant ils n'avaient fait qu'empirer tout au long du mois d'octobre. Les soirs sans dîner tous ensemble s'étaient multipliés.
  • A cet important manque de disponibilité, s'ajoutait une humeur de dogue, alimentée par les angoisses liées au changement prochain
  • de mon côté, la fatigue liée à la grossesse n'avait fait qu'empirer
  • et en parallèle j'avais été d'autant plus prise professionnellement qu'avec l'imminence de la rupture de contrat de Monsieur Bout conjuguée à ma mise sur le flanc prochaine, j'avais une légère pression, quand même, pour rentrer un maximum de pépettes dans les caisses familiales tant qu'il en était encore temps.

Du coup… nous avions tiré sur la corde : le réservoir d'amour de F. n'ayant plus ce côté "percé", demandant sans cesse à être rempli, je me suis permise de passer moins de temps avec lui. De zapper son moment particulier un soir, ce qu'il a accepté avec beaucoup de bonne grâce et de sollicitude pour ma grande fatigue.
De récidiver quelques soirs plus tard.
Et de plus en plus souvent.
Et ainsi de suite.

YEP.
Nous avons (pour tout un tas de bonnes raisons) négligé ce fichu réservoir d'amour à la noix, et nous en avons payé le prix. PAF.

Je me suis bien maudite dans les semaines qui ont suivi, en voyant une partie des progrès remarqués, de la stabilisation si réjouissante, réduits à néant. Ca a d'ailleurs en partie pourri la dynamique du calendrier de l'Avent immatériel tant apprécié les 2 années précédentes.

Mais bon, plutôt que de passer toute mon énergie à me maudire, j'en ai consacré une bonne dose au remplissage à la pelle du réservoir d'amour. 
A la pelle, que dis-je ? 
Au tractopelle, oui. (ouais, j'ai mon permis de tractopelle)

Ca m'en a demandé, de l'énergie ! J'ai ressorti la totale, 
  • les câlins de malade, 
  • j'ai trouvé des variantes au jeu d'attrape (parce que vu mon volume actuel bonjour), l
  • es massages le soir dans le lit, 
  • les berceuses dès que l'envie s'en faisait sentir, 
  • les petites attentions dans la lunchbox de l'école… 
tout y est passé.
(en plus de passer beaucoup d'énergie, en parallèle, dans le rappel bienveillant, empathique et ferme du cadre)

Les choses se sont lentement améliorées, au départ, puis plus rapidement, et là depuis la rentrée de janvier j'oserais presque dire qu'on est revenus au niveau de sérénité d'octobre. 
- quasi disparition des crises (je dis "quasi" par superstition)
- diminution des oppositions
- demande équilibrée d'attention
- expression claire de besoins et de sentiments ("j'aime quand tu me masses comme ça maman")

Heureusement que dans le même temps, Monsieur Bout nouvellement au foyer faisait tout à la maison (en plus, bien évidemment, de faire sa part de remplissage), parce que lessivée que j'étais par mes mois de septembre-octobre passés sur les chapeaux de roue, j'étais loin d'être en grande forme.

Et puis à l'arrivée, les vacances de Noël auront contribué à la dynamique car en plus de nous rendre plus dispo, elles ont pu, notamment grâce aux avancées faites en ligne avec mon récent billet sur les relations aux grands-parents, exposer les enfants au regard positif de leurs grands-parents, à des expériences positives, de proximité et d'appréciation, avec eux ; ce qui a sans nul doute joué un rôle non négligeable dans le colmatage de réservoir.

Alors, franchement, j'avoue que je suis très, très heureuse d'avoir inclus mon billet spécial "temps dédié" en annexe des "200 moments" (une inspiration de dernière minute avant de lancer le BAT) parce que je viens de me prendre en pleine figure le rappel que, peu importent tous les outils de parentalité positive qu'on peut utiliser pour améliorer sa relation avec son enfant et l'aménager d'une manière respectueuse de lui et de nous, la première chose sur laquelle on ne saurait lésiner c'est ce fichu réservoir d'amour et son remplissage.

Bref, si vos enfants se comportent de manière plus relou ces derniers temps, consacrez donc vos nuits à relire l'intégrale du blog, de mon bouquin, de Faber Mazlish et consorts… ou pas, mais surtout, surtout, commencez par réintroduire, si ça a un peu disparu, ces moments si précieux pour la sécurisation affective de base de nos bambins et partant, le bien-être de tout le monde. 
Je sais que c'est compliqué souvent, 
je sais qu'on est crevé en tant que parent, 
je sais que notre vie de malade est une vie de malade (attention grand moment de littérature) 
… mais je sais aussi qu'on est tellement plus crevé quand tout part en vrille.

Je m'en suis pris le rappel en pleine tronche et je me suis dit que j'allais partager ça avec vous (parce que je partage ça plus facilement qu'une tablette de chocolat, faut dire).

Le but étant bien entendu pas de se rajouter une couche de culpabilité, hein, mais bien de se rappeler, en cas d'incendie, d'où est la sortie de secours la plus proche ….

Voilà, c'était mon appel vibrant au peuple. Bien cordialement !
Vous m'avez reconnue ? ^^

lundi 13 janvier 2020

Transmettre une langue étrangère à son enfant... quand on a un niveau très moyen soi-même

En novembre je vous présentais 2 petits jeux de société très bien en eux-mêmes, mais aussi la manière dont je les utilise pour jouer "en allemand" avec les enfants, et ainsi contribuer à ce qu'ils s'approprient peu à peu cette langue.


Line a fait ce commentaire très intéressant…
En fait, ces techniques proposées fonctionnent très bien lorsque l'on maîtrise un minimum la langue (non, il ne faut sans doute pas un niveau interstellaire mais il faut quand même pouvoir accorder correctement les mots selon leur genre, leur fonction en allemand, posséder un minimum de connaissances quant à la structure des phrases, avoir un accent correct etc) 
L'apprentissage de langues à nos enfants est vraiment l'obstacle sur lequel je bute en IEF.

Les questions soulevées méritant à mon avis plus de quelques lignes de réponse, d'autant que je soupçonne que Line est looooin d'être le seul parent paralysé par ce problème, voici un billet sur le sujet.

Disclaimer (ouais, chechi est un article hautement innnternachionâââl)
Il est facile pour moi de parler, et de dire que c'est facile et tout, puisque j'ai la chance d'avoir un bon niveau dans les langues étrangères que je pratique, et notamment dans celle que je tiens à transmettre à mes enfants : l'allemand.
Ceci dit, l'apprentissage des langues constitue un thème qui me passionne en tant que tel, et je me suis beaucoup intéressée à la manière dont cet apprentissage fonctionne, à la mécanique derrière l'intégration d'une langue étrangère. 
A la fois pour progresser moi-même (bicoz il a quand même fallu que je les apprenne ces langues, et j'ai aussi à cœur de les entretenir), et pour les transmettre (à mes enfants, aux personnes à qui j'ai pu donner des cours particuliers, et aussi en aidant des personnes de mon entourage cherchant à progresser). Car je ne fréquente pas que des gens ayant un bon niveau en langues étrangères (si si, je vous assure. Ce n'est pas un critère de sélection pour mes amitiés. C'est fou hein !), donc ça m'a permis d'observer comment ça se passait chez d'autres personnes.
Et puis j'ai eu la chance d'effectuer une partie de mon apprentissage de langues étrangères dans d'autres pays, et fréquenté et discuté du sujet avec des nombreux étrangers issus de systèmes d'éducation différents, ce qui m'a permis de voir d'autres méthodes, d'autres approches que celles en vigueur en France, et ça aussi, ça nourrit la réflexion.


Et justement, mon premier point, c'est qu'il n'est pas du tout, mais alors pas-du-tout nécessaire de parler bien une langue étrangère pour l'enseigner à son enfant.
Pas du tout.
On peut parler l'anglais comme une vache espagnole, ça n'empêche rien. 

Parler parfaitement : une illusion française

Eh oui. 
  • Cette exigence, 
  • ce complexe d'infériorité, 
  • cette honte à ouvrir la bouche parce qu'on pense à toutes les erreurs qu'on fait et qu'on les estime impardonnables, 
  • ce blocage qui fait que vous restez muet ou balbutiez une phrase après 10 minutes de réflexion intense… 
C'est quelque chose dans lequel vous vous retrouvez ? 
Et alors, déjà que vous avez honte de ce péché CAPITAL, vous crevez de peur à l'idée de le transmettre à vos enfants ?


Merci, merci, merci en grande partie, à la manière dont sont enseignées les langues étrangères en France : on commence avec un max de grammaire, on inculque la peur de l'erreur, et personne n'ose parler.
Quand on prononce une phrase en cours, la première chose qui se passera c'est une correction du prof. Y a pas mieux pour couper l'envie de communiquer.

J'ai tellement vu la différence avec mes cours d'italien LV3 ! Ma prof avait une manière de faire bien à elle, elle nous reprenait très peu, mais nous encourageait à raconter un maximum de choses, y compris des conneries, voire même surtout des conneries, ladite prof étant dotée d'un humour au 2ème degré très développé
Je peux donc dire qu'en 2 ans, mon niveau d'italien a dépassé mon niveau d'anglais d'alors parce que j'ai appris à parler italien pour pouvoir raconter des conneries. Pour pouvoir communiquer. Parce que, même si la manière dont elle nous est enseignée tend à nous le faire oublier, c'est à ça que ça sert une langue étrangère. Pas à éblouir un académicien avec des phrases parfaites, mais à rentrer en communication avec des gens étrangers.

On apprend à parler une langue pour pouvoir parler, communiquer avec le voisin, et on l'apprend en communiquant, en parlant.

Pour apprendre à parler une langue, il faut oser la parler :  rien n'est plus nuisible à l'apprentissage d'une langue étrangère que le souci de la perfection.

Un parallèle qu'on retrouve en parentalité positive, du reste : que de fois j'ai entendu 
"La parentalité positive c'est trop dur, j'y arrive pas, alors tant pis je fais sans". 
Tentation notamment chez les mamans de familles nombreuses, confrontées encore davantage au manque de temps pour répondre "correctement", c'est à dire autrement qu'en mode réflexe, aux mille sollicitations, multipliées par X enfants, et enrichies d'un coefficient de disputes entre enfants, de leur progéniture. (d'ailleurs j'aimerais bien approfondir ça dans un billet un jour)
Eh oui; en parentalité positive aussi, si on veut "faire toujours bien", c'est mort. 
Si on accepte que des fois on fera bien, des fois non, et qu'au début notamment on fera très souvent tout à fait autre chose que ce qu'il aurait théoriquement fallu, eh bien on se donne une chance de prendre de nouveaux automatismes peu à peu.


Une langue étrangère, qu'elle soit la langue du parent positif ou la langue des Grands-Bretons, c'est pareil : la parler mal c'est le début du parler bien
De la même manière que nos enfants ont appris à parler leur langue maternelle en balbutiant, commencer à parler mal n'est pas un obstacle pour apprendre à parler bien mais un tremplin. Une étape incontournable et ultra efficace. Offrons-la à nos enfants ! 
En leur offrant la chance de parler mal une langue, nous leur offrons la première marche vers le parler bien.


"oui mais je vais lui donner un mauvais accent"

Stop ! On  n'arrête pas de souligner la plasticité du cerveau de l'enfant en particulier et de l'être humain en général alors pourquoi avons-nous à ce point l'impression que les premiers mots d'allemand, d'anglais etc mal prononcés seront gravés à jamais dans le cerveau de notre enfant ?

  •  1. son accent il pourra l'améliorer par la suite. 
Des gens ayant grandi dans des quartiers à l'accent très "populaire" apprennent tout à fait à s'en défaire quand c'est un obstacle pour évoluer dans des milieux plus huppés, alors pourquoi pas notre enfant ? 
A titre personnel j'ai commencé à apprendre l'anglais en Allemagne, avec des professeurs allemands. Pendant longtemps, des personnes ne me connaissant pas et m'entendant parler anglais me pensaient donc allemande. Maintenant, ils sont bien pommés, car avec l'utilisation de l'anglais en milieu professionnel français, de l'accent français s'est faufilé. Alors leur meilleure supposition est de me penser suisse ;-) . Pour l'accent gravé à jamais, on repassera.


  • 2. Vous voulez que je vous dise ? On s'en fiche de l'accent, la plupart du temps. 
Dans la vie, il vaut mieux parler une langue étrangère avec un accent pas top et de manière pas parfaite, que ne pas la parler parce qu'on aurait voulu la parler avec un bon accent. L'excellent accent est bon pour l'égo; il ne sert que peu la communication. Voire… il peut la desservir. 
Moi qui en ce moment interviens pas mal, sur le plan pro, sur des sujets de communication multiculturelle, c'est quelque chose que je constate souvent. Les différences entre les cultures provoquent un certain nombre de malentendus, des bourdes culturelles sont faites. Elles sont beaucoup plus fréquemment perçues comme telles (= involontaires, dues à la différence de culture, plutôt que volontaires, dues à une intention mauvaise, blessante, etc) si elles sont faites par quelqu'un dont la maîtrise imparfaite de la langue souligne le caractère étranger, que si elles sont faites par quelqu'un dont l'excellente maîtrise de la langue provoque une attente (souvent inconsciente) d'excellente maîtrise des codes culturels… Des mésaventures qui touchent notamment des personnes bi-nationales par leurs parents, donc parlant parfaitement leur 2ème langue mais n'ayant en fait vécu que dans un des deux pays.

"Je vais lui inculquer une mauvaise syntaxe !"

Mêmes arguments. Il vaut mieux mal parler une langue que ne pas la parler du tout. 
J'ai travaillé dans des entreprises de toutes tailles et de toutes cultures, que ce soit la bonne vieille boîte franco-française avec juste une petite filiale outre-Rhin ou outre-Manche, à la grosse multinationale avec un chef à Amsterdam, un à Seattle, et des correspondants dans la Ruhr et puis des gens d'un peu toutes les cultures au milieu. 
Donc oui, dans mon milieu pro j'en ai vu des gens faire des tas de fautes de syntaxe en réunion. 
OUI, ils seraient encore plus efficaces avec un syntaxe parfaite. Mais à peine, en fait. 
Ils sont de toute manière 100 fois plus efficaces que ceux qui, dans l'assemblée, sont trop inhibés pour oser aligner deux phrases.


Et mal la parler est, je le répète, de toute manière l'étape incontournable pour bien la parler ensuite, donc si on peut déjà amener son enfant à cette étape là c'est GENIAL.

Génial et lourd de conséquences, puisque, je reviendrai dessus dans un autre billet, parmi les manières qu'on a d'améliorer une langue, justement beaucoup fonctionnent pour améliorer… donc faut de l'existant. Vous ne ferez pas de votre enfant quelqu'un de véritablement bilingue à 12 ans; mais ce n'est pas nécessaire. Il aura créé un sacré nombre de connexions neuronales, un capital qu'il pourra ensuite continuer à augmenter au fil de sa vie.

Enfin, il y a un dernier point que nous transmettons en transmettant notre anglais pourri, notre allemand minable et notre vietnamien lacunaire à notre enfant. Non seulement nous transmettons notre accent m**ique (qu'il pourra perdre ou pas), notre syntaxe "créative" (qu'il pourra améliorer ou pas), mais nous transmettons encore un autre truc, et pas des moindres.
Que se passe-t-il quand on fait l'effort de parler à quelqu'un dans sa langue ? Même juste quelques mots mal prononcés (par exemple à Hong-Kong, même si j'ai communiqué en anglais avec des gens maîtrisant très bien cette langue, j'ai demandé comment dire "merci" en cantonais et je me suis attachée à l'utiliser - nan ne me demandez pas comme ça se dit, j'ai oublié depuis !) : on se trouve face à des gens ravis d'entrer en relation, touchés de cet effort. C'est un petit geste à effet-papillon, un petit geste de fraternité entre les peuples.
Bref : en parlant mal sans complexe, on transmet un message fort à son enfant : le désir d'entrer en contact, la relation, passe devant la honte et le souci de parfaite maîtrise. C'est un message beau, un message décomplexant. Je n'ai pas besoin d'un truc valorisant pour l'ego pour aller vers autrui. Je n'ai pas besoin d'être parfait pour entrer en relation, apporter quelque chose à mon prochain. 
Je dis ça, j'dis rien.


Après cette première partie à visée ouverture des shakras, en mode "pourquoi transmettre sans complexes son anglais pourri à son enfant", passons maintenant sur le côté pratique.

"Comment transmettre le maximum d'anglais /autre langue à son enfant".


Attention, de nouveau : pas de perfectionnisme. Il ne s'agit pas de cocher toutes les cases de cette liste, mais d'avoir sous les yeux une listes d'idées et de confronter cela à nos possibilités. La voisine fait surement mieux que nous, c'est é-vi-dent. OSEF. 
Contentons-nous de faire ce que nous pouvons, ce qui nous est facile, ce qui nous plaît, ce qui nous parle : chaque truc sert à notre enfant.
Et attention encore : ce qui précède, comme ce qui suit, ne vise pas à charger une dose de culpabilité supplémentaire sur les épaules de parents ne se sentant pas ultra motivés pour investir de l'énergie dans la transmission d'une langue étrangère à leur enfant. 
Dans notre vie déjà bien chargée, nous ne pouvons être partout. Elever nos enfants avec bienveillance, leur cuisiner des petits plats bio ZD pas chers, cultiver un potager, jouer et transmettre un instrument de musique, parler et transmettre des langues étrangères, pratiquer et transmettre sports et amour de la nature, remplir les caisses d'une manière ou d'une autre (mais qui soit avouable), avoir une vie de couple épanouie, une vie sociale de ouf et 36 engagements associatifs ? Mais oui bien sûr ! Là dedans, des choix sont à faire; si transmettre une langue étrangère ne vous tient pas véritablement à cœur et que vous préférez mettre votre énergie dans le fait d'emmener vos enfants à la piscine régulièrement, il n'y a pas de raison de vous lapider (en plus c'est pas très ZD la lapidation).
Ca vise juste à ouvrir des horizons à des parents ayant vraiment envie d'investir dans ce domaine, mais se sentant jusqu'à présents mal placés pour le faire.

Le secret étant : la diversification des moyens, autant que possible. On peut faire plein de trucs avec son accent pourri et ses connaissances quasi inexistantes. Si on n'a que ça comme ressource, c'est déjà quelque chose d'extra, cf. tout mon premier point. Mais en plus, on n'est pas seuls sur terre : nombreux sont les moyens à mettre en œuvre pour que notre enfant, en plus de ce que nous pouvons lui apporter directement, ait accès à d'autres sources d'allemand, d'anglais, etc.

Donc

A faire soi-même
  • lire des albums étrangers 
    • oui, avec notre accent de merde et notre prononciation approximative; 
    • même si on ne comprend rien à ce qu'on lit ? Oui oui ! 
    • Il vaut donc mieux commencer avec vraiment de très courts albums, ceux avec très peu de texte, par exemple cette série-là traduite dans de nombreuses langues : 
      • effet 1 : on se sent stupide moins longtemps 
      • effet 2: on finit peu à peu par faire comme notre enfant : comprendre un peu plus de ce qu'on lit…
    • mention spéciale à la lecture des imagiers : truc de ouf, là pour le coup ça permet de comprendre ce qu'on lit ! Et dans le cas de celui-ci par exemple, on a le genre des mots donc même là ça permet de dire les trucs correctement (et ça viendra compenser les fois où dans le feu de l'action, on n'utilise pas le bon genre. Je précise que, malgré plusieurs années vécues en Allemagne, des tonnes de bouquins lus en allemand, des boulots en lien quotidien avec l'Allemagne, je me trompe encore très souvent sur le genre de plein de mots ; et tout le monde s'en fout); effet bonus : c'est qui qui va faire de petits progrès en les lisant à son môme, hein, qui ? C'est Bibi.

  • dire quelques phrases dans le quotidien (toujours les mêmes; celles-là, on peut les faire vérifier grammaticalement par son pote qui parle la langue, son conjoint, etc;) : 
    • Veux-tu de l'eau, où sont tes chaussures / ton manteau / tes gants / … 
    • Phrases courtes, simples, introduisant des variantes uniques (juste le nom de ce qui est cherché ou proposé), selon la méthode Gouin que j'évoquais en fin de ce billet.

  • jouer en allemand en utilisant plus ou moins toujours les mêmes phrases, comme exposé ici : plus besoin de complexer. Si vos phrases sont incorrectes, vous savez maintenant que ce n'est pas grave du tout.

Utiliser des moyens technologiques divers 

Eh oui ! Grâce à eux l'effet "j'ai un accent pourri, une prononciation comique et une syntaxe approximative" est diminué : avec ces outils on fait entendre d'autres accents, d'autres mots, une syntaxe probablement plus correcte à notre enfant
Pensons bien que les aides technologiques seules ne suffisent pas à nos enfants pour apprendre. Une langue a besoin d'être incarnée, d'où l'intérêt de ne pas se laisser complexer par son niveau inexistant. C'est parce que on parlera comme une vache espagnole avec son enfant qu'il pourra bénéficier des aides technologiques parlant mieux que nous.
Donc, ces moyens (je les mets dans l'ordre chronologique car certaines ressources peuvent être utilisées avec des débutants complets, tandis que d'autres nécessitent déjà une première familiarisation avec la langue)
  • CD de comptines / chansons : en profiter pour les chanter avec lui ; 
    • dès tout bébé, et/ ou à n'importe quel âge, ça exerce l'oreille. Et un jour on a la surprise d'entendre fredonner quelques petits bouts de phrase. 
    • Mon hit absolu "tchu tchu tchu die Eisenbahn"; une comptine qui fait faire le train. Très utile à apprendre : je la chante dès que je veux emmener les enfants à la douche / se mettre en pyj / se coucher. Ils n'y résistent quasiment jamais. Parentalité positive ludique + allemand = 2 en 1 ! L'Oréal peut aller se rhabiller.

  • Des petits films dans la langue, simples et courts, comme ceux que je propose en allemand aux enfants depuis leurs 3 ans. 
    • Quelques années plus tard, la complexité et longueur des films a augmenté… en rapport avec leur capacité d'ingestion d'écran et… oh oh, leur niveau de compréhension ! Durant notre calendrier de l'Avent immatériel, ils ont ainsi eu droit à leur premier Disney (en allemand). 
    • Vous pouvez faire comme moi et décréter que "la télé chez nous, c'est uniquement en [langue de votre choix]", ce sera encore plus efficace. Mais ce n'est pas indispensable.

  • La Lunii : (pas tout de suite tout de suite, mais dans un 2ème temps). Sur la nôtre, j'ai fait exprès de ne charger QUE des histoires en allemand (on peut l'acheter direct en allemand sur le site original, ce qui permet que le pack de base fourni gratuitement soit en allemand). Pas besoin de se ruiner, un pack d'histoires suffit pendant longtemps : n'oublions pas qu'en matière d'imprégnation de langue étrangère, entendre 30 fois les quelques mêmes textes est plus efficace qu'entendre quelques fois 30 textes. Le niveau de langue et le débit est très bien. En ce qui nous concerne nous fonctionnons toujours avec ce seul pack (depuis… un an bientôt ?), je pense que j'investirai dans un 2ème… euh… c'est pas pressé. Peut-être avant les trajets d'été ?

  • CD d'histoires audio  (idem, ça probablement dans un 2ème temps, voire un chouilla plus tard que la Lunii, la Lunii ayant l'avantage de l'interactivité des questions de choix "Veux tu que ce soit dans une forêt ? Dans une maison ?" qui stimule la compréhension / l'intérêt). Nous en avons 1 dans la voiture, qui est mis de temps en temps pendant certains trajets. E. aime beaucoup, F. accroche parfois, parfois moins.

Faire appel à des personnes extérieures pour donner un coup de pouce
  • rentabiliser : faire garder son enfant mais par un étudiant étranger, en lui demandant de baratiner son / ses enfants dans la langue
  • demander à un étudiant / une personne âgée étrangère de venir jouer avec son enfant / se balader avec lui dans sa langue / lui lire des bouquins, 1h par semaine (ou moins, ou moins souvent ! pas de perfectionnisme, là encore. Evidemment que plus c'est fréquent, mieux c'est, mais encore une fois, le mieux est l'ennemi du bien)
Là encore, ça ne rendra pas l'enfant bilingue comme par enchantement, mais ça ancre la langue encore davantage, ça participe à cette imprégnation, ça familiarise l'oreille de l'enfant avec ces sons, ces mots, cette grammaire. 
Les enfants sont des éponges, profitons-en. De nos jours, nombreuses sont les personnes d'origines diverses expatriées, le bouche à oreille peut nous permettre d'organiser ces contacts.

Remarque générale : Point n'est besoin de forcer les choses en obligeant l'enfant à parler dans la langue. Ca viendra probablement tout seul, plus ou moins longtemps après… L'important est que la zone linguistique du cerveau se structure, elle.

Enfin : progresser soi-même dans la langue 
  • Vouloir la transmettre à son enfant constitue une sacrée motivation. Avoir conscience qu'en la parlant mal avec eux on œuvre efficacement à cette transmission, est le meilleur moyen de progresser, puisque, rappelons-le, les langues étrangères c'est comme chez les Shadocks : plus ça rate, plus ça a de chances de réussir. 
  • Donc rien qu'en faisant tout (ou une partie de) ce que je viens de lister, on va progresser; avec des erreurs (des "fautes", vous savez, cette manière bien française de mettre un côté moral, culpabilisant, à quelquechose qui ne revêt pourtant aucun caractère moral; nan, mal parler une langue ne fait pas de la personne une mauvaise personne). 
  • Et puis je reviendrai vous parler très bientôt d'une autre manière très simple, et pas trop prise de tête, compatible avec la vie de tous les jours d'un adulte lambda, pour entretenir et améliorer ses compétences linguistiques (et non, je ne vais même pas vous vendre quoi que ce soit. Rho zuuuut, et mon million alors...)


J'espère déjà vous avoir bien décomplexés : transmettez votre "allemand / anglais / espagnol / whatever" de m***, c'est déjà un super cadeau à faire à votre enfant !
Aof viderzen.