mardi 9 janvier 2018

Point - progression en novembre-décembre 2017

Encore un point mensuel étalé sur 2 mois, à la fois par manque de temps bloguesque, et aussi parce que les apprentissages ont été moins importants sur ces deux mois.
Cela pour deux raisons
  • pause IEF : décrétée pour une semaine fin octobre, elle dure toujours. 
    • Aux raisons affectives (Bébous perturbés par le déménagement, pas disponibles pour des créneaux de classe sereins) 
    • se sont ajoutées des raisons logistiques : travaux à l'étage de la salle de classe, donc bazar et saleté liés au travaux envahissant la salle de classe. Je piaffe d'impatience, c'est sensé être bientôt fini, m'enfin, hein, les travaux, on sait quand ça commence, jamais quand ça finit.
  • Bébous pas disponibles et surtout: en pleine régression. Ça a été particulièrement le cas pour le Bébou, nous en reparlerons dans de prochains billets.

Le Bébou
  • à défaut de créneau d'IEF, nous avons passé du temps sur moult jeux de société: beaucoup de dénombrement avec jeux de l'oie, petits chevaux
  • au niveau moteur, j'ai pu constater un apprentissage réalisé au cours d'éveil sportif (son activité "extra-scolaire" du lundi): la technique de la galipette, avec de nombreuses démonstrations sur le lit parental
  • suite à son premier bonhomme, d'autres ont suivi, et des soleils, et une maison aussi... Bref, il commence à dessiner vraiment, et je suis fan


La Bébounette
  • la propreté de nuit s'installe et coexiste avec des accidents irréguliers en journée (10 jours sans souci, puis paf, 3 culottes à changer dans une journée)
  • maîtrise de la suite numérique: E. compte jusqu'à 14. Évidemment, la notion des quantités correspondantes n'est pas acquise, hormis pour 1 et 2.
  • ayant mis la main sur la paire de ciseaux de son frère, la miss découpe un peu tout ce qu'elle trouve. 
    • J'ai réussi à intervenir avant qu'elle ne découpe des papiers importants. 
    • Pas avant qu'elle ne s'offre une nouvelle coupe de cheveux.

Les deux ensemble
  • toujours faute de créneau IEF, nous avons passé plus de temps à lire. Et deux bouquins ont eu un succès absolument phénoménal, et ont été lus et relus. Du coup
    • découverte et approfondissement du monde des dinosaures (E. reconnaît donc parfaitement tyrannosaures, tricératops, diplodocus et une demi-douzaine d'autres especes)
    • apprentissage du fonctionnement du corps humain.
  • mais surtout, et il faudra que je vienne vous en reparler dans un billet dédié, mes nouvelles orientations concernant l'allemand ont continué à porter du fruit: 
    • E. et F. ont tous les deux énormément progressé dans cette langue. Les progrès sont très très visibles chez E. car elle est au taquet et désigne volontiers les objets par leur nom allemand quand elle le connaît, mais ils sont également très perceptibles chez F.. La compréhension notamment a fait des pas de géant, beaucoup de phrases du quotidien sont maintenant parfaitement comprises.
    • Je me frotte les mains et me complais dans une autosatisfaction sans fin. (à prononcer très vite plusieurs fois d'affilée)


Quant à la Gwen, eh ben, elle, elle progresse en humilité !
C'est bien aussi.




vendredi 5 janvier 2018

Voyage loin de Faber et Mazlish - et retour

Le blog l'a montré (par les billets écrits, et par ceux non écrits aussi: j'ai du consacrer mon énergie à d'autres choses): la famille Bout a traversé une période de turbulences assez fortes
  • déménagement inopiné (quand je pense à la manière dont j'avais déjà tout bien organisé pour une nouvelle année strasbourgeoise...)
  • déménagement lourd à porter
  • enfants perturbés, au sommeil très perturbé
  • nouveau boulot de Monsieur très prenant 

Cela s'est hélas vu au niveau éducatif: ces derniers mois, et notamment la première moitié de l'automne, j'ai très, très souvent agi, envers mes enfants, d'une manière totalement contraire aux convictions tirées de mes lectures, mes réflexions, mes discussions, mes observations, mon expérience.
J'ai beaucoup crié, beaucoup menacé, pas mal flirté avec la punition, j'ai utilisé des étiquettes à la "tu es pénible", je me suis montrée brusque, voire violente...

Et c'est allé de mal en pis: ce qui au départ était des ratés "plus ratés" et plus fréquents que d'habitude s'est mué en un comportement quasi-systématique.
Bref, en l'espace de quelques semaines, j'ai eu l'impression de perdre totalement le bénéfice de tout le travail fait depuis un an et demi, notamment depuis les ateliers Faber & Mazlish suivis conjointement avec Monsieur Bout l'an dernier. 


Je me suis ressaisie. 
Depuis, je remonte la pente. 
De manière très laborieuse, car il me semble beaucoup plus difficile de perdre une mauvaise habitude que de ne jamais la prendre (c'est par exemple le cas des "tu es...":  j'avais réussi à ne jamais prononcer ce genre de phrase, et je trouve plus compliqué de l'éliminer de mon vocabulaire maintenant!)

J'ai un peu l'impression d'un gros gâchis me concernant. 
Et les jours où d'autres aspects du déménagement me semblent un peu plus lourds, les jours où un bon gros bon souvenir strasbourgeois me prend à la gorge, alors j'en viens vite à me dire "ouais, et puis si il n'y  avait pas eu le déménagement, je ne me serais pas mise en situation difficile comme ça et tout serait blanc et rose, avec paillettes en options".

Néanmoins, je tire une excellente leçon de cette période 
(voyons le positif!)
J'ai vu ce que ça donnait sur mes enfants. 
(ouais, c'est du positif très fortement teinté de négatif) 

Quel excellent miroir qu'un enfant!
En l'espace de quelques semaines, j'ai pu 
  • observer comment mes ordres et mes menaces rencontraient une opposition toujours plus grande et violente, et instituaient un rapport de forces quasi permanent venant réduire à néant la capacité de mes enfants à coopérer les fois où je faisais l'effort de me positionner autrement - d'où recours à la manière forte pour obtenir le résultat espéré, d'où cercle vicieux.
  • entendre F. se mettre à nous menacer, nous, à tout bout de champ : quand son enfant se met subitement à assortir des demandes totalement anodines de "sinon...", ça fout un choc!
  • admirer un pic d'agressivité verbale sans précédent
  • déplorer la disparition de nombreux progrès constatés dans la relation frère-sœur, et le retour de la violence entre les deux
  • m'entendre remettre à ma place, également, par une E. heureusement déjà bien carrée dans ses bottes: "Nan, je suis pas chiante!" 

Gros gâchis me concernant, disais-je ?
Gros gâchis concernant mes enfants, aussi! Et que d'efforts il me faut là aussi pour renverser la tendance.

Bref: j'aurai testé l'éducation pas du tout positive.  
Et j'entends bien conserver les résultats du test en mémoire, pour les fois où un petit démon imaginaire (ou une personne en chair et en os) viendra me seriner que, "si je les éduquais autrement...", mes enfants se comporteraient bien mieux.

HAHAHA! 
Maintenant, je peux assurer que non.

Oh, il y a sûrement encore beaucoup de choses à revoir dans notre manière de (vouloir) éduquer nos enfants. 
Je ne prétends pas avoir tout découvert, au contraire plus j'avance, mieux je perçois les nuances qui parfois font toute la différence entre 
  • une éducation positive qui pousse mon enfant vers le bien, 
  • une éducation pas positive qui entend l'y forcer au moins extérieurement, 
  • et une éducation se voulant positive, mais qui ne voulant pas forcer l'enfant au bien, n'ose finalement plus l'y inciter clairement, ou perd tout moyen de le faire
Je crois avoir identifié certaines de ces nuances (par exemple celles autour des explications à donner à l'enfant), je crois aussi que bien d'autres encore m'échappent...
Néanmoins me voici maintenant avec l'expérience concrète (et douloureuse) du pourquoi je ne veux pas fonctionner à coups de menaces, punitions, cris, etc. 

Car au fond, je me suis pris en pleine tête cette phrase si juste du vénéré Haïm Ginott



Je me serais bien passée de cette expérience concrète, mes enfants aussi du reste. 
Mais merci à eux de m'avoir si bien incitée à rebrousser chemin et à revenir me pendre aux basques de mes chers Faber et Mazlish.


(Mais pas seulement; 
car le temps est venu pour moi de vous donner RDV pour quelques billets que j'avais en tête depuis longtemps, et dont le titre en dit long: 
"Quand Faber et Mazlish ne marchent pas").

samedi 30 décembre 2017

La bienveillance avant 2 ans... et après.

"Les meilleurs parents du monde sont ceux qui n'ont pas d'enfants".
Ce dicton est très vrai, et personnellement je m'y retrouve tout à fait: qu'est-ce que j'étais une bonne maman avant d'avoir des gosses ! 
J'étais pleine de certitudes, je savais précisément ce qu'il fallait faire pour gérer les enfants (des autres), et je ne me gênais pas pour juger les parents que je voyais à l'aune de ces certitudes.

Ce constat est, je crois partagé par une grande majorité de parents. 
Que celle-ci nous ait été transmise par notre entourage, où qu'on soit allé la piocher dans divers livres, articles, émissions,... la théorie semble claire.
(à ce petit détail près que la teneur de cette théorie sera très différente selon les sources auxquelles on sera allés puiser. Et d'ailleurs, entre mes convictions éducatives de quand j'avais 20 ans, et celles que j'avais toute jeune maman, il y avait déjà un monde...
Cela devrait-il nous mettre la puce à l'oreille ? 
Les choses ne seraient donc pas si simples ? 
Non, c'est simplement qu'il y a des gens qui ont raison, et d'autres qui sont aveugles, n'ont rien compris au schmilblick, bref: ont tort. 
C'est évident!).

La théorie semble claire, jusqu'au moment où elle se confronte à la pratique: l'enfant en chair et en os. 
Ses réactions. 
Les nôtres.

OK.
Mais mon expérience à moi a encore été différente, et c'est parce que j'ai lu plusieurs témoignages dans ce sens, récemment, que je ponds un billet sur le sujet.

"Les meilleurs parents du monde sont ceux qui n'ont pas d'enfants..."

Et les meilleurs parents bienveillants du monde sont ceux dont les enfants ont moins de 2-3 ans.


??

Petit retour en arrière : pendant longtemps j'ai trouvé la "théorie" autour de la parentalité positive assez facile à appliquer et à vivre
  • laisser l'enfant explorer beaucoup de choses, 
  • aménager l'environnement de manière, à la fois, à favoriser son autonomie, et à réduire le nombre d'interdits nécessaires, 
  • lui parler, 
  • mettre des mots sur ce qu'il ressent, 
  • montrer et valoriser le positif plutôt que de réprimer le négatif, 
  • "enseigner" (au sens de Jane Nelsen) avec une voix douce, plutôt que punir, frapper et/ou crier
  • ...

Vraiment, les deux premières années de F. ont été faciles à vivre. 
Je ne dis pas que c'est forcément le cas de tous les parents faisant ces choix éducatifs-là, en particulier pour ceux chez qui le sommeil, par exemple, pose problème. 
Mais nous faisions partie des veinards doté d'un bébé qui a espacé ses tétées et fait ses nuits très tôt, donc franchement, c'était chouette : j'étais en mesure de faire preuve d'une superbe dose de patience et d'amour en journée, et je pouvais reconstituer mes stocks sur les temps de sieste ainsi que le soir et la nuit. 
Des problèmes à gérer ma colère ? Aucun. Fondamentalement, je ne ressentais pas vraiment de colère, ayant les informations suffisantes pour comprendre les comportements agaçants de mon enfant, et savoir comment y réagir: comprenant leurs causes, je ne les interprétais pas comme dirigés contre moi, ils ne m'atteignaient ni ne m'angoissaient.
Du coup, je ne comprenais absolument pas comment des parents d'enfants plus grands pouvaient en arriver à sortir de leurs gonds avec leur progéniture.

Puis F. a grandi; 
  • sa personnalité s'est affirmée. Une affirmation, hélas, qui se fait nécessairement aussi "contre". Donc contre moi, ou en tous cas contre la manière dont je prétends régir sa vie..
  • En parallèle, ses capacités d'action (et donc de nuisance) se sont considérablement élargies. 
  • Ses horaires de sommeil (et la prévisibilité dudit sommeil - bicoz sortie du lit à barreaux) se sont eux réduits : mon temps de récupération, du coup, aussi. 
Histoire de compliquer un peu, il a eu une petite sœur, qui a puisé elle aussi dans ces fameux réservoirs d'énergie et de patience qui jusque là m'avaient semblé peu ou prou inépuisables.

Alors, ce qui semblait si naturel durant les deux premières années de F. m'a demandé peu à peu de plus en plus d'efforts. 
Désarçonnée par la violence des réactions de F., je l'ai également été par celle des miennes. J'ai découvert ce qu'était ma colère. Il m'a fallu développer des stratégies pour gérer cette fameuse colère parentale. J'y ai travaillé, et j'ai avancé, laborieusement.
C'est également pour cela que la découverte de Faber et Mazlish m'a tant impressionnée, aux alentours des 3 ans de F.: avec le recul, je réalise que, si beaucoup d'aspects de parentalité positive peuvent sembler assez naturels durant les deux premières années, les défis des années suivantes exigent de s'outiller de manière plus systématique, afin de réussir à naviguer en eaux agitées: concilier le respect de l'enfant et le respect de soi!

Comme expliqué en début de ce billet, ces derniers temps j'ai lu à plusieurs reprises des témoignages concordants avec mon expérience: 
  • les réactions inquiètes et honteuses de parents découvrant soudain qu'ils étaient eux aussi capables de s'énerver et de dépasser les bornes qu'ils s'étaient eux-mêmes fixées. 
  • Et aussi... des témoignages tout fiers de parents de jeunes enfants ne comprenant pas que quiconque puisse agir différemment d'eux.
Cela m'a permis de constater que je n'étais pas un phénomène isolé, et m'a poussée à analyser les causes de ce changement.

Aux premiers, je voudrais donc dire: c'est normal. 
L'enfant mûrit, il croît, et cette maturation ne se fait pas sans difficulté pour lui. Et nous, nous grandissons et mûrissons avec nos enfants. 2-3 ans, pour nous aussi, c'est une crise de maturation! D'autant que c'est généralement à ce stade que nous nous prenons de plein fouet un certain nombre de choses issues de notre propre éducation. Nous devons alors gérer à la fois les émotions de notre enfant, et celles de l'enfant que nous avons été. C'est... du sport.
Nous aimerions nous persuader que nous pouvons traverser cette époque sans erreur, mais c'est illusoire et dangereux. Stop au perfectionnisme: mêmes nos erreurs éducatives apportent à nos enfants!

Quant aux seconds... 
Les seconds m'agacent parfois un peu, je l'avoue. Mais pas longtemps, car je me souviens très bien du moment où j'étais dans leurs chaussures. 
Et je pense que cette période de sérénité est également un trésor: on constitue des stocks de réussites, on renforce sa confiance en soi et en une éducation un peu "alternative", et ces stocks-là sont bien utiles dans les périodes de turbulence qui suivent ! Ils aident à trouver l'énergie pour, toujours, reprendre le cap. 
Aux seconds, donc, je conseillerais plutôt de commencer dès maintenant à s'outiller un peu, de manière à être mieux préparés à affronter une période au cours de laquelle y aller "au feeling" fonctionne moins bien, parce que ledit feeling est chamboulé par mille émotions contradictoires et fortes.
De s'outiller mais aussi de s'entourer, parce que pouvoir compter sur des regards bienveillants de parents engagés dans des démarches similaires, c'est précieux.
Et puis aussi: de faire preuve d'indulgence envers les "mauvais parents d'enfants plus grands" ;-)



mercredi 27 décembre 2017

Couple en crise #3 : faire de la muscu

Les crises de notre première année de mariage ont été riches en enseignements, et le troisième casse des briques: 
pour qu'un couple vive, il doit se parler.
clap clap clap
oui nous avons inventé l'eau tiède, aussi.

Revenons un tout petit peu sur ce point: oui, pour vivre, un couple doit parler. 
Chacun des deux doit se dire, dire ce qu'il ressent, se confier et s'ouvrir à l'autre. 
  • C'est d'autant plus nécessaire pour sortir de la crise que cette intimité partagée constitue à la fois la meilleure incitation et le meilleur moyen de trouver une solution qui convienne aux deux.
  • Si on ne se parle pas, chacun évolue dans son coin, et c'est ce qui fait qu'à un moment, on se retrouve avec l'impression de vivre avec un étranger. "Il a changé", dira-t-on. Certes ! C'est inévitable. 
    • Mais surtout: il aura changé sans qu'on s'en aperçoive, sans qu'on soit intégré dans les réflexions qui l'ont fait changer.
    • Les deux membres du couple changent, mais la seule manière d'éviter que ces changements ne se traduisent pas par un éloignement, c'est de passer son temps à en parler.
  • D'ailleurs, je ne sais plus où j'avais lu qu'une étude avait eu lieu, où on isolait des couples de parfaits inconnus en leur enjoignant de partager le maximum sur leurs vies, le plus de choses personnelles possible, durant une heure. 
    • Au bout d'une heure, hasard, hasard, une certaine attirance se développait entre les deux inconnus. 
    • C'est ce même mécanisme qui fait le jeu des affaires extra-conjugales: avec "le nouveau"/"la nouvelle", on parle! Ben oui, on n'est pas noyés par autre chose, on peut donc se livrer sans trop de frein à THE activité qui nourrit l'attirance.

Car justement, parler, dans un couple "établi", ce n'est pas toujours facile
et c'est là notre vraie 

[Leçon n°3]

La parlotte est un muscle, à fabrication lente et à désagrégation rapide. 

C'est donc un muscle à entretenir.



Moins on se parle, plus il est difficile de se parler. Et plus il est difficile de se parler de choses profondes.
Inversement, plus on se parle, plus il devient facile de se livrer vraiment, en confiance.

Le souci, c'est qu'il suffit déjà de peu de temps sans se parler, pour que se parler devienne plus difficile: la parlotte est un muscle fragile!
Alors qu'inversement, il lui faut vraiment du temps de parlotte pour ramener les membres du couple à un niveau d'intimité suffisant pour aborder des thèmes profonds et/ou douloureux.

Notons la notion de niveau d'intimité : on peut très bien se parler, beaucoup: des enfants, du boulot, de la liste de courses. Se parler en échangeant des informations, et non se parler en communiquant sur son ressenti, ce qui nous fait vibrer, ce qui nous préoccupe, ce qui nous constitue.

Or c'est ce niveau-là qu'il faut atteindre.
Et le pire, c'est que la notion de "niveau" est très juste. 
  • Dans un jeu vidéo, il n'est pas question de passer d'un coup du niveau 1 de jeu au niveau 5 : il faut se farcir tous les niveaux de jeux pour arriver au dernier. 
  • Dans un couple, c'est pareil: il faut prendre le temps de dire 
    • des choses bien prosaïques ("faut racheter du sucre"), 
    • d'autres un peu moins ("au boulot j'ai fait ci et ça"), 
    • d'autres encore moins ("les enfants ont eu piscine et je suis inquiète car ça semble angoisser Bidule"), 
    • pour arriver enfin au stade où on peut enfin se dire ("ces temps-ci je me sens comme ci ou comme ça, je rêverais de...")
Et comme dans les jeux vidéos, si on veut avoir la possibilité d'atteindre le niveau 5, cela demande d'avoir davantage que 5 minutes à y consacrer.
Je me souviens ainsi de petites vacances à Amsterdam, il y a bieeeeen longtemps, avant que les enfants ne soient là... A la fin de ces vacances, nous n'arrivions plus à nous arrêter de bavasser: après 5 jours à déambuler main dans la main dans les rues de cette capitale, à parler, parler, et parler, nous étions lancés, tout était incroyablement fluide. [soupirs et violons]


Donc il faut du temps au couple, du temps pour parler et pour gravir peu à peu les échelons.

De ce fait, notre première année de mariage nous a poussés à mettre en place deux moyens de passer au niveau 5
- du temps pour nous: afin de nous assurer de parvenir régulièrement au niveau 5
- des raccourcis: (parce que dans tous les bons jeux vidéos, il existe des codes de triche pour zapper certaines difficultés /  passer directement à l'étape suivante), afin de nous catapulter au niveau 5 quand le besoin s'en fait sentir mais que le temps n'est pas là.

Du temps pour nous, cela a pris différentes formes selon les étapes de notre vie. Il y eut:

  • du temps au téléphone
quand, sans enfants, ma vie pro à moi me faisait passer la moitié de ma semaine dans des chambres d'hôtel. 
Nous nous assurions alors de prendre le temps d'une vraie bonne conversation au téléphone (sans film en fond). Cela nous facilitait les retrouvailles à chaque retour au bercail: nous reprenions plus facilement le fil.

  • des soirées jeux de société à deux, à la maison
pour contrer une tendance à passer nos soirées, soit chacun sur son ordi, soit ensemble en train de regarder une série. Au cours de notre deuxième ou troisième année de mariage, nous nous sommes ainsi bien marrés à nous faire l'intégrale de Friends (10 saisons, quand même!), mais l'automatisme de ce RDV devant un écran peut vite représenter un frein à l'intimité.
Jouer, ça oblige à déconnecter les appareils, et à connecter les esprits. Nous rigolions, nous nous détendions, nous parlions!
La lecture de bouquins à deux a également rempli cette fonction.

  • un resto hebdomadaire
quand, au cours de notre époque strasbourgeoise, la conjonction {Monsieur Bout a des horaires de boulot de fous + F. sait parler + les enfants se couchent mal} tua nos soirées. 
Cela nous assurait ainsi au moins une soirée en couple par semaine, un moment sans interférences pour nous parler, nous amuser, nous retrouver: la baby-sitter étant bookée, et la soirée étant fixe, cela permettait à Monsieur de la "réserver" dans son agenda pro, et à moi, de la réserver dans notre agenda familial: nous n'étions pas disponibles les lundis soirs, point! 
C'était un budget, mais comme je le dis prosaïquement à Monsieur Bout lorsqu'il me le fit remarquer: 
"ça nous coûtera toujours moins cher qu'un divorce!"
Par ailleurs, au bout de quelques semaines, un coup d’œil sur le budget nous avait incités à convenir ensemble que nous limiter, pour ces soirs, à de petits restos pas chers du tout, servirait tout aussi bien la cause sans non plus épuiser nos finances (Monsieur Bout aurait même été prêt à envisager l'option fast-food mais là c'est moi qui ai bloqué. Ceci dit si cela avait été la condition sine qua non à la preservation de nos petits RDV, je me serais montrée moins fine bouche). 
Et à la belle saison, un pique-nique ou une pizza à emporter, dégustés sur un banc dans un parc sympa, peuvent aussi faire l'affaire.

  • quelques jours de mini voyage de noces en amoureux
en laissant les enfants aux grands-parents: nous avions comme objectif de faire cela une fois par an, avec toutefois la condition que le plus jeune enfant devait être âgé d'au moins un an: quel bonheur ce fut, ces quelques jours, autour des 14 mois de F., puis, quand E. eut atteint un âge équivalent, à l'été 2016! 
Ce n'est malheureusement plus envisageable pour le moment du fait de certaines tensions intergénérationnelles, mais nous espérons pouvoir remplacer cela, au moins, par un weekend en s'appuyant sur d'autres personnes de notre entourage (amis, frères et sœurs)

  • du coup, nous avons remplacé cela par une journée en amoureux par trimestre
A Strasbourg, nous bookions un créneau supplémentaire auprès de notre nounou à domicile, et zou! Mais parmi nos amis, avaient aussi lieu des trocs d'enfants: ce samedi je vous prends les vôtres, et hop, on se renverra l'ascenseur une autre fois.
Nous nous sommes ainsi offert une virée au marché de Noël de Colmar, ou une journée à Europapark ...  puis, quelques mois plus tard, encore une! (parce que c'était trop bon). Nous avions également prévu une journée spa mais n'avons finalement pas eu le temps...
Malmenés par le déménagement, et des premiers mois très intenses professionnellement pour Monsieur, nous nous réjouissons: une journée en amoureux est prévue pour début janvier!


En complément de ces moments privilégiés, nous avons aussi eu recours à des 

raccourcis permettant de placer directement le curseur dans la zone "parlons de nous". 

Les deux premiers nous viennent directement de notre première année de mariage, ils ont contribué à déboucher les voies de la communication

  • "merci"
merci d'avoir rangé la vaisselle, 
merci pour ce bon repas, 
merci pour les chaussettes propres, les poubelles sorties, la facture réglée... 
Dans une atmosphère chargée électriquement, commencer par des mercis désamorce déjà beaaaaucoup de conflits! Celui qui prononce le merci fait l'effort de se mettre dans le positif, et quitte sa position d'agresseur, celui qui l'entend se sent déjà bien plus reconnu, et sort du rôle du coupable.
Dans tous les cas, cela permet bien d'éviter ce fameux piège où l'autre, et ce qu'il fait pour nous, est acquis, et où on ne voit plus que ce qui n'est pas fait...
Dans le plus profond de la vague, nous avons passé une semaine à nous focaliser sur tous les mercis que nous pouvions dire à l'autre: certes, il était important que nous soyons ensuite capables d'échanger sur nos souhaits de changement etc, mais en reconnaissant déjà tous les efforts faits par l'autre cela a pu se faire de manière bien plus apaisée! 

Aujourd'hui, nous essayons de nous en rappeler quand nous avons des reproches à formuler. Moi qui ai accueilli Monsieur avec la soupe à la grimace tous les soirs lors de nos débuts dans notre nouvelle maison, en mode "c'est à c't'heure-ci qu'tu rentres?", il m'en a fallu du temps et des efforts pour réussir à ne plus l'assommer de reproches sitôt franchi le pas de porte, puis à formuler des "mercis pour la poubelle sortie ce matin / le fruit épluché à mon intention avant de partir quand nous dormions encore". 
Et pourtant, quand l'atmosphère est tendue, entendre un merci, qu'est-ce que ça détend!! 

Bonus: c'est comme en parentalité positive, hein, relever le positif est bien plus incitatif et encourage bien plus des comportements analogues, que pointer le négatif...


  • "à quoi penses-tu?"
Haha, alors celui-là, on le connaît bien, il peut faire un gros bide. 
C'est pourquoi chez nous il obéit à deux règles du jeu très importantes. 

1. Il faut oser poser la question... et être prêt à entendre la réponse: chez nous, il s'agit d'un code voulant dire "je veux communiquer avec toi", donc on est en posture d'écoute, 
    • ni en train d'enfiler ses chaussures pour partir très vite pendant que l'autre commence à répondre, 
    • ni aux aguets pour l'interrompre au bout d'une demi-phrase "tiens ça me fait penser que...". 

2. L'autre DOIT répondre,
    • "à rien" n'est pas une réponse autorisée (ni "à rien de précis", ni "bof, des bêtises + détournement de la conversation" ). 
    • soit on pensait effectivement à pas grand chose d'important, mais même partager cela fait partie de l'intime, et nous a offert 
      • de grandes parties de rigolade ("j'étais en train de m'imaginer en train de me disputer avec la Queen sur l'éducation des enfants que j'aurais eus avec le Prince William - dialogue précis inclus"), 
      • et/ou de grands moments de découverte de l'imaginaire / du fonctionnement du cerveau de l'autre : quand on se retrouve à détricoter pour l'autre le chemin tortueux qu'a suivi notre cerveau pour nous faire passer d'un thème à un autre...
    • soit on pensait à quelque chose d'un peu plus important, et raté, on ne peut pas le passer sous le tapis, on est obligé de le sortir.  
    • très souvent d'ailleurs, chez moi en tous cas, je me retrouve à partager des soucis de l'ordre "j'ai encore 13004 choses à faire sur ma to-do list". Quand un "à quoi penses-tu" vient me piéger, je me retrouve obligée de partager mon souci et pôf, miracle, cette fameuse charge mentale dont on parle tant s'allège.
    • bien entendu, si la règle veut qu'on soit obligé de dire ce qu'on pense, on a tout de même le droit d'habiller légèrement la forme: 
      • on peut avoir été en train de penser quelque chose d'assez blessant pour son conjoint, à nous de trouver une manière d'en parler qui ne le soit pas. 
      • Je l'avoue sans fausse honte: j'ai déjà transformé un "j'étais en train de me rêver dans les bras d'un de mes charmants collègues" en un "je réalise qu'on n'a pas passé de temps ensemble depuis un bout de temps, ça nous éloigne". (ce qui n'implique d'ailleurs pas qu'il faille forcément se priver de la première phrase, hein. J'ai déjà fait l'expérience de la manière dont parler d'une petite faiblesse de ce genre à son conjoint suffit à ôter à cette représentation tout son aspect envoûtant. Mais encore faut-il qu'en face, cela puisse être encaissé.)


  • Plus récent, mais abondamment utilisé chez nous : "parle moaaaah" ou "on ne se parle plus / on a plus rien à se dire, faut qu'on parle!" 
ça manifeste l'envie d'entrer en relation, de rejoindre l'autre, et non de vivre en mode "colocation qui gère des gosses".
La dernière phrase a d'ailleurs été très fréquemment entendue ces derniers mois chez nous. 
Dite et redite sans nécessairement être suivie d'effet, elle a servi comme une sorte de jingle à la 
"toutes nos lignes sont actuellement occupées, mais nous faisons notre possible pour revenir vers vous au plus vite" (sans l'option "4 saisons" de Vivaldi...)
= une manière de nous manifester l'un l'autre que même si les vents nous étaient contraires, nous continuions à avoir envie de communiquer, et qu'un jour nous le ferions.


Et voilà... Maintenant qu'on a dit tout ça, hein, ben je vais vous dire le plus beau: c'est comme en parentalité positive, on se crée une belle boîte à outils et on ne manque JAMAIS d'occasions de s'en servir.
C'est pourquoi je suis bien, bien contente de ces vacances de Noël et du fait qu'elles me permettent de passer un peu plus de temps avec le charmant jeune homme avec qui je vis en coloc depuis bientôt 10 ans. J'm'en vas donc rouler des mécaniques et user avec lui du muscle le plus sexy dans un couple: la... parlotte, vous l'aurez compris. (nous sommes sur un blog sérieux, que diable)

J'le sens bien, y a moyen d'conclure!

mardi 19 décembre 2017

Forcer son enfant à finir son assiette: nos parents avaient de bonnes raisons!

Parmi les points sur lesquels les modes et conseils d'éducation ont beaucoup évolué, figure la question: faut-il ou non forcer les enfants à manger / finir leurs assiettes ?

Au sein de la famille Bout comme dans de nombreuses autres familles, il y a une grande différence entre ce qu'ont pratiqué nos parents envers nous, et ce que nous pratiquons à présent envers nos enfants.

"De mon temps", ça donnait globalement ça.

En ce qui nous concerne, nous n'obligeons pas les Bébous à terminer leurs assiettes. 
Généralement, nous les incitons à manger encore un peu, notamment lorsque nous avons l'impression que c'est simplement la hâte de passer à la suite qui les pousse à négliger ce qui est devant eux. Et quand ils demandent à être resservis, nous les poussons à s'interroger sur l'ampleur de leur faim afin que le "rab" soit dimensionné en fonction.
Mais hormis cela, une assiette non terminée est mise de côté sans commentaires, et nous passons à la suite (en revanche il n'est pas question qu'une quantité supplémentaire de cette suite vienne combler le trou laissé par une quantité moindre mangée au plat précédent).

Ce sont les options que nous avons choisies, par rapport à notre objectif: inciter nos enfants à écouter leur faim, et non à laisser des personnes extérieures à eux-mêmes déterminer les quantités qu'ils ingèrent. 
Nous aurions pu opter pour des variantes différentes: 
  • certains parents ne forceront pas leurs enfants à finir, mais déclareront que le repas est terminé. 
  • D'autres proposeront un plat alternatif, ou des menus avec options / en mode assiette à composer soi-même. 
Nos options à nous nous conviennent à nous, et c'est là l'essentiel.


Or c'est l'une des choses difficiles à vivre sur le chemin de la parentalité positive: ce chemin oblige à regarder en face l'éducation reçue, et la manière dont celle-ci a pu impacter notre manière de nous construire.

Qu'il est douloureux parfois d'accepter que nos parents nous ont blessés! Personnellement, la lecture du "Je t'en veux, je t'aime" d'Isabelle Filliozat m'a beaucoup aidée à avancer sur ce plan-là: 
  • m'autoriser à ressentir que j'avais été blessée, sans être freinée en cela par un sentiment de loyauté envers mes parents; 
  • et comprendre en même temps les raisons de leurs comportements: réaliser à quel point les manières de faire qui ont pu me blesser étaient dues aux souffrances et blessures vécues par mes parents. 
Cela m'a permis de développer peu à peu une posture pleine d'empathie, 
  • à la fois envers moi et l'enfant que j'ai été : oui, j'ai été blessée, et j'ai le droit de le ressentir comme tel
  • et à la fois envers mes parents : j'ai la chance (ce n'est pas forcément le cas de tout le monde), de pouvoir me dire qu'ils ont fait de leur mieux, en ayant toujours eu en tête notre bien, mais hélas, comme tout parent, avec les limitations qui étaient les leurs du fait de blessures non traitées.  
Une réflexion qui m'a aussi bien fait avancer dans mon positionnement en tant que mère, mais c'est un point que je développerai dans un prochain article.


Ce nouveau regard m'a donc bien aidée à faire la part des choses.
En revanche, cette manière de voir ne fonctionnait pas partout.
C'est le cas concernant le rapport à la nourriture: je n'arrivais pas trop à comprendre d'où pouvait venir l'injonction à finir son assiette, et les conflits monstrueux dont j'avais été témoin ou partie, dans ma famille ou ailleurs.
Et puis en réfléchissant j'ai trouvé une explication, que je partage avec vous, car elle m'a bien apaisée. Aussi pourra-t-elle peut-être vous servir aussi!

En effet maintenant, comprendre pourquoi il était logique que mes parents agissent ainsi, là encore, m'aide à
  • accepter que j'en aie souffert, et consoler mon "enfant intérieur"
  • définir une ligne d'action cohérente envers mes propres enfants, en me permettant de faire la part des choses entre mes souffrances d'enfant et mes objectifs de parents
  • regarder mes parents de manière plus apaisée, en comprenant les raisons de leur action
  • éventuellement, pouvoir également communiquer avec eux de manière plus apaisée, puisque cela me permet de sortir d'une spirale d'accusations / auto-justifications de leur part : il était logique qu'ils agissent ainsi, même si il aurait été souhaitable qu'ils fissent autrement!

D'où vient donc cette propension à vouloir à tout prix forcer un enfant à finir son assiette?
D'où?
Oh, pas loin.
Revenons quelques (dizaines de) milliers d'années en arrière.

Préhistoire.
Les Hommes fonctionnaient en mode survie. 
Que ce passait-il quand un mammouth était tué ? (ou un auroch, allez, puisque je ne suis toujours pas remise du choc ressenti le jour où j'ai lu que les hommes préhistoriques n'avaient probablement jamais vraiment chassé le mammouth)
On le bouffait! et le plus vite possible, s'il-vous-plait: n'ayant pas beaucoup de possibilités de conservation sous la main, et étant entourés de charognards pas forcément sympathiques, il s'agissait d'ingérer la plus grande quantité de viande possible avant que la décomposition avancée ou la concurrence d'autres carnivores ne viennent nous empêcher de terminer de consommer le fruit de la chasse.
Il était vital pour le clan que chacun de ses membres ingère un maximum de calories: qui savait quand on aurait à nouveau quelque chose de consistant à se mettre sous la dent? La vie était précaire, très précaire. 

Si un membre du clan, tenez, au hasard, un enfant, ne faisait pas de stocks assez gros, que risquait-il de se passer ? Si trop de temps s'écoulait avant qu'on ait de nouveau de quoi remplir vraiment les estomacs, 
  • il serait plus faible, et risquerait de mourir (or chaque mort affaiblit le clan), 
  • ou alors cela exigerait qu'un autre membre du clan (au hasard, sa mère), prélève sur sa maigre part de quoi compenser ce manque chez le "petit difficile". D'où affaiblissement de la mère. D'où affaiblissement du clan dans son ensemble.
Ce que je dis pour la viande vaut globalement pour un peu toute la nourriture. Manger fruits, graines, racines & Cie quand on les trouvait, sans faire la fine bouche : c'était essentiel et ce devait être la priorité de chacun!
Oui, en ces temps reculés, où le grand défi du quotidien était tout simplement de subsister, la faim ne pouvait pas être une affaire individuelle, de la responsabilité de chacun. La faim était une affaire collective, et la survie du clan dépendait effectivement, en partie, de la manière dont chacun absorbait au mieux, sans faire de chichi, les calories disponibles. Donc le clan / la mère s'ingéniait à ce que cela soit fait, et tous les moyens étaient bons.

La Préhistoire est loin.
Comme dans moult autres situations, l'enjeu de survie a pris une couverture: la politesse. De la même manière qu'en France il est "poli" de manger avec les deux mains posées sur la table (parce qu'à une certaine époque, cela permettait aux gens de manger ensemble sans se prendre un petit coup de pistolet discrètement tiré sous la table), il est "poli" de terminer son assiette, parce que cela évitera de gâcher la nourriture qui pourrait servir à la survie de son entourage.
Car, au fond, guerres, épidémies et aléas météorologiques (donc famines) aidant, la mentalité de subsistance a perduré, à juste titre, pendant des millénaires! Nos grands-parents ont encore connu les joies des tickets de rationnement.
Nos parents se sont retrouvés la génération charnière: passage d'une économie de subsistance, à une économie de la (sur)abondance.


Aujourd'hui, ce ne sont plus la famine et la mort qui guettent nos enfants (des enjeux collectifs), mais les troubles de l'alimentation: boulimie, anorexie, malbouffe (des enjeux individuels). 
Aujourd'hui, il ne s'agit pas de se servir du corps de chaque individu comme d'un moyen de stocker des calories nécessaires à la survie du collectif, il s'agit de permettre à chaque individu de développer un rapport sain à la nourriture.
Les moyens pour ce faire sont évidemment très différents.
Mais c'est tout récent!
Alors oui, il est logique que nous adaptions notre rapport au nourrissage de nos enfants à ces nouveaux enjeux... comme il était bien compréhensible que nos parents aient un autre rapport à cette problématique, eux qui sortaient à peine d'une société dont les enjeux étaient tout autres.


mardi 12 décembre 2017

Tout petit pas Zéro Déchet: le vinaigre blanc aux agrumes

Il ne vous aura pas échappé que rien ne va plus dans le fabuleux monde de la Gwen: ce petit monde a été mis sens dessus dessous par un déménagement que rien ne laissait présager il y a tout juste quelques mois, et dont l'impact avait été sous-estimé: franchement, moi j'étais persuadée que dès novembre, tout baignerait dans l'huile.
Au lieu de quoi je patauge dans la mélasse.
Bon, les choses s'améliorent quand même depuis une quinzaine de jours notamment, et j'ai bon espoir. D'ici... euh... 2022, tout ira bien.

Il n'empêche que pour le moment le bilan n'est pas brillant:
  • Pause IEF forcée: personne n'a la tête à ça, et je n'aurais absolument pas le temps de préparer grand chose. Depuis notre arrivée j'ai réussi à pondre un seul truc, mes fameux chiffres rugueux.
  • Le blog aussi est sérieusement négligé
  • J'ai préparé les enveloppes pour les heureuses gagnantes du concours, mais ne les ai pas encore postées: remarquez, ainsi je découvrirai notre Poste!
  • Je ne vous parle pas du temps en couple: réduit à peau de chagrin (et encore, plutôt vers la fin du bouquin du même nom). Du coup, hein, heureusement qu'on a eu l'expérience de la crise avant, pour nous permettre de surnager en attendant des eaux plus propices au tourterellage (néologisme s'appliquant à l'action de roucouler comme des tourterelles)
  • Le ménage / Flylady aussi ce n'est pas brillant (mot-clé: travaux en cours dans la maison), même si je dois quand même à ce fabuleux système les quelques automatismes qui évitent à notre maison de sombrer dans le chaos le plus total
  • Parentalité positive: après un creux monstrueux, je regravis péniblement la pente, en me retournant quelques ongles au passage. Je vous en parlerai à l'occasion.
  • Vie sociale: je commence à m'en reconstituer une sur place, en revanche les conversations téléphoniques que j'ai pu avoir avec mes copines de Strasbourg depuis notre départ se comptent sur les doigts d'une main, merci les couchers pourris des enfants! Être ainsi privée de contacts avec plein de gens que j'adore m'attriste profondément.
  • Mais alors, si il y a bien un domaine dans lequel j'ai l'impression d'avoir régressé, c'est le ZD! Zéro Déchet mon oeil, nos poubelles se remplissent à la vitesse de l'éclair et ça m’écœure. Je n'ai toujours pas retrouvé de bonnes habitudes de shopping, encore moins un panier bio comme celui qui faisait ma joie et venait à l'occasion vous faire rigoler, je fais au plus simple, et ça m'agace, ça me gêne aux entournures, ça me titille, ça me grrrr.

Alors quand même, hein, je veux me cramponner au positif et venir vous faire part du minuscule pas ZD que j'ai MALGRÉ TOUT réussi à faire ces dernières semaines. 
J'en tire une profonde satisfaction, et je vous souhaite de ressentir la même chose si vous m'imitez, tout simplement parce qu'on a suffisamment souvent l'occasion de ne pas être satisfait de soi pour ne pas s'autoriser, aussi, à baigner longuement dans une marinade d'autosatisfaction.

Et ça tombe bien, c'est justement un peu de marinade qu'il s'agit.

Préambule: savez-vous qu'il est possible de faire l'essentiel de son ménage au vinaigre blanc ?

En tous cas, chez moi, j'ai des pschitt du genre "Swish'n Swipe" un peu partout dans la maison, remplis d'une solution de vinaigre blanc et d'eau (50/50 ou 1/3 2/3 selon mon envie du moment), à laquelle je rajoute éventuellement une noisette de liquide vaisselle (c'est vraiment une option).
Je nettoie mes sanitaires, ma cuisine, un peu tout avec ces pschitt. 
Mes sols sont essentiellement faits à l'eau (merci Jemako) mais, quand l'envie m'en prend, je vaporise un peu de mon pschitt sur le sol avant de passer. (pour plus d'infos sur tout l'intérêt d'avoir recours au vinaigre blanc, allez donc faire un tour sur cette page fort bien faite)

Bref, chez moi ce point-là était acquis, et j'avais dit adieu aux produits ménagers du commerce depuis longtemps, faisant ainsi coup double (porte-monnaie et santé disent merci, car avec du vinaigre blanc qui coûte entre 30 et 60 centimes le litre, le calcul est vite fait! Je claque aussi quelques euros dans du bicarbonate de soude et le tour est joué, ma maison est propre - enfin... si je la nettoie)
Si chez vous ce n'est pas le cas, pour le coup c'est l'occasion d'un bien beau pas ZD!

Jusqu'à présent, dans mes pschitt je rajoutais aussi quelques gouttes d'huile essentielle, pour parfumer / couvrir l'odeur assez forte du vinaigre blanc: lavandin, menthe poivrée, citron... ça dépendait de mon humeur et de ce que j'avais en stock.

C'est cela mon petit pas ZD du jour: j'ai supprimé ces huiles essentielles, et les ai remplacées par de la récupération de déchets: depuis quelques semaines, mes pschitts sont délicieusement parfumés... parce que je fais mariner des écorces d'agrumes dans mon vinaigre blanc.

C'est simplissime:
  • on mange ses agrumes (si possible bio, hein, histoire de ne pas vaporiser des pesticides dans toute sa maison ensuite), 
  • on récupère les écorces (sans trop de blanc), 
  • on les met dans un récipient en verre 
    • en verre, tout simplement pour ne pas récupérer le mauvais du plastique: je réutilise des bouteilles de jus de fruits
    • il vaut mieux les découper en petits morceaux, tout simplement afin de s'éviter de galérer pour les sortir du récipient à la fin..., 
  • on recouvre de vinaigre blanc et on laisse mijoter cela 15 jours minimum en agitant de temps en temps la bouteille,
  • puis on filtre (avec un chinois tout bête; et c'est plus pratique si on a un entonnoir), et ensuite on peut utiliser cela pour remplir ses pschitt. 
En termes de quantités,
  • 1 orange, 
  • 1 citron et demi, 
  • 1 pamplemousse ou 
  • 2 clémentines 
suffiront pour parfumer un litre de cette mixture (mais si on en met davantage c'est bien aussi!). 

Bien entendu, on peut mélanger les agrumes entre eux, obtenant ainsi un sublime "pschitt de vinaigre blanc aux agrumes" que vous pourrez trouver au rayon ménager de vos grandes surfaces pour la coquette somme de 2 à 3€, hinhinhin.
Mais en ce qui me concerne j'aime bien séparer, comme cela selon la bouteille dont c'est le tour, j'ai la joie de sniffer du citron, de l'orange, ... bref, je me régale.

Sachez que ce vinaigre peut également s'utiliser à la place de l'assouplissant dans votre machine, et parfumer ainsi votre linge en plus de combattre le calcaire. La coloration prise du fait des écorces (oui, en plus c'est joliiiiii) ne posera pas de problème à votre linge même blanc, du fait de l'extrême dilution dans la quantité d'eau utilisée par votre machine.

Voilà du coup à quoi ressemble le haut de la hotte aspirante de notre cuisine.
Cela fait un peu cuisine de sorcière (Monsieur Bout me demande ce que je conserve dans ce formol), et puis cela permet aussi de repérer les alcoolo: ce sont ceux dont les yeux brillent quand je leur montre fièrement mes bouteilles, et qui s'enquièrent, pleins d'espoir: "oh, tu fais du rhum arrangé ?!?!". 
Que d'espoirs j'ai déçus...


Mais moi, je suis ravie!

vendredi 8 décembre 2017

"plutôt que de vous opposer trop vite..." - Petit Bout de Lawrence COHEN, Qui veut jouer avec moi? #11

Parmi mes tout premiers pas en parentalité positive, il y avait déjà eu le constat de la nécessité de réduire drastiquement l'usage du "non".
  • en prenant davantage conscience des besoins et du mode de fonctionnement d'un enfant, j'avais réalisé que beaucoup de "non" sont absurdes / en contradiction avec ceux-ci: 
    • dire "non" à un câlin, quand l'enfant en a besoin pour se calmer lors d'une colère, par exemple. 
    • Ou refuser à un enfant de s'habiller seul ou d'aider à mettre la table, quand il cherche à tout prix à s'exercer et à s'intégrer à la vie du monde.
  • en travaillant sur le mode de communication, et notamment en lisant Faber & Mazlish, j'avais constaté qu'il existait beaucoup d'alternatives à ce fameux "non". En mettant en pratique ce que j'y ai appris, je fais chaque jour l'expérience de l'efficacité, souvent bien supérieure, de mille autres manières de faire respecter une limite.

Le petit bout de Lawrence Cohen qui nous occupe aujourd'hui est venu encore enrichir ma vision du "non", et de ses alternatives.
Car la citation du jour est:
"S'il veut se lancer dans une tâche [qui ne vous convient pas], plutôt que de vous opposer trop vite, vous pouvez lui dire 'Bonne idée!'  "

Issue du paragraphe suivant :
Lawrence COHEN, "Qui veut jouer avec moi ? - Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants", p226.

Encore une fois, sa manière de présenter les choses m'a frappée: empêcher, interdire une action dangereuse, impossible, ou indésirable d'une manière ou d'une autre, ce serait donc nuire au développement de la responsabilité de l'enfant et de son esprit critique...? On le priverait de l'occasion de réfléchir par lui-même, d'anticiper des conséquences, voire de s'y confronter.

Et au fond, c'est logique! En tant qu'adulte, en tant que parent, nous avons à la fois l'expérience des désagréments possiblement causés par une action, et le souci de les éviter à nos enfants.
Mais peut-être cela nous pousse-t-il à être trop interventionnistes, et peut-être est-il bon que, de temps à autre, nos enfants en fassent l'expérience, au moins à travers cet imaginaire déjà si utile pour gérer leurs désirs...?

Concrètement, chez nous, il y a eu des applications proches des exemples donnés par L. Cohen, et j'ai apprécié la manière dont "rentrer dans le jeu" de F. permettait une inversion des rôles : à lui d'être la personne responsable dans notre duo. J'ai ainsi pu faire l'expérience, à la fois de la manière dont  le fait d'aller dans son sens
  • lui permettait, à lui, de sortir d'une logique d'opposition
  • et l'encourageait à anticiper et prendre des précautions utiles


Mais c'est dans un domaine un peu différent que j'ai particulièrement aimé comment rentrer dans le jeu de l'enfant pouvait l'amener à s'interroger sur l'intérêt de son comportement, et/ou percevoir les conséquences de sa propre logique si on la poussait jusqu'au bout.

Depuis la fin de l'été, et cela a connu sa phase la plus aigüe dans les semaines qui ont suivi le déménagement, F. a connu une période grossière bien marquée: "pipi caca prout" et j'en passe...

Les premières fois où, ainsi, il m'a dit que j'avais cuisiné du caca, j'ai contredit, expliqué, dit que cela ne me faisait pas plaisir après tout le temps que j'avais passé en cuisine. Résultat: nul.
Et puis j'ai pensé à ce passage et je l'ai appliqué:
- J'aime pas, c'est du caca!
- Oh ouiiii, j'ai cuisiné pleeeein de caca, ah oui vraiment c'est du caca!
- Euh... non non !
- Ah si, regarde, là j'ai fait du caca, et là c'est aussi du caca, et...
- Non non, pas du tout! C'est pas du tout du caca, c'est très bon, et j'aime beaucoup ça!

J'étais sur les fesses.
Et j'ai usé et réusé du même enthousiasme, dans des situations analogues, et à chaque fois c'est F. qui a de lui-même corrigé sa maman et tiré notre duo vers le haut.
Fondamentalement, être parent à deux, cela permet parfois de se décharger sur l'autre parent du rôle de la personne raisonnable... Mais en fait, pouvoir refiler cette position à son enfant, ça a du bon!

(évidemment, il y a des limites aux bénéfices de cette exagération: quand F. interpelle les gens à haute et intelligible voix "eh Madame qui pue des fesses!" (aaaah, ces grands moments de solitude que nous offre la maternité!), je vois bien que renchérir avec un "Oh oui, c'est une Madame qui pue, elle est PLEINE DE CACA!" pourrait, certes, permettre à mon gamin de se détourner de ce genre d'affirmations, mais poserait un gros, gros problème d'acceptabilité sociale #pourquoij'aipasfaitdespoissonsrouges)



Petits Bouts de Lawrence Cohen précédents: 
Mettre un terme à un jeu violent
Difficiles retrouvailles avec un enfant
Une bonne manière de jouer à la guerre (?) 
Une alternative aux câlins 
Déclarations enflammées 
Transformer une situation tendue en jeu 
Les enfants qui tentent de s'humilier les uns les autres 
De l'importance de l'éducation émotionnelle des  garçons 
Entraînement à la maîtrise de ses impulsions
Les aînés face aux plus faibles