PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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jeudi 11 octobre 2018

Bienveillant ou laxiste ? Le doute.

Aujourd'hui, je prends enfin le temps de répondre à une question "courrier des lecteurs" qui date d'avant les vacances mais qui nécessitait une bonne dose de réflexion / structuration de la réflexion pour en arriver à une réponse qui se tienne.


Je doute parfois (ou des personnes me font douter) de mon éducation "bienveillante" / positive / etc. et me demande si je ne vire pas au laxisme? Je sais que la frontière peut être floue par moment. En gros, je me dis que j'adapte l'environnement au maximum pour réduire les occasions de "bêtises" de la part de l'enfant et donc de se fâcher de la part des adultes, et je dis aussi souvent que "je choisis mes batailles" et que "je laisse faire tant que ce n'est ni dangereux ni irrespectueux (envers les gens ou les animaux ou les objets) ni a l'encontre des mes propres besoins". Mais du coup, cela signifie en pratique que je laisse faire beaucoup beaucoup de choses... Et je me demande si au final ce n'est pas plutôt de la flemme? et que du coup je ne fais plus trop mon devoir d’éducation?

Je pense aussi que beaucoup de choses vont venir naturellement avec l'âge. Un exemple très représentatif est le fait de devoir rester assis a table pendant le repas. Personnellement, ma fille a 2,5 ans et je ne l'oblige pas du tout a rester assise a table pendant toute la durée du repas. Je pense qu'a cet âge, le besoin de bouger est énorme, et je la laisse donc se lever, aller chercher quelque chose et revenir (ce que, soit-dit en passant, on laisserait faire a n'importe quel adulte sans problème), ou carrément aller jouer quelques minutes et revenir croquer dans sa tartine pour repartir aussitôt. Je sais que ca peut vraiment choquer des personnes ne voyant pas les choses de la même manière que moi. Mais je pense sincèrement que plus tard, ma fille se rendra bien compte qu'en société les gens ne font pas cela et je suis sure qu'elle sera capable de rester assise a table comme tout le monde. Voilà, ça c'est un exemple parmi d'autres :D

Et j'aimerais donc avoir ton avis sur ce point, si tu en as un bien sur (mais je suis assez sure que oui hihihi) et comment tu gères en pratique.




Ouh que c'est difficile
Des remarques, on s'en prend à la volée (franchement, les gens devraient devoir nous donner 1 € pour pouvoir nous faire une remarque sur notre éducation; au moins ça remplirait les caisses.)
Et dans le lot, il est parfois difficile de faire la part des choses entre ce qui est justifié (et peut donc légitimement amener le parent consciencieux que nous sommes à se remettre en cause) et ce qui relève tout simplement d'une conception très différente voire irréaliste de ce qu'est un enfant.
La conception peut être très différente 
  • en mode bien traditionnel "un enfant est fait pour être vu et non entendu" (QUI saura trouver de quel graaand classique de la littérature jeunesse cette citation est tirée ? ;-), un enfant ça doit obéir au doigt et à l’œil, un enfant ça doit faire les choses proprement ou ne pas les faire du tout, etc
  • et / ou irréaliste dans le sens que j'ai réalisé à quel point on peut oublier ce qu'on a soi-même vécu ! Quand on parle de notre propre enfance avec nos parents, on ne peut que constater que leurs souvenirs sont souvent assez déformés, et donc leur conception de ce qu'on peut attendre d'un enfant un peu tordue, parce que influencée par des souvenirs complètement idéalisés de leur propre vécu de parent / expérience avec leurs enfants. 
    • Cette capacité à oublier peut, en soi, constituer une bonne nouvelle : on dit souvent qu'on oublie les "joies" de l'accouchement, eh bien, parents désespérés, sachez qu'un jour vous aurez oublié les moments difficiles que vous passez avec vos enfants. Effacés, rayés de la mémoire ! Vous aurez probablement surtout gardé les beaux moments, et si les moments un peu noirs demeurent, ils seront floutés par le temps. Seul souci, vous deviendrez très relou avec la génération suivante puisque vous leur soutiendrez mordicus, et avec une bonne foi parfaite, que chez vous "Nan, c'était pas du tout pareil", JAMAIS vos enfants n'ont causé de telles difficultés. Ha. Ha. Ha.

A titre d'exemple, j'ai déjà entendu dire de mes enfants qu'ils étaient mal élevés car
  • ils mettaient les doigts sur les vitres (à 2 et 4 ans)
  • ils ne finissaient pas sagement leur assiette (taille adulte) sans bouger pendant un repas de 3h au restaurant
  • ils faisaient de grosses colères (OUI ! OUI ! Raccrochez-vous à ça la prochaine fois que vous aurez une colère monumentale à gérer !!! Dites-vous que dans 30 ans vous serez abasourdis des colères de jeunes enfants dont vous serez témoin, et que vous aurez totalement oublié l'intensité de celle à laquelle vous êtes en train d'assister bien malgré vous ! C'est chouette non ? Si, si, allez, ça console un peu quand même)
  • ils oubliaient régulièrement de dire merci / s'il te plaît
  • ils ne font pas systématiquement de bisous ni ne s'en laissent faire pour dire bonjour / au revoir.

Bref, ça, c'est un premier point, effectivement, et très très important : notre entourage a beau être persuadé du contraire, et ne pas se priver pour nous le faire savoir fréquemment, NON, il n'est pas qualifié pour évaluer:
  • le comportement de notre enfant
  • notre style d'éducation
  • et le rapport bien entendu direct entre l'un et l'autre (pfffrtttt. Car bien entendu, le comportement d'un enfant est toujours directement et uniquement causé par le style d'éducation de ses parents; ça se SAURAIT si d'autres facteurs pouvaient l'influencer, voyons !)
le tout, bien entendu, sur la base d'observations ponctuelles. (Mais cela fait un bout de temps que je prévois un billet de blog sur le sujet de "la mauvaise mère", et qui reprendra ces réflexions. Donc je m'arrête)

Faut-il pour autant refuser en bloc toute critique, et estimer que l'on n'a rien à changer à son mode d'éducation face au genre de critiques que tu as reçues / sombres prévisions qui les accompagnent ?

Hum. Ce serait trop simple.
Et c'est le gros souci de ta question, c'est qu'elle est excellente, parce que justement, la réponse est très très loin d'être simple. Mais demande au contraire de prendre en compte un sacré nombre de nuances.


1. Comme tu le dis si bien, la différence d'éducation peut notamment être liée au souci de prendre en compte les capacités de l'enfant, et aux informations plus ou moins actualisées que l'on peut avoir sur le sujet. 
Notre rôle d'éducateur / la manière dont notre responsabilité doit s'exprimer dépend donc beaucoup du timing, par rapport au plan de développement de l'enfant :
  • faire ranger un enfant de 6 mois qui pour le moment, en est au stade où il cherche à agripper les objets, point ? Inutile ... 
  • Quand il en arrive au stade où il vide toutes les boîtes : on lui montre qu'on les reremplit. 
  • Et dès qu'il commence à lui-même s'amuser à remplir des boîtes (pour les revider derrière), on l'encourage : on fait avec lui, et on aménage l 'activité pour que, autant que possible, l'activité se termine par l'étape "remplir" et non par une étape "vider", on attire son attention sur l'intérêt du résultat "oh, tout est dans la boîte, c'est rangé, il y a plein de place sur le sol maintenant, c'est agréable".

Et, comme tu le soulignes, c'est là où l'aménagement de l’environnement joue son rôle, et plusieurs rôles
  • limiter le risque que l'enfant fasse des choses qu'il ne doit pas faire mais qu'il ne peut absolument pas contrôler. Un enfant de 12 mois VEUT toucher au cheval en cristal, et n'est PAS CAPABLE de se restreindre. Hors de vue, le cheval en cristal!
  • limiter le nombre d'interventions nécessaires pour l'adulte : jouer notre rôle de transmetteur, c'est fatigant, on ne peut pas être partout
  • faciliter l'apprentissage de l'enfant en présentant un niveau de difficulté moindre.  
    • C'est par exemple un des effets très positifs du fait de mettre en place une rotation des jouets, limitant le nombre de jouets à disposition de l'enfant : si l'enfant n'a que 3 jouets à déranger, il n'en aura que 3 à ranger, ce sera bien plus facile à faire pour lui. 
    • C'est une logique qu'on retrouve dans la pédagogie Montessori, et dont j'ai fait l'expérience quand j'ai proposé ses premiers versés à F. : non, on ne commence pas par un pichet de lentilles ! 
      • Moins en raison de la difficulté qu'il y aurait pour le jeune enfant à verser des lentilles, que pour la difficulté qu'il y a pour lui à réparer les conséquences d'une erreur à ce niveau : demander à un bambin de ramasser 40 lentilles éparpillées partout, c'est compliqué. 
      • Alors qu'avec de grosses pâtes, il est plus facile de lui faire prendre le réflexe de ramasser les 8 grosses pâtes qui se seront étalées par terre. Sur ces pâtes il musclera une capacité à ramasser qu'il transfèrera ensuite sur le ramassage d'une quinzaine de pois chiches, et le temps qu'il en arrive aux lentilles, 
        • 1. il en renversera beaucoup moins, 
        • 2. il sera en mesure de s'attaquer aux 40 lentilles. 


Car c'est là  un point fondamental :
2. il y a une différence entre prendre en compte les capacités, les besoins et le développement de l'enfant, et laisser passer totalement au motif qu'il n'est pas capable. 

La différence se fera alors non pas au niveau de l'objectif final, mais des moyens pris, à la fois pour encourager le respect de la règle, et pour réagir quand celle-ci n'est pas respectée. Comprendre pourquoi elle n'est pas respectée ne signifie pas nécessairement laisser ce non respect se produire sans réagir.
Je crois que là dessus, le cas de l'enfant-qui-tape est très parlant. Toutes les mères d'enfant-qui-tape, vous savez, ce charmant bambin de 2 ans qui va avancer vers le bambin d'à côté et lui en coller une en pleine figure, savoooourent ces moments...
Se renseigner un peu sur le développement de l'enfant permet de relativiser l'importance de ces tapes : elles sont la plupart du temps, 
  • soit l'expression (très maladroite, hélas) d'une volonté de rentrer en contact, 
  • soit l'expression d'une frustration qui ne sait pas encore s'exprimer par les mots.

Bref, oui, l'enfant-qui-tape le fait parce qu'il n'a pas encore la capacité de faire autrement.
Du coup, 
  • on ne va pas criminaliser ce geste en en faisant le signe d'une méchanceté sans nom qui mérite un châtiment terrible sous peine de terminer en prison d'ici 15 ans au plus (et on va donc s'abstenir de prêter l'oreille à tous les commentaires alarmistes qui iront dans ce sens).
  • Mais on ne va pas pour autant laisser faire : on va protéger les éventuelles victimes, et, surtout, prendre le temps de reprendre la jeune "terreur" en lui enseignant, sans relâche, d'autres manières d'exprimer ce qui pour le moment, sort par le biais de tapes : 
"si tu veux jouer avec lui, tu peux caresser son bras / lui proposer un jouet"  
"quand tu es en colère, tu peux dire "colère !" / "je suis en colère" / secouer fort la tête"

Notons que notre intervention sera peut-être encore jugée comme du laisser-faire, du laxisme, car elle ne correspondra pas à la lecture que se fera l'observateur de la situation ("enfant violent, récidiviste, qui devrait recevoir une bonne fessée / mise au coin / gueulante - ne rayez aucune mention elles sont toutes utiles). On s'en fiche (au moins en théorie parce qu'en pratique, il est vraaaiment dur de s'en ficher)


Ce qui nous amène au point suivant :

3. un autre facteur qui vient allègrement flouter la frontière entre éducation et laxisme, c'est la nécessité d'un moment de transition, plus ou moins longue : la fameuse période d'apprentissage, le besoin d'enseignement (dont parle Jane Nelsen).
Hélas, 3 fois hélas, ce n'est pas parce qu'on a réagi une fois "de la bonne manière" face au comportement d'un enfant, qu'on lui a donné les explications nécessaires, que c'est gagné, pouf, il va agir conformément à cet enseignement.

Je prendrai l'exemple de la politesse, là-dessus. Monsieur Bout et moi-même estimons important que nos Bébous disent s'il te plaît, merci, bonjour et au revoir : des codes sociaux importants, parce qu'ils véhiculent des valeurs importantes. Gratitude dans le merci mais aussi dans le s''il te plaît (tout ne m'est pas dû), respect dans le bonjour et au revoir (je te reconnais comme personne, je remarque ta présence).
Mais justement, c'est un apprentissage, nous faisons donc attention
  • à notre réaction quand elle n'est pas respectée : nous savons que ce n'est pas encore acquis, que nos enfants sont encore petits, nous ne réagissons donc pas comme si un merci / s'il te plaît oublié représentait un affront personnel / un scandale : nous nous contentons de "réclamer" notre merci
  • aux moyens : comme le dit si bien Haïm Ginott dans Parents Épanouis, Enfants Épanouis, nous faisons attention à "civiliser nos enfants de manière civilisée" : pour réclamer notre merci, pas de menaces, pas d'humiliation, mais des phrases responsabilisantes, invitant au développement de l'empathie et de la compréhension de la valeur de ses mots 
"j'aimerais une jolie demande" ; "je t'ai donné quelque chose"



4. Ce besoin d'apprentissage,  et ce besoin de temps pour apprendre, implique encore une autre question :  est-ce le bon moment pour cet apprentissage ?
  • est-il prêt, est-ce réaliste de penser qu'il peut progresser là dessus ? Encore un point sur lequel notre appréciation sera très individuelle, et pourra susciter de l'incompréhension / du jugement ailleurs : s'informer sur les stades de développement de l'enfant a du bon, mais ne pas oublier que chaque enfant a son propre rythme, aussi…
    • "à 2 ans un enfant DEVRAIT pouvoir...". UN enfant peut-être, mais le nôtre ? La discussion avec autrui peut nous permettre d'affiner notre regard (par exemple discuter avec Clotilde de la manière dont ses filles géraient très tot leurs douches seules m'a incitée à apprendre aux Bébous à faire de même bien plus tôt que ce que j'aurais pensé possible), mais en même temps on ne doit pas perdre de vue que chaque enfant est différent.
    •  Par exemple, si je n'étais mère que de E., je serais peut-être persuadée qu'un enfant de 3 ans "normal" doit pouvoir passer 2H sur les genoux de sa maman quand celle-ci profite d'un déjeuner au resto avec ses potes, puisque c'est ce que j'ai pu faire avec elle tout récemment. Mais je suis mère de F., aussi.  Pour qui, même à 5 ans, une telle chose serait impensable.
  • Avons-nous la possibilité de l'accompagner ? Y a t il la bande passante, pour l'un comme pour l'autre ? l'enfant ne peut pas être soumis à effort constant, et nous non plus. Différer, ne signifie pas ne rien faire : on ne nie pas le chantier, on priorise. Pour le moment, je choisis de travailler sur tel point, ensuite, ce sera le moment de…

Ce côté bande passante nous ramène à un point que tu mentionnes également : 

5. Ce qui est acceptable ou pas, ce qui est le "bon moment pour" accompagner notre enfant vers un changement de comportement dépend aussi de nos propres besoins de parents. 
Car comme je l'avais évoqué dans ce sublime billet (oui, n'ayons pas peur des mots !) sur les limites du parent / le don de soi chez le parent, en éducation il ne s'agit pas, au fond, d'apprendre à nos enfants à respecter des limites abstraites, mais à accepter que tout un chacun a des limites, et à les prendre en compte dans son comportement. C'est une éducation qui ne se base plus sur la peur de l'autorité et de la sanction, mais sur l'empathie et le souci de vivre en communauté d'une manière qui respecte les besoins de chacun.
Et donc, il s'agit bel et bien de permettre cet apprentissage à notre enfant, en affirmant, graduellement, nos besoins de parents. 
Ces besoins varient selon les parents, et varient dans le temps. Et en plus, il est dur de les détecter / leur accorder l'importance qu'ils peuvent avoir.

Un exemple tout bête et assez récent chez nous. F. et E. avaient pris l'habitude de manger 2 yaourts par jour. 1 au petit déj, et 1 à l'un des deux autres repas. Et parfois, ils ne se gênaient pas pour augmenter la dose. J'ai laissé faire en  me disant que ce n'était pas bien grave.
Si ce n'est qu'en fait, ça devait bien m'énerver quelque part, entre 
  • le coût des yaourts (chez nous c'est chèvre ou brebis donc un minimum de 2x2yaourts par jour ça chiffre vite), 
  • la pression pour en racheter très régulièrement, 
  • l'énervement face à la manière dont ils avaient tendance à réclamer quand même plus, 
  • une mauvaise conscience sous-jacente parce que quand même, même si ce n'est pas du lait de vache, ingérer autant de produits laitiers animaux c'est peut-être pas optimal non plus, 

Bref.

Il y a eu des conflits autour des yaourts; dont certains pas franchement gérés en mode positif...

J'ai fini par admettre qu'en fait, si : cela m'embêtait, et que j'allais m'écouter. J'ai annoncé la règle "à partir de maintenant, c'est 1 yaourt par jour". A eux de choisir si ils le prennent au petit déj, au déj, ou au dîner, mais une fois qu'il a été pris, il a été pris. 
Cela m'a demandé de "tenir" pendant 2-3 jours, mais quel soulagement et détente sur le sujet depuis ! J'avais eu, comme tu dis, la "flemme" de m'y coller, mais après coup, je suis bien contente de l'avoir fait.




6. Par ailleurs, avoir confiance dans le développement de l'enfant c'est bien joli... mais pas trop quand même.

On a très envie, parfois, en tant que parent, de se dire que "ça viendra tout seul…". Ben… oui, beaucoup de choses vont venir seules ou presque. Mais d'autres... pas.
Je crois qu'en tant que parent il n'est pas facile de se positionner entre une posture où l'adulte superpuissant est celui qui apprend tout à l'enfant, et celle où l'enfant apprendrait et comprendrait tout, tout seul.
C'est par exemple le risque avec l'engouement Montessori : 
  • mal compris, les principes de cette pédagogie peuvent se retrouver interprétés en : "Je laisse faire mon enfant, il fera toutes ses expériences seul, et comprendra tout seul ce qui va et ne va pas". Hum, non. 
  • Typiquement, une classe Montessori c'est très normé, il y a des règles, les "expériences" que l'enfant va pouvoir faire sont calibrées, de manière à justement lui permettre de constater ensuite par lui-même ce qui va ou ne va pas, et l'adulte va lui montrer comment il doit manipuler tel ou tel matériel, avant de le laisser le prendre. 


Il ne s'agit donc pas d'adopter une attitude de non-intervention, mais bel et bien d'intervenir différemment.
Exemple: si on disait "Je laisse mon enfant mettre le souk dans la salle de bains, il constatera tout seul que quand il met de l'eau partout, c'est moins agréable". Hum, peu de chances. 
Il n'a pas les repères nécessaires pour apprécier vraiment la différence entre une salle de bains à peu près propre et rangée, et une salle de bains qui a vécu un tsunami bain enthousiaste de deux enfants qui ont voulu mélanger touts les produits et ustensiles de beauté dans la baignoire, puis vider ladite baignoire sur le carrelage. Ou alors, ce sera en glissant bien fort sur le carrelage humide, et en atterrissant aux urgences, ce qui est un prix assez fort à payer, pour toutes les parties prenantes y compris les parents.
En revanche, une manière pour l'adulte de sensibiliser l'enfant à l'intérêt d'une salle de bains à peu près propre et rangée, sera de
  • veiller lui-même à la maintenir ainsi 
  • souligner son attente, 
  • dire le risque ("sur un carrelage mouillé, on risque de glisser"), 
  • souligner l'effet sur soi "l'eau en dehors de la baignoire salit la salle de bains", 
  • et faire toucher du doigt la conséquence en invitant l'enfant à nettoyer / sécher derrière lui : toucher du doigt la vraie conséquence d'une salle de bains en bazar : ça cause du travail. 
Bref, c'est tout, sauf ne rien faire.

Je crois que ce risque à espérer que "ça viendra tout seul" est particulièrement présent dans le cadre des conventions sociales, comme la politesse susmentionnée, ou encore la tenue à table dont tu parlais. 
  • Autant on peut partir du principe que le schéma de développement pousse spontanément un enfant à vouloir marcher, parler, et le simple spectacle de notre vie au quotidien, les interactions avec nous, suffiront à donner à nos enfants les informations et l'envie nécessaire pour développer ces capacités là, 
  • autant j'ai fini par admettre que nos enfants ont besoin de nous, de notre intervention, pour décrypter les codes sociaux. Ces codes sociaux sont, pour la plupart, bien trop complexes pour que nous puissions espérer que nos enfants les comprendront et assimileront tout seuls. Ils ont besoin de nous pour les expliciter, et pour manifester leur importance. 
Et très honnêtement, j'ai suffisamment vu de grands enfants, ou d'adultes, se tenir n'importe comment à table pour penser que, non, là dessus, nous avons un rôle privilégié à jouer : interprète des exigences de la société.
C'est un point que je veux développer depuis loooongtemps sur le blog, et que j'ai pêché dans le livre de Jane Nelsen sur la Discipline Positive pour les 3-6 ans : le rôle fondamental des adultes pour guider l'enfant dans le labyrinthe que représentent la vie en société, ses codes, tout ce qui tourne autour de la relation à autrui.

Il y a plus.
7. En ce qui me concerne, ma relativement brève expérience de maman (F. n'a que 5 ans…!) m'a permis de me prendre suffisamment de baffes pour m'inciter à prendre en compte cet aspect.
En effet, j'ai eu assez d''occasions de constater qu'un des risques à trop compter sur le temps, et pas assez sur ma propre action, pour qu'un apprentissage se fasse chez mon enfant, c'est que
  • subitement ça devient urgent, on est exposé à une pression (notamment, au hasard, celles de "personnes qui me font douter" : généralement des membres de la famille proche dont le regard différent posé sur nos enfants, et la tendance à verbaliser leur pensée de manière assez peu diplomate, constitue un des charmes des retrouvailles familiales)
  • on se dit que "franchement, là il faudrait qu'il en soit capable quand même
et c'est là où sous l'effet 
    • de la pression temporelle, 
    • du doute, 
    • de l'impatience / une certaine dose de rancune ("je t'ai laissé largement assez de temps"), 
    • voire de jalousie envers notre enfant (n'oublions pas que quand un comportement de notre enfant nous énerve particulièrement, y a des chances que ce soit parce que notre enfant intérieur - = nous, petit -  se compare à notre enfant et pense "eh, mais moi on m'aurait jamais laissé faire ça, c'est pas juste !"), 
on peut en arriver à se perdre assez loin des principes de l'éducation positive au nom desquels on avait pourtant laissé du temps (trop de temps ?) au temps.
Eh oui, paf, on se retrouve subitement en plein "trop de bienveillance tue la bienveillance". Et pour couronner le tout, la culpabilité que ce dérapage provoque en nous nous pousse à faire machine arrière et à lâcher sur le fond, quand c'est la forme qui posait problème.


Moralité, oui, comme tu le dis, la réponse à cette question est compliquée.
En fait, elle suppose un travail permanent, une réévaluation constante.
Oui, jauger le besoin d'éducation de notre enfant, c'est un sacré travail car cela suppose d'être attentif
  • aux besoins de son enfant (sans cesse en évolution. Et dans le tas des besoins de l'enfant, il y a le besoin d'apprentissage...), 
  • mais aussi aux nôtres. qui en plus d'être en évolution, nous obligent souvent à fournir un sacré travail pour en être vraiment conscient, puisque c'est souvent ce qui ne nous a pas été appris dans notre propre enfance.
  • aux peurs qui nous empêchent d'affirmer ces besoins, et notamment à la peur de rentrer en conflit avec notre enfant. Or si il y a bien une chose à avoir en tête avec la parentalité positive, c'est qu'elle ne vise pas à éradiquer complètement le conflit / les crises avec notre enfant. Il y a forcément des oppositions, et ce n'est pas l'opposition qui constitue un problème, mais la manière (respectueuse ou non) dont elle est gérée. 
"Oui, tu aimerais vraiment faire autrement. Le souci c'est qu'en tant que maman, je dois veiller à ce que ."

Bref, la crise n'est donc elle-même pas du tout un signe pouvant montrer qu'on a tort ou raison.
D'ailleurs, la même crise pourra être vécue comme un signe de laxisme, par notre entourage
on voit qu'il n'est pas habitué à la frustration ! et tu lui permets de hurler comme ça ?!?!

et comme un signe qu'on a été trop autoritaire, par nous-même
oh mince j'ai été trop dur(e)

et n'être ni l'un, ni l'autre, mais juste la manifestation logique d'une frustration nécessaire mais néanmoins douloureuse.


Du coup, je crois qu'un point important pour aider à discerner, c'est de savoir s'entourer.
  • Plus on est exposé à des avis "contraires" niveau éducation, à des avis de personnes dont la conception de l'enfant et de l'éducation est franchement éloignée de la nôtre, plus il est difficile de garder le cap : ces avis nous insécurisent, et on se retrouve, soit à les suivre sans conviction, soit à se braquer sur la position opposée. Perdant ainsi le contact avec ce qu'exigerait vraiment la situation;
  • Alors que fréquenter, observer, échanger avec des personnes ayant une sensibilité proche permet d'avoir un avis, un regard autre, mais avec cette sécurité de savoir que la philosophie de base est la même. C'est ce que j'observe dans les groupes Faber et Mazlish (celui auquel j'avais participé, ceux que j'anime) : les partages autour de l'un ou l'autre problème peuvent se faire sur la base des outils vus ensemble, et donc c'est très sécurisant pour le parent.
C'est ce que tu es venue chercher ici, et du coup, il te sera plus facile de tirer tes propres conclusions, sereinement, en t'en inspirant ou en décidant que tu vois les choses autrement, si je te dis que, par exemple, chez moi, je pars du principe que les enfants doivent apprendre à rester à table (bicoz code social, convivialité, miettes par terre et doigts sales sur le canapé). Mais comme c'est encore en contradiction avec leurs capacités actuelles, j'aménage la contrainte
  • comme toi, je permets de se lever pour se rendre utile, et même, j'encourage
  • quand le besoin s'en fait sentir (fatigue), et une fois leur assiette vide (pour m'éviter trop de tâches: un point que j'ai rajouté car j'ai affaire à deux enfants de 3 et 5 ans; je faisais différemment avec un enfant de 2), ils peuvent passer de leur chaise à la mienne pour se ravitailler en câlins et en attention parentale
  • si nous sommes en société (resto, repas en famille), 
    • soit j'adapte aux us et coutumes locales (si on est dans une famille où les enfants se lèvent, mes enfants sont tout à fait capables d'entendre que là bas c'est autorisé, chez nous non), 
    • soit je gère en adaptant les règles : par exemple, pour un repas qui va durer longtemps, je permets d'aller se lever entre chaque plat. Chez mes beaux-parents cet été, j'avais défini qu'ils restaient à table jusqu'à la fin du plat de résistance, et qu'ils pouvaient ensuite jouer autour de nous sur la terrasse jusqu'au moment de revenir à table pour le dessert. Cela permettait de concilier leur besoin de mouvement avec la longueur d'un repas "de famille" et l'envie de mes beaux-parents de discuter de manière prolongée avec nous. 
    • Un point important, c'est que maintenant je prends les devants : j'énonce la règle à haute et intelligible voix devant mes enfants… et devant mes beaux-parents. Ils voient donc que je me suis clairement positionnée, que l'affaire est gérée, même si elle l'est différemment de ce que eux auraient mis en place. Et ils voient que j'occupe ma place de parent : la place de la personne qui définit les règles concernant mes enfants étant manifestement prise, il y a moins de tentation à venir l'occuper ;-)

Voilà quelques points pour discerner…. hélas, ils ne dispensent pas de ce discernement, et de ce qui va nécessairement de pair avec ce discernement : du tâtonnement, des fois où on va un peu trop dans un sens, des fois où on va un peu trop dans l'autre, bref, d'errer, et dans errer, il y a "erreur". Et ça, ce n'est pas confortable, parce qu'en tant que parent on n'a pas du tout envie de faire des erreurs. Je te rassure (ou pas), personne n'y échappe, moi la première…

Caramba.
Encore raté.


"Père, gardez vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !" - Parent positif luttant pour ne sombrer si dans le laxisme, ni dans l'autoritarisme, allégorie


18 commentaires:

  1. Super intéressant cette réflexion... je note l'idée d’énoncer les règles à voix haute, tant pour les enfants que pour les observateurs externes qui pourraient être tentés de penser que si je n'ai rien dit il n'y a pas de règles (donc légitimité à faire leurs rappels à eux :) )

    Pour la politesse, c'est quelque chose de très important chez nous aussi (100% d'accord avec les valeurs qui sont véhiculées derrières, ce ne sont pas juste de purs codes sociaux)(et je suis frappée dans le monde du travail de voir comment les personnes en conflit, adultes, refusent très très vite de continuer à saluer une personne avec qui elles ont un différent)

    Du coup j'essaye d'adapter. Pour ma puce de deux ans, c'est rabâchage sans pression, et elle dit maintenant super spontanément merci et s'il te plait, c'est un jeu pour elle, mais si elle oublie, ne veux pas, je rappelle juste sans bloquer la situation.

    Mon fils de quatre ans et demi dit très naturellement aussi bonjour, au revoir, merci et s'il te plait. Juste le soir en quittant l'école il "joue" à ne pas vouloir dire au revoir parfois (en mode "tu vas faire quoi maman si je te mets dans l'embarras ?") j'avoue que je pose mon sac par terre et je lui explique qu'on ne peut pas partir sans dire en revoir à la personne qui s'est occupé de lui à la garderie et que donc bah.. on reste ici. En général, au bout de 5 secondes il dit au revoir. (J'ai de la chance mes enfants sont assez cool avec la politesse. Bon par contre parfois il dit "au revoir caca boudin" et là c'est cocasse à gérer)

    En revanche, les bisous, je propose à mes enfants "est ce que tu veux faire un bisous, câlin à ta marraine ?" mais s'ils ne veulent pas et qu'ils ont dit bonjour, je ne force pas. Voir je rembarre poliment les gens qui disent "ce n'est pas gentil de ne pas me faire de bisous" Nope. Mon enfant ne te dois aucun contact corporel pour le coup.

    Pour la tenue à table, c'est progressif mais je me souviens que petite, lors des grands repas de famille on faisait une table des enfants et une des adultes... on dévorais l'entrée et le plat, puis on jouait jusqu'au dessert...

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    1. Merci de ce témoignage détaillé !
      Je me retrouve à fond dans ton "rabâchage sans pression" c'est exactement ça. (Et hélas: aussi dans le "au revoir caca boudin"...)
      Quant aux bisous, pareil, la pression mise parfois me hérisse ! C'est leeeeur corps bon sang...

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  2. 1€ par conseil reçu - j'adooooore!!! on seraient tous riches!

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  3. La super maîtresse de l'an passé appelait les stp, merci, bonjour les "petits mots de vie" et en cas d'oubli je dis à ma fille (5 ans1/2) "petit mot de vie?" et hop, la mémoire lui revient; pour les yaourts, moi j'adorerais qu'elle en mange au moins un par jour!

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    1. Ah c"est une jolie expression !
      envoie nous donc ta fille en stage ;-)

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  4. Premier point : suis contente, tu es encore plus bavarde que moi ;)
    Une fois encore, un article intéressant :)
    Pour compléter la question "si je ramasse des petits objets pour les mettre hors de portée, suis-je bienveillante ou laxiste", lorsqu'on devient assistante maternelle, c'est un des premiers conseils donnés. ;)
    En effet, l'enfant est encore trop petit pour tout gérer, cela lui demandera plus d'efforts de jongler entre les objets et de plus, certains peuvent le blesser (exemple : jolie figurine en cristal qui lui tombe sur le pied).
    Progressivement, on introduit de petits objets qui ne craignent pas et un jour, miracle, on s'aperçoit que la figurine en cristal peut venir trôner sur la table de salon (bon si un chat rôde, oubliez la figurine en cristal ;)).
    Bon week-end !

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    1. loool sur la longueur; j'ai commencé ton dernier article, et je compte prendre le temps de terminer sa lecture: tu te doutes que c'est un thème qui me parle ;-)


      remarques très justes comme toujours, sur l'aménagement de l'environnement. Qui lui aussi, est progressif en effet !

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  5. Alors, pour l'extrait de littérature classique enfantine, je dirais un des livres de la comtesse de Ségur : Les petites filles modèles ou Les malheurs de Sophie, je ne sais plus. (Comme ma dernière lecture remonte à plus de vingt ans, c'est excusable :p)

    Ici, Mlle Pompon, 18 mois au compteur, a droit à des observations de la part de "pros" : notamment sur le fait qu'on risque "de ne pas savoir lui poser des limites". "ah mais ça il faudra qu'elle apprenne hein". Ce à quoi j'ai toujours envie de répondre par une expression à la Léodagan.
    On est considéré comme des parents laxistes (si j'ai bien compris) et associaux (pas de télé, pas de famille proche, plus pleins d'autres paramètres). Du coup, les gens se permettent de mettre leur grain de sel. Sauf que ca me fait rire jaune d'entendre les parents à la médiathèque : ils passent leur temps à rouspéter contre leurs enfants (aussi jeunes) parce que "non, non ce sont des livres de grands", "non, non, tu ne vas pas là bas". Concrètement, c'est quoi le problème dans le fait que l'enfant veuille aller voir au bout de la zone enfant ? Pour moi, c'est juste que ca les oblige à se bouger, et qu'ensuite, ils veulent (peut-être inconsciemment) imposer leur volonté et toute manifestation de volonté autre de la part de l'enfant se transforme en lutte de pouvoir. Du coup, quand ces dits parents montrent ma fille et disent à leurs enfants "regarde comme elle est sage la petite fille", j'ai toujours envie de leurs répondre "ben, on lui casse pas la baraque -pour ne pas employer une autre expression plus vulgaire- quand elle veut aller explorer. On y va avec elle." Résultat, et après des débuts plus que folklo et hardcore vu sa santé, c'est une petite fille plutôt enjouée, sécurisée affectivement, considérée comme globalement de bon allant et avec un caractère hardi et tenace. Je ne sais pas ce que ça donnera (je pense qu'on va se marrer avec le terrible two), mais on évite de trop projeter.
    Je lis ton blog depuis 2015, bien que ce soit mon premier commentaire, et il m'a apporté des pistes intéressantes, non seulement en matière éducative, mais aussi dans la gestion de couples et aussi pour moi (j'ai une petite particularité parfois un peu pénible ;) ). Ton ton bienveillant AUSSI à l'égard des parents m'a complètement décrispée par rapport à l'approche bienveillante, ce n'est pas le cas partout. Vu mon histoire familiale et éducative personnelle, je suis aujourd'hui positive par rapport à mes chances de briser un cercle vicieux de plusieurs générations de violences graves au niveau éducatif. Merci pour tes articles et tes suggestions de lecture.

    Ah, et pour les bisous, ca me choque énormément qu'on nie le consentement de l'enfant par rapport à son propre corps... Comment est-ce qu'on veut espérer lutter contre les violences sexuelles alors qu'on exerce ce type de violence sur de jeunes enfants ? (Oui, je vais peut-être choquer, mais embrasser un enfant qui refuse, voir parfois en usant soit de phrases intimidantes, soit de manœuvres de coercition comme lui bloquer les bras -je l'ai vu faire étant plus jeune-, c'est de la violence sexuelle... mais comme elle est "socialement normalisée", elle est acceptable. Ca manque de cohérence tout ca. Chez nous, j'ai prévenu que gare au premier qui se permet ce genre d'attitude. Par contre, on apprends à Mlle Pompon a saluer. Dire bonjour (ou autre geste / technique de salutation) c'est demandé, le contact physique, c'est tout à fait en option. Après, nous ne sommes pas une famille "bisouches" et les échanges de bises à tout bout de champs, je supporte très mal aussi. ;)



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    1. Merci Loaret de ce premier commentaire si riche ! Je trouve cela chouette de voir un "sous-marin" de longue date faire ainsi surface ;-) 2015... tu étais là au tout début alors ! (Faut que je m'occupe des 3 ans du blog...) et du coup avant meme de devenir maman si je comprends bien ?
      Ca me touche de lire que mes articles ont pu t'aider sur tant de points et en particulier "décrisper" autour de l'éducation bienveillante : un des plus beaux compliments qu'on puisse me faire car justement, avant de cheminer j'étais aussi assez crispée sur le sujet, et le suis toujours par la manière dont il peut être traité parfois. Si ce que j'écris contribue à te rendre plus libre pour trouver ta voie, youpi : Je ne blogue donc pas pour rien

      Je plussoie vigoureusement ce constat que parfois, juste en étant moins sur le dos de nos enfants suffit pour en faire des "enfants sages"... et inversement.
      Quant aux bisous : meme raisonnement ici. Je me sens donc tres mal a l'aise quand on insiste pour qu'un enfant m'embrasse. Il existe tant d'autres façons de saluer / prendre congés ... le bisou, c'est "en plus"... et pourtant, chez nous, on est tres bisou !

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    2. Oui, avant même que Mlle Pompon (évidemment, c'est un surnom !) ne soit une lueur dans l'oeil de son papa.
      J'aime bien prendre de l'avance, me renseigner avec la tête froide (concernant l'IEF, c'est une potentialité que je travaille depuis longtemps, vu comment l'école évolue), et je suis souvent curieuse de lire des blogs sur des sujets variés, qui parfois sont à des années-lumières de moi. Ca me permet de mieux comprendre les gens, leurs motivations, en un mot de m'enrichir. Ne se frotter qu'aux gens de sa propre constellation, c'est un peu limitant je trouve.
      J'ai découvert aussi Fly Lady par ton blog : sans la connaître, j'ai depuis longtemps un genre de planning de 20 min de ménage / jour par zones. Souvenir de procrastination Pinterest-esque.

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  6. Merci Gwen pour ce long billet.
    Il y a des choses qui rentre tout doucement dans les moeurs générales comme enlever les objets fragiles, le bisou, la tenue à table lors de grands repas.

    Mais être parent signifie aussi des moments de solitude où on ne sait pas trop quoi faire. Le dernier en date de ce matin. Min garçon de presque 4 ans verse lors du petit déjeuné son verre d'eau dans le bol de lait et de ceréales de sa soeur de 6 ans qui s'en plaint. Comme ce n'est pas la première fois que ce genre de chose artive, je lui explique que ça n'est pas très sympa et surtout j'intervertis leur bol.
    Ben oui chez nous on ne gaspille pas la nourriture. Si on n'aime pas, on goute un peu, si on n'a plus faim on s'arrête mais jouer et faire des mélanges, et bien on assume. Ça ne lui a pas du tout plus. J'ai du lui dire qu'il devait finir son "nouveau" bol, non pas pour lui faire payer mais parce que jusqu'à présent si je me contentais de lui dire que c'était du gaspillage cela ne percutait pas beaucoup.
    Bref comme il ne voulait pas le finir, j'ai du lui faire comprendre que je ne jetterais pas le contenu du bol et s'il ne le finnissais pas maintenant ce serait à midi. Mon garçon fut très fâché. Il est allé au judo très fâché. Lorsque nous sommes rentrés, je lui ai rappellé que son bol l'attendait. Je pensais qu'une nouvelle crise allait arrivee mais non. Il est allé à la cuisine et à manger tout son bol sans rien dire !
    Bref, mère qui torture ou mère qui essait de rester ferme avec bienveillance ? Pas facile.......
    Servane

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    1. Quel plaisir de te lire Vanou ! J'espère que tu vas bien et que la première année à 5 se termine bien !
      Aaaah ces grands moments de solitude ! Je comprends tout à fait tes doutes. En ce qui me concerne il m'est déjà arrivé de "piquer" son yaourt à F. et le terminer à sa place car il persistait à postillonner partout avec et que je ne souhaitais pas cautionner ce gaspillage.
      C'est au cours du stage d'accompagnement à l'animation des ateliers Faber et Mazlish que m'a été confirmé ce que je commençais à apercevoir : la différence entre punition / rétorsion et fermeté bienveillante, parfois, ne réside pas dans les actes. La même réaction peut relever aussi bien de l'un que de l'autre. Non, ce qui compte souvent, c'est l'intention qui nous anime (qui pourra transparaître dans notre attitude globale et dans nos mots accompagnant ladite réaction, mais ceux ci ne sonneront évidemment juste que si ils correspondent effectivement à notre intention réelle : bref, foin du pharisianisme / respect extérieur des préceptes de l'éducation positive. Là encore, "vous valez ce que vaut votre coeur".
      On peut manger le yaourt de son fiston / l'obliger à manger le plat dont il a lui meme endommagé le goût en faisant cela par rétorsion, CONTRE lui.
      Ou on peut faire la même chose, POUR protéger quelque chose qui nous est cher : un etre, un objet, une valeur qu'on cherche à transmettre.
      Encore une fois, c'est très exigeant. On ne peut pas être en mode "ca c'est une réaction admise, ca non", on doit discerner et regarder en face nos mobiles pour agir... ne pas se contenter de suivre la lettre mais garder en tête l'esprit !
      Je ne sais pas si ca te parle ?

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    2. Oui la première année à 5 c'est bien passée. L'IEF a connu des hauts et des bas mais on maintient tout cela. Cette année avec la première déclaration, je suis plus vigilante, nous devons nous y mettre plus régulièrement.

      Merci de rappeller cette idée d'intention. C'est très juste. Toute la difficulté est de "purifier" nos intentions. Dans l'exemple que je te donnais, ma première réaction après avoir échangé les bols ne fut pas très bienveillante puis je me suis ressaisie. Si cette fois-ci j'ai maintenu très ferme c'est parce qu'il est plus grand (un mélange pas très heureux à 2 ans est à placer sous l'angle de l'exéprimentation avec un simple rappel des règles) et surtout que cela ne donnait pas quelque chose d'immangeable (d'ailleurs lorsqu'il l'a mangé, il m'a dit que ca ressemblait au porridge).

      Me concernant je crois que j'aurais plus de facilite si je me couchais un peu plus tôt...
      La fatigue est une véritable calamité !

      Servane qui te lit toujours avec une grande assiduité mais qui manque un peu de temps pour commenter

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    3. L'année S'est bien passée...
      Je suis désolée des fautes dans ce message et le précédent. J'en fais beaucoup plus sur l'ordi qu'en vrai et saupoudré de fatigue c'est une catastophe.

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    4. Je suis particulièrement d'accord avec le point 7, pour avoir également bien expérimenté les apprentissages qui tout à coup deviennent urgents ! Chez nous en ce moment c'est (entre autres) la tenue à table. Autant je n'étais pas trop regardante quand ils étaient petits pour privilégier le plaisir de manger, l'exploration des aliments (tout ça tout ça...), autant là maintenant, voir manger mes enfants me devient insupportable (la fourchette sert de déco sur la table ou même dans la main mais jamais pour piquer un aliment et le porter à sa bouche, les cuillérées bien trop pleines dégoulinent invariablement sur la serviette et les vêtements, la manche sert de serviette, les aliments boudés se retrouvent à côté de l'assiette et très souvent au sol...). Vraiment autant mes enfants mangent de tout et avec plaisir, autant ils ne sont pas sortables ! Alors je veille, sur d'autres apprentissages qui me paraissent moins prioritaires, à commencer quand même à distiller quelques notions...
      Pour la politesse, je suis encore plus laxiste ;). Je préfère un accueil avec un sourire, qu'un bonjour marmonné de mauvaise grâce. Mais c'est compliqué de le faire entendre à l'entourage...
      Pour les bisous, je suis d'accord, j'essaie de ne jamais obliger mes enfants à recevoir ou donner un baiser ou un câlin et je demande la permission à un enfant de l'embrasser avant de le faire. Mais pourtant c'est compliqué pour moi de voir ma fille repousser son frère, refuser ses élans de tendresse spontanée.
      Et enfin je suis bien d'accord sur cette idée : l'intention qui sous-tend notre action et plus importante que l'action en elle-même et que c'est valable aussi pour les situations non-conflictuelles : si on ouvre ses bras pour un câlin, c'est vachement mieux si on a envie de les ouvrir, plutôt que penser en même temps "vite un câlin après j'aurais peut-être 5 minutes pour ranger la vaisselle, passer le balai, me maquiller, piquer un bout de chocolat en douce...

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  7. Merci de ce bel article... Belles nuances et toujours pleins de bonnes choses dans les commentaires :)

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  8. Je suis plutôt du côté des laxistes. Du coup, je dirai que c’est moi qui devrais donner 1€ à chaque conseil reçu. Les conseils, c’est comme les cafards, quand on en voit 1, on sait qu’en réalité il y a au moins 10 qui se cachent (cafards ou personnes qui auraient bien pu donner un conseil mais se sont retenues).
    Et c’est bien pour les autres que l’on apprend la politesse à nos enfants. Vivant à l’étranger, j’élève mes enfants sur les règles de vie locale, car je souhaite qu’ils soient intégrés socialement et ne soient pas vus comme étant mal élevés. Si je ne le faisais que pour mon plaisir personnel, je leur apprendrais la politesse française.
    Swanilda

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