PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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mercredi 6 décembre 2017

Couple en crise #2 : des procédures de sortie de crise

Sur ce blog, j'aime bien faire des PPP: Petit Parallèle Pourri.
Et je trouve que Flylady se prête particulièrement bien à ce genre d'exercices, c'est pourquoi vous avez eu droit, notamment, à un PPP entre ce fabuleux système d'organisation et la parentalité positive.

En voici un, tout beau tout chaud, avec le sujet qui nous occupe aujourd'hui: les conflits et crises au sein du couple.

Parmi tous les concepts Flylady, existe celui de Hot Spot = point chaud. 
Le HotSpot selon Flylady est un point (quand je dis "un"... il est bien évident que dans une maison, il n'en existe pas qu'un, bien souvent!) sur lequel le bazar vient systématiquement s'accumuler: 
  • dessus du meuble de l'entrée, 
  • table de nuit, 
  • table de salle à manger, 
  • porte-manteau.... 
Les candidats ne manquent pas! 
On y laisse un papier à ranger, une pièce de puzzle ramassée à l'instant, une chaussette dépareillée, une pile, un chargeur,... 
Et ce magma informe grossit et se fait de plus en plus intimidant: comment s'y attaquer? On frémit rien qu'à l'idée d'y toucher.
Pour traiter ces fameux HotSpots, Flylady a une seule méthode. C'est l'objet de son Babystep n°6: tomber dessus à raison de 2 minutes. Ne pas se poser de question, ne pas faire de grands projets, mais appliquer ces deux minutes matin et soir, et faire confiance que lesdites deux minutes sont le début de la fin du Hotspot: il va arrêter de grandir, d'abord, et se résorber petit à petit, ensuite.

Une crise de couple, au fond, c'est pareil. 
Des soucis, des incompréhensions, des silences, des relents de disputes, des rancœurs s'accumulent. Comme un HotSpot ménager, ça grossit et ça envahit peu à peu tout l'espace, rendant la vie très inconfortable. On sent bien sa présence, mais franchement, rien qu'à l'idée d'aller déblayer ce truc monstrueux, le courage nous manque. Aaaaaucune envie d'y toucher: ça brûle! 
Alors, on évite de regarder ce machin, on s'évite tout court, d'ailleurs, par peur que le sujet (re)vienne sur le tapis. C'est le fameux "elephant in the room": l'éléphant est dans la pièce mais on ne peut pas en parler alors on ne peut plus rien faire.

Ça, c'est la version "silencieuse" du conflit.
Il y a aussi le conflit bruyant, le machin qui a explosé: chacun a sorti de belles vacheries à l'autre, les deux en ont pris pour leur grade, aucun des deux n'a les mains blanches, et chacun des deux a donc tout le loisir de ruminer dans son coin les torts / la responsabilité é-cra-sante de l'autre dans cette dispute... sans vouloir forcément regarder de trop près les siens propres.

Dans tous les cas, que le volcan couve ou qu'on vienne d'assister à une éruption du plus bel effet: le résultat est le même: comment amorcer la sortie de crise ?
On voudrait bien, mais on tergiverse. Comme en Flylady, on aurait besoin d'une bonne vieille routine à appliquer les yeux fermés, sans se poser de question.

Or c'est justement un deuxième fruit de notre première année de mariage ô combien conflictuelle: elle nous a permis d'élaborer

[Leçon n°2]

des procédures de sortie de crise



Des procédures de sortie de crise ? 
Oui, c'est-à-dire un code, un code de conduite, des gestes, des mots, des phrases clés, à utiliser pour nous aider à apaiser la crise.

En effet, le propre des conflits conjugaux est
  • le fait que comme toute crise, il est à la source d'émotions fortes
    • La force de ces émotions plonge ceux qui les ressentent dans un cercle vicieux. Blessé dans ses sentiments, il est plus difficile de prendre garde aux sentiments de l'autre, et de trouver les mots et les gestes permettant de calmer le jeu. On a du mal à ralentir le rythme, à bifurquer et à se frayer un chemin, le sang-froid manque pour éviter les écueils et saisir les opportunités
    • La possibilité de s'en remettre à un fil rouge pour s'en sortir est alors très précieuse : dès qu'on est capable de mobiliser une mini-étincelle d'énergie positive, on peut l'employer pour démarrer la procédure, et à partir de là on se met en pilote automatique, et on avance.
  • leur répétition / fréquence: la vie conjugale 
    • 1. fournit de  très nombreuses occasions de s'entraîner et d'arriver peu à peu à une procédure qui marche 
    • 2. rend ce travail très rentable puisque lesdites procédures pourront être utilisées trèèèès souvent ensuite

Ce fil rouge ne tombe pas tout cuit, mais notre première année nous a permis de le fabriquer, peu à peu.


Voici quelques exemples des codes auxquels nous avons recours / qui fonctionnent chez nous

En cas de dispute aigüe / engueulade:
  • Première étape : signaler sa disposition à déposer les armes en employant l'un ou l'autre (ou en combinant plusieurs) des signaux suivants
    • toucher la main de l'autre
    • émettre un très long "Pfffffffffffffffffffffffffffffffffff" éventuellement suivi d'un 
      • "on est bêtes hein?
      • "j'aime pas quand on se dispute comme ça", 
      • "On n'est pas dans la m***
      • ou "je t'aimeeeeeeeeeeuh" (en accentuant le "Meuh", au besoin en faisant les cornes. Notons que l'humour, dans une situation émotionnellement chargée, peut être dangereux du fait qu'il peut être mal interprété/vécu comme de l'ironie / moquerie par l'autre. Mais là en l’occurrence, il s'agit d'une blague codifiée dont le sens ne prête pas à confusion, donc la fonction "détente" de l'humour peut jouer à plein, sans risque)
    • "je crois que ça part en live, là.  On s'arrête et on recommence?"
    • "je crois qu'on a besoin d'un câlin" et / ou acte: long câlin silencieux avant de reprendre les pourparlers

  • Deuxième étape: reconnaître les mérites, les sentiments et la position de l'autre dans cette histoire
    • "j'ai conscience que c'est difficile pour toi"
    • "je vois que tu...."
    • "j'ai conscience que tu... as du mal à faire autrement / t'efforces de faire de ton mieux /..."

  • Troisième étape: repartir de son ressenti à soi
    • "En fait je me sens..."

La première étape a valeur d'un drapeau blanc, et introduit la reprise des pourparlers selon les modalités plus apaisées et plus empathiques des 2ème et 3ème étapes. Celles-ci se rapprochent des conseils donnés en Communication Non-Violente, même si à l'époque le concept nous était totalement étranger! 
Curieusement, aussi, depuis que Faber & Mazlish nous ont sensibilisés à l'accueil des sentiments de nos enfants, notre manière de gérer la deuxième étape s'est enrichie ;-)

En cas de problèmes larvés à la source d'un éloignement: là le processus est différent, dans la mesure où il peut arriver que l'autre partie "découvre" le problème, ou n'ait pas vraiment conscience de sa gravité / se soit refusée à en prendre conscience
  • "Je t'aime et je sens que [ce problème] nous éloigne, je ne veux pas de ça et j'aimerais travailler avec toi pour te retrouver"
également déclinable, quand il s'agit d'un sentiment diffus de désunion, en
  • "Je t'aime et je sens que nous nous éloignons, ça me fait peur, que pouvons-nous faire pour nous retrouver?"

Ces "procédures" nous sont personnelles, chacun peut aboutir à des procédures différentes, chez nous celles dont nous disposons sont 
  • d'abord issues de l'expérience "Ah, dans l'épisode 143 de nos disputes, machin a dit ou fait ça et ça a permis de...", 
  • améliorées ensuite par du travail conscient, un échange ciblé sur le thème de "dans des disputes de ce type, qu'es-ce qui, chez toi, chez moi, aide, rassure, calme, apaise ?", 
  • et renforcées ensuite par l'expérience, à nouveau: plus on s'en sert, plus elles nous permettent de dénouer des conflits, plus elles prennent de valeur: elles jouent alors pleinement leur rôle de phare dans la tempête, de signe rassurant que l'un envoie à l'autre pour lui faire part de son envie d'avancer ensemble. 
Le fait d'investir dans des moments de lecture à deux, comme évoqué dans mon billet précédent, constitue lui-même un autre de ces signaux: il s'agit avant tout de montrer à l'autre son désir de le rejoindre
On ne sait pas encore comment on va faire, mais déjà on pose une déclaration d'intention: je veux t'aimer donc peu importe la faiblesse de ce que je peux ressentir pour toi pile poil maintenant, je suis prêt à faire les efforts nécessaires pour aller au-delà d'une simple fluctuation, tout à fait normale, des sentiments
  • Non, je n'ai pas l'intention de déserter le navire en prétendant que c'est toi qui m'en as expulsé, 
  • ni de te demander de nous ramener en eaux plus calmes par la force de tes bras, 
  • je veux m'asseoir avec toi et ramer en duo jusqu'à ce que nous retrouvions une mer plus agréable. 
  • "Tu as du prix à mes yeux..."


Les fruits de cet outil chez nous ?
  • Nos crises durent moins longtemps
    • sachant mieux comment y mettre un terme, nous sommes plus prompts à le faire 
    • d'autant plus qu'ayant des expériences positives de sortie de crise en tête, nous avons davantage confiance dans le fait qu'il est possible de faire le premier pas sans perdre la face
  • Elles nous laissent, du coup, moins de temps pour nous blesser l'un l'autre / nous blessent moins profondément
  • Ces procédures renforcent notre confiance dans la solidité de notre couple: celui-ci n'est pas à la merci d'un passage à vide puisque nous avons de quoi le surmonter.
  • Et surtout: chaque crise résolue ainsi l'est parce que chacun de nous a choisi, à ce moment, de vouloir aimer l'autre au-delà de la difficulté. Chaque crise résolue ainsi renforce donc la confiance dans l'amour de l'autre : nous avons des procédures à disposition, certes, mais surtout nous pouvons avoir confiance dans la volonté des deux d'y avoir recours!

Vers l'épisode 3

4 commentaires:

  1. Le je t'aimeeeeee fonctionne bien chez nous (Mais sans le parrallèle avec nos amies les bêtes).
    Ou alors : non mais de quoi on a l'air à se disputer comme des chiffoniers !
    Sinon parfois nous reportons une discussion. Par exemple lorsqu'on se dispute à 23h30 et qu'on est trop crevê pour écouter l'autre et modêrer nos propos. Une solution : "bon je crois qu'il est trop tard piur cette discussion, on ne va pas reussir à s'entendre ce soir. On en reparle demain et en attendant on esseait chacun de trouver une solution."

    Bon blague à part, ce que je prêfère dans les disputes, c'est quand on se réconcilie et/ou qu'on trouve la troisième voie.
    Servane

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    1. Oui! J'apprécie aussi mieux nos disputes depuis que nous avons des règles du jeu qui leur permettent de porter du fruit (= communiquer sur nos différends jusqu'à l'émergence d'une solution) sans faire trop de dégâts.

      Reporter une discussion fonctionne assez peu chez nous. Nous sommes du style ruminants, dont la nuit peut facilement être gâchée par cela, et l'humeur pas plus tendre au réveil...

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  2. A la lecture de ton premier billet sur le sujet, je n'arrivais pas du tout à nous imaginer en train de lire à deux un livre sur la question. Vraiment pas. Et puis finalement, je me suis souvenue qu'on l'a déjà fait. Mais pas en gestion de crise, juste pour le plaisir de la découverte commune du bouquin de Marshall Rosenberg sur la CNV "les mots sont des fenêtres". Ce qui fait que c'est lui qui nous a servi et nous sert encore de phare dans la tempête ou de drapeau blanc. Dès que l'un d'entre nous tente maladroitement d'appliquer un petit principe de CNV, même si c'est un brin agaçant, ce qu'on entend c'est "ah d'accord, en fait tu ne veux pas qu'on s'engueule, ça tombe bien moi non plus". Moralité on n'a pas beaucoup approfondi le truc puisqu'une amorce de tentative de CNV suffisait à tuer les conflits dans l'oeuf ! Mal nous en a pris car quand les enfants sont arrivés nous n'étions pas assez armés... Et eux n'ont pas bien saisi encore le concept de drapeau blanc... Ils nous donnent de belles occasions d'approfondir la CNV trop effleurée jusqu'alors...

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    1. Haha, oui, je vois bien, oui...

      En tous cas là en te lisant, je me dis qu'une lecture de couple à faire un de ces 4 pourrait bien être ce fameux mots-fenêtres. Depuis le temps qu'il est sur ma to-read list! Merci!

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