lundi 21 juin 2021

Sommeil des bébés - 2 : accompagner le bébé qui n'a pas appris à dormir

Premier truc à retenir, de mon premier billet sur le sommeil, c'est qu'un bébé qui ne dort pas a de fortes chances d'avoir de bonnes raisons pour cela. Des douleurs, par exemple, et chez moi on a testé plutôt les aspects gastriques. Mais ça peut avoir aussi d'autres origines (une copine a réalisé après des mois que sa fille avait en fait une hanche bloquée.)

Et quand je dis un bébé, je précise que ce n'est pas juste le petit bébé qui est concerné, car ces douleurs gastriques sont plus ou moins facilement identifiables. Ainsi, j'ai mentionné dans mon premier billet le RGO et l'intolérance aux protéines de lait de vache de notre petit H. 

  • Eh bien, figurez-vous qu'au bout d'un an nous avons réalisé qu'il est en fait aussi intolérant au gluten (youpi !) Une intolérance qui était au départ moins flagrante que celle aux PLV, mais qui nous a quand même valu, par exemple, des pleurs quasi non stop de 2 à 5h la veille du diagnostic officiel (après une purée contenant du boulgour. Evidemment je n'ai fait le lien qu'après.)
  • Entre 2 et 5h du matin j'ai eu le temps de bieeen penser à un couple d'amis à nous dont le numéro 3 s'est réveillé quasi toutes les nuits jusqu'à l'âge de 3 ans ; ils ont tenté mille choses, sont même allés voir une psychologue spécialisée en angoisse de séparation, avant de... réaliser que c'était le gluten le problème. Disparition du gluten, disparition des réveils. 


Bon, maintenant qu'on a dit ça, nous voici donc avec un bébé du type de H., qui a eu d'excellentes raisons pour ne pas réussir à dormir durant les premiers mois de sa vie, et qui donc a raté le processus naturel qui permet à de nombreux bébés d'apprendre peu à peu à dormir sereinement.


Que fait-on de ce bébé, une fois que le "ça va venir tout seul" semble compromis ?

Encore une fois, je sais qu'il est à la mode, dans les milieux bienveillants, de rester sur un "ça va venir tout seul" mais étalé sur un laps de temps beaucoup plus laaaaarge. Idéalement assorti d'un témoignage 

"à 3 ans il s'est mis à s'endormir seul / elle a fait ses nuits à 4 ans et depuis c'est une excellente dormeuse / il a 5 ans et maintenant il ne nous réveille plus qu'une nuit sur 2, on constate une vraie évolution c'est top".

OK. 

Ou pas. 

Parce que ça veut dire des années pendant lesquels les parents n'ont pas leur content de sommeil. 

Pas juste quelques mois inévitables. Des années. Et accessoirement, des années pendant lesquels le bébé concerné

  • n'a probablement pas son content de sommeil non plus
  • est géré par des parents n'ayant pas leur content de sommeil, ce qui a inévitablement des conséquences sur leur niveau d'entrain, de patience, etc.


En ce qui nous concerne, en tous cas, le constat que j'ai fait peu avant les 6 mois était sans appel :

  • H. était fatigué. Il était capable de montrer beaucoup d'entrain mais se montrait aussi très souvent grognon. Pas seulement pour cause de souffrances gastriques, mais surtout parce qu'il était fatigué. Les fois où, par exemple, il s'endormait brièvement, pour se réveiller 30 minutes plus tard, le manque de sommeil était souvent palpable : il restait fébrile, grognait, n'avait au fond qu'une envie, dormir, mais c'était une envie que nous étions impuissants à satisfaire
  • Monsieur Bout et moi étions épuisés. Et encore ! Nous avions des circonstances aidantes
    • Un Monsieur Bout au foyer
    • le COVID 19 c'est-à-dire une Gwen travaillant pour l'essentiel de son temps en télétravail, permettant de décaler les débuts de journée pour récupérer du sommeil entre 6 et 9h du matin.
    • Malgré tout, nos pensées tournaient autour du sommeil de H., et les couchers éveillaient chez nous impuissance et angoisse.
  • Et cerise sur le gâteau, la fratrie faisait aussi les frais de ces soucis de sommeil. 
    • A la fois parce que le manque de patience et d'entrain des parents avaient évidemment un impact sur la Faber & Mazlishitude de nos interactions, ou même plus prosaïquement sur notre capacité à préférer une grande ballade à une sieste. 
    • Mais aussi parce que du coup le sommeil de H. et tout ce qui pouvait le favoriser / gêner était devenu un sujet bien trop central et pesant beaucoup trop lourdement sur leurs épaules "chuuuuuut les enfants bon sang !". Quand une dispute éclatait entre les 2 c'était bien moins la dispute qui m'embêtait qu'une envie de meurtre liée aux couinements perçants qu'E. pousse en cas de conflit fraternel.


Il était temps de faire quelque chose, pour nous, pour H., pour notre famille.

J'ai donc sorti ma CB et acheté un camion citerne de sommeil en promo.

Ah non

Un bouquin dont j'avais déjà entendu parler, d'un auteur que j'avais déjà apprécié sur un autre sujet

Aletha Solter, Pleurs et Colères des bébés et des enfants.


Cette lecture m'a fait un bien immense sur plusieurs points, et notamment un absolument essentiel.

Il m'a permis de boucler la boucle sur mon positionnement de parent par rapport aux émotions difficiles de nos enfants, et à leur expression favorite : les pleurs.

Une boucle déjà évoquée en commentaire de ce billet-là sur les crises des enfants, ... mais j'avais urgemment besoin de clarifier cela, je ne vais pas dire "une bonne fois pour toutes", mais, bref, d'arriver à un nouvel âge réminiscent sur le sujet.

Je vous incite vivement à lire le bouquin, mais déjà : ce qui moi m'a frappée, c'est vraiment la nécessité de réhabiliter les pleurs comme quelque chose de normal, de sain

en restant loin 

  • du traditionnel : ça lui fera les poumons, il doit apprendre la frustration, voire "il veut te manipuler" et "si tu cèdes à ses pleurs, il saura qu'il peut t'avoir comme ça" : ou comment mettre du rapport de forces dans la relation à un être à peine éclos.
  • de l'actuel : les pleurs sont quelque chose de terrible, si un bébé pleure il grille ses neurones, et la compétence et le dévouement du parent se mesurent à sa capacité à prévenir ou stopper les pleurs de son enfant. D'où double peine en cas de pleurs persistants : 
    • non seulement on a un bébé qui nous hurle dans les oreilles, 
    • mais en plus ces pleurs sont la marque que nous sommes de mauvais parents. 
A noter l'expression très souvent utilisée "soulager les pleurs" : que de choses sont implicitement véhiculées par cette expression. Les pleurs seraient donc une douleur, à arrêter au plus vite ....

En lisant Aletha Solter, j'ai découvert une manière différente de voir les pleurs. Les pleurs comme quelque chose de positif : un vecteur de décharge émotionnelle essentiel. Essentiel au sens de bénéfique. 

Dans son bouquin elle fait la comparaison avec les autres fluides émis par le corps : ils ont tous une mission d'évacuation et les bloquer exposerait à un empoisonnement. Il semble que ce soit la même chose pour les pleurs; j'ai été frappée de lire que la composition chimique des larmes n'est ainsi pas la même si ce sont des larmes d'irritation physique (au secours, des oignons), ou des larmes de tristesse : on ne trouve des hormones de stress que dans les secondes, et donc sans ces larmes, les hormones de stress resteraient bien gentiment à l'intérieur. Ainsi, une hypothèse formulée pour expliquer la différence de longévité entre femmes et hommes et le fait que ces derniers, notamment, ont le cœur plus fragile, pourrait être que les femmes pleurent davantage, donc évacuent plus efficacement ce qui, sinon, peut continuer à empoisonner à l'intérieur.

Elle souligne à quel point on peut taper à côté de la plaque en voulant à tout prix apaiser les pleurs d'un bébé, et que ceux-ci ont besoin de sortir, mais qu'il y a une différence énorme entre laisser pleurer un bébé longuement, seul, et accompagner les pleurs d'un bébé.


Impressionnée par ce point de vue, j'ai donc changé mon approche 

Au lieu de calmer bébé en le berçant, en marchant avec lui dans les bras ou le porte-bébé, j'ai fait l'expérience de le prendre dans mes bras, de m'asseoir, et de le regarder dans les yeux en lui disant "pleure". Puis je l'ai tenu dans mes bras longuement, sans chercher à calmer ses pleurs, mais en lui caressant la tête de temps en temps, et en l'encourageant à sortir ce qu'il avait à sortir. Je me suis d'ailleurs vite retrouvée à formuler des phrases d'accueil des sentiments du plus pur style Faber et Mazlish... et j'ai été frappée de la cohérence entre les 2 approches : les émotions de chacun, tout-petit ou plus grand, ont avant tout besoin de pouvoir s'exprimer et rencontrer l'acceptation. 

Une fois qu'on a pu s'assurer qu'un besoin physique n'était pas à l'origine des pleurs d'un bébé, alors on peut admettre l'origine émotionnelle de ceux-ci et leur offrir la voie de sortie dont ils ont besoin. 

Comme annoncé par A. Solter, les pleurs ont duré longtemps.... longtemps.... puis H. s'est endormi dans mes bras, sans avoir été bercé, et tout détendu. Contrairement à ce qui était devenu quasiment systématique à ce moment, il n'a pas bronché quand je l'ai déposé, et a dormi bien plus longtemps que les fois précédentes.

Autre effet impressionnant : l'effet sur nous les parents. Je l'ai senti instantanément, et Monsieur Bout l'a formulé aussi. 

"C'est fou, maintenant que tu m'as dit qu'en fait il avait besoin de pleurer et que notre rôle n'était pas de le calmer, ses pleurs me stressent beaucoup moins". 

Ce qui, du coup, rend nettement plus disponible pour les accueillir.


2ème étape 

Les nuits étaient très hâchées, et souvent à partir de 2 ou 3h du matin H. réclamait toutes les heures ou heures et demies. Tétouillait et se rendormait. Il passait d'ailleurs souvent la 2ème partie de la nuit dans notre lit, du coup, et c'était de pire en pire, puisque ma proximité, l'odeur du lait, favorisaient les réveils. Sortir son berceau de notre chambre avait un peu réduit la casse en évitant que nos bruits ne le réveillent et réciproquement, mais...

Clairement, je sentais qu'il devenait de plus en plus dépendant de la tétée pour s'endormir et se rendormir, et en même temps, étant crevée, c'était bien pratique pout moi de pouvoir compter là-dessus... même si cela signifiait plusieurs réveils nocturnes et/ou un sommeil de piètre qualité.

C'est plus ou moins simultanément avec la lecture d'A. Solter que, soudain, en pleine nuit, j'ai réalisé que ça y était : le changement, c'était maintenant. Non, clairement, H. n'avait plus besoin de manger la nuit; il avait besoin de réassurance, mais pas de manger. Et moi je n'étais plus prête à l'allaiter la nuit.  Le bénéfice que je trouvais à le rassurer ainsi (rendormissement assez rapide) était soudain devenu moins grand que les inconvénients (interruptions fréquentes et dépendance) : j'étais donc prête à lui apporter cette réassurance autrement que par la tétée, même si au départ c'était moins confortable pour moi que de dégainer le sein. (déclic qui s'est vraiment fait d'un coup. La veille, je voyais les choses différemment. Et c'est OK comme ça.) 

Pour faciliter la transition pour lui comme pour moi, j'ai donc défini une fenêtre "sans tétée" : les réveils entre minuit et 6h du matin seraient accueillis autrement qu'avec le sein.

  • J'ai donc béééééniiiii le fait d'habiter dans une maison, sans voisins gênés par les pleurs, puisque du coup, cette nuit-là, à 2h du matin, j'ai accepté d'accueillir les pleurs de nuit de H. à la mode Aletha Solter : je me suis assise dans l'escalier de notre étage, et hop, session de pleurs pour lui (pour ceux qui se posent la question : ni F. ni E. n'ont rien capté; quant à Monsieur Bout, il a même fini par se rendormir, crevé). Longue session. Et 5h de sommeil d'affilée derrière.
  • Le lendemain, idem.
  • Le surlendemain... dodo non stop de minuit à 5h30 du matin.

Bon, je vous rassure, ça n'a pas été définitif, mais clairement, des embryons de nuits complètes ont pu commencer à apparaître, puis devenir de plus en plus fréquents, à partir de ce moment-là.

Concernant cette étape-là, je dirais que le point clé, c'est notre sentiment de maman. Si on doute, si on n'est pas vraiment prête à arrêter d'allaiter la nuit, il vaut mieux s'écouter. Car comment envoyer un message clair à son enfant si les choses ne sont en fait pas déjà claires pour nous ? Dans ce cas, autant nous laisser le temps nécessaire pour les clarifier. D'où l'inutilité totale du "décide que tu ne l'allaites plus la nuit" plein de bonnes intentions de notre entourage. 

La conviction que c'est une bonne décision à un instant T ne peut venir que de nous, de notre for interne, pas nous être imposée de l'extérieur. Elle peut être facilitée par une discussion ouverte avec quelqu'un dans l'écoute et le soutien, mais en définitive, c'est nous qui pouvons savoir. Une telle discussion ne saurait avoir pour intérêt que de permettre à ce que nous savons déjà au fond de nous d'émerger, pas de nous l'inculquer parce-que-c'est-mieux-comme-ça. Pour l'une, ce sentiment viendra à 5 ou 6 mois (c'était l'âge de H. à cette étape). Pour une autre, à un tout autre moment. L'important, c'est d'écouter ce qui se passe en nous, ce qui se passe avec notre bébé, pas ce que les voisins prétendent qu'ils devraient se passer, que ce soit dans un sens ("allaiter la nuit à un an, c'est totalement superflu") ou dans l'autre ("sevrer son enfant la nuit, c'est lui imposer un truc terrible").

3ème étape. (H. avait 8-9 mois)

J'ai aussi admis que le fait de ne pas s'endormir dans son lit en journée nuisait à la capacité de H. à s'y rendormir en cas de micro-réveil. 

 Nous l'avions conditionné à s'endormir d'une certaine manière notamment en journée (dans le porte-bébé, et notamment en faisant du step dans les escaliers), et effectivement, passé les premiers mois où un nourrisson ne prend pas de mauvaises habitudes en soi, là, H. avait passé le cap et était devenu dépendant des manières de s'endormir auxquelles nous l'avions accoutumé. A moi de l'accompagner pour en intégrer d'autres, plus propices à son repos et aux nôtres.




Le truc drôle, c'est que pour cette étape c'est une lecture sur un blog suggéré (pour un autre thème) par une lectrice de blog qui m'a permis de prendre du recul sur ce point-là. C'est en anglais, ça diffère très clairement, sur certains points, de ce qui est considéré comme indiscutable par certaines écoles, et ... ça m'a beaucoup aidée à me former, moi, ma propre opinion en confrontant ces différents postulats avec ce que j'observais de notre situation.

J'ai donc commencé par l'emmener dans la chambre où nous avions déplacé son berceau (chambre habituellement dédiée à l'accueil de nos mamies-au-pair, mais le COVID nous privant de cette ressource autant profiter de cet espace, qui est donc, en ce moment, à la fois l'endroit où dort H., et mon espace de travail à la maison), et entrepris de le familiariser avec son lit.

J'ai

  • parlé avec lui et expliqué ce que j'allais faire
  • repéré les moments où il était fatigué (frottage d'yeux. Moments angoissants jusqu'à présent puisque c'était le moment où nous repérions qu'il était fatigué tout en étant conscients qu'il avait peu de chances de trouver le sommeil dont il avait besoin)
  • câliné H, en l'emportant vers son berceau, en le lui montrant, en prenant le temps de tirer les rideaux avec lui dans les bras, et en lui expliquant qu'il allait s'y reposer en sécurité
  • posé H. dans son berceau, assis la Gwen à côté, tenu la main de H. en le regardant dans les yeux

Je suis restée présente avec lui pendant qu'il déchargeait... et j'ai vu se répéter, en plus court, le schéma des pleurs "à la Aletha Solter".

Dès le lendemain, nous repérions déjà une différence : endormissement (toujours en ma présence) plus rapide, et H. plus zen et plus vif le reste du temps.

48h après, j'ai eu la joie de voir H., au moment où j'allais le coucher pour sa sieste de l'après-midi, tendre les bras vers son berceau en mode "je sais ce que je vais y faire et j'en ai bien envie". Premier endormissement sans aucun pleur, en quelques minutes de ma présence.

(je précise que, passées les toutes premières fois, ma présence s'est faite plus "distraite" : j'avais mon téléphone ou un bouquin dans une main, l'autre restant dans la mimine de H.)

L'amélioration s'est poursuivie assez rapidement : la plupart du temps, H. couinait pendant à peine 1 minute, ma main dans la sienne, et paf, 5 minutes après, j'étais dehors. Et du coup, s'étant endormi dans son berceau, il réussissait à y enchaîner un 2ème cycle de sommeil, là où jusqu'à présent les siestes entamées et suivies d'une dépose ultra délicate dans le berceau ne duraient (siiii le transfert avait réussi) que les 45 minutes d'un cycle de sommeil.

Au bout de 15 jours environ, que dalle : pleurs qui duraient... et j'ai réalisé qu'en fait, ça y était, H. était arrivé à un stade où il avait suffisamment apprivoisé son berceau et l'endormissement pour que ma présence devienne subitement plus un perturbateur qu'une aide. 

J'ai donc de nouveau expliqué ce que j'allais faire, et la fois suivante, je l'ai déposé, caressé, et me suis esquivée. Et là aussi, pleurs courts, pleurs de transition et non de détresse, et dodo.

Il y a parfois eu des rechutes (notamment lié à un gros rhume), des retours en arrière, et surtout, la dernière étape, pour nous, ce qui a permis la stabilisation définitive, a été... cette découverte que non seulement H. était intolérant aux protéines de lait de vache, mais qu'il avait aussi des soucis avec le gluten. Depuis l'éviction totale du gluten de son alimentation et de la mienne, le sommeil est complètement stabilisé. 


Noel, noël !!

En conclusion, j'en retiens que vraiment, au niveau du sommeil comme sur de nombreux thèmes éducatifs, il est délicat de trouver sa voie entre les poncifs de l'éducation traditionnelle, et les recommandations actuelles. On peut avoir l'impression d'un choix fermé entre deux positions à l'opposé l'une de l'autre, comme c'est le cas en éducation où le choix nous est souvent présenté de manière binaire "laxisme ou éducation traditionnelle" / "éducation à la schlague ou priorité absolue aux besoins / demandes de l'enfant". Et pourtant, il existe une multitude de voies intermédiaires et différentes, qui dépendront de nous, de notre environnement et... de notre bébé, cet être unique, unique jusque dans ses besoins. 

Non, on n'a pas juste le choix entre "Je laisse pleurer mon nourrisson comme ça il apprend à dormir" et "il ne s'endort qu'avec, grâce et par moi jusque l'âge de 4 ans". 

Un nourrisson a avant tout besoin de notre proximité, un bébé plus âgé a toujours besoin de proximité mais celle-ci peut prendre des formes différentes d'autant que ledit bébé développe aussi un besoin de diversifier ses sources de sécurité, par exemple. 

Le but de ce témoignage n'est donc pas de dire "faites comme ci, pas comme ça". Mais, encore une fois, d'élargir la carte du monde, en augmentant le nombre de possibilités dans lesquelles vous pouvez envisager de taper, voire vous autoriser à construire la vôtre en prenant un morceau là, un morceau ici, sans vous sentir obligés de coller totalement à un schéma unique et présenté comme la seule voie possible. Parce que, oui, encore et toujours, flûte, il n'y pas de package obligatoire!


Petit teasing bonus : depuis la lecture d'Aletha Solter, je gère aussi différemment les pleurs / chouinements d'E. ! Mais, bon hein, comme d'hab, je vais vous promettre ça pour un autre billet qui paraîtra dans 107 ans. (ou un peu avant, parce que ça devrait quand même être plus court à écrire que ce pavé-ci)


mardi 18 mai 2021

Trouble de l'attention chez l'adulte HPI : stratégies de gestion

La question du haut potentiel intellectuel est longtemps restée assez absente de ce blog, hormis dans les commentaires de certains lecteurs plus perspicaces que la Gwen. L'observation de nos enfants a fait qu'elle (la question, pas la Gwen) a peu à peu gagné du terrain, notamment avec ce billet spécial "Astuces Parentalité positive pour zèbres", et tout récemment j'ai mentionné en passant que nous nous étions lancés dans une démarche de tests pour mieux comprendre F. 

Tests très intéressants qui ont permis de mettre des mots sur les contradictions que nous remarquions chez F., et qui se faisaient d'autant plus visibles avec le retour dudit F. en école à la maison et donc son observation quotidienne en situation d'apprentissage. TDA avec suspicion HP : 2 acronymes signifiant haut potentiel et trouble de l'attention. Le TDA de F. faisant baisser certains scores de telle manière qu'il est officiellement difficile de conclure formellement au HP. Ce qui au fond nous est assez égal car ça nous a surtout été utile pour mieux comprendre notre fiston, adapter nos attentes et surtout adapter nos manières de les communiquer / le soutien fourni à F. pour qu'il puisse y répondre.

Etant d'un naturel fourbe, j'ai non seulement profité de cette démarche pour acquérir des clés de compréhension et d'action avec notre aîné, mais je me suis aussi siouxement servi de cet aîné comme ballon d'essai : ce passage de tests pour lui m'a permis de me familiariser avec la démarche, de tâter un peu le terrain avec la psy... avant de me jeter également à l'eau, et de les passer à mon tour, ces fichus tests. Encouragée que j'étais par mon propre développement de coach professionnel (Hasard / pas de hasard, le HP est une particularité que j'ai tendance à retrouver chez mes clients... et qu'il devenait donc urgent d'éclaircir chez moi pour que mes propres interrogations sur le sujet ne viennent pas polluer mon écoute / la qualité de mon accompagnement).

Je suis donc allée passer ces tests pour valider l'aspect HP. Autant dire que je ne m'attendais pas à ce qui est finalement ressorti (même si une observation faite pendant les tests eux-mêmes m'avait posé brièvement question).

Un verdict assez proche de celui de mon fils : HP avec suspicion de TDA car score très hétérogène avec plus de 40 points d'écart entre les dimensions non impactées par l'attention et celles qui le sont.

Moment de sidération. La découverte du TDA a totalement occulté chez moi la confirmation du HP.

Puis j'ai interrogé la psy : "Mais euh, je dois faire quoi pour gérer du coup ?"

Sa réponse a été très éclairante et elle est à l'origine de ce billet :

"Madame, très visiblement, vu ce que vous avez été capable de faire déjà dans votre vie, vous savez déjà le gérer. Ce dont vous avez besoin maintenant, c'est de réfléchir à ce que vous avez mis en place pour gérer votre TDA, rendre cela conscient, le systématiser, l'étendre peut-être ou l'adapter à des pans de votre vie pour lesquels cela pourrait être pertinent, maintenant que vous disposez de cette clé de lecture."

Ah ben oui. 

Je me suis attelée à la tâche, et j'ai donc passé les dernières semaines à plusieurs dans ma tête (enfin, je suis toujours nombreuse dans ma tête, mais là, encore plus) : la Gwen a observé la Gwen TDA à l'œuvre.

Et, tant qu'à répertorier les stratégies de gestion que j'ai observées chez moi, je me suis dit que j'allais les partager avec vous, des fois qu'elles puissent aussi servir à d'autres qu'à moi : car prendre conscience de nos mécanismes de réussite / schématiser le chemin qui peut nous y mener, c'est déjà la moitié du chemin de fait !

Bien évidemment, ces stratégies me sont personnelles, elles pourront

  • tout à fait convenir à quelqu'un qui n'est pas HP / TDA
  • tout à fait ne pas convenir à quelqu'un qui l'est.

Mais si ce partage peut vous permettre de tester quelque chose de nouveau ou de réaliser l'intérêt de quelque chose que vous faites déjà, ou même de reconsidérer / adapter un truc qui ne marchait pas mais qui en fait pourrait marcher si vous changiez un paramètre, ce billet aura rempli son objectif.





Ben oui ! J'ai tout de suite réalisé à quel point Flylady, ce fameux sysètme de gestion de maison, c'est vraiment un truc de TDA ! Diminuer l'effort de mise en route par l'établissement de routines, utiliser un minuteur pour tronçonner la difficulté et faciliter la concentration sur un laps de temps court et déterminé, c'est tellement, tellement en ligne avec un fonctionnement de TDA ! J'ai subitement compris pourquoi Flylady a à ce point fonctionné chez moi. 

Ce qui m'a permis de faire la constatation suivante : savoir qu'on a dans ses bagages un TDA, et identifier une stratégie qui fonctionne pour le gérer, c'est réaliser que cette stratégie n'est pas une gentille option qu'on peut négliger à loisir. Il devient crucial d'investir l'énergie nécessaire pour emprunter ce chemin, puisqu'on sait dorénavant que sinon, on est sûr de dérailler.

Si je veux gérer ma maison au quotidien, je suis maintenant consciente que pour moi, Flylady ne va pas relever du nice-to-have dont je peux tout à fait me passer, mais du must-have. Réaliser cela m'a permis aussi de regarder les choses en face : en ce moment, ça tombe bien, je ne gère pas grand chose à la maison puisque Monsieur Bout est aux commandes du foyer. L'essentiel de mon énergie est focalisé sur la sphère professionnelle, ainsi que sur la finalisation de ma certification au coaching (ce qui explique d'ailleurs ma rareté sur le blog : ces temps-ci, le gros de mes capacités rédactionnelles est requis par la pondaison de mon mémoire de certification). 

Donc, la prise de conscience des raisons pour lesquelles la gestion de ma maison peut se révéler si coûteuse en énergie me permet de faire preuve de réalisme et de me dire que oui, je veux reprendre Flylady (histoire de quand même soutenir un peu plus mon cher mari / gérer plus efficacement ce qui est encore dans mon domaine de responsabilités), mais que je vais attendre cette fameuse certification et ensuite réallouer l'énergie redevenue disponible.

D'autant que, le hasard faisant bien les choses, d'ici là j'aurai reçu les 2 toooout nouveaux bouquins de Flylady dont la traduction est en train de sortir aux Editions de l'Instant Présent. Je trouve que ça tombe sacrément bien, surtout que l'un des 2 bouquins est consacré aux Babysteps, que c'est la première fois que ces Babysteps sont sous une autre forme qu'une série de pages web, et qu'un livre dédié au sujet, qu'on a sous la main à tout moment (sans avoir besoin d'allumer un écran source de distractions) me semble être une format trèèèès intéressant pour accompagner une (re)montée en puissance / (re)prise de bonnes habitudes. Miam miam miam.


  • 2ème truc cousin de Flylady : le pomodoro

J'en avais parlé il y a... 5 ans sur le blog (oui, j'avoue que maintenant je vois tous mes billets "organisation" et Flylady sous un nouveau jour) : la technique du pomodoro m'avait beaucoup aidée à mieux gérer des tâches professionnelles peu motivantes. Cette technique repose de nouveau sur l'usage d'un minuteur, et en effet, allouer à des tâches une durée précise permet de faciliter à la fois la mise en route, et la tenue de route derrière : faire la course avec son minuteur, ça peut apporter précisément le zeste de stimulation qui manque !


  • 3ème truc : Le Bullet Journal !!

Avoir des to-do list concrètes, par jour, avec la gratification de cocher mes petites cases, des pense-bêtes tous au même endroit, condensés avec son agenda, mais qu'eeeeest-ce que c'est bien fichu pour un TDA. Depuis 5 ans que j'utilise mon Bullet Journal avec des pauses, je comprends maintenant le pourquoi de la différence abyssale d'efficacité qu'il y a entre les périodes où je l'utilise vraiment, et les périodes où il part à vau-l'eau (et ma capacité à faire les choses, avec).

Alors, oui, de nouveau, utiliser mon Bullet Journal me demande un effort de discipline qu'il m'est parfois difficile de fournir. Mais je sais maintenant à quel point cet effort initial est fondamental, et quel effet levier il me permet d'obtenir : petit effort, gros résultat. Pas de petit effort, Berezina.

Autant vous dire que maintenant, quand une journée commence ou avance mal, je sais qu'un des moyens de la rerouter est de prendre mon Bullet Journal. Or avoir ainsi des réflexes pour gérer les sorties de route, c'est précisément un besoin absolu du TDA. Puisque par définition, le TDA est sûr d'être confronté à mille sorties de routes dans sa journée.

Je précise que j'ai réalisé que chez moi, l'aspect "papier" du Bullet Journal est un facteur essentiel de son efficacité. Pour au moins 3 raisons

    • le fait d'écrire me centre 
    • le plaisir physique de remplir mes petites cases quand j'ai fait un truc : oui, je ne me contente pas de les cocher, je les colorie entièrement. J'ai remarqué que ça augmentait la satisfaction que j'en tirais, alors je fais feu de tout bois !
    • gérer mes to-do list en utilisant des appli fort bien faites comme cela m'a été suggéré impliquerait l'usage d'un appareil électronique. Avec le risque énorme de dispersion qui y est lié : j'y vais pour regarder mes listes et oh un papillon euh un mail / message. En ce qui me concerne, il est très bon que ce qui vise à me recentrer sur ce que j'ai à faire soit bien distinct de mon téléphone et de son infini potentiel de décentrage.


  • 4ème truc : orienter ma vie professionnelle de manière à ce qu'elle contienne un maximum de trucs qui 1. me plaisent 2. ont du sens

Suite aux résultats des tests je me suis retrouvé dans un film en mode "je repasse toute ma vie en revue" (option "au moment où je passe sous un camion" heureusement désactivée). J'ai mieux compris certains moments hyper difficiles notamment en début de carrière, où j'avais eu le sentiment d'être nulle car je n'arrivais pas à faire ce que j'avais à faire, qui était pourtant siiiii simple. Au point de penser un temps que j'étais "pas faite pour bosser". 

Heureusement que j'ai eu la chance (en fait) de ne pas tomber enceinte à ce moment et d'avoir l'occasion de faire l'expérience d'un poste me plaisant beaucoup. J'ai pu alors constater la différence monstrueuse de performance de la Gwen entre boulot qui lui plaît et boulot qui ne lui plaît pas. 

Je comprends beaucoup mieux maintenant les raisons de cette différence. 

    • Toute personne humaine est, dans la durée, beaucoup plus efficace dans ce qui lui plaît que dans ce qui ne lui plait pas. C'est d'ailleurs un des points qui fait à mes yeux le sens de mon boulot de RH : l'intérêt de l'entreprise et l'intérêt de l'humain se retrouvent très alignés. 
    • Chez le HP, la nécessité d'avoir du sens est exacerbée ; 
    • chez le TDA, la difficulté attentionnelle est exacerbée en cas de manque de sens / intérêt. 

Tout cela combiné... ça fait de l'aspect "intérêt du job" la variable la plus puissante de mon efficacité au travail. De nouveau, veiller à l'intérêt n'est pas une option, mais une priorité absolue.


  • 5ème truc : bosser à mon compte, sur des missions extrêmement diversifiées

Je réalise du coup, 3 bonnes années après m'être mise à mon compte, une des raisons pour lesquelles ça me convient si bien : 

    • bosser pour moi a beaucoup plus de sens 
J'évoquais d'ailleurs dans mon billet sur ma vie de micro-entrepreneuse à quel point c'est différent de faire de gros horaires "pour la princesse" ou de pouvoir observer une corrélation directe entre la charge de travail que j'assume et la somme d'argent qui atterrit sur mon compte en banque. Bosser pour moi, pour ma famille, pour notre liberté de choix (que Monsieur Bout puisse rester à la maison, par exemple), c'est très motivant ! Donc, ça m'aide à rester concentrée. 

D'autant que n'ayant pas d'horaires de travail, si je suis ultra productive et que je mets moins de temps que prévu à accoucher du travail prévu, c'est à moi que ça bénéficie !


    • à mon compte, j'ai la liberté de prendre des missions ultra diversifiées, d'utiliser toute la palette de mes compétences, là où un poste RH en entreprise me cantonnerait forcément davantage.

J'ai des clients très variés, de toutes tailles et tous secteurs, qui font appel à moi pour des missions d'une grande variété, et pour lesquels je suis amenée à endosser des rôles très divers. Aucune mission n'est identique à la précédente (ce qui n'est pas en soi obligatoirement le cas, elles pourraient être très similaires et c'est le cas de beaucoup de mes homologues mais... hasard ? Coïncidence ? Pas chez moi) Du coup, je passe mon temps à élargir mes compétences, affiner, améliorer, utiliser chez un client ce que j'ai développé chez un autre en le modifiant, le perfectionnant, et souvent beaucoup, innover, créer quelque chose à partir de pas grand chose. Stimulation intellectuelle permanente, ennui zéro. 

Ce n'est d'ailleurs pas non plus un hasard si j'ai dégouliné d'enthousiasme tout le long de cette année passée à me former au coaching professionel. Me retrouver à présent, en tant que coach, avec une obligation déontologique de formation continue ? Miam ! Je suis déjà en train de loucher sur ce que je vais faire l'an prochain (même si j'ai évidemment promis à Monsieur Bout que promis-promis-promis je prends une formation beaucoup plus light que celle effectuée cette année, bien entendu!)


    • Et toutes ces missions ont énormément d'utilité

Là où dans un grand groupe on peut se retrouver à faire des trucs qui ne servent pas à grand chose, des "bullshit présentations" ou des process-à-la-c**, ce n'est pas mon cas : 

1. mes clients me paient, cher ; je leur facture mon temps ; ils ont donc un tout autre respect pour ce temps dont chaque minute leur est précieuse ... au sens propre du terme ^^. Ils attendent donc de moi un retour sur investissement, bref, que je fasse des trucs qui leur soient directement utiles 

2.. des clients peuvent avoir des sous à perdre mais je ne prends pas le genre de missions où on attend  des trucs convenus et du power point à gogo. 

J'ai donc toujours l'aiguillon de savoir que tout ce que je fais est véritablement utile, a du sens. Et ça, c'est précieux pour garder mon TDA sous contrôle.


  • 6ème stratégie : choisir mes missions d'indépendantes avec soin

En tant qu'indépendante, les missions sur lesquelles je peux me positionner sont très variées, disais-je. Et leur niveau d'intérêt aussi. Régulièrement, il m'arrive d'en décliner parce qu'elles ne me semblent pas assez intéressantes (notamment si elles contiennent une partie administrative un peu conséquente). Jusque là, régulièrement aussi, je me demandais si je ne faisais pas un peu ma princesse. Si la personne qui me proposait la mission insistait un peu, je pouvais me retrouver tentée d'accepter.

Maintenant, je n'ai plus de scrupules. J'ai enfin pleinement conscience de mon fonctionnement, du pourquoi du comment des missions pas intéressantes pourraient se transformer en sables mouvants engloutissant toute mon énergie, et je suis donc bien déterminée à les refuser avec la meilleure conscience du monde : je ne fais pas ma princesse, je préserve ma capacité à faire bien, voire très bien, les choses.

Et ce n'est pas un hasard si, plus je refuse de missions pas en ligne avec mon fonctionnement, plus des missions en ligne avec ledit fonctionnement se présentent à moi, et plus la manière dont je les gère renforce ensuite cette dynamique ô combien positive.


  • Astuce n°7 : gérer les coups de mou / tâches rébarbatives par le biais de la double tâche.

Choisir des trucs sympas, c'est top, mais ça ne suffit pas : tout truc sympa comporte sa part de rébarbatif, et je n'arrive pas à m'y mettre, ou n'arrive pas à rester concentrée. J'avance pas, je m'enlise, je souffre, c'est l'horreur.

La première fois que cela m'est arrivé, post-débriefing avec la psy, c'était un vendredi après-midi, j'avais un document à envoyer absolument à un client avant 18h, et... ça voulait pas. Ca voulait vraiment pas.

Et il s'est passé un ensemble de choses intéressantes

I. j'ai identifié le truc assez vite, au lieu de perdre un temps et une énergie mentale fous à combattre frontalement le phénomène d'évitement qui était en train de se produire. Au lieu de me dire que "c'était pas compliqué, j'avais qu' à m'y mettre bon sang, et j'allais le faire dans 5 minutes d'ailleurs", j'ai admis que c'était compliqué, et mal parti

II. au lieu de le combattre frontalement, donc, j'ai cherché à comment le siouxer. Et je me suis rappelé un vieux souvenir datant des mon Master RH. A l'époque, un des cours était tellement inintéressant que je le suivais en ... jouant au Tetris. 20% de mon cerveau restait ainsi disponible pour écouter le cours, qui n'en méritait pas davantage.

C'est ce qu'on appelle la double tâche, et qui se retrouve dans la version je repasse en regardant une série télé, je fais la vaisselle en écoutant un pod cast, je fais le ménage au téléphone, etc : distraire une partie du cerveau d'une tâche rébarbative en lui adjoignant en simultané la gratification d'une tâche plaisante mais ne nécessitant pas toute la bande passante. Certes, dans l'absolu, on peut être moins efficace sur la tâche relou que si on lui consacrait la totalité de sa bande passante et c'est souvent ce qui nous dissuade d'y avoir recours : "Nan faut que je me concentre dessus comme ça ça passera vite".

Ha ha ha : argument aussi théorique que fallacieux, puisque justement, on se trouve dans une situation où dans les faits on n'arrive pas à lui consacrer de la bande passante, à cette %£$§ tâche. Le principe est donc que efficacité de double tâche 

  • < efficacité théorique sans double tache 
  • mais > (et de loin) efficacité réelle sans double tâche.

Alors, vaut-il mieux beaucoup d'efficacité théorique, ou un peu d'efficacité réelle ? Je crois que la question, elle est vite répondue.

III. En ce qui me concerne, j'ai donc ouvert un onglet Youtube, trouvé une playlist années 80 un peu gnangnan, et de fil en aiguille j'ai pondu mon document avec Leonard Cohen en fond.

Autant vous dire que quand quelques jours plus tard je me suis retrouvée dans un cas de figure similaire, je n'ai pas perdu beaucoup de temps avant de rouvrir un onglet Youtube. En commençant par cette chanson (tapez-paaaas !) puis en réalisant en 10s que, non, fallait pas pousser, pas moyen de bosser le moins du monde avec ça en fond. J'ai remplacé par Pierre Bachelet. Je précise que selon les moments (et notamment, la langue dans laquelle je travaille), la langue de ce que j'écoute aura une influence : parfois il vaut mieux éviter l'anglais /le français, ou l'inverse.

Autant vous dire également que depuis que j'ai le diag, 

  • mon efficacité travaillesque a connu une hausse notable.
  • mon niveau de stress ce faisant, une baisse considérable

mon TDA n'est plus une bête sournoise tapie quelque part, qui ne dit pas son nom, et dont l'existence masquée est susceptible à tout moment de venir me pourrir la vie. Il est identifié, et je suis outillée pour l'affronter, ou peux m'outiller pour le faire


  • Astuce numéro 8 : bouffer du chocolat

elle est bien comme astuce, hein ?

Mais oui : j'ai réalisé qu'en fait, m'appâter et me motiver avec du chocolat, eh bien, ça faut aussi partie de mes stratégies. C'est plus ou moins bénéfique et recommandable selon les moments, mais l'avoir en tête me permet d'en optimiser l'utilisation :

    • prendre un carreau mais uniquement au moment de m'y mettre, pas 5 minutes avant. Commencer par passer aux toilettes, donc. 
    • Me fixer un petit objectif - au besoin en mode minuteur - et y lier mon prochain carreau, 
    • ou en tout cas... me goinfrer en parfaite bonne conscience, ce qui n'a pas de prix !

Constat intéressant : depuis le diag, mes fringales de chocolat / ma consommation ont en fait considérablement décru. Je suspecte un lien avec la quasi disparition des moments de désespoir-parce-que-c'est-terrible-j'arrive-pas-à-m'y-mettre.

A coup de 2€ la tablette de bon chocolat, au bout de combien de temps les frais de bilan psychologique HP seront-ils ainsi amortis? (si vous voulez complexifier le problème vous pouvez mettre une virgule au prix de la tablette. Ne me remerciez pas)


  • Astuce numéro 9 : dormir suffisamment

Haha, elle est bien bonne celle-là. 

N'empêche que j'ai réalisé que quelques efforts supplémentaires dans ce sens pouvaient se justifier particulièrement, parce que clairement, une Gwen fatiguée, c'est un boulevard ouvert à son TDA pour y faire n'importe quoi.

Concrètement, ça veut dire que depuis le diagnostic

    • je culpabilise moins de grappiller le sommeil que je peux le matin, quand je peux. Au lieu de me dire que je devrais me lever plus tôt pour faire plus de choses / commencer plus tôt. J'ai même osé décaler un RDV impliquant 2h de TGV, en préférant rentrer après le dîner que partir à l'aube.
    • j'ai fait plus d'efforts pour me coucher à une heure décente le soir. C'est pas gagné, hein, mais c'est toujours un pas dans le bon sens, alors on m'applaudit !!


  • Astuce numéro 10 : prendre des notes en entretien

Ca, c'est un truc que je fais depuis toujours, depuis ma formation de recruteuse : en entretien de recrutement, je note quasiment tout, charge à moi d'analyser cette masse d'informations après coup pour en tirer les conclusions dont j'ai besoin.

C'est un mode de fonctionnement que j'ai repris et gardé dans mes activités de conseil: en entretien clientèle, par exemple, ou dans des entretiens de diagnostic avec différents salariés d'une entreprise, je vais prendre beaucoup de notes.

En coaching... j'ai hésité, car ce n'est pas la pratique. Si ce n'est qu'avec le diagnostic TDA j'ai réalisé que cette prise de notes était loin d'être une option pour moi : c'est vraiment une béquille trèèèès importante pour m'aider à me concentrer sur ce qui se passe. Me concentrer dans l'instant, et l'exploiter en différé : car si je n'ai pas noté, je ne me souviens plus de grand chose, moi, derrière. Donc maintenant je scribe en parfaite bonne conscience, là où au départ je m'étais fait de sacrés nœuds au cerveau quant à l'impact supposé d'une prise de notes excessive sur ma capacité d'écoute. 

Ben en fait, ma capacité d'écoute, sans prise de notes, elle peut vite disparaître, donc...

Donc au lieu de lutter contre mon besoin de prendre des notes, je 1. l'admets, 2. l'exploite. C'est fou, par exemple, ce que ça peut faire avancer quelqu'un, quand on est en mesure de lui refléter mot pour mot ce qu'il a dit 1, 10 minutes, ou 2 séances plus tôt.


  • Astuce numéro 11 : du découpage de saucisson

pour gérer les trucs que j'ai à faire, j'ai besoin d'une récompense immédiate ou rapide. Donc, je soigne mes to-do list / mes objectifs. Je découpe ce que j'ai à faire en petites tranches. Chacune d'entre elles me procurera la satisfaction du devoir accompli. 

Si je n'arrive pas à faire quelque chose... eh bien, c'est comme le fameux morceau de steak qu'on n'arrive pas à mâcher car trop gros :je le redécoupe en plus petit.


  • Astuce numéro 12 : faire ce dont j'ai envie

Là aussi, la diversité de mes missions, côté boulot, est une chance : si j'ai du mal à me mettre au boulot sur une tâche précise, il peut être indiqué de me mettre au boulot sur autre chose... et hop, une fois que j'ai pris de l'élan, j'aborde ce que je n'arrivais pas à entamer d'entrée de jeu : j'avance en crabe.

Plus généralement, je constate que souvent, répondre à une sollicitation quand elle se présente, à une envie quand elle est là, est une stratégie bien plus rentable que de décider que "ce n'est pas la priorité", car je risque sinon de devoir mobiliser bien davantage d'énergie pour me remotiver à faire cette même chose un peu plus tard.

Typiquement, cela fait des semaines que je dois écrire la deuxième partie de mon billet sur le sommeil des bébés. Je sais que certaines l'attendent avec impatience depuis trop longtemps, et je m'en excuse bien platement, mais elle est compliquée à écrire, cette partie, c'est laaaaboooorieux, franchement, pfff, dans un contexte d'écriture de mémoire par ailleurs, j'en ai pas super envie. Alors, parfois, hop, j'avance par petits morceaux. 

En revanche, j'avais surtout bien envie d'écrire ce billet sur les stratégies TDA/HP, parce que son sujet est au cœur de mes préoccupations actuelles, et qu'écrire ce billet contribue à faire avancer mes réflexions. Alors plutôt que de me fouetter pour "pondre d'abord le billet sommeil depuis le temps que je le promets", j'ai utilisé mon énergie toute disponible pour écrire le magnifique billet que vous avez sous les yeux.


En conclusion, autant j'ai longuement tergiversé avant d'aller faire ces tests, autant je suis très soulagée d'avoir fini par me jeter à l'eau. Bon, je n'y ai pas trouvé ce que j'allais y chercher, puisque comme chez Ikea je venais prendre une identification HP simple et je suis repartie avec tout autre chose que ce que j'avais prévu.

Mais ce que ce billet illustre, ce sont les différents fruits de cette prise de conscience:

  1. arrêter de foncer dans le mur en prétendant qu'il ne devrait pas être là. A la place, j'accepte la présence du mur et je compose avec : je passe dessus, dessous, je le contourne, je le recouvre / l'amortis. 
  2. Je comprends que toutes ces stratégies ne sont pas "une option" ; j'occis le "on ne devrait pas en avoir besoin"
  3. une libération. Libération de la charge mentale et de la culpabilité : plus de jugement moral à porter sur soi. Accepter un machin du type TDA, ce n'est pas équivalent à de la complaisance :"je suis comme ça, j'y peux rien, je ne fais plus rien", se défausser "c'est pas ma faute à moaaaah", c'est avoir l'esprit serein pour aménager ses exigences et orienter ses efforts sur les aménagements nécessaires plutôt que sur une injonction à la "tu devrais réussir à"
  4. une meilleure compréhension de mon fils, maintenant que j'arrive à repérer chez lui des choses auxquelles j'étais aveugle chez moi
  5. une meilleure appréhension de mon côté HP : c'était d'autant plus difficile à admettre chez moi que parfois je me sentais trop bête de ne pas réussir sur certaines tâches; je comprends à présent la difficulté qu'elles représentent pour moi. 
  6. un apaisement.
  7. une relecture de ma vie...
(et accessoirement, Monsieur Bout comprend mieux nos niveaux si diamétralement opposés de rangement...)

lundi 26 avril 2021

J'ai testé pour vous : la malle de vêtements pour enfants Little Cigogne

Et c'est le moment où vous vous dites : Ah non c'est plus possible, ce blog c'est l'Île de la Tentation, je vais encore ouvrir mon portefeuilles.

Pas si sûr.

Ayant succombé, pour moi, aux charmes de la box de vêtements, je n'ai pas tardé à voir l'algorithme Facebook redoubler d'efforts pour me refourguer toute une série de produits assimilés. Y compris un produit sur lequel je louchais déjà depuis un bout de temps. 

Les publications de Little Cigogne me mettaient déjà l'eau à la bouche : 3 tenues composées par des stylistes, reçues à la maison, et on ne paie que ce qu'on garde. Et les malles postées sur le profil FB de la marque sont très jolies.

Mais j'avais résisté jusque là (clap clap), me tenant au mode de fonctionnement qui me va très bien depuis des années pour habiller les enfants. 

  • Je me fournis principalement en seconde main (au départ leboncoin, maintenant plutôt en achetant chez des copines), 
  • je complète en me faisant un peu plaisir avec un nombre très réduit de pièces neuves en ventes privées, voire en soldes, 
  • et le neuf-neuf se retrouve réservé à ce que je ne trouve pas ainsi : sous-vêtements, généralement, et pyjamas.

Mais bon voilà, numéro 3 étant né garçon, j'ai du me résoudre à ranger, peut-être définitivement, toutes les petites robes qu'a portées E., et pour être honnête, je n'en ai pas encore vraiment fait le deuil, de ces adorables petites robes. Si bien que quand Little Cigogne a sorti une promo en mode "10€ offert pour la première commande quel qu'en soit le montant final", j'ai craqué sous le prétexte de m'offrir le plaisir, pour mon unique fille, de tenues irrésistibles et colorées comme ce que l'algorithme Facebook persistait à me mettre sous le nez (vous aurez compris que c'est lui le grand coupable dans l'histoire).


Le fonctionnement : ressemble à celui de Lookiero.

  • on remplit un profil hyper détaillé, 
    • allant jusque dans le fait de se positionner par rapport aux couleurs souhaitées : veut-on des teintes rouges : un peu, beaucoup, à la folie ? 
    • On nous demande même de cliquer sur les marques qu'on achète habituellement pour notre enfant.
  • Truc en plus, une fois le profil rempli, des photos de vêtements possibles nous sont proposées et on a la possibilité d'en sélectionner jusqu'à 3 pour demander spécifiquement qu'ils soient envoyés dans notre box.

J'ai rempli tout ça avec le même enthousiasme que mon profil Lookiero, sans toutefois sélectionner de pièce précise dans la sélection proposée (aucun coup de cœur), et j'ai attendu mon colis de pied ferme.


Le colis

  • la forme m'a surprise, moins soignée que celle de Lookiero : avec le mot "malle" je m'attendais à retrouver un joli carton, mais c'est un sac souple et moche qui m'attendait. Ceci dit, ça présente peut-être des avantages niveau coût énergétique du transport, bref, pas grave en soi. En revanche les 3 petites piles (1 par tenue) joliment nouées par une ficelle sont très agréables à regarder.
  • le contenu... aussi (m'a surprise).

Dans le petit commentaire pour préciser ma demande, j'avais dit

- de la couleur, de la couleur, de la couleur

et

- pas de tissu "jean" (ayant remarqué que, dans les publi FB, il y en avait régulièrement, et ayant réalisé que ça, clairement, je n'en voulais pas)


Et j'ai reçu ça :

9 vêtements + une petite babiole (des bagues). 

Bon clairement la petite babiole permet d'arrondir allègrement la facture puisque c'est typiquement le truc qu'on n'aurait jamais acheté, mais si tout le reste convient, on gardera l'ensemble de la malle puisque cela permet d'avoir une ristourne globale. 

A part ça, en positif :

  • Niveau prix : à mes yeux OK, en particulier avec la ristourne : de mémoire j'aurais pu garder les 9 vêtements (3 tenues complètes) pour quelque chose comme 130 €. 
  • La composition des vêtements est bien aussi : du coton
  • Tenues mignonnes

Mais alors pour le respect des souhaits formulés, on repassera : 

  • sur 9 vêtements, 3 seulement n'étaient pas bleu marine ou blanc, et sur les 3, 2 étaient d'un bleu assez quelconque. Et 2 vêtements en jean / style jean. Le seul vêtement vraiment coloré étant la jupe jaune, en jean, donc no way.


Moi qui m'étais mentalement préparée à succomber pour la totalité de la malle (en me disant bien que ce serait juste fois bien sûûûûr), autant dire que je me suis sentie bien déçue car pas du tout, pas du tout tentée. Les tenues étaient mignonnes en soi ! Mais rien à voir avec ce que j'avais demandé.

Du coup, hop, envoi d'un mail au service client pour leur faire part de ma déception, réception ultra rapide d'une réponse se confondant en excuses, me disant que parfois les stylistes peuvent avoir besoin d'un coup d'essai pour bien comprendre nos attentes, et me proposant de me renvoyer illico une nouvelle malle. J'ai dit oui.


Entre temps, j'ai testé le renvoi

  • truc moyen : la pochette de renvoi est "chiche" en termes de contenance : visiblement il n'est pas prévu qu'on ait envie de tout renvoyer, donc ça n'a pas été facile de la refermer (là où celle de Lookiero est généreuse)
  • truc cool : là où chez Lookiero il est nécessaire d'aller déposer son colis retour dans un relais colis, avec Little Cigogne il existe l'option "déposer son colis dans sa boîte aux lettres" (sans frais additionnels, hein) et récupération par le facteur, pour peu qu'on habite dans une zone où La Poste propose ce service. Très confortable.


J'ai donc attendu quelques jours l'arrivée de ma nouvelle malle, non sans avoir encore davantage précisé mes souhaits, et sélectionné un haut qui me plaisait dans les suggestions automatiques proposées.

Et j'ai reçu ceci 

  • en positif : 
    • le haut demandé (à rayures vertes) ; 
    • la jupe de même couleur qui serait restée si... E. n'avait pas déjà possédé quasiment la même ; 
    • de jolies tenues. (Monsieur Bout en voyant le pull blanc par exemple m'a dit "oh mais c'est joli ça, cool"; avant que je lui précise que non, le joli pull blanc allait repartir car pas du tout dans mes attentes; et un pull blanc sur E., c'est à laver illico ! Argument auquel Monsieur Bout est très sensible depuis qu'il gère l'intégralité des lessives de bout en bout)
  • en négatif : ben... de nouveau pas grand chose à voir avec ma demande, puisque de nouveau du jean, et de nouveau surtout du blanc et du bleu marine. Et même : encore des bagues.

J'ai donc gardé le haut, et renvoyé le reste.... et appris au passage que du coup, la 2ème malle envoyée en remplacement de la première n'était donc plus considérée comme relevant de la promo m'offrant 10€.

Humpf.


Bref, j'ai suspendu l'abonnement.

Avec le recul je réalise que ces services de box reposent probablement beaucoup sur de l'intelligence artificielle, bien davantage que sur de vraies stylistes en chair et en os, mais avec un curseur (IA / humain) qui varie et qui peut expliquer des différences dans le niveau de satisfaction d'un service à un autre (en plus bien évidemment, de la qualité de l'algorithme en lui-même). Or cette intelligence artificielle a probablement du mal à repérer la négation, et donc, quand j'écris "pas de jean", repère "jean", et m'en inclut gentiment dans ma box. 

Par ailleurs, pour coordonner des tenues, il est plus facile de rester sur des teintes basiques (blanc et bleu marine, typiquement) et d'y ajouter une seule pièce colorée. La coordination de différentes couleurs (ce que j'attendais) est plus risquée, et probablement moins à la portée d'une intelligence artificielle...

J'imagine que si on est très très open (par exemple on n'a encore rien en stock, et/ou optimiser le nombre de vêtements présents dans le placard de son enfant n'est pas une priorité), on sera contents de ce qu'on recevra, car les tenues sont mignonnes ; mais si comme moi on a une attente particulière (de la couleeeeeur), le bilan n'est plus le même.

C'est d'ailleurs ce qui m'a poussée à finalement écrire le billet : il y a quelques jours l'algorithme FB (oui, toujours le même, le méchant) m'a remis sous le nez une publi Little Cigogne montrant une malle colorée (des combinaisons de tons jaunes et verts du plus bel effet) et... je me suis prise en flagrant délit d'envie de retenter l'expérience. J'ai été sauvée par les commentaires sous ladite publication : un certain nombre de commentaires désabusés m'ont permis de réaliser que je n'étais pas seule à être déçue, alors du coup, hop, catharsis par le blog.

A vos frais !

(sentez-vous cependant libre de me virer la somme que grâce à moi vous allez économiser. Ou de m'envoyer des photos de la malle reçue si vous succombez malgré tout, et que vous êtes ravie. Je veux bien être contente par procuration !)

lundi 19 avril 2021

Crises et "problèmes" : notre enfant est un gros chantier

 "Au secours, mon enfant fait des colères, ment, tape, hurle, jette des objets, ne fait pas ce que je lui demande et fait ce que je lui demande de ne pas faire"...

Un constat angoissé que fait quasiment chaque parent et qui alimente des millions de publications sur des groupes Facebook d'entraide entre parents, et qu'on retrouve également, du reste sur le groupe des Moments de Parentalité Positive.

Angoissé à double titre  !

  1. Reconnaissons-le : à l'instant T c'est très désagréable à vivre pour une personne, de côtoyer au quotidien une autre personne qui hurle, tape, jette des objets et semble s'ingénier à faire le contraire de ce qu'on attend de lui et qui est, généralement 1. pour son bien (se brosser les dents, dormir à une heure raisonnable) et/ou 2. nécessaire au bien d'autres personnes (se brosser les dents; dormir à une heure raisonnable)
  2. A l'instant T se superpose l'instant F comme Futur : nous, parents, nous voyons les problèmes de l'instant T comme annonciateurs de problèmes pour l'avenir. Ce mélange présent-futur est d'ailleurs abondamment encouragé par notre entourage, comme le rappelait si brillamment mon sublime bingo des crises : 
    • si il nous parle comme cela à 3 ans, qu'est-ce que ce sera à 13 ? 
    • Si il ne sait pas gérer la frustration à 4 ans, comment pourra-t-il évoluer adulte, dans un monde où il ne pourra pas tout avoir ? 
    • Si il hurle quand il est en colère, comment aura-t-il des relations respectueuses et paisibles à l'âge adulte ? 
    • Si il subtilise un chocolat à 5 ans, il volera une Alfa Romeo à 25 ? 
    • Si il ne sait pas respecter les règles à 6 ans, il finira au ban de la société / en taule ?

Les premières années en particulier, notamment la zone 2-4 ans, peuvent être particulièrement difficiles à vivre au quotidien, et personnellement, il y a eu des jours où nos perspectives d'avenir me semblaient bien sombres, en mode "Mais en fait on a signé pour 20 ans de çaaaaa ?!?". 

Une anxiété qui, d'ailleurs, peut parfois être encouragée par certaines réactions venant des milieux siglés bienveillants, qui, à un parent épuisé par les nuits compliquées et/ou les crises à répétition de sa progéniture, ne répondront parfois que "T'inquiète, ça grandit tellement vite, dans 20 ans ça te manquera". Si ce n'est que retenir son souffle pendant 20 ans n'est une technique jouable pour personne et ne va pas rendre une once d'oxygène à la personne déjà menacée d'asphyxie.

De mon côté, à un moment, j'ai réalisé un truc qui m'a bien aidée, et depuis, je sais que ce changement de perspective a a aussi aidé d'autres parents à 1. vivre les choses différemment 2. trouver aussi leurs manières à eux de les gérer.


Ce qui m'a aidée, c'est de voir notre enfant / sa croissance comme un chantier.

Son cerveau n'est vraiment pas autre chose qu'un giiiiigantesque chantier.  On sait grâce aux neurosciences à quel point un cerveau d'enfant est immature. Que son cortex est encore très peu développé et donc pas en mesure d'inhiber les réactions primaires du cerveau archaïque (d'où les tapes, cris, intolérance à la frustration etc). C'est normal : tout ça est en construction. En permanence, des neurones et des connexions neuronales se font et se défont. Si bien qu'en plus certains acquis d'une période peuvent être remis en cause par les acquis d'une période ultérieure. Un peu comme les artères creusées par Hausmann dans les rues de Paris au XIXème sont venues chambouler de nombreuses ruelles moyenâgeuses dont certaines pourtant sûrement charmantes et pratiques.

On peut donc regarder notre enfant comme un gros immeuble. 

  • Il serait absurde d'attendre du chantier de présenter dès maintenant les caractéristiques souhaitables dans le "produit" final : absurde et contre productif. Ce serait comme s'attendre à construire proprement notre immeuble en miniature, en Lego, et puis souffler dessus pour qu'il grossisse et prenne peu à peu les caractéristiques d'un immeuble "adulte". 
  • Les premières années d'un enfant, ce ne sont pas des années propres avec un adulte en Lego/miniature, c'est le moment où sont creusées les fondations, coulées les dalles de béton, où les premières poutrelles s'élancent vers le ciel. 
    • Est-ce propre, un chantier d'immeuble ? Est-ce bien rangé ? Silencieux ? Harmonieux et calme ? 
    • Et pourtant, cela laisse-t-il présager de la solidité future de l'immeuble ? Les poutres et tiges métalliques qui hérissent le début de construction sont-elles représentatives de l'esthétisme de la construction achevée? La boue et les tas de gravats qu'on voit pour le moment empêcheront-ils plus tard de belles pelouses avec des arbres et des oiseaux ? Le bruit du chantier empêchera-t-il plus tard la résidence d'offrir paix et silence à ses habitants ?

Si sur mon chantier je m'élance à chaque fois que quelqu'un dérange une poutre, histoire que celles-ci restent bien parallèles, on va pas construire grand chose. Si je mets en priorité le fait de laisser la pelouse en l'état et d'éviter que le sol ne se creuse momentanément d'ornières et de cratères, je vais laisser les tractopelles au garage et les travaux ont peu de chance d'aboutir. Si je ne veux pas gêner la vue / le paysage, je bannirai également l'usage des grues, et ça va être pratique pour monter les étages. Si j'impose au chantier les mêmes règles de silence / discrétion que celles qui seront en vigueur dans la future résidence, ladite future résidence sera construire à la petite cuiller et au pinceau. 

Ca promet.


Oui, l'éducation d'un enfant, c'est un chantier, et les premiers temps de ce chantier sont particulièrement désordonnés, bruyants, fatigants, et on n'entrevoit pas du premier coup d'œil le résultat final. A mesure que les années passent, on commence à voir se dessiner des trucs (oh tiens, une entrée de garage / un embryon de sens des responsabilités), mais le tout début du chantier est tout de même particulièrement chaotique.

C'est pourquoi distinguer le point 1 du point 2 est fondamental : 

on peut alors

  • peaufiner les plans / la méthodologie, faciliter les travaux
C'est bien joli de comprendre pourquoi c'est le bazar sur notre chantier, mais c'est un bazar utile, orienté vers une fin. Ce n'est pas nous qui avons dessiné les plans, mais ils existent ! On ne restera pas les bras ballants, mais on essaiera d'aller dans le sens de cette utilité finale, et donc de la comprendre. 

    • OK pour les colères, elles sont aussi inévitables que les tas de gravats, mais à quoi ça sert une colère ? Que pouvons-nous faire et éviter pour qu'elles permettent vraiment d'apprendre peu à peu à gérer les émotions ? Accueillons les sentiments, donnons de la sécurité affective, montrons l'exemple d'alternatives acceptables. 
    • Idem, une fois que j'admets que le désordre semé par mon bambin de 2 ans non seulement n'annonce pas une vie future dans un squat nauséabond, mais est un effet secondaire logique d'une soif de mouvement et de découverte essentielle à l'apprentissage, je ne vais pas exiger qu'il sache ranger seul sa chambre et respecter l'ordre impeccable (pffff) du logement familial, mais je vais ranger avec lui, et je vais lui donner des choses utiles à déranger, des choses qui le construisent : des cubes, des livres, plutôt que des choses qui l'immobilisent (un écran). 

D'où l'intérêt, pour  regarder les travaux avec sérénité et savoir distinguer, dans la poutrelle toute moche, le pilier solide sur lequel notre enfant pourra s'appuyer le restant de sa vie, voire du coup venir renforcer cette poutrelle, d'acquérir des compétences en architecture / génie civil / psychologie de l'enfant...

Personnellement, c'est ce qui m'a poussée à m'outiller, puis à écrire mon propre livre : garder les yeux fixés sur l'utilité de chaque petite étape de chantier, repérer les manières dont je peux utilement contribuer à la construction, de manière à pouvoir le reproduire.

Sans se mettre la pression non plus : sur tous les chantiers, il y a des couacs. On n'aura pas planté une cloison au bon endroit, ou un peu lésiné sur la solidité d'un pilier, et il y aura peut-être des fissures dans certains murs, mais globalement, la résidence sera à même d'apporter sécurité, et d'héberger les rires de ses habitants.


  • sécuriser / border le chantier 

Oui un chantier c'est le bazar, mais même sur un chantier, y a des règles. 

Des règles différentes de celles qui prévaudront dans la résidence finale, adaptées à l'étape chantier, mais destinées à ce que toutes les parties prenantes des travaux puissent évoluer en sécurité et avec le moins de fatigue / désagrément possible : sur un chantier, on porte un casque, des boules Quiès, certaines personnes ne sont pas autorisées à entrer, il peut y avoir un sens de circulation des véhicules, du balisage pour interdire l'accès à certains endroits, des procédures pour le travail en hauteur, et des horaires à respecter. 

Même chose pour l'éducation de nos enfants : quelles règles et quelles ressources pouvons-nous mobiliser pour que l'étape chantier se passe le mieux possible pour eux, pour nous, pour notre entourage ? Elle restera boueuse et bruyante, fatigante physiquement et parfois peu gratifiante, mais notre objectif est que toutes les parties concernées puissent survivre au chantier et même en apprécier certaines étapes. 

    • Je peux comprendre que vouloir que mon enfant évolue à tout moment dans un environnement parfaitement rangé / le laisse parfaitement rangé est à la fois illusoire et peut nuire à son apprentissage, parce que avant de commencer à mettre des choses daaaans les boîtes, un bébé viiiiide les boîtes, par exemple. Mais je peux limiter la casse en laissant par exemple peu de jouets à disposition en même temps, comme ça le rangement m'est moins casse-pieds. Mettre les objets auxquels je tiens hors de portée, voire fermer la porte d'une pièce qui sera mon havre de paix.
    • Je peux comprendre pourquoi mon enfant me tape, me rassurer sur le fait que cela n'augure pas d'une carrière glorieuse dans la pègre, mais veiller à mon intégrité physique en attrapant la petite main, voire en m'éloignant tout en le rassurant de la voix sur le fait que ce n'est pas un rejet de lui, mais une mise en sécurité de moi.
    • Je peux admettre qu'un enfant ne va pas gérer seul son linge, mais tout de même demander le respect du travail que celui-ci me cause, et une contribution adaptée aux capacités de l'enfant : mettre le linge au sale, ranger ce qui peut encore être porté, trier le linge, aider à l'étendre, le plier...
    • Je peux prendre des intérimaires pour me relayer et m'offrir des congés bien mérités, qui me permettront d'ailleurs de mieux comprendre les plans de construction, une fois que mes yeux seront reposés.
    • Je peux prévoir des soirées teambuilding avec le reste de la team construction (mon conjoint, au hasard), histoire que l'ambiance du chantier soit la plus agréable possible, et que l'on reste bien 2 à coordonner le chantier sur toute la durée.
    • Je peux explorer les ressources de la parentalité ludique pour mettre du fun dans les travaux.
    • Je peux afficher les règles du chantier pour m'éviter d'avoir à les répéter trop souvent.

Je peux... faire vachement de choses adaptées à la situation, une fois que j'ai regardé la réalité de la situation en face : c'est un chantier.

Y compris, si certaines personnes refusent de se comporter, sur le chantier, comme on doit se comporter sur un chantier, en encadrer l'accès.


Bons travaux !



lundi 29 mars 2021

Guérir (soi / son enfant) d'un traumatisme : la thérapie EMDR

Attention, aujourd'hui, je vais vous raconter comment nous avons pu fabriquer notre petit H. 

(c'est le moment où, affolée, vous levez les yeux de votre écran et dites à votre conjoint ou votre meilleure copine "Nan mais ça va plus du tout ce blog, ça part en rubrique sexo de bas étage !!")

Eh non, encore une fois non, foin de détails croustillants aujourd'hui. Désolée. Si vous voulez du croustillant en lisant mon blog... prenez des chips.

Il n'est pas toujours facile d'appeler un chat un chat. 
Reconnaître qu'on a été victime d'un traumatisme, hum, pas évident. 
Reconnaître qu'on a sans doute besoin de faire appel à un psy, pas évident non plus,. 
Et ce, même si le recours à des professionnels de l'aide se normalise énormément ces dernières années, ce qui est une sacrée chance pour notre génération et celles qui suivront !
Normalisation ou pas, hein, franchir le pas d'aller voir un psy n'est jamais facile, et l'un des aspects est qu'on sait quand ça commence, on sait pas trop forcément quand ça finit.

Personnellement, eh bien, tout pareil. 
Voici donc un petit témoignage / présentation de derrière les fagots, au sujet d'une approche adaptée :
  • efficace
  • libératrice
  • et BREVE
  • pour adultes et enfants.

Contexte : 

J'ai évoqué ici et là les circonstances de la naissance de F. back in 2013, naissance provoquée en catastrophe par la découverte, à 8 mois de grossesse, que je faisais une prééclampsie carabinée à laquelle il était impératif de couper court immédiatement. Césarienne immédiate, naissance de F. en bon état, éclampsie de la Gwen quelques heures plus tard, réa pour la Gwen donc 3 jours de séparation d'avec F.. Puis les retrouvailles, et cui-cui les petits oiseaux.

L'année qui suivit fut particulière. J'en garde un souvenir nimbé d'une aura d'euphorie. 
Euphorie favorisée par le contexte particulier dans laquelle s'inscrivait l'arrivée de F. : la grossesse inattendue de F. nous avait subitement sortis d'un quotidien marqué par l'infertilité et un parcours d'agrément d'adoption. 
Ce quotidien, c'était 
  • voir notre voiture choisie "pour quand on aura un bébé" : vide, 
  • notre grande maison de 4 chambres : vides aussi, 
  • me perdre dans un supermarché et me retrouver au rayon puériculture, 
  • faire la queue derrière quelqu'un achetant des Blédina, 
  • entrapercevoir un ventre arrondi, 
  • entendre le babillement d'un bébé, 
  • recevoir un faire-part de naissance ou lire une annonce de grossesse sur FB 
= 100 fois par jour, un micro-truc nous rappelait que nous n'avions pas d'enfants et que nos chances d'en avoir "par nous-mêmes" étaient nulles, et 100 par jour, un micro-truc venait déclencher une douleur pas micro du tout.

La première année de F. a été l'exact inverse : je l'ai passée shootée à la dopamine. 100 fois par jour, un micro-truc 
  • ouvrir sa porte et voir un lit de bébé avec un bébé dedans ; 
  • voir son siège auto à l'arrière de notre voiture ; 
  • voir traîner une chaussette taille 18 ; 
  • acheter à mon tour des trucs au rayon puériculture ; 
  • devoir faire des abdos pour récupérer un bide amoché par la césarienne ;...
venait me rappeler ce truc de fous : j'avais UN BEBEEEEEEEE.

Je ne sais pas au juste quand cet effet dopant a commencé à s'estomper. 
Je ne saurais dire non plus avec précision quand j'ai commencé, de plus en plus souvent, à pleurer en évoquant les circonstances de la naissance de F. Après la naissance d'E. 2 ans plus tard ?
Toujours est-il que peu à peu, ce traumatisme, resté enfoui sous une béatitude de chaque instant au départ, a commencé à repointer le bout de son nez. 
Mais hors de question de m'en occuper, oh ça non. Au bout d'un moment, quand c'est devenu trop encombrant, je me suis juste mise à m'occuper du versant "F. traumatisé par sa naissance"... ça suffisait, non ?

Visiblement non, au vu de mon incapacité à ne pas fondre en larmes dès que je touchais d'un peu près au souvenir de sa naissance.

Il y avait aussi autre chose : un numéro 3, que nous souhaitions depuis un bon bout de temps, ne s'installait pas. Sans raison valable, cette fois, puisque les causes de notre infertilité initiale avaient été pulvérisées. Les quelques examens faits ne livraient aucune explication du pourquoi mes cycles restaient un peu bizarres, ni du pourquoi, même bizarres, ils refusaient de déboucher sur la moindre grossesse.
Anguille sous roche ? Baleine sous gravillon ?

Je faisais l'autruche. (on est bien, la tête dans le sable, hein ? C'est vraiment confortable le sable)
Jusqu'à ce qu'une amie, sage-femme de son état, et auprès de qui je me lamentais, ne mette les points sur les i : 
"Oh mais Gwen tu sais, moi j'ai des patientes qui après ce que tu as vécu pour F., ne réussissent plus jamais à avoir d'enfants derrière, hein. C'est traumatisant quand même une éclampsie.
- Meuh non, j'ai eu E. sans problème après F. (et tac!)
- Oui, mais, le traumatisme était-il sorti, au moment de la grossesse de E. ?"

Gloups.

Et ladite copine, de me parler d'une approche psy spécialisée autour de la gestion des traumatismes. Approche brève.

Du coup, c'est avec cette double carotte que, presque 6 ans après la naissance de F., j'ai décroché mon téléphone afin de prendre RDV chez la psychologue EMDR que je m'étais fait recommander près de chez moi
  1. pour avoir ce 3ème si espéré. J'avoue m'être demandé si j'y tenais vraiment "hein, dis, hein, en fait c'est pas trop grave si tu l'as jamais ton numéro 3 ?", me suis-je sussuré. Raté.
  2. avec l'espoir d'un truc rapide et d'un résultat tout aussi rapide.

J'ai été servie.
Téléphone décroché en mars, première évocation de la naissance de F. sans pleurer en mai, grossesse de H. démarrée fin juillet (après grosso modo 2 grosses années d'essais infructueux inexpliqués).


Alors, c'est bien joli, mais c'est quoi l'EMDR ? (non ce n'est pas le Mort de Rire)

Les initiales EMDR signifient Eye Movement Desensitization and Deprocessing c’est-à-dire désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires.
Eh ?
Des mouvements oculaires (oh punaise là j'ai les Inconnus qui remontent "non ils n'ont rien oculé"), qu'est ce que ça vient faire dans une thérapie ??

Ces mouvement oculaires sont à rapprocher de ceux que nous faisons naturellement dans notre sommeil, et qui sont associés au retraitement, par le cerveau, de nos souvenirs. Retraitement auquel notre cerveau procède consciencieusement, chaque nuit. Qui permet d'ailleurs d'éviter de crouler sous les souvenirs inutiles, et de reranger tout à sa place. 
Or le propre d'un traumatisme est justement d'échapper à ce retraitement. Au lieu de pouvoir donc être classé, le souvenir traumatique reste à l'état brut, doté de toute sa charge émotionnelle : il est (ultra)sensible. Il génère donc des émotions aussi vives que l'évènement initial, et maintient le cerveau en état d'hyperactivité.




Le principe de l'EMDR est d'aller rechercher le souvenir et l'émotion associée (par la verbalisation), puis d'enfin soumettre ce souvenir au retraitement auquel il a échappé (par le biais de tout un protocole incluant ces fameux mouvements oculaires).
  • C'est impressionnant d'efficacité, sur de nombreux soucis (traumatismes, phobies, compulsions;...). 
    • La première séance vise d'ailleurs à valider que cette approche correspondra bien à notre souci (en ce qui me concerne, ça m'avait fait bizarre d'entendre la psy conclure "Oui, vous êtes bien traumatisée, pas de doute, donc nous allons pouvoir travailler ensemble ainsi".)
    • Une excellente amie à moi a pu ainsi retravailler la perte de 2 bébés in utero, une autre un accident de voiture qui la laissait ultra tendue au volant. 
  • Le souvenir reste, mais la douleur associée devient gérable. On n'a plus besoin de dépenser une énergie psychique de malade à contenir cette émotion dans un coin de son être, et/ou à éviter de toutes nos forces toutes les situations qui la font remonter.
  • Je précise que même si je n'ai pas directement testé cet aspect, c'est une approche qui est également valable pour les enfants (y compris très jeunes, m'a-t-on dit), pour peu qu'on vérifie que le praticien en question a effectivement l'habitude de jeunes patients et est donc à même de faire les ajustements nécessaires.
  • Le plus souvent, le protocole de traitement ne comporte que 3 ou 4 séances. (En ce qui me concerne, j'ai fait plus, mais parce qu'au milieu j'ai du interrompre l'EMDR en tant que telle car c'est le moment où je frôlais le burn-out; On a donc basculé sur des séances plus standard avant de reprendre quand j'ai eu retrouvé un semblant d'équilibre)

Voici donc un peu de 3615 mylife saupoudré d'informations, bref, un témoignage visant à vous faire découvrir un chemin possible, once again.

Parce que vraiment, on vit tellement mieux quand on peut aller soigner ce qui a besoin de l'être !

(Je soupçonne du reste que l'apaisement de F. constaté à l'été 2019 n'a pas non plus été sans lien avec l'apaisement de sa mère 
- Et OUI, oui, je dis ça pour vous inciter encore davantage. 
Je sais de première main à quel point parfois la carotte doit être grosse pour nous amener à franchir le pas de porte d'un psychologue pour nous-même, alors je vous fais sciemment miroiter que ce sera la solution miracle à tous vos désespoirs éducatifs. 
C'est fourbe.)