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jeudi 16 mars 2017

Travailler pour...? - Avoir un cadre

(me revoici pour un nouvel épisode de la série "Travailler pour.." par le biais de laquelle je cherche à explorer les différents apports d'une vie professionnelle à prendre en considération dans la recherche d'un bon équilibre vie pro / vie familiale, y compris et surtout si on réfléchit à s'éloigner quelque temps, voire davantage, du monde du travail. 
J'ai eu tant à faire, tant à écrire, que cet épisode est resté longtemps sur le feu, ce qui m'a bien frustrée car cette série est chère à mon cœur - et à mon cerveau. Mais le voici ! Les précédents sont regroupés ici, et je précise que j'en ai encore au moins deux en gestation).

Parmi les bénéfices collatéraux du travail auxquels on ne pense pas toujours (... en tous cas jusqu'au jour où l'absence d'activité professionnelle nous y confronte plus ou moins brutalement) figure en bonne place le cadre qu'une activité professionnelle donne à nos journées.
En effet, une vie professionnelle introduit dans nos journées un rythme, une structure, une prévisibilité.

C'est l'envers positif de la sujétion si souvent récriée :
  • oui, le travail, étymologie tripalium, instrument de torture et patati et patata, nous astreint à une discipline, nous oblige à faire autre chose que ce que nous aurions fait, nous empêche ainsi de gambader librement dans les bois en tressant des couronnes de fleurs, représente une contrainte, etc, c'est un scandale... 
  • mais être obligée de faire (quelque) autre chose, devoir se plier à un rythme, c'est parfois bien confortable !

En effet, je l'écrivais il y a déjà quelque temps, la routine a quelque chose de reposant, de rassurant, l'être humain est un être d'habitudes. 
Or la vie professionnelle en est justement toute cousue, de routines et d'habitudes. Il y a
  • la succession des jours de la semaine, la distinction entre semaine de travail et weekend, par exemple, 
  • la routine quotidienne entre temps passé à la maison et temps passé au boulot, 
  • et la routine de la journée de travail elle-même, avec ses RDV, ses réunions, ses coups de fil, ses clients qui rentrent et fournisseurs qui passent, ses pauses cafés... 
Autant de repères structurants qui "tiennent tout seuls", donc pour lesquels nous n'avons pas à porter de responsabilité.

Au contraire, dans la vie d'une maman au foyer, la structure de la journée n'est pas toujours aisée à établir ou maintenir : toute maman d'un jeune bébé par exemple, rigolera (un peu jaune) si on lui parle "prévisibilité", en particulier si elle est partisane de l'allaitement à la demande ! Et puis, il est bien connu que c'est quand on a prévu une sortie au parc qu'il pleut, ou quand on est prêt pour cette sortie que bébé fait une fuite de selles monumentale ravageant tout sur son passage, ou l'aîné une colère tout aussi monstrueuse...
En proie à une multitudes d'injonctions simultanées (tenir la maison - mais gardez-vous à droite - la SDB est à faire peur, gardez-vous à gauche - la cuisine a l'air d'un champ de bataille, passer du temps avec l'aîné, gérer les frustrations du deuxième, calmer les pleurs du dernier,...), nombreuses sont les mères au foyer à souffrir de ce sentiment de courir partout, d'être en permanence sur le qui-vive, à réagir et non agir, sans arriver au bout de rien.

Se lever et avoir toooute la journée devant soi, ce peut être la source d'un grand sentiment de liberté... ou d'une angoisse sans nom !
Qui sait quel drame ces heures encore vierges vont pouvoir héberger...
et : comment s'assurer de ne pas "perdre" sa journée ?

La responsabilité de cette journée ne repose que sur soi, sur sa propre capacité à s'organiser, anticiper, planifier ... et retomber sur ses pattes après chacun des moult imprévus qui jalonneront la journée. Être une maman au foyer un minimum bien dans ses baskets, cela nécessite déjà une dose d'autodiscipline que l'on n'a pas forcément (encore développée).


En ce qui me concerne, d'ailleurs, mon premier congé parental (les 3 mois pris après le congé maternité de F.) était riche en projets (j'avais notamment prévu d'apprendre à me servir de ma machine à coudre. Comme vous pouvez vous en douter à la lecture de ce billet, la réalisation de ce projet a du foirer quelque part); mais je n'ai pas fait grand chose, à l'arrivée !
  • J'ai davantage cuisiné, j'ai réussi à voir quelques copines, et je me souviens avec délices d'une cueillette de mûres avec l'une d'elles, par une journée d’octobre ensoleillée, à tout juste quelques centaines de mètres de mon lieu de travail habituel..., mais ce fut tout !
  • L'administratif était toujours une catastrophe,  la maison n'était pas mieux tenue (alors que je faisais toujours beaucoup appel à ma femme de ménage....)
  • Ah, si, le linge était mieux géré... fonctionnant en couches lavables, j'étais obligée d'être rigoureuse pour ne pas me retrouver en rade, et donc j'avais renoué une relation étroite avec mon lave-linge. Eh mais dites-moi donc, n'était-ce pas tout simplement une ébauche de routine qui produisait du résultat ? Hasard ?
  • J'ai passé du temps avec mon bébé, OK. Mais honnêtement, F. était un bébé assez sympa et aux horaires assez réguliers en plus de ça, donc je ne peux pas prétendre que c'était le temps passé à soulager ses pleurs qui m’empêchait de m'investir dans autre chose.

En revanche, je me souviens parfaitement de ma première soirée post-retour au boulot : je me suis retrouvée à jouer sur le tapis avec lui, toute à lui, et j'ai réalisé que cela ne m'était pas forcément souvent arrivé les mois précédents : toujours disponible pour bébé "en théorie", on ne se rend pas forcément disponible, dans les faits : que ce soit physiquement (je faisais souvent quelque chose à côté), ou mentalement : je pensais souvent à autre chose...


L'effet discipline du boulot se voit en effet sur deux niveaux :
  • d'un côté, le boulot nous aide à nous discipliner durant le temps que nous y passons, il structure nos journées de travail
    • là encore, évidemment, l'apport d'une vie pro en termes de cadre dépendra énormément du type d'activité pro et d'environnement : plus le degré d'autonomie est élevé, plus la responsabilité de s'organiser repose alors sur nos épaules ; le summum étant atteint avec un statut d'auto-entrepreneur travaillant de chez soi ;-)
  • mais il structure aussi notre temps hors travail : celui-ci étant plus restreint, et la manière dont nous l'utilisons devant nous permettre de retourner au boulot, en plus, cette perspective d'une journée de travail à affronter le lendemain contribue à structurer la soirée, par exemple. 
Une copine me confiait ainsi :
"quand je bosse, une fois à la maison, je me bouge, je cuisine plus, je me montre plus disponible pour mon mari, mes enfants. Alors que sinon, je procrastine les trucs les plus chiants, je ne fais rien d'intéressant puisque je prévois de me mettre d'abord aux trucs chiants, et à la fin de la journée je n'ai rien comme bilan que mon immense culpabilité, et la conscience d'un gros gâchis".
Plus "bêtement", aussi, parmi les impératifs de travail qui nous aident à éviter ou limiter la procrastination, on trouvera la nécessité de porter des vêtements présentables : il est plus difficile de remettre sans cesse à plus tard le lancement d'une lessive ou la corvée de repassage, quand on sait devoir se présenter devant des regards un peu plus intimidants que ceux, indifférents aux tâches (qu'ils auront eux-mêmes provoquées...) de nos enfants ou celui, distrait, de la boulangère.



Travailler, ça peut donc permettre de donner du corps au vide, de ne pas se retrouver face à une liberté très angoissante du fait de la responsabilité qu'elle fait peser sur nos épaules : une activité professionnelle peut ainsi avoir un aspect reposant, du fait que les contraintes du travail permettent de diminuer l'effort de discipline, de le partager, en quelque sorte.
Ordonner le temps demande en effet de l'énergie !

Quoi qu'il en soit, ce cadre, il est cependant, bien entendu, possible de se le construire soi-même chez soi.
Possible, mais pas évident... et puis cela s'apprend ! Petit à petit, souvent.
Personnellement, autant ma première période à la maison aura ainsi été plutôt chaotique, autant les suivantes (fin de grossesse et congé mat d'E. ; mon chômage actuel) offrent un visage fort différent.

Parmi les points qui peuvent aider

  • repérer et éliminer / atténuer les facteurs qui contribuent à la déstabilisation.
Internet est bien évidemment un coupable idéal et fréquent !
Ainsi, en ce qui me concerne, dès mon premier congé parental, j'avais tout de même fini par (accepter de) reconnaître que les journées où j'allumais l'ordinateur dès le matin étaient plus chaotiques et "vides" que les autres. Autant que possible, par la suite, je me suis efforcée de restreindre mes envies d'aller "vite voir mes mails", qui se traduisaient par une Gwen encore en pyjama à 11h du matin.
J'avais notamment fait quelques efforts allant dans le sens d'une meilleure anticipation : de quel renseignement INDISPENSABLE pourrais-je avoir besoin dès le lendemain matin (coordonnées pour prendre un RDV ou envoyer un courrier) ? Cette information étant bien entendu susceptible de se muer en un prétexte parfait pour une dérogation à la règle / allumage matinal de l'ordinateur, j'avais donc essayé, en prévention, d’anticiper cela en allant la chercher et noter la veille au soir.

Autre exemple personnel : une fois à la maison après notre déménagement à Strasbourg il y eut un temps où je faisais déjeuner le Bébou, le couchais pour la sieste, puis déjeunais moi-même. Puis je m'aperçus qu'il valait mieux que je déjeune plus tôt, même de manière moins calme, qu'ainsi en décalé, et ce pour deux raisons : je perdais du temps ainsi, et surtout cette attente du repas me fatiguait tellement qu'ensuite je n'étais plus bonne à grand chose durant le créneau de sieste qui restait.

  • établir un cadre de manière économique
de manière économique ? Il s'agit d'économiser notre énergie. En effet, un des aspects rendant un cadre compliqué à construire et établir, c'est l'énergie que cela demande.
C'est là où Flylady est venu m'apprendre la force d'un cadre basé sur la routine, et à quel point un tel cadre peut être reposant. J'ai déjà évoqué le côté libérateur de la routine, et j'en fais l'expérience en ce moment de nouveau : le cadre donné par des routines permet de baliser les journées et d'assurer que celles-ci soient rentables, sans devoir fournir de gros effort d'organisation pour cela. De la même manière qu'on suit le rythme de l'entreprise au travail, on suit un programme établi sans se creuser les méninges.
Certaines construiront leurs propres routines toutes seules, mais pour d'autres, justement moins avancées niveau discipline / organisation, se fixer soi-même ses propres règles, s'inventer soi-même une routine, est déjà hors de portée.
C'est mon cas !
Cela ne condamne pas nécessairement au chaos ou au travail ;-), mais oblige à trouver des substituts / béquilles. Ainsi j'ai eu besoin des Babysteps de Flylady pour constituer une première base, me fournir un programme "imposé" de l'extérieur. Je remarque d'ailleurs avec intérêt (et un brin de fierté, aussi!) que, si j'ai eu besoin de Flylady pour m'aider à donner une ossature à mes journées, j'ai à présent progressé suffisamment pour enrichir cette ossature par des points qui me sont plus personnels.  (mais je l'ai déjà promis, et je finirai par tenir parole : je sortirai un billet sur la manière dont je vole en ce moment, bientôt !).

L'établissement de routines, que celui-ci se fasse de manière autonome, ou d'une manière aidée (suivre Flylady, reprendre le planning d'une copine ou celui trouvé dans un bouquin ou sur un blog consacré à l'organisation), permet ainsi de donner un cadre favorable à la prise en charge des tâches... de routine, justement.

  • Gérer l'inhabituel sans dérailler
Pour les tâches plus exceptionnelles, on aura souvent recours à la To-do list. Celle-ci peut cependant vite devenir tentaculaire et d'autant plus angoissante, c'est pourquoi en ce qui me concerne je considère le Bullet Journal comme l'ami idéal de la femme au foyer : me poser la veille au soir et me fixer mes objectifs pour la journée, actualiser ceux-ci en cours de journée, avoir sous la main, toujours, un seul guide auquel me référer quand je suis sur le point de perdre le fil / me laisser gentiment entraîner vers autre chose...


En conclusion, en l'absence d'une vie pro et de la structure naturelle qu'elle donne à notre temps, oui, il est vraiment possible de s'améliorer niveau autodiscipline, et qu'il existe un tas d'outils pour.
Cependant, là encore, deux facteurs essentiels joueront : le temps (on peut ne pas encore être mûr pour cela), et la motivation !
Je le vois en ce moment : c'est parce que être à la maison m'intéresse, en ce moment, parce que je trouve beaucoup d'épanouissement à faire ce que j'y fais, que je suis motivée pour utiliser à plein les outils nécessaires pour que cela se passe bien ! Motivée, donc capable de mobiliser l'énergie nécessaire.
Car s'organiser, c'est (pour moi) au départ quelque chose de rébarbatif, donc si je devais m'atteler à quelque chose de rébarbatif (mon organisation) pour gérer des choses tout aussi rébarbatives (plus de temps avec mes enfants que ce que je suis capable de donner, une IEF pas vraiment choisie, des tâches ménagères faites à contre-cœur,...)... la dynamique serait bien différente, les résultats, aussi.


Il y a quelques années, me passer d'une activité pro de manière prolongée aurait vraiment été dangereux à cet égard : j'étais foncièrement incapable de mettre en place un substitut valable au cadre que mon boulot m'offrait, et j'aurais sombré dans le chaos le plus total.
C'est là encore un point qui vient renforcer ma conviction que la notion d'équilibre vie pro / vie perso varie dans le temps, et que donc, il vaut mieux ne pas trop me casser la tête sur des plans à 10 ans, car je n'ai aucun moyen de savoir quels seront mes besoins et mes capacités une fois ces dix années écoulées.


mercredi 14 septembre 2016

Travailler pour...? - La satisfaction du résultat

Être parent, au foyer ou non, représente un boulot monstre; et le quotidien de parent au foyer se rapproche assez peu du cliché "tranquille à la maison, toute la journée devant la télé" (enfin, si y en a certaines pour qui ce cliché est une réalité, dénoncez-vous levez le doigt en commentaire, profitez de l'anonymat, celui-ci vous permettra de faire votre coming-out sans que nous ne puissions créer de poupées vaudous à votre effigie !).

Travailler à l'extérieur aussi est fatigant, demande des efforts. 

Mais au moins...
 y a du résultat.

Avant de me faire caillasser, je m'explique :

En règle générale, travailler à l'extérieur débouche sur un résultat visible.

Variable selon les fonctions qu'on occupe, visible assez rapidement généralement, plus ou moins selon la "chose" en question, et selon sa propre fonction.
On a des indicateurs,
    on passe des dossiers d’une pile à l’autre,
           on passe d'une personne à une autre,
                  d'un problème à l'autre,
                            on fabrique ou vend quelque chose...

Le travail d’une mère au foyer, c’est
  • éduquer des êtres humains ; quoi de plus imperceptible que la croissance d’un individu ? oh oui, il y a des manifestations visibles, mais
    • quelle est au juste notre contribution ?
    • rien n’est acquis, chaque pas peut être suivi de régressions, on a l’impression d’un pas en avant, un en arrière 
    • on ne peut se fixer des objectifs, ce serait s’exposer à des frustrations et des incompréhensions : chaque enfant grandit à son rythme… et c'est d'ailleurs là où on sombre vite dans la guerre des mères et la compétition en mode "mon gamin a marché avant le tien, il parle mieux, et si tu savais ses prouesses sur le pot !"
  • gérer une maison : quoi de plus répétitif que les tâches ménagères ? On n’a guère l’impression d’avancer, et peu l’occasion de se réjouir durablement d’un résultat : frustration du « la maison est en bazar », quand on l’a rangée, ou du sol redevenu crade à peine sec, sans parler du linge dont la corbeille semble se remplir plus vite qu’on ne la vide...


La gratification apportée par la visibilité du résultat constitue ainsi un point sur lequel le fait de travailler à l'extérieur peut apporter un plus : un quelquechose qui manque facilement à l'appel dans le quotidien d'une mère au foyer.
On peut dire « aujourd’hui j’ai eu une réunion efficace où nous avons décidé ça », on coche, youhou. Mais on ne peut dire « aujourd’hui, j’ai expliqué à BébéDeux comment faire pipi dans les toilettes, et à BébéUn pourquoi la lune grossit et maigrit » en cochant une bonne fois pour toutes: on est bons pour recommencer !

Cette question du résultat est souvent sous-estimée, aussi bien dans le cas d’une vie au foyer, que d’une vie professionnelle.
En effet, elle se mélange facilement avec celle du sens.
Oui, bien sûr, éduquer les individus de demain, n’est-ce pas plein de sens ? Et souvent, on va dénoncer la culture du résultat, en disant que l’essentiel, c’est le sens, et que cette culture du résultat, de la performance, c’est issu d’un monde économique fou, evil, blablabla, recentrez-vous sur le sens, la fin du monde est proche…

Mais nous sommes des êtres incarnés, et il est important de se méfier d’un sens qui resterait trop désincarné, et c’est l’objet de ce billet : élever un enfant, oh que oui ça a du sens, mais au quotidien on a aussi besoin de petites marques concrètes nous montrant le fruit de nos efforts. Avoir la foi du charbonnier, et attendre 20 ans le résultat n’est pas à la portée de tout le monde.
Nos circuits motivationnels fonctionnent à la récompense, ils ont besoin de petites réussites pour se renforcer, c'est d'ailleurs, comme développé ici, l'aspect qui constitue la base des Babysteps de Flylady.

L'observation de nombreux parcours de carrière que mon boulot de RH m'a permise m’y a du reste énormément sensibilisée : sur le plan professionnel aussi, le sentiment d’être efficace, de servir à quelque chose, a besoin d’être alimenté, et les sources d’alimentation vont varier selon les personnalités.


C'est pourquoi il est essentiel, pour son épanouissement professionnel, de se poser la question "à quel résultat sommes-nous sensibles ?"
(question que je creusais longuement en entretien de recrutement, du reste!)
et notamment, identifier si c'est plutôt
  • à un merci ou tout autre témoignage de satisfaction ? (ce que j’appelle, en entretien de recrutement, l’orientation client : je suis content si mon action plaît, sert à mes clients)
  • ou
  • à l’atteinte d’un objectif tangible ? (même si il ne plaît pas à tout le monde)

Puis, concernant ce dernier, à quelle fréquence en aurons-nous besoin ?
  • J’ai vu des ingénieurs ravis de contribuer à une mini-partie d’un projet devant déboucher quarante ans plus tard. Le fait d’avancer au quotidien, sur les solutions techniques, d’écarter méthodiquement telle hypothèse, de valider tel matériau, de sortir une simulation 3D d’un composant, était le résultat qui leur convenait et leur donnait la satisfaction nécessaire à la poursuite de leurs efforts, 
  • tandis que certains membres des mêmes équipes étaient frustrés à l'idée de ne jamais voir le fruit ultime de leurs efforts. D’autres ont en effet besoin d’obtenir des résultats "définitifs" plus visibles, au bout d’un jour, d’une semaine, d’un mois...

Une réflexion à mener si on travaille à l’extérieur, pour s’assurer un poste qui nous fournisse le type de résultats auquel on est sensible.
En ce qui me concerne, par exemple, les différents postes que j'ai occupés le montrent clairement:  je suis avant tout orientée client. J'ai fait de manière répétée le constat qu'il m'est incomparablement plus difficile de me motiver (et donc, je bosse moins bien) si mon client est loin, si je ne le connais pas bien (= n'ai pas l'espace pour le connaître; bien entendu, chaque nouveau poste me confronte à un client inconnu au départ), si je n'ai pas d'interlocuteurs identifiés, dont je connais les problématiques.
  • Ainsi, du temps où j'étais recruteuse, j'ai recruté
    • sur des postes similaires, pour de nombreux clients différents avec lesquels j'avais peu de possibilité de contact : dur dur pour moi !
    • sur des postes diversifiés, pour une même organisation que je connaissais sur le bout des doigts : c'était bien mieux
  • Puis j'ai eu des postes plus généralistes
    • où je gérais un client interne en entier, j'étais son seul point de contact : le must pour moi, je n'ai jamais été aussi efficace que quand j'avais comme ça le monopole de mon client, et la possibilité de lui venir en aide et de voir l'effet de mon action sur lui au quotidien.
    • mon boulot actuel est encore de ce style, mais j'ai moins ce monopole, et tout de suite l'effet sur la motivation se fait remarquer...

Une réflexion à mener si on est mère au foyer, ou si on réfléchit à le devenir...
Et avec différentes pistes pour nous aider à alimenter notre motivation :
 
 
  • 1. Fonctionner en mode Babysteps / Flylady : il s’agit d’un changement de paradigme (oui, j’aime caser de jolis mots. Y en qui s’écoutent parler, moi je me lis écrire, voilà) : le résultat à atteindre n’est plus un résultat-photo en tant que tel, mais un résultat-moyens (qu’ai-je fait aujourd’hui pour aller dans le bon sens ?).
    • Ainsi remplace-t-on « une maison rangée », par « une maison rangée pendant 15 minutes tous les jours », un résultat pour lequel on a bien plus de chance de pouvoir goûter la satisfaction de l’atteindre. (cette phrase est mal construite. Si vous trouvez une meilleure manière de la formuler... gardez-la)
    • Une logique de moyens que l’on peut appliquer sur le plan éducatif aussi :
      • mon résultat ne va plus être
        • « que mon enfant sache s’habiller tout seul » ou
        • « qu’il aime lire »,
      • mais
        • « 10 minutes prises pour l’habillage du matin », pour créer un environnement favorable (du temps, pas de "dépêche-toi") au fait de faire seul ce qu’il peut faire seul, et s’entraîner sur le reste, et
        • « prendre le temps d’une histoire matin, midi et soir ».



  • 2. Proposer des choses plus formalisées : dans l’accompagnement de son enfant,  bâtir des activités, ou même, notamment en IEF, avoir un programme auquel on se réfère,  c’est du visible, et cela peut nous motiver !
    • Le risque peut alors être la déception si l’activité proposée ne suscite guère d’intérêt, et/ou la pression mise sur les deux (mère et enfant) pour que ça plaise, au détriment peut-être de l’attention aux centres d’intérêts et donc aux sources de motivation naturelles de l’enfant.
    • A voir comment on fonctionne, et si cela ne peut pas être combiné avec le point précédent : avoir proposé telle activité (ou l’avoir à disposition, prête à être dégainée) devenant le résultat-moyen, sans qu’on y adjoigne l’objectif  "et qu'il s’en soit emparé et ait développé telle compétence grâce à ça".
    • Et toujours, garder en tête que le but premier de cette formalisation a été notre gratification / motivation à nous, pas le résultat sur notre enfant...



  • 3. Noter ce qu’on a fait :
    • avoir coché mes routines flylady, ou ma to-do list du jour dans mon bullet journal, me permet d’avoir à l’œil tout ce que j’ai accompli ce jour. C’est tout petit, mais mis bout à bout... !
    • Et fondamentalement, c’est aussi envisageable sur le plan éducatif, si ça nous aide ! (ne pas négliger la satisfaction puissante issue du simple geste de cocher, par exemple les objectifs de moyens définis en point 1. En user et abuser, au contraire…)



  • 4. Noter les progrès : non pas pour les considérer comme le résultat de ses efforts, mais comme quelque chose qu’on a facilité, pour s’en réjouir, en restant centrée sur l’être et les réalisations qu’on lui permet d’accomplir.
    • Je réalise en outre, en ce moment, ce que m’apporte le fait de noter (= fixer par écrit, hein, pas donner une note)  mes propres progrès de mère (= mes progrès pour m’approprier peu à peu le mode d’éducation vers lequel nous tendons) : je ne peux pas m’évaluer sur une échelle de 0 à 10, mauvaise mère à gauche, super maman à droite, et me dire, hum, je passe de 6 à 6,5 ce mois-ci.
    • En revanche je peux constater que ce mois-ci, j’ai mieux réussi à refléter les souhaits formulés par mon enfant, ou à les exaucer par l’imagination, ou encore qu’il m’est assez souvent arrivé de réussir à formuler ma colère de manière claire mais non blessante.


  • 5. Noter les bonheurs :
    • si être maman au foyer vise non pas à "produire" un enfant parfait / surcompétent, mais à offrir à l'enfant du temps, des moments calmes, des petites joies du quotidien, de la disponibilité,
    • si être maman au foyer, c'est vouloir soi-même goûter à ces mini-bonheurs,
    • si il s'agit de sortir du culte du résultat et de la course, pour vivre et prendre le temps de vivre
    • alors la technique du journal de gratitude (noter le soir 3 jolies choses de la journée par exemple) peut être un moyen intéressant d'ancrer dans notre esprit le sens ... et le résultat de notre présence au foyer. 


  • 6. Exposer / ne pas surprotéger notre enfant : le laisser faire seul, voire l’envoyer se confronter à l’extérieur, dans un contexte différent,  chez des amis, de la famille, permet de voir subitement se dégager des traits et capacités insoupçonnés, un visage inconnu de son enfant.




Voici les pistes auxquelles j’ai pensé, alors que mon activité professionnelle va en diminuant… Comme par hasard, bloguer contribue de manière notable à plusieurs de ces points ;-)
Je suis en plein cheminement et serais d’autant plus curieuse de connaître vos manières à vous de fournir à votre motivation les résultats dont elle a besoin !

  

lundi 2 mai 2016

Travailler pour...? - Les sous : l'indépendance

Dans les deux premiers volets (et 1, et 2) de ce sujet sur les sous, les sous gagnés rejoignent un pot commun, et la question de l'équilibre pro / perso est regardée sous l'angle de l'interdépendance entre les deux membres du couple.

Cependant, gagner des sous peut aussi répondre à un besoin d'indépendance : gagner des sous, mais surtout gagner SES sous.

Ce besoin d'indépendance peut être lié à différents facteurs.

Premier point, le besoin d'avoir ses sous à soi, à disposition, au quotidien. Travailler permet de dépenser ses sous.

  • De ce que j'observe autour de moi, cela concerne surtout les couples où chacun a son compte en banque. Le fait de ne pas travailler oblige alors à des virements d'un compte vers un autre, ce qui peut être mal vécu : 
    • "on me file de l'argent de poche
    • "je me sens obligée de justifier / réclamer pour chaque dépense". 
  • Ceci dit, même quand le salaire principal arrive sur un compte commun, cela n'empêche pas certaines d'avoir le sentiment qu'elles ne dépensent pas leur argent, mais qu'elles vivent aux crochets de leur conjoint.

J'avoue que c'est une considération dont je suis assez éloignée : 
  • Monsieur Bout et moi-même percevons l'argent que nous avons sur notre compte commun (seul compte que nous ayons) comme nôtre, quelle que soit sa provenance, et l'utilisation de nos revenus est discutée à deux. Cela ne nous empêche pas de nous offrir quelques petites choses, sans ressentir non plus le besoin de demander la permission à l'autre. 
  • Je pars en outre du principe que dépenser l'argent revêt autant d'importance que le gagner, dans le sens que, dans le cas d'un couple où l'un travaille, c'est certes celui-là qui "ramène l'argent", mais c'est généralement l'autre qui s'arrange pour "transformer" cet argent en un quotidien agréable; les efforts de choix, d'optimisation, représentent une responsabilité aussi importante que le gain propre.

Dans ce premier cas de figure, j'ai donc tendance à penser qu'il peut être bon de se détacher de ce besoin en travaillant à améliorer la communication du couple sur l'aspect financier : prêter attention à la valorisation du travail accompli pour dépenser l'argent (plutôt que demander des comptes), définir ensemble des priorités, construire une confiance dans la gestion commune des sous... un sacré chantier, mais qui il me semble vaudrait la peine! (mais c'est bien facile à écrire pour moi, puisque chez nous ce point est plutôt acquis).


Les 2ème et 3ème facteurs sont plus lugubres: ayant généralement fait nos enfants à deux, nous partons du principe que nous les élèverons à deux. Que donc on gérera toujours à deux les nuits, les bêtises, les gastro, les questions sur "comment on fait les bébés", mais aussi et justement, finances et questions d'équilibre pro / perso.


Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas : 
  • un décès, 
  • un divorce / séparation
et nous voilà privée de notre co-binôme.

La prise en compte de ces deux risques peut inciter à vouloir conserver une indépendance financière, afin de ne pas se retrouver le bec dans l'eau à devoir subitement reprendre le chemin du travail après 15 ans passés à la maison, et le statut, ô combien sexy pour un employeur, de mère célibataire.

Des alternatives ?
  • Veiller à conserver son employabilité, en ayant recours aux stratégies évoquées dans mon billet précédent, représente déjà une possibilité, dans les deux cas
  • Développer des sources de revenus alternatives ou vivre économiquement pour constituer une épargne solide pourront atténuer le problème en cas de veuvage; il s'agit encore de réfléchir alors au placement de l'épargne, afin que celle-ci revienne en priorité au conjoint survivant plutôt qu'aux enfants.

Le cas du divorce est plus compliqué.
J'avoue que c'est une possibilité vis-à-vis de laquelle Monsieur Bout et moi refusons par principe d'anticiper. 
Non parce que nous nous croyons "au-dessus de cela", mais plutôt parce que nous sommes tellement conscients de la fragilité d'un couple que nous sommes déterminés à investir la totalité de nos efforts, au quotidien, dans le fait de renforcer le nôtre. De cela il découle que nous n'en mettons aucun dans le fait de prévoir "lekazou"
Nous faisons le choix de mettre absolument tous nos œufs dans le même panier, en espérant que le poids de ces œufs soit suffisant pour maintenir le panier (oui la métaphore est pourrie mais c'est mon blog, zut). C'est un choix, mais... il est très personnel et je ne me verrais pas le présenter comme LE conseil à suivre.

Au fil de mes lectures et rencontres j'ai repéré certaines des stratégies mises en œuvre pour sécuriser le conjoint ne travaillant pas ou moins :
  • épargne "inégale" : chaque mois une somme est versée sur deux assurances-vies au nom de chacun des conjoints, mais avec une somme plus élevée sur l'assurance-vie du conjoint sans activité pro, en compensation du risque pris
  • clause de contrats de mariage  & choix du régime matrimonial (mais je ne saurais être plus précise je n'y connais rien !)
  • investissement immobilier fait en son nom seul
  • ...


Terminer cette trilogie en évoquant le veuvage et le divorce illustre bien la complexité des implications financières des choix pro. Tant d'éléments sous-jacents, de projections, d'angoisses, profondément inscrits dans notre mode de fonctionnement, viennent influencer notre positionnement! 
On se retrouve à réfléchir, à essayer, à balbutier... avec ce qu'on est.

dimanche 24 avril 2016

Travailler pour...? - Les sous : la sérénité

Être 2 à travailler allège les soucis financiers en grossissant les sommes à disposition pour faire face au quotidien.

Mais pas seulement ces soucis-là.

Être 2 à travailler allège la pression pesant sur la vie pro du "salaire principal": en effet, vivre sur un seul salaire n'entraine pas uniquement des revenus a priori plus bas, mais également une dépendance plus ou moins totale à ce salaire, unique source de revenus.
Or, que se passe-t-il si le "pourvoyeur"
  • est victime d'un  licenciement ?
  • souffre dans son travail et se pose la question de démissionner ? 
  • est insatisfait au boulot et rêve d'envisager une reconversion, pour laquelle il faudrait prendre en compte une période sans revenu pendant qu'il se formerait ? 
  • souhaite se réorienter vers une fonction nettement moins rémunératrice ? 
  • réalise qu'il veut fonder une entreprise qui ne sera en mesure de faire vivre la famille qu'après un certain laps de temps?

Pouvoir compter sur un deuxième salaire pour absorber, au moins en partie, les conséquences financières de ces situations, est alors source d'une plus grande liberté

Cela permet ainsi au "pourvoyeur" de faire lui aussi les choix qui l'épanouissent sans se retrouver sous le joug d'une responsabilité trop lourde à porter.
Il est bien joli en effet de chercher, soi, la voie et l'équilibre qui nous conviendront le mieux, il serait dommage que ce soit aux dépens de l'épanouissement de l'autre binôme du couple.
Plutôt qu'une relation à sens unique, je vois donc la répartition de l'équilibre pro/perso au sein du couple comme quelque chose de plus large, qui peut varier selon les évènements et les désirs de l'un ou de l'autre. Nous sommes un binôme, dont chaque membre peut venir soutenir l'autre dans l'atteinte de ses objectifs pro & perso.
  • C'est une idée qui nous avait déjà effleurés il y a quelques années, lorsque Monsieur Bout, en pleine angoisse existentielle, avait brièvement réfléchi à changer totalement de voie. Même si cela venait contrecarrer nos (mes) plans de rester à la maison après la naissance d'enfants et/ou reculer l'arrivée de notre premier enfant, j'avais réalisé que je ne pouvais pas non plus "charger" Monsieur Bout de m'entretenir quelles qu'en soient les implications pour son épanouissement à lui.
  • Mais cette réflexion nous a frappés de plein fouet, lorsque, alors que nous étions arrivés à Strasbourg pour un nouveau job pour ledit Monsieur Bout, celui-ci s'est retrouvé confronté à une chef probablement perverse-narcissique. Après s'être épuisé (en perdant 5 kg en 4 mois au passage) à essayer de "régler" le problème, il n'est plus resté qu'une solution envisageable pour le sortir en urgence d'une situation invivable : la rupture de sa période d'essai.

Les semaines d'agonie de réflexion qui ont précédé la décision finale nous ont permis de réaliser à quel point, avec l'absence d'un second salaire, les facteurs suivants pouvaient venir compliquer une démarche qui relevait pourtant de la survie :
  • fort impact immédiat sur le mode de vie : changer d'appart si locataire / renégocier l'emprunt si propriétaire, ôter les enfants du privé / hors contrat, arrêter des activités extra-scolaires trop coûteuses... 
  • angoisse quant à la recherche de travail
    • avant de sauter le pas : est-il réaliste de penser retrouver un travail avant l'interdit bancaire ? 
    • pendant la recherche de travail ; chaque semaine sans avancée, sans réponse positive, sans appel, sans entretien, creuse le trou sur le compte en banque.
  • pression venant fausser le discernement, impacter le choix du nouveau travail : tentation de prendre le premier truc venu, puisqu'on ne peut se payer le luxe d'attendre un poste qui convienne vraiment.

Ainsi , pour ce qui nous concerne,
  • Je n'avais pas démissionné de mon boulot de Normandie mais étais encore en congé maternité au moment de la décision : l'existence de mon salaire permettait de ne pas devoir revoir immédiatement notre budget de manière drastique (= nous permettait par exemple de continuer à habiter dans notre appartement en dépit de son loyer conséquent)
  • L'impact sur notre budget (= le différentiel revenus / dépenses) étant adouci par ledit salaire, le "matelas" de sécurité que nous avions allait prendre plusieurs mois à être grignoté, autant de mois pendant lesquels Monsieur Bout pouvait envisager sereinement sa recherche d'emploi
  • Quand en octobre il est apparu qu'en janvier nous n'aurions plus rien à manger (nous avions sous-estimé la durée de la recherche d'emploi... et moi je l'avoue, pour soulager un peu Monsieur Bout dans ses inquiétudes, j'avais un peu bidouillé été optimiste dans le budget que je lui avais présenté pour lui prouver que quitter son poste ne nous ferait pas mourir de faim), alors que Monsieur n'avait aucune piste sérieuse intéressante, il s'est alors retrouvé face à un dilemme : 
    • accepter des postes vraiment pas top (un point qui me souriait d'autant moins qu'après les mois de galère professionnelle qu'il avait endurés sous sa chef, il avait urgemment besoin de se sentir vraiment bien au boulot) pour nourrir la famille au plus vite 
    • ou.... ? C'est là que j'ai revu mes plans initiaux (reprise pas avant janvier 2016, et à 50% maximum) en 
      • me remettant plus tôt que prévu à la recherche d'un boulot,
      • étant ouverte à davantage qu'un 50% (j'avais besoin de retrouver au plus vite, je ne pouvais courir le risque de laisser passer trop d'occasions),
      • cherchant un CDD (puisque nous n'étions pas sûrs de rester dans la région, et qu'en outre si c'était un 80% je ne voulais pas m'engager sur du long terme puisque mon objectif serait de diminuer mon temps de travail le plus vite possible).

Cette capacité à passer / prendre le relai au sein du couple parental afin de subvenir aux besoins de la famille représente donc un atout précieux pour le foyer, et peut constituer une incitation à garder le pied dans le monde du travail.

Bien entendu, ces risques peuvent être plus ou moins réels selon les milieux de travail, les aspirations personnelles, etc. 
Ainsi des fonctionnaires sont-ils théoriquement moins exposés au risque de chômage, ce qui peut permettre une pression moindre.
Moins exposés au risque de chômage, certes... mais en revanche beaucoup plus vulnérables si ils se retrouvent comme Monsieur Bout, confrontés à une hiérarchie harcelante, par exemple. Ce genre de "rencontre" n'est pas le monopole du privé, loin de là ! Nous en avons plusieurs exemples dans notre entourage, et avons ainsi pu réaliser à quel point la "sécurité de l'emploi" du fonctionnariat peut aussi se transformer en prison, augmentant la difficulté à partir tout en permettant à la situation de perdurer du fait de la quasi-inamovibilité de ladite hiérarchie (la chef de Monsieur Bout, elle, a fini par se faire virer. Trop tard pour nous, mais quand même).
Par ailleurs, c'est notamment un point où les familles de militaires, par exemple, peuvent être touchées par la double peine : à la difficulté de la reconversion de Monsieur si celui-ci souhaite/doit quitter l’armée, se rajoute le fait que devoir assumer le quotidien seule pendant des OPEX, ainsi que les mutations fréquentes, n’ont généralement pas favorisé le maintien d’une activité pro pour Madame.


Cependant, travailler à 100%, 100% du temps, n’est pas forcément nécessaire.
En effet, si l’existence réelle d’un 2nd revenu important constitue un atout évident dans les cas dont nous parlons, la possibilité de ce 2ème revenu peut aussi tout à fait suffire.

Il s’agit donc d’être dans une situation telle qu’on peut facilement, comme cela a été le cas pour moi, retrouver du boulot si le besoin s’en fait sentir : à défaut de conserver un emploi, conserver son employabilité.

Différentes stratégies peuvent contribuer à cela :

  • Différer son éloignement du marché du travail, c’est-à-dire continuer à travailler un peu plus longtemps que prévu après l’arrivée des premiers enfants, afin d’avoir amassé une expérience suffisamment longue pour que celle-ci ne périme pas trop vite
    • si on n’a bossé qu’un an, un an de trou sur un CV semble immense, deux ans équivaudra souvent à un retour à zéro (voire pire car le diplôme datant, certains se demanderont si vous n’avez pas tout oublié). 
    • Si le même trou a été précédé de 6 ou 10 ans d’expérience pro solide, il comptera pour très peu ! J’en ai fait l’expérience.
  • Continuer à travailler sur un petit temps partiel, que ce soit en tant que salarié ou en tant qu’auto-entrepreneur. Vous restez dans le coup, et le jour où il est financièrement nécessaire de passer à la vitesse au-dessus, vous avez la possibilité de réaugmenter votre temps de travail au même endroit, ou le réseau et l'expérience nécessaires pour trouver plus ailleurs.
  • Utiliser ses compétences dans un cadre professionnel ou associatif (plus c’est « professionnel » / structuré, mieux c’est) : ce serait par exemple le cas chez moi avec ma possibilité de donner des cours dans mon domaine de compétences : je reste dans le coup d’une certaine manière, bien qu'à un degré moindre par rapport à ce que représenterait une activité au sein d'une entreprise.
  • Alterner des périodes avec et des périodes sans : remettre régulièrement le pied dans le monde du travail, par exemple à la faveur de CDD de quelques mois, tous les 2-3-4 ans… 
    • C’est une option à laquelle je n’avais pas forcément réfléchi au départ, mais que mon expérience actuelle met au goût du jour. Dans ma fonction en tous cas (et c’est le cas de nombreuses fonctions), il est difficile pour un employeur de trouver quelqu’un d’expérimenté qui veuille bien d’un CDD
      • C'est pourquoi quand l’employeur a besoin de remplacer quelqu’un (au hasard, pour un congé maternité, qui touche généralement quelqu’un d’expérimenté), il se montre souvent plus ouvert : face à la majorité des candidats, jeunes diplômés sans expérience, ou personnes en toute fin de carrière, vous, avec votre jeunesse couplée à de l’expérience, avez toutes vos chances. 
      • En ce qui me concerne, on m’a littéralement sauté dessus! (j’avoue, c’était bien agréable. Un petit côté revanche par rapport à toutes mes recherches d’emploi précédentes…) 
    • Il peut donc être judicieux de bouleverser la logistique de la maison quelques mois de temps en temps pour se permettre de réactualiser un peu son expérience afin de pouvoir compter sur celle-ci en cas de coup dur : le jour où pour l’une des raisons évoquées plus haut on a BESOIN de vite retrouver un travail, on sait alors pouvoir ressortir un CV dont la dernière expérience remonte à 2,3 ans maxi, pas à 10 ans
    • d'autant que là encore, tout se négocie : on peut, comme je l'ai fait, envisager un 80% plutôt qu'un 100%, ça atténue toujours la charge mais ne nuit en aucun cas à la validité / revente de l'expérience par la suite
    • C’est un point que je garde dans un coin de ma tête, car bouleverser la logistique familiale, OK, mais c’est encore plus compliqué dans un contexte d’IEF… Pour gérer la première année de maternelle, je suis en train de parier que c'est compatible avec un 50% (même si parfois je m'inquiète!), mais pour l'IEF d'enfants plus grands ? Ceci dit, comme c’est pour la bonne cause, pour pouvoir soutenir Monsieur au cas où, on peut aussi se montrer inventifs
      • et si Monsieur passait à 80% pour ces quelques mois ? Histoire d'assumer un programme allégé d'IEF...
      • Et si on s'efforçait de positionner ce CDD en partie sur l’été de manière à pouvoir confier les enfants à leurs grands-parents / les envoyer en camp / en voyage linguistique / chez les cousins à la faveur des vacances ? (ça peut même être l’occasion pour le couple, qui reste bosser, de vivre quelques semaines à deux, en mode « jeunes pro sans enfants » / retour vers le futur...) 
      • et si on positionnait les « vacances IEF » autrement cette année-là ?
      • Maman Poisson a aussi testé ;-)
  • Investir du temps dans le fait de se former, se perfectionner sur un point. Double effet : 
    • ce perfectionnement se vendra ensuite sur le CV, 
    • et la période de formation viendra en partie combler le trou sur le CV. 
    • et même (pour deux effets achetés, deux effets collatéraux offerts!) : au passage, sur cette période on comble son besoin de stimulation intellectuelle, ainsi que son besoin de vie sociale si c'est une formation avec du présentiel...
    • Par exemple dans mes récentes rencontres IEF j’ai le cas d'une maman qui s’est formée en médiatrice CNV pour le milieu de l’entreprise. Je trouve ça top… Et cela alimente ma réflexion personnelle, car je n’exclurais de rajouter cette corde à mon arc…un jour !
  • En profiter pour se réorienter, au besoin ! Le discours « j’ai pris le temps de réfléchir à ce que je voulais vraiment, et j’ai pris le temps et les moyens de l’obtenir » rencontre un accueil de plus en plus favorable… d’autant que là, vous expliquez à votre futur employeur que ce que vous voulez, justement, c’est lui. Cela met en valeur votre motivation, le côté réfléchi de votre candidature, et vient réduire le risque, qu'un recruteur a toujours en tête, du candidat  "arrivé là par erreur / obligation alimentaire".


Enfin, à part le travail, il existe aussi d'autres manières de diminuer la dépendance à un seul revenu et se ménager une marge de manœuvre en cas de coup dur affectant ledit revenu

  • Réduire ses dépenses ainsi qu’évoqué dans mon billet précédent, y contribue à plusieurs titres
    • D’abord, être au clair et prêt à se passer de certaines choses est une capacité rassurante : "mais si, ça passe au niveau budget, regarde, finalement on pourrait faire ça et ça pour diminuer tel poste de dépense"
    • Si on est habitué à ne dépenser qu’une partie du revenu principal, la diminution de celui-ci pour cause de chômage / nouvelles fonctions moins rémunératrices est plus facile à digérer
    • Vivre "en dessous de ses moyens" permet d’économiser et de se constituer un matelas pour affronter de tels coups durs (il s’agit alors de réfléchir à la manière dont on place cette épargne: une partie doit rester suffisamment disponible pour qu’on « ose » la sortir si besoin est ; ainsi, nous n’avions en tant que tel pas épuisé la nôtre, mais les sommes qui restaient n’étaient pas vraiment disponibles car nous auraient coûté cher à débloquer / c’était plus difficile à envisager et aurait pu nous freiner)
  • Plus largement, être prudent dans ses investissements, notamment quand on dimensionne le prêt d'achat de son logement par exemple. En tant que RH, j'en ai vu, des gens malheureux au boulot mais n'osant le quitter de peur de ne plus pouvoir faire face aux mensualités...
  • Développer d’autres sources de revenu : certains vont par exemple investir un petit capital dans de l’immobilier locatif, générant ainsi un revenu régulier. Mais il faut en avoir la possibilité financière, être sur un créneau rentable, et en avoir les compétences / l’envie, car c’est tout un travail de gestion !

En cas de coup dur il est bon par ailleurs de penser qu'on peut aussi avoir recours aux remèdes suivants pour limiter la casse

  • Braquer une banque / se mettre au téléphone rose / … : si vous avez d’autres idées lumineuses ou expériences à partager, allez-y !
  • Avoir recours à une aide ponctuelle de la famille peut aussi être une possibilité ; j’avoue que chez nous ce serait en ultime recours, nous le vivrions tous deux comme infantilisant, et cela peut aussi être source de tensions intrafamiliales.
  • Réfléchir aux alternatives les moins dangereuses / lourdes
    • substituer à une démission "sèche", 
      • une rupture conventionnelle (ça ne coûte rien d'essayer), 
      • ou un congé sans solde (pour garder une corde de rappel si vraiment on ne s'en sort pas après une certaine durée)
    • [edit pour compléter suite au commentaire d'Isa] assurer son atterrissage avant de démissionner  : chercher et trouver le nouvel emploi puis démissionner
      • quand cela est possible (ce n'est pas toujours le cas notamment dans un cas de harcèlement, où le temps des recherches peut être trop long - mais dans ce cas il est aussi possible de voir avec son médecin pour une mise "à l'abri", en congé maladie, pour ce temps-là)
      • cela présente l'avantage de faciliter les recherches : avoir un emploi rend bien plus sexy qu'être au chômage
    • dans le cas d'une reconversion avec période de formation, creuser les possibilités de faire celle-ci en alternance; et là encore, faire un maximum de choses avant de quitter son emploi (trouver l'alternance, par exemple)
    • Ainsi, en ce qui nous concerne, avons-nous cherché à limiter la casse au moment de rompre la période d'essai de Monsieur Bout : plutôt que de la rompre lui-même, ce qui ne lui donnait pas droit au chômage, 
      • il a exprimé son souhait de partir et a négocié auprès de son entreprise que ce soit elle qui prenne l’initiative de la rupture (la rupture de période d'essai ne coûte pas un rond à l'entreprise; garder quelqu'un qui n'est déjà plus motivé, en revanche...), en échange du fait qu'il reste quelques semaines de plus pour les aider à terminer certains dossiers. 
      • si ils avaient refusé, nous aurions alors accepté la proposition insistante de notre médecin d'arrêter Monsieur Bout. Au bout de quelques semaines ils auraient compris que ça ne les mènerait à rien.


Je conclurai en soulignant que là encore, plusieurs chemins mènent à Rome.
Identifier ce besoin de sérénité comme une des motivations au travail peut être l'occasion de se poser plus largement la question de quel serait le plan de bataille si l'une de ces éventualités venaient à se produire. Mettre les choses à plat, quel qu'en soit le résultat, c'est dans tous les cas un élément contribuant à une meilleure sérénité.
Le flou est toujours bien plus anxiogène que la clarté !


vendredi 22 avril 2016

Travailler pour...? - Les sous : le niveau de vie

Travailler est source de rentrées financières, c'est même très souvent un des points qui nous envoie au travail, car vivre d'amour et d'eau fraîche finit par montrer ses limites. Quant à vivre de nos rentes... aaaaahhhhh....[soupir].... un doux rêve uniquement vécu par procuration auprès des personnages de la Comtesse de Ségur [snif].


Travailler pour gagner des sous, OK.
Mais derrière cet objectif, ces sous, se cachent à mon sens 3 grands besoins distincts:
  1. le besoin de subvenir aux besoins du foyer, 
  2. le besoin d'assurer au foyer une sérénité / stabilité financière, 
  3. le besoin de s'assurer soi-même une indépendance financière
que je traiterai donc dans 3 articles séparés.

Au menu de l'article d'aujourd'hui, donc, nous verrons dans quelle mesure le fait de travailler peut être nécessaire (ou pas) pour subvenir aux besoins du foyer.

L'équation étant

Deuxième salaire = plus d'argent sur le compte en banque = plus d'argent à dépenser. 


Il s'agit là, en ayant deux salaires, 
d'amener ses revenus à un niveau plus confortable / acceptable.


Beaucoup se joue déjà dans la définition du terme :  
qu'est-ce qu'un niveau acceptable ?

En d'autres termes : de quoi avons-nous besoin ?
Il s'agit d'un point éminemment délicat car la question du rapport à l'argent et aux "biens de ce monde" est très lourdement chargée au niveau moral. 
Entre 
  • "vivre simplement, pauvrement, à la manière de François d'Assise
et 
  • "rendre grâce au Seigneur pour les joies qu'il nous donne en les appréciant dignement", 
les différences d'approche sont énormes !


C'est donc un domaine dans lequel on juge très vite et on se sent très vite jugé par toute personne plaçant ses priorités autrement que nous.
Toute dépense au-delà du niveau que nous estimons nécessaire est estimée superflue, frivole, toute dépense en-deçà de ce niveau confine au masochisme.
Le grand appart des Trucmuche sera donc de l'esbrouffe, les repas sans viande chez les Bidule une mortification puant le jansénisme à plein nez...

Et pourtant, comme pour l'équilibre vie pro / vie familiale, il n'y a pas de solution universelle, d'équilibre parfait convenant à tout un chacun, car là encore, les besoins de chacun diffèrent et sont légitimes ! (mème si bien entendu mes besoins sont quand même un peu plus légitimes que ceux des autres, n'est-ce-pas)
  • pour certains manger des raviolis en conserve plusieurs fois par semaine ne pose aucun souci, pour d'autres la qualité de ce qu'il y a dans leur assiette est essentielle à leur moral. 
  • de la même manière, on est plus ou moins sensible à l’exiguïté de son logement, 
  • on a plus ou moins besoin d'être entouré ou non d'un jardin, 
  • on est plus ou moins sensible à l'esthétique (ou au manque d'esthétique) / charme du quartier, 
  • selon le style vestimentaire, les estimations de ce qu'est un budget raisonnable pour l'habillement varieront grandement, 
  • le besoin et le type de sorties va lui aussi varier (pique-nique ou restau étoilé ? film tranquille chez soi ou représentation à l'opéra ?)
  • idem pour les voyages : camping en Ardèche ou roadtrip au Canada...

Certaines données de base influent par ailleurs grandement sur la capacité à atteindre ledit niveau acceptable sur un seul salaire.

Selon la taille du salaire principal, l'impact de l'absence d'un 2ème salaire variera énormément:  y a pas à dire, il est plus facile de "se contenter d'un seul salaire" de 4 ou 6 mille euros par mois que d'un SMIC (oui oui, je vous livre de grandes découvertes, aujourd'hui). La notion de "sacrifice" financier ne recouvre alors pas la même réalité !

Selon la région, le coût de la vie variera beaucoup aussi. Un changement de région peut représenter une solution...
ou pas !
  • déracinement, 
  • boulot qui ne s'exerce que dans une capitale par exemple, 
  • ou même tout simplement, c'est notre cas : nous sommes des citadins, nous voyons bien à quel point nous apprécions notre vie de presque centre-ville de grande ville dynamique, aller chercher du m² pas cher à la campagne ne nous conviendrait pas du tout.


Néanmoins, faute de gagner plus d'argent, 
on peut aussi diminuer sa dépendance à un 2ème salaire en dépensant moins


C'est l'autre manière d'équilibrer son budget : à défaut d'augmenter ses revenus, les billets tels que ceux-là (il y en a de nombreux !) fourmillent d'astuces sur la manière dont on peut réduire ses dépenses quotidiennes et donc réussir à se passer d'un 2ème salaire.
Mais encore faut-il regarder les choses en face : ce mode de vie vous convient-il à vous?


Car ces astuces demandent d'investir du temps et de l'énergie dans leur mise en place et leur maintien.

Certaines s'épanouiront dans la relève de ce challenge, seront ravies de produire leur lessive elles-mêmes, super fières d'apprendre à repriser, et en feront une occasion de stimulation intellectuelle ; d'autres le vivront nettement moins bien et auront le sentiment, ô combien frustrant, de passer leur temps à compter des centimes.

Ainsi, chez moi
investir du temps dans
  • l'entretien des couches lavables : no souci. Le surcroit de travail qu'elles occasionnent me semble assez léger, et ne me gêne pas du tout. Il pourrait être ressenti tout à fait différemment par une autre personne. 
  • le fait de cuisiner moi-même : miam miam, j'aaime cuisiner
  • la recherche de bonnes affaires sur leboncoin & cie (et globalement : acheter d'occasion): ça me va très bien aussi !
en revanche :
  • passer du temps à faire le ménage alors que je pourrais passer le même temps dans un boulot (que j'aime, rappelons-le!) à gagner de quoi me payer les services d'une femme de ménage ? Nope. 
  • Passer des heures à fabriquer moi-même des trucs plutôt que de les acheter?  J'ai deux mains gauches, souvenez-vous. Et la conscience aiguë que j'en ai rend la perspective même d'un bricolage un tant soit peu complexe extrêmement angoissante.
  • Faire des travaux nous-mêmes dans notre logement plutôt que faire faire ? Monsieur Bout est un écœuré du bricolage et haïrait chaque minute passée à poncer, tapisser, carreler, whatever. Au bout d'un certain nombre d'années de mariage je sais d'ailleurs que si il est obligé de bricoler, il vaut mieux pour notre couple que je m'éloigne afin d'éviter que ses rouspéteries incessantes ne finissent par me taper tellement sur le système que la séance de bricolage ne débouche sur un conflit thermo-nucléaire. Nous lancer dans des travaux complexes représenterait très honnêtement un risque énorme pour la survie de notre couple.
Je me souviens même avoir lu une fois, sur internet, une combine de femmes qui profitaient de toutes les réducs des grandes surfaces à la "ce produit 100% remboursé", opérations commerciales nécessitant de découper une petite étiquette pour l'envoyer par la Poste; elles passaient un temps fou à cela, pour un montant au final franchement modeste. 
Peut-être était-ce effectivement, au vu de leurs revenus et du niveau de salaire auquel elles auraient pu prétendre,  une solution rentable, mais je pense que dans beaucoup d'autres cas l'avantage comparatif à passer ce temps de repérage des promos, découpage d'étiquettes, envois de courriers (et réenvoi de courriers pour réclamer, comme c'est proposé, le remboursement des frais d'affranchissement) à exercer une activité pro qu'on peut espérer un poil plus intéressante, serait indéniable.


La volonté d'éviter de trop grosses frustrations n'empêche pas de faire quelques efforts pour boucler un budget, bien entendu; tout est une question de mesure. J'ai tendance à penser, du haut de ma tour de RH, qu'on ne peut être en situation d'effort dans tous les domaines à la fois : la difficulté, le choc, à passer trop brutalement d'un style de vie lambda à un style de vie méga-méga économe, d'un style de vie "j'achète tout" à "je fais tout moi même", ne doit pas être sous-estimée, ni par ceux qui s'y engagent, ni par ceux qui conseillent de s'y engager.


Il y a à mes yeux un vrai travail de discernement à opérer sur cette question du niveau acceptable.

Il est bon de réinterroger les besoins évoqués plus hauts, comprendre d'où ils proviennent, afin de voir comment on peut être capable de s'en détacher... mais aussi réaliser à quel point ils sont importants et reconsidérer ses options en conséquence. Eviter de se placer soi-même dans une situation qui nous insatisfait chroniquement, voire qui nous angoisse car elle nous donne l'impression d'être toujours "limite".

Pour cela il est nécessaire de prendre un peu de recul par rapport aux modèles qu'on a autour de soi. Prétendre qu'une même solution peut convenir universellement à tous et à toutes risquerait d'enfermer le couple dans un fonctionnement qui ne lui convient pas.
Nous admirons donc ceux de nos amis qui retapent de leurs mains une masure achetée 3 francs 6 sous... mais de loin ! Je m'extasie sur la manière dont ils sont ainsi capables de créer un truc hyper adapté à leurs besoins, plein de charme, machin. Mais je sais qu'il me faudra faire avec du plus "tout-venant".

Fonctionnement qui ne convient pas... Ou pas encore !
Ainsi, mes progrès d'entretien de maison avec Flylady m'ont-ils rendu moins dépendante de ma femme de ménage, j'ai même su survivre 6 semaines sans, l'été dernier (que dis-je, survivre. Jugez-en : j'ai réussi à recevoir ma belle-famille à l'issue de ces 6 semaines sans devoir lancer une action "nettoyage des écuries d'Augias" juste avant leur arrivée. Ma maison était propre, point. Et rangée. Naturellement, comme ça. Applaudisseeeez!). Un exploit totalement impensable quelques mois auparavant. Je mûris là-dessus, à mon rythme. Peut-être qu'un jour, si notre budget l'exige, je serai capable de sauter le pas et de "faire sans"; on verra....

Discerner... et cheminer !

Cela vient encore une fois illustrer à quel point le "bon" équilibre vie pro - vie perso évolue au fil du temps : à 25-30 ans on peut ne pas encore être prête pour des sacrifices qu'on choisira avec sérénité à 35-40 ans.



D'un autre côté, il est bon aussi de réaliser que la différence réelle de niveau de vie 
entre deux choix de vie n'est pas toujours aussi importante qu'on le croirait.


En effet, l'équation au départ de notre article : Deuxième salaire = plus d'argent sur le compte en banque ne se vérifie pas forcément toujours tant que ça.
D'où l'intérêt d'établir un budget vraiment détaillé. En janvier je me suis bien amusée à faire plusieurs simulations selon si je continuais ou non à bosser au-delà de mai, et à quel taux. (car bien évidemment ces calculs comparatifs sont valables pour toute réduction de temps de travail, pas uniquement un passage de 100% à 0)

Car chez nous, le fait que la Gwen bosse en 2016, ça veut dire

un salaire
(ainsi que les éléments périphériques au salaire : intéressement / participation, mutuelle avantageuse, avantages CE...)

mais
  • de gros frais de garde (dont une partie est toutefois absorbée par les impôts)
  • des frais de transport / essence (nous avons même du acheter une 2ème voiture)
  • des frais courants augmentés
    • moins le temps d'aller "au moins cher" pour les courses (typiquement en ce moment c'est le marché - ça c'est bon, ça resterait - ou Leclerc Drive - et curieusement les marques les moins chères ne sont paaas achetables sur le Drive, quelle surprise; c'est tout, plus trop le temps d'aller faire un détour au Lidl ou ailleurs)
    • cantine d'entreprise, 
    • moins de fait-maison (et pour tout vous dire, certains soirs nous avons tellement la flemme que c'est japonais en livraison; solution économique si il en est...), 
    • et aussi malheureusement, plus de gaspillage car il peut m'arriver de ne pas éplucher certains légumes à temps, ou de zapper une date de péremption à force de n'ouvrir mon frigo qu'en mode rapide.
  • des frais de vêtements (je peux pas aller au boulot en jogging - comment ça je n'ai de toute manière pas enfilé de jogging depuis mon dernier cours de sport de Terminale ? oh ça va, faut pas finasser non plus) et d'entretien de ceux-ci (pressing - même si depuis l'arrivée des enfants c'est curieux, je mets nettement moins de vêtements qui ne se lavent qu'à sec)
  • un surcoût en terme de ménage : à l'heure actuelle je ne fais tellement rien moi-même que c'est 4h/semaine et non 3 qui sont nécessaires.
  • moins (beaucoup moins !) d'aides de la CAF puisque le montant de celles-ci dépend des revenus : 
    • adieu la PAJE, 
    • divisées par 2 les allocs, 
    • couic l'Allocation de Rentrée Scolaire plus tard (bon sur ce dernier point, l'IEF met tout le monde d'accord), 
    • CMG dans la tranche la plus basse
  • plus (beaucoup plus!) d'impôts (même si cela est tempéré par ailleurs par les réductions dues à des frais de garde important)

Quand on additionne tout, et selon les chiffres qui s'appliquent à l'une ou l'autre situation, il est bien possible qu'on arrive au constat que dans un certain nombre de cas, plus d'argent fait quasiment moins d'argent... ou, à tout le moins, que la différence est finalement suffisamment minime pour que les sacrifices nécessaires pour pouvoir se passer de ladite différence restent tout à fait acceptables.

Travailler plus pour gagner plus ? Pas si sûr !

Personnellement, m'être livrée à ce calcul précis m'est d'autant plus utile qu'il m'a permis d'être assez ferme dans mes négos actuelles concernant ma prolongation sur un 50%: parmi mes exigences figure celle d'une réévaluation à la hausse de mon salaire. La conscience, très claire, que j'ai du fait que sans cette réévaluation, continuer à travailler n'est que modestement rentable financièrement, me permettait d'exiger avec sérénité...et m'aurais permis de tirer mes conclusions sans trop d'états d'âmes si finalement on n'avait pas accédé as à ma demande.


lundi 21 mars 2016

Travailler pour...? - Avoir une vie sociale

Le travail constitue souvent un lieu de sociabilité naturel et facile.
Cette portée "sociabilisante", intégratrice, d'une activité pro est symbolisée par la machine à café : il y a d'autres gens, on dit bonjour, on peut papoter, il y a le temps des pauses, du déjeuner, les échanges sur différents sujets, qui forment un cadre favorable permettant de construire et approfondir des relations.
En plus des relations avec les collègues, il y a les contacts avec des clients, des fournisseurs, des partenaires, ou mieux encore l'URSSAF, l'inspection du travail, la Justice...

Quels qu'ils soient, il s'agit de contacts
  • avec des adultes, permettant donc des échanges plus élaborés que "je veux la cuiller bleue", et portant sur d'autres thèmes que la couleurs des bottes de Petit Ours Brun 
  • suivis, offrant éventuellement davantage (ou plus facilement) de possibilités d'approfondissement que le bonjour-bonsoir avec la boulangère ou le livreur Colissimo.

L'observation de mon entourage m'a permis de réaliser à quel point, pour une personne timide / introvertie, ayant quelques difficultés à "socialiser", c'est-à- dire à nouer des liens, le travail peut donc représenter un vecteur essentiel de socialisation, en "obligeant", en instituant, la mise en contact avec d'autres personnes.

En effet, quand il nous est difficile d'aller vers les autres, la vie pro peut représenter une aide puissante : un cadre protecteur et incitatif, légitimant l'entrée en relation puisque celle-ci se fait sous un prétexte neutre. Une fois la mise en relation effectuée, la récurrence des contacts facilite l'approfondissement des liens sans que la personne n'ait à en prendre l'initiative.

Bien entendu, beaucoup (et c'est mon cas) n'auront pas forcément besoin de ce cadre pour rentrer en relation : aborder une autre maman au parc, lui demander son numéro de téléphone et lui proposer un café, ou s'incruster dans une réunion pour une association et aller à la rencontre de ses adhérents qui se connaissent déjà entre eux.

Cependant cet aspect n'est pas à négliger, tout simplement parce que ce qui demande peu d'efforts à certains caractères peut se révéler une montagne pour d'autres. Renoncer à une vie pro peut alors être source d'un grand isolement et causer un fort et durable repli sur soi. Ayant observé ce phénomène dans notre entourage, j'avoue que c'est un aspect auquel Monsieur Bout et moi-même sommes particulièrement sensibles, et vis-à-vis duquel nous préférons nous montrer prudents.
Plus généralement, même si on est d'une nature à nouer facilement des contacts, la gestion d'enfants en bas-âge (leurs horaires, leurs siestes, leurs colères, la masse de matos parfois nécessaire pour la moindre sortie,...) n'est pas toujours propice à l'entretien de relations suivies. Cela peut se traduire par une phase d'isolement qui, même si elle est ponctuelle, peut elle aussi se révéler difficile à vivre.


Cependant, l'apport d'une vie pro en "vie sociale" est à évaluer pour chaque cas individuel car il varie énormément selon l'organisation du travail (auto-entrepreneur, télétravail, équipes stables ou tournantes....) le type d'entreprises, les types de postes, le secteur d'activité, l'ambiance, les personnes elles-mêmes...
  • Pour ma part, chacune de mes expériences pro m'a permis d'y nouer des amitiés dont plusieurs durent encore aujourd'hui. Outre ces relations "durables", je garde aussi le souvenir d'une foule de conversations marrantes / instructives / profondes avec des personnes qui, si elles ne sont pas restées dans mon entourage une fois notre collaboration professionnelle terminée, auront tout de même contribué à m'enrichir et / ou à me faire rigoler.
  • En revanche il va de soi que l'apport "social" d'une entreprise au sein de laquelle règne un climat délétère et où chacun se tire dans les pattes est à relativiser. 
  • Plus classiquement, une connaissance me confiait que, depuis la naissance de ses enfants, elle ne trouvait plus aucun intérêt aux contacts qu'elle avait dans son milieu professionnel (la com'), tant la culture et les préoccupations de ce milieu étaient à mille lieues de ses nouvelles priorités. 
  • Une autre regrettait, que seule fille, et la plus jeune, dans une ambiance de mecs, elle n'eût personne à qui parler / avec qui apprécier de prendre des cafés. On est ainsi parfois plus isolée au milieu de 30 ou 100 personnes que chez soi...


Par ailleurs, la prise en compte de sa propre capacité à tisser des liens par soi-même peut permettre là encore de réfléchir à des stratégies alternatives : y a-t-il quelque chose d'autre que le travail qui pourrait m'aider à contourner ma timidité et m'aider à m'entourer?
  • Est-ce le moment de renouer avec ma passion pour la peinture sur porcelaine ou de m'inscrire à des cours de broderie? On prendra soin de choisir des cours dont l'ambiance / la taille est favorable aux discussions et à l'établissement de relations plus personnelles, et non une association ou chacun arrive, "consomme" le cours et repart.
  • Si le côté "utilité" est un point important pour moi, dans le sens qu'il m'aide à me sentir légitime pour aborder les personnes (je ne les aborde pas pour un motif "futile", mais pour servir la cause. Je suis "en mission"), serai-je plus à l'aise en m'investissant dans un but caritatif plutôt que dans une dynamique de pur loisir ?
  • La participation à un forum ou les échanges par le biais d'un blog sont également des moyens utilisés par de nombreuses mamans pour entretenir des relations avec leurs pareilles. 
    • Ces possibilités offrent l'avantage de permettre une communication en décalé, donc plus facilement compatible avec les contraintes de rythme liées à des enfants : pas besoin de sortir de chez soi, et on répondra le soir venu, les enfants couchés, à ce que l'autre a écrit pendant la sieste. 
    • Elles peuvent par ailleurs représenter un prélude à des rencontres dans la vraie vie, en permettant d'identifier des âmes-sœurs habitant finalement tout près. 
    • Mais elles présentent aussi le risque d'isoler davantage, si des relations virtuelles prennent le pas / conduisent à se désinvestir encore davantage des contacts "de la vraie vie".
  • La pratique de l'IEF peut tout aussi bien être 
    • un facteur d'isolement : pas de sorties d'école pour rencontrer d'autres parents, et préjugés envers l' "extra-terrestre" peu propices à des conversations prolongées
    • qu'un facteur d'inclusion : approfondissement des relations avec les voisins et les commerçants, intégration au sein d'un éventuel réseau IEF dans les environs, avec ses sorties non-sco, ses échanges de tuyaux et de services.

De nombreux aspects viendront influer sur la réussite de ces "stratégies de sociabilisation alternatives". 
Il vaut donc mieux prendre le temps d'évaluer aussi le contexte, les opportunités et facteurs de risques qu'il présente.
  • urbain, campagnard ? 
  • replié sur soi, accueillant ? Sur ce dernier point, la vie de paroisse peut représenter un énorme atout, ou pas. Ce sera une histoire de culture: 
    • en Normandie, les sorties de messe, où les anciens allaient spontanément faire la connaissance des nouveaux arrivants, nous avaient rapidement permis de tisser des liens puis de les renforcer.
    • Inversement, il manquait à notre première paroisse alsacienne cette chaleur / culture d'accueil, que nous avons en grande partie retrouvée en choisissant un clocher à peine quelques centaines de mètres plus loin.
    • on retrouvera le même potentiel inclusif pour les sorties d'école, si on a des enfants scolarisés, avec les mêmes nuances:  là encore, ce sera une histoire de culture, accueillante, ou pas ?
  • Est-on là depuis longtemps, avec un réseau déjà établi qu'il sera relativement facile d'entretenir, ou arrive-t-on à l'occasion d'un déménagement ?
  • Si déménagement (car souvent cela est l'opportunité de remettre à plat l'équilibre pro), dispose-t-on d'un réseau "naturel" (famille présente depuis longtemps) ou de facilités (contacts préexistants) pour le créer ? 
  • Les associations sont-elles trustées par les mêmes personnes depuis 30 ans, peu disposées à laisser la moindre place à des "étrangers" ?
  • L'IEF est-elle développée dans la région ? Alors que je commence, comme prévu, à rencontrer des familles du réseau IEF du coin, je mesure ma chance d'habiter en Alsace, une région dynamique à cet égard. D'autres amies se retrouvent plus isolées, car si la diversité des familles IEF constitue en elle-même une chance et une richesse, elle peut également signifier que les seules personnes avec lesquelles on pourrait partager sur l'IEF dans la région ont en fait des valeurs, un style de vie, un mode d'éducation tellement éloignés du sien que les échanges en sont rendus pour le moins laborieux.
Il pourra être pertinent de réfléchir à la localisation du logement familial, ou même de la reconsidérer : centre-ville, banlieue, village ? En ce qui me concerne cela a joué dans notre choix d'habiter en presque-centre-ville :
  • proximité de nombreuses familles, 
  • facilité d'accès à des infrastructures culturelles et associatives,
  • mais aussi tout simplement... la possibilité de faire beaucoup de choses sans voiture ! Une dimension qui, il faut bien que je l'avoue, est essentielle pour m'inciter à sortir de chez moi, car étant douée d'un sens de l'orientation proche de 0 (QUI a dit "du négatif " ?? Non, on ne pouffe pas!) et de surcroît nulle pour me garer (mais alors NULLE ! Il est indéniable que je n'ai eu mon permis que parce qu'on ne m'a pas demandé la moindre manœuvre), la perspective (ô combien angoissante: je me pomme, je n'arrive pas à me garer, je me repomme en cherchant une place où me garer) de devoir utiliser la voiture pour le moindre truc se traduirait automatiquement par une moindre activité...
Enfin, dernier point, quel est, de nouveau, mon propre besoin ? Selon les personnalités, là encore, on a plus ou moins besoin d'un large cercle de connaissances pour se sentir épanouie socialement / partie intégrante de la société. Il n'est pas non plus forcément indispensable de se fatiguer à prévoir mille manières de rencontrer du monde si on est d'un naturel plus solitaire et que ce monde nous épuise....