lundi 11 octobre 2021

2 ans de Papa au foyer : bilan et perspectives

Cela fera 2 ans à la fin du mois que Monsieur Bout, suite à sa rupture conventionnelle, est à la maison

L'occasion d'un petit retour / témoignage.

(yep, ce n'est encore pas un article éducation à proprement parler. Mais je rame à l'écrire, cet article, et du coup, eh bien je regarde la situation en face et j'applique l'astuce HPI / TDA correspondante : je contourne la difficulté en écrivant qqch qui coule plus facilement)


Quand le parent jusque là investi principalement de la casquette "faire bouillir la marmite" passe au foyer, ce n'est pas évident !

6 constats.

1. Chez nous, cela a d'abord demandé des ajustements de part et d'autre

Ainsi, dans les premiers temps, il m'a fallu notamment admettre que pour que Monsieur Bout prenne sa place, ... j'allais surtout devoir m'effacer / me taire

Ainsi, les premiers matins où Monsieur Bout a géré le lever des enfants pour les emmener à l'école, je me suis levée avec lui, et j'ai "corrigé" sa manière de gérer le petit déj et la préparation des lunchbox des enfants : "mais non en fait le matin on fait comme ci et comme ça". 

"on fait"... ben oui mais ... "je faisais"... et Monsieur Bout m'a fait remarquer qu'il allait faire différemment. Au bout de 2-3 épisodes de ce genre, j'ai trouvé une parade parfaite :  je ne me suis plus levée les matins, ce qui lui laissait le champ libre, la possibilité de trouver / se constituer ses repères et faire à sa guise, sans la lourdeur de mon regard. Ca m'a demandé un effort, mais vite récompensé : non seulement Monsieur Bout a ainsi très vite pris ses marques mais moi, je me suis très bien habituée à me lever plus tard (d'autant plus facilement que je terminais mon premier trimestre de grossesse et que quand on me voit enceinte, on ne se dit pas tout de suite que je suis l'incarnation de la grossesse épanouie et dynamique). 2 ans plus tard, ce fonctionnement est resté.

Ces ajustements ont du se faire dans les deux sens

Ainsi, au bout de 3 semaines à la maison, Monsieur Bout s'est senti prêt à rajouter une nouvelle responsabilité à celles qu'il avait déjà récupérées : la gestion du linge, qui avait toujours été chez moi (dans le sens que, oui, il lui arrivait régulièrement de me filer un coup de main et étendant ou rangeant une lessive, mais la gestion de la routine du linge, le remplissage-lancement de machine, la responsabilité / charge mentale associée, c'était Bibi). Monsieur Bout n'avait jamais lancé de machine. Il est donc arrivé avec son bloc-notes, m'a demandé comment ça fonctionnait, a ensuite tapé tout ça sur Word et patafixé le mode opératoire ainsi obtenu à côté du lave-linge. 

Top. Au bout de quelques semaines, cependant, j'ai du souligner que la manière dont il étendait le linge ne convenait vraiment pas : j'ai tergiversé avant de le faire, car, machin, "ses marques", "sa manière de faire", mais là, grumpf, l'impact me dérangeait trop. Je l'ai donc alerté sur l'importance de bien défroisser les vêtements, bicoz sinon après c'était immettable (je rappelle que chez nous, le fer à repasser n'est pas menacé par la surchauffe). Il a bien entendu commencé par se vexer, puis fait des efforts. (mais tout récemment j'ai du en remettre une couche en lui demandant de faire sécher mes robes sur cintres; idem, j'ai tardé avant de le faire, mais franchement, une robe qui a séché sur un étendoir à linge et qui est ensuite pliée hâtivement en 4 et vaguement empilée dans un placard, ben, c'est difficilement mettable dans un contexte pro).

Quelques semaines après sa montée en puissance, Monsieur Bout s'est senti suffisamment sûr de lui dans sa gestion du linge pour innover. En estimant que le tri des couleurs, franchement, c'était superflu. A mes premières protestations, il a fait la sourde oreille. Mais quand un petit-haut-de-Gwen anciennement d'un joli vert anis est ressorti d'une couleur difficilement décrivable autrement qu'avec un adjectif de l'ordre du "pisseux", la Gwen a vu rouge, et lui a mis le T shirt sous le nez, comme preuve que, non, le tri entre "blanc/"clair et "foncé" n'était pas une lubie de psychorigide. 

Monsieur Bout a protesté puis réintégré le tri des couleurs à sa routine (de mémoire, on a fait un truc pour faciliter les choses sur ce plan-là mais je ne sais plus quoi). Les choses se passant toujours dans l'harmonie et la douceur la plus totale comme dans tout couple qui se respecte (quoi, pas chez vous ? C'est très étrange !), il n'est pas impossible que dans les échanges (complètement CNV évidemment) que nous avons eus sur le sujet, je sois allée jusqu'à utiliser l'argument massue "Sinon, autant que je le fasse moi-même !" (argument massue du fait de mon tour de taille de l'époque. "argument-baleine" n'existe pas)


2. Tout au long de ces 2 ans, des ajustements dans notre organisation ont aussi du se faire, et notamment à partir du moment où il a vraiment été acté que Monsieur Bout allait rester durablement au foyer.

Nous avions tout prévu merveilleusement bien, et je vous avais détaillé nos plans organisationnels sublimes dans ce post

J'avais eu plein de compliments dessus, et vous pouvez à juste titre baver sur tout ce qui était prévu.

Surprise : moi aussi je bave dessus en relisant ce post (ou alors je pouffe). Car la réalité en a été assez éloignée. ("assez" étant une litote, en l'occurrence). Les confinements numéro 2, 3, et 8000 ont évidemment joué leur rôle de trouble-fêtes, mais aussi les études entamées par Monsieur Bout qui se sont révélées bien plus chronophages que prévues. Et moi en parallèle, mon activité pro aussi a été très soutenue, avec pour couronner le tout, le rajout de ma formation au coaching professionnel. Bref, il y a eu pas mal de tensions, et un gros besoin de nombreuses discussions pour réajuster en continu notre manière de répartir les choses au sein du foyer, puisque nous nous retrouvions plus ou moins en compétition permanente pour ce Graal ultime : avoir du temps pour avancer nos trucs.


Dans la manière dont nous avons géré, globalement, un constat est clair : j'ai conservé un certain nombre de responsabilités

  • Ainsi, la préparation des repas repose plutôt sur moi. Sauf évidemment en mon absence (scoop), ou quand je rentre un peu tard le soir et que me laisser cuisiner impliquerait un dîner trop en décalé. Dans l'absolu, c'est quelque chose qui me convient plutôt. Je n'aime guère rangement et ménage, je n'ai pas du tout pleuré l'abandon de la machine à laver, mais la cuisine est probablement la seule tâche ménagère qui me plaise vraiment. Certes, elle me pèse parfois, mais la plupart du temps j'y prends plaisir. Et même si Monsieur Bout a fait de gros progrès en cuisine, il y a quand même une différence assez claire entre sa production et la mienne, différence à laquelle nous sommes tous les deux sensibles.
  • Parmi les points que j'ai conservés avec moins de plaisir, il y a la gestion des RDV médicaux. J'en assume encore l'écrasante majorité (notamment concernant notre Boubinours III), et je vous avoue que ça, je m'en passerais bien.


3. Ces ajustements / tensions ont également été l'occasion de faire remonter de vieux dossiers.

En effet, Monsieur Bout a rapidement exprimé avec force son besoin de davantage de soutien, soulignant que devoir quasi tout gérer c'était lourd, demandant à ce que je rentre plus tôt (si je bossais à l'extérieur), ou descende plus tôt de la pièce où je bossais (en cas de boulot à la maison), ou attendant avec impatience mon arrivée pour me demander de prendre en charge 1000 trucs / pouvoir lâcher un peu...

Ca a été assez difficile pour moi, car plus d'une fois, des sentiments très forts sont remontés en moi, en mode "Eh ben tiens, plains toi, maintenant tu sais ce que c'est". Il a donc fallu pour moi identifier et verbaliser la rancune accumulée au fil des dernières années, verbaliser à quel point je m'étais sentie seule et peu écoutée à certains moments, en constatant à quel point ce passif m'empêchait d'être à l'écoute de Monsieur Bout, et entretenait une attitude revancharde. 

Pour Monsieur Bout comme pour moi, la remontée de ces sentiments enfouis a été assez violente. Ces discussions difficiles ont cependant été très salutaires, en permettant de purger ces abcès, notamment parce que Monsieur Bout a finalement aussi été en mesure de réaliser pleinement ce que j'avais vécu, à une époque où ma conscience que ses soucis professionnels le rendaient en grande partie aveugle au reste l'excusait, certes, mais n'allégeait pas le fardeau que je portais. A plusieurs reprises (il a fallu plusieurs reprises, car les remontées se faisaient par bouffées), le fait qu'il écoute, exprime sa compréhension, associé à la demande de pardon correspondante, ont pu nous permettre de sortir de situations de blocage.

Ces discussions psycho-logistiques ont été d'autant plus fréquentes que nous avons du opérer de nombreux réajustements, au cours de l'année du fait d'évolutions à la fois par rapport au GwenBusiness, mais aussi dans les projets de Monsieur Bout.


4. En effet, être à la maison a aussi confronté Monsieur Bout à des trucs enterrés. Le contact quotidien des enfants lui a permis d'expérimenter énormément de choses avec eux, certaines très positives (suivre de près toutes les étapes de développement d'un bébé), d'autres moins : colère, lassitude face au fait de devoir répéter sans cesse les mêmes choses et les mêmes tâches, manque de reconnaissance...

Tout ceci est venu appuyer sur des points assez douloureux, si bien que Monsieur Bout a fini par regarder en face son besoin d'aide et s'est lancé dans une thérapie. Autant vous dire que ladite thérapie a déménagé / déménage toujours, et a conduit à de nombreuses évolutions dans ses projets, en le conduisant à remettre en question beaucoup de modes de fonctionnement bien ancrés : pression de la performance, souci de reconnaissance, impératifs de loyauté, questions identitaires... tout y est passé / y passe. Il n'a ainsi donc pas poursuivi les études entamées au delà du premier semestre, et a au cours de l'année, maintes fois remodelé son emploi du temps personnel. Peu à peu, au delà de son temps, c'est son esprit qu'il a libéré. Il a appris à se recentrer sur lui, et ses besoins propres. Il avance dans la construction de projets futurs, c'est très intéressant... (et en même temps un feuilleton digne de Dallas)


5. Autre aspect : au cours de ces 2 ans, Monsieur Bout a aussi appris à ne pas gagner d'argent.

Ca aussi, c'est une sacrée évolution. Selon les moments, cela a pu se traduire par une certaine dose d'angoisses, de grosses inquiétudes devant des sorties d'argent, ou au contraire une désinvolture proche du déni. Là dessus, deux choses ont pu aider : 

  • d'une part, rebalayer ensemble notre fidèle fichier Excel de budget, pour permettre à Monsieur Bout d'avoir précisément en tête les tenants et aboutissants de notre situation financière, et à nous deux, de reconsidérer ensemble certaines dépenses, soit pour les confirmer, soit pour les réduire. 
  • D'autre part, une communication étroite sur mon business : quand j'ai un nouveau prospect en vue, quand je récupère une nouvelle affaire, quand une journée de mission s'est particulièrement bien passée, partager tout cela permet vraiment à Monsieur Bout de se percevoir comme membre d'une équipe qui gagne : il est partie prenante de mon Business, son sponsor principal et au fond, chaque euro que je fais rentrer dans les caisses, c'est aussi lui qui en est à l'origine. Car une chose est sûre : développer une entreprise en ayant tout qui est géré à la maison, c'est très très précieux. Mes semaines sont très remplies, leur programme peut varier très vite, et sans Monsieur Bout qui assure les arrières, il me serait difficile de m'investir aussi efficacement dans le développement de mon activité. Mon succès, c'est le sien.

Par ailleurs, je m'efforce aussi de valoriser ce qu'il fait, et lui même a peu à peu investi la partie de son boulot qui gagne de l'argent. C'est par exemple lui qui gère les courses, et qui maintenant, est vigilant pour profiter des promotions. Ou encore, c'est lui qui a enfin fait les formalités nécessaires à l'obtention de nos Cartes Famille Nombreuse, grâce auxquelles je suis toute contente de payer mes tickets de transport moitié prix maintenant.

Ce dernier point n'est pas toujours facile, mais nous considérer comme une équipe aide vraiment. Comme j'ai pu le verbaliser récemment : avant, notre famille était une entité à l'équilibre financièrement, mais en gros déficit émotionnel puisque la source principale de revenu générait ledit revenu au mépris de sa santé psychologique, et que cela avait des répercussions émotionnelles sur toute la famille. A présent, l'entité FamilleBout est non seulement à l'équilibre financièrement, mais surtout profitable émotionnellement, puisque sa source de revenu est certes fatigante, mais également enthousiasmante.


6. Un parent trop au foyer, ... et l'autre qui ne l'est pas assez

Monsieur Bout sature parfois d'avoir tout le foyer à gérer, et du temps que cela lui prend. Il est notamment assez clair sur le fait que, même si il voit l'intérêt d'instruire encore F à la maison cette année, il n'entend pas repartir pour un tour l'année prochaine. Nous avons donc un an pour préparer la rescolarisation, ce qui va notamment nous demander d'étudier de plus près son TDA, afin de mettre en place toute la remédiation nécessaire. En parallèle, Monsieur Bout développe des activités lui permettant de sortir davantage de la maison.

De mon côté, je m'éclate au travail, mais un peu trop... Mon temps mais aussi mon cerveau, mon intérêt, sont captés par un boulot prenant et passionnant, source d'une énorme stimulation à la fois intellectuelle et émotionnelle. Revers de la médaille : je me suis souvent sentie déconnectée de la maison et de la famille cette année, et pourtant, fondamentalement, pour nous le Covid est bien tombé ! Grâce au 2ème confinement, j'ai pu travailler comme une tarée l'automne et l'hiver dernier tout en poursuivant l'allaitement du Boubinours, allaitement d'autant plus contraignant que perturbé et renforcé par les soucis d'intolérances alimentaires et de sommeil dudit Boubinours. Toutes mes missions ayant basculé en télétravail pendant de longs mois, l'absence de trajets a été déterminante dans le fait de réussir tant bien que mal à tout mener de front.

  • J'ai constaté cette déconnexion à de nombreuses reprises les mercredis : quelque part, je ne savais plus trop comment gérer mes enfants seule une journée
    • Enfin, les gérer, si, plus ou moins : certes il y a H., mais c'était un bébé (ce n'en est presque plus un, il a 18 mois, mange tout seul et va bientôt nous réclamer une mobylette !). Avec F. et E;  nous sommes clairement sortis des "petites années", ils peuvent passer de longs moments en auto-gestion sans que ce soit synonyme de "en fait pendant ce calme on a repeint la sdb avec ton rouge à lèvres". 
    • Me connecter à eux véritablement... beaucoup plus compliqué ! Les mercredis ont souvent été frustrants pour eux comme pour moi, de ce point de vue là : beaucoup d'attentes, pas beaucoup de résultat.
  • Et cet été, les premières semaines ont été plutôt éprouvantes, avec en plus les soucis de main de Monsieur Bout qui m'ont propulsée en première ligne, voire en unique pourvoyeuse de soins pour le Boubinours pendant une période conséquente (Monsieur Bout ne pouvant absolument pas le porter / soulever / changer / etc): je me suis vite retrouvée à saturation. Heureusement, nous avons réussi à saisir l'opportunité de 3 jours à deux sans enfants au milieu des vacances, et ça m'a fait beaucoup de bien. La deuxième partie des vacances a été beaucoup plus facile : j'avais retrouvé mes marques avec les enfants, et Monsieur Bout, l'usage de sa main.

En tous cas, cette expérience m'aura sensibilisée à ce que vivent de nombreux pères de famille, et qu'avait vécu Monsieur Bout à plusieurs reprises : oui, en deçà d'un certain seuil de présence et d'investissement dans le quotidien familial, le parent-qui-bosse-à-l'extérieur se retrouve facilement "à côté de la plaque" dans sa propre maison, à ne plus trop maîtriser les codes pour entrer en relation avec les autochtones (ET téléphone maison...)

Cette année, le rythme est toujours soutenu, mais plus gérable

  • je n'ai plus ma formation, et la différence est palpable ! (enfin, si, je vais quand même suivre quelques jours de formation cette année, mais rien d'aussi énorme)
  • j'ai progressé dans ma gestion du temps / évaluation du temps / vente de mon temps au juste prix

Plus gérable, mais tout de même bien dense. Il est clair pour moi que dans l'idéal, j'aimerais être davantage présente (aussi bien physiquement que psychologiquement) auprès des enfants. Et eux sont très très clairs aussi sur le fait qu'ils ne voient pas assez Maman. Ils le disent, le redisent, et demandent régulièrement pourquoi Papa ne pourrait pas aller travailler à la place de Maman, hein, zut.

Pour le moment, je sais que ce n'est pas possible autrement, mais je suis bien déterminée à ce que ce soit provisoire. Indépendamment d'une reprise pro pour Monsieur Bout, mon désir d'être plus présente m'incite à profiter du fait que ma formation au coaching m'a permis de me positionner sur des activités encore plus passionnantes.... et à plus haute valeur ajoutée 

  • Mon objectif cette année : travailler assez pour financer notre famille. 
  • Mon objectif pour l'année prochaine : amplifier ce repositionnement de manière à ... travailler moins pour gagner plus.


A l'arrivée, donc, un bilan pas tout rose : notre situation actuelle est sans conteste le meilleur déséquilibre possible (cf ce que j'écrivais il y a déjà longtemps sur ce mythe du "bon équilibre" vie pro vie familiale), mais l'année qui vient de s'écouler a été assez costaud (le contexte Covid y aura bien entendu contribué), et Monsieur Bout commence à avoir envie de nouvelles perspectives. Heureusement, comme celles-ci commencent à s'esquisser, nous savons d'ores et déjà que nous avons encore de fréquents chamboulements d'organisation et d'équilibre devant nous...

Ceci dit, l'année actuelle commence sur des bases déjà bien plus stables / assainies, nous sommes un peu moins dans le brouillard, bref : tous les espoirs sont permis ! Papa ne restera pas au foyer éternellement, mais il développe sa capacité à profiter de ce que le foyer offre dans le moment présent.